Léon XIV, pape augustinien · Lire saint Augustin →

    Règlement de la Société du très saint Cœur de la Mère admirable · Saint Jean Eudes

    Première partie

    Chapitre II : L'Ordre qui doit être gardé dans la Société

    Cette Société sera sujette à l'autorité et à la juridiction de Monseigneur l'Illustrissime et Révérendissime Évêque diocésain, duquel il sera nécessaire d'avoir la permission et l'approbation, ou de son grand-vicaire, tant pour l'érection de la dite Société dans son diocèse, que pour les règlements qu'on y pratiquera 1.

    Le Supérieur général de la Congrégation de Jésus et Marie, sera le premier Supérieur de toutes les Sociétés établies dans les différents diocèses; et chaque Supérieur particulier aura la direction des Sociétés dans le diocèse où se trouve son Séminaire ___________________

    Ce sont les conditions requises par le droit ecclésiastique pour qu'une Association de ce genre soit canoniquement érigée dans un diocèse.

    Si, pour quelque raison, il ne peut pas en prendre la conduite, il la donnera à un Prêtre de sa communauté, qu'il jugera propre pour cela. Si, dans les lieux où il n'y a point de Séminaire, on établit la Société, il faudra avoir recours au Supérieur du Séminaire le plus proche, qui en donnera la direction à quelque bon Prêtre du lieu ou des environs, qui ne fera rien de conséquence dans la Société, sans le lui communiquer.

    Il n'y aura que le Supérieur général ou les Supérieurs des maisons de la dite Congrégation, qui pourront faire ce choix et accorder ces pouvoirs à celui-là seul qui sera choisi, sans qu'il soit permis à d'autres de les exercer 1.

    L'Ecclésiastique choisi pour cet emploi doit avoir plusieurs bonnes qualités, et entre autres, que ce soit un homme éloigné des maximes du monde, instruit dans la science et la pratique de l'oraison, habile dans les voies de l'esprit et de la vie intérieure, et qui sache faire le discernement des âmes qui seront propres pour cette Société.

    Ce sera lui seul qui recevra les postulants et les postulantes, après avoir pris les voix des Frères ou des Soeurs qui seront déjà associés. Ce sera lui seul aussi qui bénira les habits, sans qu'aucun autre ecclésiastique, quoiqu'il soit de la Société, puisse ou recevoir personne, ou bénir aucun habit, sans un pouvoir exprès des Supérieurs, qu'ils n'accorderont pas facilement à cause de la confusion qui en arriverait si le recours aux dignes successeurs du Père Eudes devenait impossible il faudrait, dans ce cas, s'adresser immédiatement aux Supérieurs ecclésiastiques, pour la nomination des Supérieurs de la Société, qui, tous ensemble, s'accorderaient à choisir un Supérieur général, si cette mesure paraissait nécessaire.

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    Jusqu'à plus ample approbation du Souverain-Pontife, ces dispositions ne peuvent être suivies qu'avec l'agrément des Évêques, qui ont le droit de mettre à la tête de la Société, chacun dans leur diocèse, un Prêtre de leur choix.

    CHAPITRE III.--Des personnes qui composent la Société; des fonctions de la Supérieure et de l'Assistante; des assemblées.

    La Société sera composée de deux corps: l'un d'hommes tant ecclésiastiques que laïques; l'autre de veuves et de filles. Ces deux corps auront le même Directeur, qui les assemblera chaque mois, séparément et à des jours différents.

    Nous parlerons dans ce recueil, spécialement des Soeurs, comme formant le corps le plus nombreux, quoique tous les règlements conviennent également aux Frères, qui, par conséquent, doivent se les appliquer et s'y rendre fidèles.

    Il y aura une Supérieure et une Assistante 1, qui seront élues après la sainte Messe qui sera célébrée pour ce sujet. Cette élection se fera à la pluralité des suffrages, en présence du Directeur qui aura deux voix.

    La Supérieure et l'Assistante seront continuées autant de temps que le Directeur le jugera convenable 2.

    L'office de la Supérieure sera:

    1. De veiller sur ses Soeurs, de les porter de plus en plus à la perfection, et de conserver entre elles l'union qui doit y régner. Pour cet effet, elle les visitera toutes une fois par mois, si ce n'est que le nombre en fût trop grand.

