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    Statuts et constitutions de la Confrerie de la Saincte-Croix · Saint François de Sales

    Statuts et constitutions de la Confrerie de la Saincte-Croix

    DE L A C O N F R E R IE DE LA S A IN CTE -C R O IX

    D R E S S E Z P A R S A I N C T F R A N Ç O I S DE SALES.

    P a rce qu’il est nécessaire d’avoir, hors de l’eglise où est l’autel de la Confrerie, un lieu entièrement libre, tant pour chanter et celebrer les divins offices et exercer d’autres œuvres de pieté, que pour traitter des affaires de ladite Confrerie, ainsi qu’il a coustume d’estre prattiqué en ces sortes d’etablissemens ; et que l’eglise de Sadnct-Jean-Baptiste, de la commanderie du Genevois, de l’Ordre de S. Jean de Hierusalem, située dans un lieu public de la ville d’Annecy, n’est gueres frequentée, tant parce qu’elle manque de prestres pour la desservir, que parce qu’elle est fort endommagée par les injures du tems; que neantmoins il y a lieu d’esperer que les habitans, qui sont tres-catholiques et de nom et d’effect, la visiteront et la fréquenteront par la suitte, si on y célébré des messes et des autres offices divins, et si on y fait souvent des prieres publiques, des prédications et des exhortations, pour tous ces motifs, l’oratoire de la Confrerie a esté assigné dans ceste eglise de Sainct-Jean, tant que les Chanoines de Geneve résideront à Annecy, el-ce du consentement du sieur Denis de Sacconay, baron des Clercs, et procureur général de M. son frère, le sieur Pierre de Sacconay, chevalier de TOrdrede S. Jean de Hierusalem, grand-prieur d’Auvergne, et commandeur de Genevois.

    II.

    Que s’il arrivoit que l'eglise cathedrale fusl- transférée en quelque autre lieu que la ville de Geneve, la Confrerie, comme luy estant perpétuellement et indissolublement unie et incorporée, sera transférée en mesme tems et en mesme lieu avec toutes ses enseignes, vases sacrez, livres et ornemens. Il en pourra toutesfois demeurer un membre tousjours despendant d’icelle, selon qu’il sera jugé estre expedient et à propos.

    III.

    Les festes spéciales de la Confrerie seront à perpétuité, \'Exaltation de la saincte Croix, la Conception de la glorieuse Vierge Marie, l ’invention de la mesme saincte Croix, et la feste de S. Pierre et de S. Paul, apostres. Et affin qu’elles soient plus solemnellement celebrées, on exposera publiquement et honnorablement le tres-Sainct Sacrement de l’Eucharistie sur l’autel de l’oratoire, chascune desdites festes, et on le gardera le jour entier avec la reverence qui luy est deue; ce qui se prattiquera encore tous les seconds dimanches du mois (on a transféré depuis cette dévotion aux troisiesmes dimanches), excepté en septembre, décembre, may et juin, à cause des festes solemnelles qui arrivent dans ces mois.

    IV.

    Or, dans les festes ci-dessus mentionnées, des Confreres deputez par le Prieur et ses assesseurs seront obligez de passer une heure, deux à deux, alternativement, avec leur habit distinctif, et à genoux devant l’autel, méditant et priant chacun selon sa dévotion, spécialement pour nostre Sainct Pere le Pape, pour tous les prélats de la saincte Eglise, pour tout le clergé, pour la tranquillité de la respublique chrestienne, pour la conservation de la foi catholique, pour la paix et la concorde entre les princes et les peuples chrestiens, enfin pour la conservation et l’accroissement de la Confrerie, affin que de jour en jour elle produise des fruicts spirituels qui soient aggreables à la divine Majesté. Sur le soir on donnera la bénédiction, et ensuitte on remettra le Sainct-Sacrement dans sont tabernacle ordinaire.

    Ces mesmes jours solemnels, et la nuict du jeudy sainct, on fera des processions publicques de la maniéré et dans la forme proportionnée à la commodité du lieu et du tems, auxquelles processions tous et chacun desdits confreres de l’un et de l’autre sexe seront obligez d’assister, revestus de leur habit, et de marcher deux à deux devotement, gravement, modestement et en silence. Ceux qui seront en estat de le faire, chanteront distinctement les prieres qui auront esté ordonnées, et les autres reciteront à voix basse le Chapelet de Nostre-Dame. C’est pourquoy tous les confreres se rendront à l’heure assignée à l’oratoire, d’où les processions partiront et où elles retourneront; et en ces processions un confrere député pour cette fonction portera une grande croix au milieu de deux autres confreres qui auront à leurs mains des cierges, ou des torches, ou des fallots allumez.

    VI.

    Les confreres recevront le corps de Nostre-Seigneur les quatre jours de festes solemnelles, et chaque second dimanche du mois (qui est aujourd’huy le troisiesme) dans l’oratoire, s'il se peut, ou bien dans une autre eglise, après s’estre purifiez par la confession sacramentelle, qu’ils pourront faire là où bon leur semblera. Les prestres tascheront d’y celebrer la saincte Messe. Que si quelqu’un se treuve légitimement empesché, il pourra satisfaire à ce statut un autre jour, pourveu qu’il desclare son empescheraent au Prieur, qui sera tenu d’y pourvoir. Cela s’estendra encore aux absens, pourveu qu’ils communient une fois le mois.

