Règlement pour les filles et femmes pénitentes · Saint Jean Eudes
Chapitre I : De leur réception
Comme cette Communauté, dont le corps n'est composé que de Filles et Femmes veuves, dont la vie est sans reproche, n'est érigée que pour y recevoir les filles et femmes qui, étant tombées dans le péché déshonnête, s'en veulent retirer pour se convertir à Dieu, on y recevra autant que la commodité de la maison le permettra toutes celles qui s'y présenteront, pourvu qu'on reconnaisse en elles les qualités suivantes:
1. Qu'elles paraissent touchées de Dieu, et veuillent se convertir.
2. Qu'elles entrent volontairement dans la dite maison: car on n'y en recevra aucune par force, ni par contrainte.
3. Qu'on n'ait aucun doute qu'elles soient grosses, ou infectées de maladie qui pût causer du mal aux autres.
Const. de la Visit., à la fin.
164 Dans l'édition de 1737, ce Règlement est reporté après le Directoire spirituel.
165 Le commencement de ce chapitre est supprimé dans l'édition de 1737. Il a été reporté à la fin de la Constit. I.
Quand elles seront dans le Monastère, on les tiendra séparées pendant quelque temps des autres entrer, et s'il n'y a rien en elles qui les puisse empêcher d'être mises parmi les autres.
Pendant qu'elles seront dans le Monastère, elles garderont parfaitement la clôture.
On ne permettra point à aucune personne du dehors, qui soit suspecte, soit homme, soit femme, de leur parler, non pas même à leurs parents. Elles auront leur réfectoire, dortoir, chapelle, jardin, cour et tout le reste entièrement séparé des Religieuses par une muraille, dans laquelle sera posé un tour, par lequel on leur passera ce qui sera nécessaire pour le boire et le manger, et autres nécessités: de sorte que, quoiqu'elles soient dans un même Monastère, elles n'auront aucune communication avec les Religieuses, sinon avec celles qui les gouverneront, ainsi qu'on verra ci-après.
Il y aura une porte en cette muraille, par laquelle deux Religieuses, par l'ordre de la Supérieure, entreront tous les matins au lieu où seront les Pénitentes, pour être avec elles durant le jour, dans une salle où elles seront toutes ensemble, afin de veiller sur leurs déportements, de les faire prier Dieu, et de leur faire quelques lectures spirituelles aux heures qui seront marquées, et de les obliger à travailler le reste du temps. Puis le soir, après les prières et l'examen, les Pénitentes se retireront dans leurs cellules, et les deux Religieuses fermeront la porte de la dite muraille, et en porteront la clef à la Supérieure, puis elles se retireront dans leur chambre qui doit être joignant l'appartement des Pénitentes, et en laquelle il doit y avoir une porte, dont les Religieuses garderont la clef, afin de pouvoir entrer dans leur Dortoir, s'il arrivait quelque accident.
De plus il doit y avoir, dans la même chambre, une petite fenêtre grillée fermant du côté des Religieuses, et une lampe allumée vis-à-vis d'une image de la sainte Vierge, laquelle image sera dans le Dortoir des Pénitentes, à l'opposite de la grille.
Si la Supérieure juge à propos, la Maîtresse pourra garder la clef le long du jour, pour entrer et sortir elle et sa compagne, quand il en sera besoin.
Entre les Religieuses, on choisira les plus anciennes d'âge et de moeurs, pour les envoyer durant le jour avec les Pénitentes, et il ne sera point loisible à d'autres d'y entrer que par l'ordre de la Supérieure.
Et on n'y enverra pas toujours les mêmes, mais on changera tantôt l'une des deux, tantôt l'autre, pour une plus grande sûreté.
S'il y a quelqu'une des Pénitentes qui soit suspecte, on l'enfermera à la clef dans une cellule pendant la nuit.
Elles 166 rendront toute sorte de respect et d'obéissance à leurs Maîtresses, c'est-à-dire aux Religieuses qui les gouverneront, les regardant et honorant comme personnes qui leur tiennent la place du Sauveur, et qui coopèrent avec lui au salut de leurs âmes.
Lorsqu'elles entreront dans la maison, on fera un mémoire de toutes les hardes et meubles qu'elles y apporteront, qu'on leur fera signer.
Étant entrées, elles quitteront tous les apanages de la vanité, et on fera en sorte qu'elles soient toutes habillées simplement et modestement.
Elles n'entreront point dans les cellules les unes des autres sans permission.
On pourra avoir en la maison quelque honnête veuve ou fille déjà âgée et de bonne vie, qui soit résolue d'y demeurer toujours, pour aider à les gouverner, laquelle couchera dans leur dortoir, afin de veiller sur elles en l'absence des Maîtresses, et qui aura aussi la liberté de sortir du Monastère, pour aller chercher du travail, et reporter celui qu'elles auront fait.
Source du texte : Bibliothèque Saint Libère
Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.