    2. D'avertir charitablement celles qui se relâcheraient de la fidélité aux règlements, d'apporter à ce mal les remèdes les plus efficaces, et d'en conférer avec le Directeur, s'il est nécessaire, pour prendre avec lui les moyens les plus propres pour réussir.

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    Les Manuels de Normandie y ajoutent une Zélatrice et quelques Conseillères: la Zélatrice, pour instruire et former les Postulantes; les Conseillères pour veiller sur les Soeurs dans les différents quartiers de la ville ou du pays. Le Manuel de Caen, 1802, ajoute encore une Lectrice, une Sacristine, une Bibliothécaire, une Portière. La Zélatrice ou seconde Assistante est élue à la pluralité des voix; les Conseillères et autres officières sont choisies par la Supérieure et ses Assistantes.

    «On pourra la changer (la Supérieure) de trois ans en trois ans, ou la continuer si on se trouve bien de son gouvernement. » Manuel de Caen, 1757.

    3. S'il arrivait quelque division entre les Soeurs, de les remettre bien ensemble au plus tôt.

    4. D'avoir soin que les malades de la Société soient visitées, en nommant pour cela les Soeurs les plus propres à remplir ce devoir.

    5. De les faire visiter par le Directeur, et de procurer qu'il soit présent à leur mort avec leur Pasteur.

    6. De faire observer le Règlement, de porter chacune des Soeurs à le lire souvent, à en étudier l'esprit; d'en instruire celles qui ne le sont pas, ou qui ne savent pas lire, leur en faisant faire la lecture pour leur utilité et consolation.

    7. De faire assembler les Associées, outre les temps marqués ci-après, quand il sera à propos, et le tout par l'avis du Directeur.

    L'office de l'Assistante sera:

    l. D'examiner soigneusement, mais secrètement, la vie et la conduite des personnes qui se présenteront pour être reçues, et en faire son rapport à la Supérieure et au Directeur, qui jugeront si elles doivent être proposées à la Société.

    2. D'instruire de leurs devoirs les personnes qui devront être reçues 3. De garder les aumônes des Soeurs pour les distribuer aux pauvres de la Société, ou, s'il n'y en point dans la Société, à quelque autre personne dans le besoin. On célèbre une Messe chaque mois, en l'honneur du très saint Coeur de la bienheureuse Vierge, dans l'église du Séminaire, s'il y en a un dans le lieu où la Société est établie, sinon, dans une communauté, comme serait celle de N.-D. de Charité, qui doit être préférée à toute autre, ou dans l'église paroissiale, ou enfin dans quelque chapelle de dévotion qui soit proche.

    On fera une assemblée chaque mois, à laquelle le Directeur présidera !, et qui commencera et finira par les mêmes prières ___________________

    «Dans la maison de la Supérieure, ou dans celle de quelqu'un de la Société qui sera la plus commode. » Ces paroles se trouvent dans plusieurs éditions du Manuel de Bretagne.

    Quand les réunions se font dans une chapelle ou dans un oratoire, il est à désirer que les Associés puissent se voir ensuite plus intimement, à la sacristie ou dans un autre lieu, pour causer

    fraternellement et s'entendre sur les oeuvres et les intérêts de la société.

    que les Soeurs doivent réciter chaque jour. L'Assistante lira le Règlement en entier ou en partie, et le Directeur fera un petit entretien familier sur chacune des vertus, l'une après l'autre, que doivent avoir les Associées, ou sur quelque autre matière qui les regarde. On y délibérera sur les choses qui intéressent la Société 2.

    C'est dans ces assemblées qu'on donnera aux postulantes 3 l'habit, que l'Assistante aura eu soin de faire bénir par le Directeur, qui leur fera auparavant un petit entretien sur le bonheur de l'engagement qu'elles vont contracter de servir plus parfaitement la Reine des Anges. Ensuite il leur fera prononcer tout haut, en présence des Soeurs professes, la protestation de garder les Règlements, qui se trouve au chapitre XV et l'élévation qui est à la suite 4 ; puis il dira le Te Deum, et la personne nouvellement associée ira embrasser toutes les Soeurs 5.