    VII.

    Tous les dimanches à perpétuité sera dite une messe dans l’o ­ ratoire, par un prestre de la Confrerie, tel qu’il playra au Prieur de deputer ; et tous les autres Confreres seront tenus d’y assister, s’il se peut ; et ils tascheront d’unir leur intention à celle du celebrant, et de l’ayder par leurs prieres.

    VIII.

    Tous et chacun des Confreres seront obligez de reciter tous les jours cinq fois, à genoux et teste nue, l’Orayson dominicale et la Salutation angelique.

    IX.

    Pour observer l’ancienne coustume de saluer la glorieuse Vierge à genoux et teste nue, toutes les fois que l’on sonne pour en advertir le matin, à midy et au soir, selon la tradition immemoriale de l’Eglise universelle, les Confreres reciteront tous les jours la Salutation angelique de la mesme façon, à sçavoir à genoux et teste nue, en quelque lieu qu’ils se treuvent, quand ce seroit mesme au milieu des rues ou des places publiques, toutes les fois que l’on sonnera le signal à la grande eglise, par exemple, à Annecy, à celle de Nostre-Dame;affinqu’oultre le gain des indulgences que les Souverains Pontifes ont concedées à çeux qui reciteront cette Salutation, par cet humble service rendu à la glorieuse Vierge, les provinces de toute la Savoye puissent estre deslivrées et préservées de maladies, des pestes, des tempestes, des gresles, et autres corruptions et troubles de l’air.

    S’il arrive que les Confreres rencontrent le Sainct-Sacrement lorsqu’on le porte aux malades, à moins qu’ils n’ayent des empeschemens tres-grands, ils seront tenus de l’accompaigner en priant pour la santé du malade. Ils iront aussi visiter les malades et les prisonniers, quand ils sauront qu’il y en aura.

    XI.

    Aussitost qu’on s’appercevra de quelque procez ou dissension entre les Confreres, de quelque petite consequence et pour quelque cause que ce soit, on en advertira le Prieur, lequel, avec ses assesseurs et conseillers, laschera de les accommoder aussitost, et avant que le feu de la discorde s’allume davantage : pendant ce tems-là, les autres feront à Dieu des prieres particulières pour leur accommodement.

    XII.

    Aussitost que l’on aura apprins la nouvelle de la mort de quelque Confrere ou de quelque sœur, on mettra à la porte de l’oratoire le signe de la croix sur un drap noir, avec un escrileau qui marquera l’heure du convoy et le nom de l'eglise où le corps doit estre inhumé, affin que les autres Confreres s’y treuvent pour accompaigner le corps, et prier pour le repos de son ame; à quoy ils seront obligez, à moins qu’ils ne fussent retenus ailleurs par quelque nécessité. Le lendemain, on celebrera une messe des morts dans l’oratoire pour le salut de ceste ame, et affin qu’elle soit deslivrée des peines du purgatoire.

    XIII.

    Oultre cela, affin que tous les ans on fasse une memoire universelle des Confreres deffunts, le jour le plus proche et non empesché après la feste de l’Exaltation de la saincte Croix, il faudra faire un anniversaire général dans l’oratoire ; et tous les Confreres y assisteront en leur habit propre pour entendre la messe, que le Prieur dira, s’il est prestre, et les autres prieres qu’on y chantera.

    XIV.

    A l’imitation des autres Confréries, mais principalement de l’archi-confrerie du tres-sainct Crucifix, depuis long-tems erlgée à Rome en l’eglise de Sainct-Marcel, de l’Ordre des Freres servans, l’habit de cette Confrerie sera un sac de toile noire ou bien de treillis, couvrant tout le corps depuis le cou jusqu’aux talons, simple, sans fente ny ouverture, ny soie, ny ornement, ny travail quelconque ; avec le capuce de mesme toile et couleur, voilant la teste et toute la face ; de plus un cordon de fil de mesme qualité, médiocrement gros et à nœuds, comme celuy que portent les Cordeliers, duquel pendra un chapelet qui ne sera pas precieux. Cet habit sera donné par le Prieur à quiconque entrera dans la compaignie, avec une ceremonie particuliere ; et tous les Confreres, de quelque condition et qualité qu’ils soient, seront tenus et obligez de le porter dans l’oratoire, dans les processions et dans toutes les actions publiques, quand la Confrerie s’assemblera. Les femmes, sur un habit blanc, seront obligées à porter seulement le cordon et le chapelet.

    XV.

    Oultre les Chanoines de l’eglise cathedrale, il sera permis d’entrer dans la Confrerie à toutes personnes de l’un et de l’autre sexe, pourveu neantmoins qu’ qu'ils soient catholiques et de bonne réputation, et qu’ils ayent fait au prealable leur profession de foy, et observé les autres ceremonies qui ont coustume d’estre observées en pareil cas. Le secretaire tiendra un livre dans lequel seront escrits les noms, surnoms et qualitez des Confreres, avec mention expresse du jour de leur reception, et de l’argent qu’ils auront offert de leur bon gré.

