Vie et mort de sœur Thérèse-Marie de Liguori · Alphonse de Liguori
III : Observance de la pauvreté
Elle aimait singulièrement la vertu de pauvreté. Son viager était déposé entre les mains d’une autre religieuse, et c’est à peine si elle y touchait pour satisfaire aux besoins les plus pressants; elle avait dans sa cellule un petit buffet bien modeste, sous un bocal de verre, et elle l'affectionnait beaucoup ; mais une religieuse lui ayant dit qu’il ressemblait à une armoire, meuble prohibé par les statuts de l’ordre, elle n ’hésita point sur ce simple avis à s’en priver, et elle le mit dehors.
Un jour qu’elle faisait le service de la sacristie, quelques religieuses la prièrent de faire un changement (très léger à la vérité) à la forme accoutumée du S. Sépulcre; mais elle refusa absolument de condescendre à leurs vœux, disant qu’elle ne voulait point introduire de nouveautés. Comme les religieuses insistaient, lui faisant observer que cela n’entraînait aucun inconvénient, tant pour couper court à toute contestation, que pour éviter d’ailleurs de commettre quelque infraction à la sainte pauvreté, elle s’en débarrassa, en déférant l’affaire à la mère prieure. Une autre fois, comme on lui avait prêté des vases garnis de fleurs d’argent, pour orner le S. Sépulcre, elle les renvoya sur-le-champ, disant que cela était contre l’usage; quelques religieuses cherchaient à lui persuader qu’elle pouvait bien s’en servir, puisque cela n ’occasionnerait aucune dépense, ni pour elle, ni pour la communauté ; non, répondit-elle, parce que celles qui viendront ensuite, seraient obligées par convenance, de se mettre en frais pour placer sur le sépulcre ces fleurs d’argent que j’y mettrais aujourd’hui sans nulle dépense. Oh ! plût à Dieu que toutes les religieuses fissent ces réflexions, et fussent en garde contre les nouveautés, qui sont journellement la cause du relâchement spirituel dans un si grand nombre de monastères !
Ses exercices de dévotion, et son application à la prière.
Sœur Thérèse s’appliquait beaucoup à se tenir continuellement en la présence de Dieu, se servant pour cela de différents commémoratifs ; elle n’omettait jamais la lecture spirituelle, parcourant chaque matin un chapitre de Thomas à Kempis, et consacrant chaque jour une demi-heure à la lecture d’autres livres de piété; ce qui fut remarqué comme une merveille, c ’est que sœur Thérèse comprenait chaque livre qu’elle lisait, quelque haute qu’en fût la portée
Elle était plus avide encore d’oraison mentale; aussi devançail-ellcl’heuredu leverdelacommunauté, et elle commençait à s’y livrer dans sa cellule avant de se rendre à celle que les religieuses faisaient en commun au chœur. En récompense de l’ardeur qu’elle avait pour l'oraison, le Seigneur l’éleva bientôt à un haut degré de contemplation. Elle avait encore coutume, toutes les vingt-et-une heures, de se mettre aux pieds du crucifix, et s'arrêtait long-temps à méditer sur la mort et l ’amour de son divin époux. Elle avoua que pendant cet exercice, elle se sentait animée à faire de grandes choses pour Jésus-Christ. Chaque année, outre les exercices spirituels qu’elle faisait avec toute la communauté au temps du carême, elle passait huit jours, pendant la semaine du Saint-Esprit, ?i faire ces exercices en particulier, s’imposant de plus, chaque mois, un jour de retraite, pendant lequel elle gardait un silence absolu.
Elle communiait chaque jour de la semaine, ex cepté un seul, suivant les conseils de son père spirituel. Elle avait pour la très sainte vierge Marie une continuelle et tendre dévotion, célébrant par diverses pratiques toutes ses neuvaines, et ne laissant jamais passer aucune journée, sans méditer sur quelque vertu particulière de culte divine M ère, afin de pouvoir Pimiler.
Ce qu’il y eut encore de remarquable dans sœur Th érèse, c ’est que, quels qu’ aient été les obstacles qu’elle trouva à son avancement dans les grands tourments intérieurs d’aridité, de scrupules et de tentations, comme nous lo dirons b ie n tô t, néanmoins, dès qu’elle fut entrée dans la voie de la perfection, elle ne se refroidit jamais, mais elle s’efforça toujours d’avancer, ne négligeant en aucune circonstance la pratique de ses saints exercices; elle les eût, au contraire, multipliés toujours davantage si elle n’avait trouvé un frein dans l’obéissance à son sage directeur, qui ne pouvait, du reste, se lasser d’admirer la ferveur extrême de cette pieuse vierge.
Source du texte : Bibliothèque Saint Libère
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