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    Celles du chap. XVI. Le Manuel d'Avranches indique des prières spéciales pour les réunions. Au commencement: Veni Creator, Ave Cor, alternativement avec le Directeur; le chapelet du Saint Coeur de Marie à deux choeurs; les Litanies de Notre-Dame; la prière pour demander de bons Prêtres; trois Ave Maria pour les confesseurs, les bienfaiteurs et les malades; le De Profundis; la prière pour les nécessités publiques et pour le roi. A la fin: Sub Tuum, trois fois Monstra te esse Matrem; Benedictum sit Cor; Nos cum prole pia.

    «Dans ces assemblées, on donnera les Sentences du mois, et on proposera les sujets qui désireraient entrer en la Société, mais en leur absence... On y arrêtera aussi le jour de leur réception. " Avranches, ch. 3, p.7; Caen, 1802, ch. 6, p. 19.

    A la fin de leur année de postulat ou de probation. Au XIXe siècle l'usage s'est introduit en plusieurs lieux, de distinguer, comme dans les communautés religieuses, postulat, noviciat, et réception définitive ou profession, et de donner l'habit après quelques mois de postulat, réservant les autres insignes (coeur, anneau et crucifix) à la réception définitive. C'est à tort, croyons-nous.

    Dans la pensée du P. Eudes, et d'après tous les anciens Manuels, c'est l'imposition de la tunique et de la ceinture qui constitue la réception dans la Société et elle doit être précédée d'une année de postulat sans autre épreuve.

    Les Manuels d'Avranches et de Caen 1757, n'ont point la Protestation de garder les Règlements.

    En revanche, tous les Manuels indiquent l'Élévation comme devant être récitée par le récipiendaire. Cette élévation, qui est évidemment du vén. P. Eudes, paraît bien avoir été, dès le principe la vraie formule de réception.

    «Il (le récipiendaire) prononcera l'élévation à la sainte Vierge d'un ton ferme et d'une voix distincte. Il baisera ensuite la terre. Après quoi, durant le Te Deum, si c'est un Frère, il embrassera les autres qui lui diront: «Aimons-nous: R. Comme Jésus et Marie nous ont aimés.

    Si c'est une Soeur, elle ira embrasser les Soeurs, qui lui diront: Aimons-nous, ma chère Soeur; à quoi elle répondra: Comme Jésus et Marie nous ont aimées. Ensuite on écrira son nom dans le

    livre des Associés, avec le jour et l'année de sa réception » Avranches, p. 12.

    Outre les assemblées de chaque mois, on en fera une chaque année, dans un des jours de l'octave du Coeur de la très sainte Vierge. Alors, après que le Directeur aura fait un petit entretien sur l'obligation qu'ont les Associées d'aimer, d'honorer et de servir ce sacré Coeur, chaque personne de la Société renouvellera, l'une après l'autre la donation qu'elle lui a faite de soi-même dans le jour de sa réception 1. Si quelqu'une des Soeurs se relâche notablement, ou tombe dans quelque défaut considérable, dont elle ne veuille pas se corriger, après en avoir été avertie trois fois par la Supérieure, et une fois par le Directeur, elle sera retranchée de l'assemblée, et le Directeur ne bénira plus d'habits pour elle.

    Que si, après avoir été retranchée, reconnaissant sa faute, elle demande à rentrer, on la laissera postuler pendant un an, et on se comportera à son égard comme si elle n'avait point encore été reçue. La première fois qu'elle rentrera dans l'assemblée, elle demandera humblement pardon du mauvais exemple qu'elle a donné, se reconnaîtra indigne d'être reçue, et fera quelque acte d'humilité selon la prudence du Directeur.

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    «Dans cette assemblée... on distribuera les billets des vertus du Coeur de la Mère de Dieu. »

    Ibid., p. 7. Le Manuel d'Avranches et celui de Caen 1802, indiquent trois autres assemblées annuelles: une pour se préparer à la fête du Sacré Coeur de Jésus, une autre à l'Épiphanie, pour renouveler les promesses du baptême; et la troisième, à la fête de la Présentation, pour renouveler sa donation à la sainte Vierge. La réunion qu'ils indiquent à l'occasion de la fête du saint Coeur de Marie, n'a pour but que de s'y préparer. Cf. Avranches, ch 3, p. 7; Caen, 1802, ch. 6, p. 19.