    XVI.

    Les officiers de la Confrerie seront changez tous les ans au Chapitre general, qui se tiendra le jour le plus proche des calendes de septembre, non empesché par quelque feste.

    XVII.

    Le premier et principal officier, et en quelque sorte le chef, sera nommé Prieur, et on le prendra tousjours du corps de l’eglise cathedrale, autant que faire se pourra. Luy seul, de tous les Confreres, portera le surplis dans l’oratoire, dans les processions, les assemblées et les autres actions publiques, où il aura partout la preeminence. Sa charge sera de commencer les divins offices, de reciter les prieres et oraysons publiques, de marcher tout seul après la procession entre les deux assesseurs de la Confrerie, de donner la bénédiction du Sainct-Sacrement dans l’oratoire, de marquer ceux qui celebreront des messes ordinaires et extraordinaires, d’eslire les directeurs des processions et les chantres, de deputer les visiteurs des malades et des prisonniers, et ceux qui seront chargez d’accommoder les différends, de recevoir ceux qui voudront entrer dans la compaignie, de faire la paix, concilier les ennemys et terminer les procez, de convoquer les assemblées extraordinaires, d’y presider et recueillir les voix, entre lesquelles la sienne en vaudra deux. Tous les Confreres, de quelque condition qu’ils soient, doivent luy porter honneur, reverence et obeyssance. Il aymera la justice, et fera le jugement; enfin, quand il y aura une cause légitimé, il pourra substituer un autre chanoine, qui portera le nom de sous-prieur.

    XVIII.

    Les assesseurs assisteront le Prieur en tout ce qui sera nécessaire, toutesfois avec l’habit de la Gonfrerie ; et dans les processions, chacun d’eux portera le baston de pèlerin, marchant le premier à la droicle, et le second à la gauche du Prieur.

    XIX.

    Le tresorier recevra l’argent que les Confreres offriront à leur reception et en d’autres occasions; il fera le recouvrement des legs, fournira tout ce qui sera nécessaire, tant pour le service divin que pour le secours des pauvres et des malades, et pour l’administration des choses temporelles, toutesfois par un ordre spécial du Prieur, qui soit signé de sa propre main; et il rendra compte au bout de l’an de tout ce qu’il aura receu et despensé.

    XX.

    Le secretaire escrira les actes, ordonnances, et délibérations de la Confrerie, et fera toutes les autres choses qui seront jugées par la Congrégation estre de sa charge.

    XXI.

    Oultre cela, il y aura douze conseillers, en partie clercs, en partie laïcs, entre lesquels seront le Prieur, les assesseurs, le tresorier, et le secretaire de la precedente année.

    XXII.

    Si par hasard on avoit de la peine à se déterminer sur quelque affaire difficile et de grande importance, on s’addressera au Chapitre de l’eglise cathedrale ; et tout ce qui sera résolu en iceluy tiendra absolument et sera observé par tous les Confreres, etc.

    Voilà les chefs principaux des Statuts et Règlements de la Confrerie erigée en la ville d’Annecy par M. de Sales, prevost de l'eglise de Geneve, au bas desquels ont signé comme tesmoins dans l'acte,

    Jean Choppel, Michel Servant, Jacques Chappe, près très; Jeaa Gui ch on, notaire public; François de Sales, prevost de Geneve, Jean Tissot, protonotaire apostolique.

    Jean Coppier, Loüys de Sales, Loüys Reydet, François de Chissé, François de Rouys, Charles-Loüys Pernet, Jacques Bally, Charles Grosset, Jean Portier, Anthoine Bochut, Estienne de la Combe, Claude d’Angeville, Janus Regard, EustacheMuGNiER, Jacques Brunet, Jean Deage, Jean d’Eloyse, tous chanoines de l’eglise cathedrale, les onze autres estant absens.

    Cet acte fut aussi receu soiemneilement par Loüys de la Pallud, notaire public par authorité apostolique, confirmé et appreuvé par messire Claude de Granier, evesque et prince de Geneve.

    Ceste Confrerie commença ses exercices le jour de l’Exaltation de la Saincte Croix1, du mesme mois de septembre 1593, avec une solemnitê et une magnificence extraordinaire. Il y eut une excellente musique, et monseigneur l’evesque y officia pontificalement au Salut, où il donna la Bénédiction du Sainct-Sacrement. Tout le peuple qui eut le bonheur d’assister à cette ceremonie, en marqua une extreme joye, et on ne sçauroit dire le bien que cest establissement a fait dans toute la Savoye. Le sainct ecclesiastique François en ayant esté le promoteur et le fondateur, en fut aussi le premier Prieur, et il se rendit en tout admirable. Le samedy des Quatre-tems suivant2 il fut promu à Tordre de diacre; trois mois après, c’est-à-dire le troisiesme dimanche de TA vent3, il fut fait prestre, et le jour de S. Thomas4 il chanta sa premiere messe.

    DESCRIPTION DU MONT DE VOIRON,

    Source du texte : Bibliothèque Saint Libère

    Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.

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