    CHAPITRE IV.--Quelles qualités doivent avoir les personnes qui demandent à être reçues dans la Société.

    Plusieurs personnes d'une éminente piété ont conçu une si haute idée de cette petite Société, qu'elles disaient hautement ne demander qu'avec confusion la grâce d'y être reçues, s'estimant assez heureuses d'avoir seulement la permission de soupirer après ce cher bien toute leur vie, pourvu qu'elles eussent le bonheur d'y être reçues avant leur mort.

    On n'admettra pas dans la Société toutes celles qui se présenteront; mais on aura toujours une grande délicatesse sur la réception des sujets 1.

    Toutes les personnes qu'on recevra doivent tendre à la plus grande perfection, et être dans la disposition de tout faire pour y parvenir. On n'en proposera ni admettra aucune, qui ne soit d'une vie irréprochable, c'est-à-dire qui ait été mondaine, et qui ait donné quelques sujets de soupçon ou de scandale, non plus que celles qui auraient quelque défaut ou quelque habitude considérable qu'elles ne voulussent pas travailler à détruire, d'abord qu'elles aspirent à cette Société.

    Comme il vaut beaucoup mieux en recevoir peu, afin de ne pas rendre méprisable et indifférente une chose, qui, étant exactement observée, attire sur les sujets mille bénédictions, comme l'expérience l'a fait voir, on n'y admettra point celles qui ne font que commencer à vouloir se donner à Dieu, y ayant lieu de douter de leur persévérance. On ne s'arrêtera pas même en ce point au témoignage de leur Confesseur, mais on les laissera postuler tout au moins un an, pendant lequel temps on examinera leur vertu; et si, après ce temps, on les juge propres, on les proposera à l'assemblée, et on les recevra, si elles ont plus de la moitié des voix.

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    «On n'y admet que les personnes d'une conduite régulière et d'une vertu éprouvée, et qui puissent faire honneur à la société par la solidité de leur piété.» Avranches, ch.1, page 2; Caen,1757, ch.2, p. 8. «On ne doit point en fixer le nombre, mais il faut les bien choisir. » Avranches, p. 3. Si le Directeur et les Associés trouvent que cette épreuve d'un an n'est pas suffisante, on la prolongera autant de temps qu'ils jugeront convenable.

    On n'offrira à aucune personne l'entrée de la Société, spécialement à celles qui veulent accommoder le monde et la dévotion ensemble; mais quand on connaîtra quelque sujet capable, l'Assistant ou l'Assistante l'éprouvera, sans lui en rien témoigner; ensuite l'on communiquera le dessein que l'on aura pour cette personne au Directeur de la Société, et alors, s'il le permet, on lui en parlera. On ne recevra point de personnes de haut rang, qui ne soient depuis longtemps dans la pratique d'une haute piété; car il est rare que les personnes qui vivent dans l'éclat soient dans la pratique constante d'une vraie dévotion, et dans la liberté et la volonté de se conformer aux autres en tout ce qui est marqué dans ce Règlement, dont nul cependant ne sera dispensé.

    Il faut que les personnes qui se présenteront pour être reçues n'aient pas moins de vingt-cinq ans, qu'elles soient libres, ou que ceux de qui elles dépendent y consentent, afin qu'elles puissent pratiquer avec une entière liberté les choses portées par ce Règlement; autrement, elles ne seront point admises, quelque raison qu'elles puissent alléguer.

    Les postulantes commenceront à s'habiller comme celles de la Société 1, un an avant que d'être reçues, afin que l'on puisse juger de leur fermeté au service de Dieu, contre tous les respects humains; et la première question qu'on leur fera avant que de leur expliquer l'esprit de la Société, sera si elles sont entièrement déterminées à faire toute leur vie une profession particulière de continence et de chasteté, et à ne penser jamais au mariage; car si elles n'en ont pas une résolution ferme, elles ne conviennent pas à la Société, et il ne faut pas les recevoir.

    On ne recevra que rarement des personnes des tiers-ordres, à moins qu'elles n'aient des dispositions tout extraordinaires, et particulièrement une très grande soumission d'esprit, de peur ____________________

    «Cela veut dire qu'elles supprimeront tout ce qui est mondain ou superfluité dans leur costume et cela ne doit nullement s'entendre du saint habit, dont elles ne doivent recevoir aucune pièce qu'à la fin du noviciat, le jour où elles font l'acte de leur consécration. » Commentaire de M.

    Souchet dans le Livre des Vierges et des pieuses Veuves, p. 123.

    d'exposer l'une ou l'autre de ces deux Sociétés à être négligée, et spécialement la nôtre, dont les enfants, conservant toujours beaucoup d'estime pour les autres associations qui se font dans l'Église, auront pourtant plus d'affection pour celle-ci que pour les autres, puisque la dévotion au saint Coeur de la bienheureuse Vierge est une des plus aimables dévotions qui soient dans l'Église.

    Celles qui demanderont d'être associées se feront premièrement enregistrer dans quelque Confrérie du sacré Coeur approuvée par N. S.-P. le Pape, afin de gagner les Indulgences et de profiter des grâces attachées à cette Confrérie 1.

    On ne recevra aucunes personnes qu'elles n'aient un Confesseur capable, en qui elles aient une entière confiance; et on tâchera, autant que faire se pourra qu'il soit de la Société, afin qu'il entre mieux dans les pratiques qui y sont prescrites. Il faudra disposer la personne reçue pour être associée, par une retraite de huit jours, ou tout au moins de trois, que le Directeur ou son Confesseur ordinaire, ou bien la Supérieure pourra lui faire faire; et le jour de la réception, elle communiera, et tous les Associés aussi, à son intention, à la Messe qui sera dite pour elle; et on demandera à Jésus et à Marie qu'elle soit selon leur Coeurs.

    CHAPITRE V.--De l'amour que les Associés doivent avoir pour Dieu, à l'exemple de leur bonne Mère 2.

    Comme la vertu principale du Coeur de la très sainte Vierge a été l'amour de Dieu, et qu'il y a eu dans ce sacré Coeur plus d'amour que dans tous les coeurs des pures créatures, les Soeurs s'appliqueront à l'acquérir, le conserver et l'augmenter. _____________________

    Voir ce que nous avons dit ci-dessus, page 623.

    «Les Enfants du Coeur de la sainte Vierge ignoreraient leurs devoirs si elles les faisaient consister en certaines dévotions extérieures. Ils doivent les mettre dans une fidèle imitation des vertus qu'ils admirent dans un si beau modèle, et se regarder sans cesse dans ce miroir sans tâche. » Avranches, ch. 5, p. 12. Caen, ch 6. p. 16.

    Elles prendront bien garde de ne pas faire consister leur amour dans certains sentiments, qui sont plutôt un effet de la nature et du tempérament que de la grâce, mais bien dans l'éloignement des moindres petites fautes volontaires 1, et dans la pratique de ce qu'elles croiront le plus parfait et le plus agréable à Dieu.

    Elles s'uniront beaucoup à lui par l'exercice de l'oraison 2, et tâcheront de la faire dans l'union aux dispositions du sacré Coeur de la sainte Vierge; et pour y bien réussir, elles se formeront à la vie intérieure, s'habituant à rentrer fréquemment en elles-mêmes, et faisant chacune de leurs actions dans quelque vue chrétienne, et par quelque motif de foi.

    La sainte Communion étant le lien qui nous unit plus fortement et plus intimement à Dieu, puisque nous y sommes transformés en lui, comme Notre-Seigneur le dit un jour à saint Augustin, elles s'en approcheront les Dimanches et les Fêtes, et autant de fois que leur Confesseur voudra bien le leur permettre.

    Elles auront pour la croix les sentiments d'amour et de tendresse qui étaient dans le Coeur de la sainte Vierge; et quand Dieu leur en enverra quelques-unes, elles se mettront à genoux pour l'en remercier, et pour le prier de leur accorder la grâce d'en faire un saint usage pour sa gloire et pour leur salut.

    Elles se détacheront de tout, ne se liant à quoi que ce soit, ni aux personnes, ni aux choses, quelques bonnes qu'elles soient; mais elles tâcheront de vivre dans un éloignement et une indifférence générale de tout ce qui n'est point Dieu. On doit bien prendre garde à ce point, comme étant un des plus importants pour la perfection, qui ne saurait souffrir de partage dans le coeur.

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    «Leur premier soin doit être de veiller continuellement à la garde de leur coeur, pour empêcher que le péché véniel de propos délibéré n'y ait pas plus d'accès que le mortel, et se conserver ainsi dans une exacte pureté de moeurs, qui puisse représenter l'horreur infinie que la sainte Vierge a eue pour ce monstre qui doit faire trembler une servante de Dieu. » Avranches, p. 13; Caen, p. 17.

    Plusieurs éditions du Manuel de Bretagne contiennent cette addition: «auquel elles emploieront une heure chaque jour, si elles le peuvent. » C'était la pratique et la recommandation du Vén. P.

    Eudes.

    Elles seront insensibles à tout, excepté au pur intérêt de la gloire de Dieu, qu'elles tâcheront de procurer, autant qu'elles le pourront, selon leur état; et, entre autres pratiques, elles ne manqueront jamais, quand elles verront ou entendront que Dieu est offensé, de rentrer en elles-mêmes pour en former des actes de douleur, et d'en faire la correction douce et charitable aux personnes, si elles voient qu'elles en doivent profiter.

    Elles auront une grande conformité à la divine Volonté dans tous les évènements de la vie, et surtout dans les différentes dispositions où leur coeur se trouvera dans les voies de la grâce, disant souvent ce beau mot sorti de la bouche de leur bonne Mère: Fiat, Qu'il me soit fait selon votre volonté.

    CHAPITRE VI.--De la Charité que les Associés doivent avoir pour le prochain, et de l'union qui doit être entre eux.

    On a dit, dans le premier chapitre de ce Règlement, que le Coeur de la très sainte Vierge était un Coeur plein de charité pour nous. Cette ardente charité est la règle de celle que toutes les Soeurs doivent avoir pour le prochain, et spécialement entre elles 1.

    Elles seront toutes d'un esprit honnête et civil, sans avoir rien de rude ni d'amer pour les personnes qui auront à traiter avec elles, recevant et renvoyant toujours gracieusement chacun. Elles en agiront de cette manière particulièrement envers les personnes avec qui elles demeurent, comme père, mère, frères, soeurs et domestiques; faisant en sorte de con- ____________________

    «Il faut qu'à l'exemple de leur bonne Mère, elles embrassent les intérêts de leur prochain comme elles font les leurs, et qu'elles recommandent à Dieu avec ferveur, dans leurs prières, communions et autres exercices de religion, les besoins de la sainte Église, et qu'elles demandent à Dieu la sainteté du Clergé, la régularité pour les personnes engagées dans la profession religieuse, la correction des moeurs pour les pécheurs, la ferveur pour les tièdes, la persévérance pour les justes, et la parfaite tranquillité de l'État.» Avranches, ch. 5, p. 18; Caen, 1757, ch. 6, p. 20.

    tenter tout le monde, et que personne ne se plaigne d'elles. Que s'il leur arrive de commettre quelque faute contre la douceur et la charité, elles la répareront tout aussitôt.

    Elles ne laisseront passer aucune occasion d'exercer les oeuvres de miséricorde, tant spirituelles que corporelles, autant que les circonstances le permettront; par exemple de visiter les malades, d'ensevelir les morts, d'enseigner les ignorants, entre autres leurs domestiques. Mais le principal emploi auquel elles s'appliqueront sera de réconcilier ceux ou celles qu'elles connaîtront être mal ensemble 1.

    Si elles doivent avoir tant de charité envers les étrangers, combien faut-il que soit grande l'union qui doit être entre elles 2. Toutes les personnes de la Société auront l'une pour l'autre beaucoup d'ouverture de coeur et de cordialité, en sorte qu'on voie le premier esprit du Christianisme renouvelé en elles. Pour ce sujet, on ne recevra personne dans la Société, sans en parler premièrement à celles qui seront déjà associées, n'y en eût-il que trois, et sans avoir le consentement de la plus grande partie.

    On ne négligera ni méprisera aucun sujet de la Société, pour ___________________

    «Une autre de leurs dévotions doit être d'attirer au service de Dieu et de la sainte Vierge, le plus d'âmes qu'elles pourront, surtout les enfants, en travaillant à leur inspirer une forte aversion pour tout ce qui pourrait choquer la pudeur et la modestie, et les portant à une solide piété et à l'amour de la vertu; et quand elles en trouveront qui ignorent le catéchisme, elles ne pourront rien faire de plus agréable à la divine Majesté que de les en instruire, et leur apprendre la manière de faire leurs prières matin et soir, et d'approcher des Sacrements de la Pénitence et de l'Eucharistie. »

    Avranches, ch. 5, p 20; Caen, 1757, ch. 6, p. 21.

    «En se saluant, elles se traiteront de Soeurs quand elles seront seules ou avec leurs compagnes, et elles agiront entre elles avec une vraie cordialité, évitant cependant ce qui sent les puérilités et légèretés d'une âme sensuelle; car l'amour des Associés doit être noble et éclairé, et leur faire aimer dans leurs Soeurs ce que Dieu y a mis de vrai mérite, c'est-à-dire la vertu, l'humilité, la pudeur, la modestie, la douceur, la religion, la mortification et la patience. » Avranches, ch. 5, p.

    14; Caen, 1757, ch. 6, p. 17.

    «Par une suite de cette amitié toute spirituelle, elles doivent s'édifier réciproquement, ne souffrant aucun défaut considérable sans y remédier, par elles-mêmes ou par le ministère de leurs Soeurs

    ou de leur Directeur, en prenant toutes les mesures de la prudence. » Ibid.

    abject et méprisable qu'il puisse être selon le monde et la nature. Il suffit qu'on soit tous enfants d'un même Père et d'une même Mère pour être tous traités d'une même manière et avec une égale charité. C'est pourquoi on ne se cachera rien les unes aux autres de tout ce qui regarde la Société.

    Il y aura tant de liaison entre les Soeurs, qu'elles participeront non seulement aux prières les unes des autres, mais encore à tout le bien qu'elles feront.

    Elles prendront bien garde de ne pas se laisser surprendre à l'esprit de jalousie qui se glisse quelquefois parmi les personnes qui pratiquent la dévotion, et qui est la peste de la vraie charité, un principe de désunion et la source de mille inquiétudes. Elles s'assisteront réciproquemment dans leurs besoins, tant spirituels que corporels. Surtout, quand il y en aura quelqu'une de malade, on la visitera assidûment selon l'ordre de la Supérieure, la soulageant de toutes les manières possibles 1.

    Quand le bon Dieu disposera de quelque personne de la Société, le Directeur célébrera la sainte Messe pour le repos de son âme, ou toutes les autres communieront; et, pendant un mois, elles réciteront tous les jours le saint rosaire, ou tout au moins le chapelet, et offriront les communions qu'on leur permettra de faire pendant le mois, pour cette même intention; et le Directeur le fera savoir aux autres Sociétés établies dans les lieux de sa connaissance, afin qu'on communie et qu'on prie pour la personne défunte.

    On doublera ces pratiques à la mort du Directeur et de la Supérieure.

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    «La charité dont la Société fait profession doit paraître principalement dans les peines et afflictions qui pourraient arriver, et qu'on doit aider à supporter par des discours et des visites de consolation, par des prières ferventes, accompagnées de quelques pénitences du nombre de celles qu'on a coutume de pratiquer, en les appliquant à cette intention. » Avranches, ch. 6, p. 17; Caen, 1757, ch. 6, p. 19.

    CHAPITRE VII.--De la Chasteté dans laquelle doivent vivre les Associés, et des moyens dont ils se serviront pour cela.

    La pureté du Coeur de la très sainte Vierge ne saurait rien souffrir d'impur. Cette vertu est la vertu favorite, qui a attiré les regards de Dieu sur elle. C'est pourquoi les personnes qui seront dans la Société de son sacré Coeur, feront une profession particulière de continence et de chasteté; et si elles n'y sont pas engagées par voeu, au moins elles ne penseront jamais au mariage. Pour ce sujet, elles auront toujours beaucoup de soin de veiller sur tous leurs sens, tant intérieurs qu'extérieurs, spécialement sur leurs yeux, ne les tournant jamais de côté ni d'autre que dans la nécessité; mais elles marcheront toujours dans une grande modestie, ayant toujours la vue baissée, autant que les bienséances le permettront 1.

    Elles éviteront la conversation des personnes d'un sexe différent, se ressouvenant du trouble qu'éprouva la sainte Vierge à la voix même d'un Ange. Quand elles seront obligées de s'y trouver, ce sera le plus rarement et le plus brièvement possible, et jamais seule à seul. Elles ne hanteront pas même toutes sortes de femmes, surtout celles qui pourraient leur tenir des discours propres à faire entrer dans leur esprit quelque chose de contraire à la pureté, mais seulement celles qui mènent dans le monde une vie d'exemple et d'édification.

    Elles auront soin d'éviter les repas publics, et principalement ____________________

    «Elles ne peuvent trop observer toutes les règles d'une rare modestie, et telle que les Anges la garderaient s'ils nous honoraient sensiblement de leur présence, puisqu'elles doivent paraître comme des Anges, et porter en tous lieux le parfum de la pureté. Pour n'y manquer jamais en public, elles doivent s'y accoutumer en leur particulier, se souvenant de la sainteté de leur Ange gardien, et du Dieu des Anges qui demeure dans leurs personnes. » Avranches, ch. 5, p. 14; Caen, 1757, ch. 6; p. 17. «La garde des yeux, l'amour de la retraite, la retenue de la langue et une aimable simplicité dans les habits, sont de trop puissants secours pour procurer et entretenir la pureté de coeur, sans qu'il soit besoin d'en dire davantage. » Ibid.

    les festins de noces et de baptêmes, comme peu convenables à leur état; ne refusant pourtant pas d'assister quelquefois à ceux de leur famille où elles seront honnêtement invitées, et dont elles ne pourraient se dispenser sans que les gens les plus réglés y trouvassent à redire, et autant que cela est nécessaire pour entretenir l'union et la paix.

    Elles s'accoutumeront à n'être point délicates dans le boire et dans le manger, mais se contenteront de la nourriture la plus simple, et ne sortiront jamais de table sans s'être mortifiées en quelque chose.

    Elles doivent pratiquer la mortification extérieure, autant qu'il leur sera permis par leur Confesseur; mais elles s'appliqueront davantage à l'intérieure, c'est-à-dire à l'abnégation de leur esprit propre et de leur propre volonté.

    CHAPITRE VIII.--De la Simplicité que les Associés doivent pratiquer en toutes choses.

    LES Soeurs se ressouviendront de ce beau commandement que Notre-Seigneur faisait à ses disciples: Soyez simples comme des colombes, la simplicité étant une des vertus de notre bonne Mère, que le Saint-Esprit appelle dans l'Écriture une Colombe.

    Elles feront éclater cette aimable vertu dans leurs paroles, leurs actions et leurs habits.

    Elles ne parleront jamais contre la vérité, ni par équivoques, et n'useront point des manières de parler du monde qui se sert d'exagérations presque en toute rencontre. Elles n'affecteront aucun air de singularité, spécialement dans leurs pratiques de piété, se tenant toujours dans une grande modestie, qui ne souffre point qu'on penche trop la tête, ni qu'on se tienne dans aucune posture qui fasse mépriser la vertu et la dévotion. Elles n'useront point de compliments ni de façons entre elles, mais elles montreront toute sorte de respect au Directeur et à la Supérieure. De quelque qualité que soient les personnes qui seront associées, elles ne se trouveront jamais aux assemblées dangereuses, telles que les bals, l'opéra, la comédie, et surtout les danses et tous lieux où l'on ne songe qu'à se divertir, et où les hommes se rencontrent en grande quantité avec les femmes dans une grande liberté.

    De plus, elles éviteront soigneusement le luxe dans les habits, les portant toujours d'une couleur fort modeste, telle que le blanc le brun ou le noir n'affectant point les couleurs éclatantes, trop gaies et trop vives, mais fuyant avec soin tout ce qui ressent la vanité et l'esprit du monde. Leurs habits et leurs coiffures seront toujours fort simples et sans superflu, conformément à la promesse qu'elles ont faite à Dieu dans leur baptême. Enfin, elles tacheront dans leur extérieur d'être des copies vivantes de l'extérieur simple de la sainte Vierge.

    Source du texte : Bibliothèque Saint Libère

    Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.

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