Léon XIV, pape augustinien · Lire saint Augustin →

    Réflexions pieuses sur divers points de spiritualité · Alphonse de Liguori

    § II : Nous sommes voyageurs sur la terre

    TANT que nous sommes en cette vie, nous sommes tous autant de voyageurs, éloignés de notre patrie, qui est le ciel,oùlcSeigncurnousattemlpournous faire jouir éternellement de la beauté de son visage : Dum sumus in corpore, écrit l'Apôtre, peregrinamur a Domino. ( a. Cor. v. 6. ) Si donc nous aimons Dieu, nous devons avoir un continuel désir de sortir de cet exil et de déposer notre corps, pour jouir de la vue de celui que nous aimons. Tel était l'objet des soupirs de S. Paul, qui dit ces paroles : Àudemus autem et bonam voluntatem habere magis peregrinari a corpore et præsentes esse ad Dominum ( Ibid, Y. 8. )

    Avant l'accomplissement du mystère de la Rédemption, Le chemin qui conduit à Dieu était fermé pour nous, misérables enfants d'Adam; mais Jésus-Christ, par sa mort, nous a obtenu la grâce de pouvoir être faits enfants de Dieu ( dédit eis potestatem filios Dei fieri), et nous a ainsi ouvert la porte par laquelle nous pouvons avoir accès, comme des enfants, à notre père qui est Dieu. Quoniamperipsumkabemus accessum ambo in uno spiritu ad patrem. ( Eph. II. 1 8. )

    Le même apôtre dit pourtant dans un autre endroit : Mes frères vous n'êtes plus des hôtes ni des étrangers, mais vous êtes les concitoyens des saints, les habitants de la maison de Dieu. ( Eph. i. 18. et 19.) En effet, quand nous sommes dans la grâce de Dieu, déjà nous jouissons du droit de cité dans le paradis, nous appartenons à la famille de Dieu. Cives terrenœ civilatis, dit S. Augustin ( in Scntentiis, num. 1 5 6 ), paritpeccato 1/*- tiata natura, qui sunt vasa iræ; cives verb cœlestis patriee parit a peccato naturam liberans gratia, qui sunt vasa miscricordiœ. Notre nature viciée par le péché n'enfante que des habitants de la cité terrestre, des vases de colère ; au contraire la grâce, qui délivre la nature du péché, enfante des citoyens de la patrie céleste, des vases de miséricorde.

    C'est ce qui faisait dire au saint roi David : Incola ego sum in terra : non abscondas a me mandata tua» (Psalm. cxviii. 19.) Seigneur, je suis étranger sur cette terre ; enseignez-moi à observer vos préceptes qui sont la voie pour arriver a ma patrie céleste. Que les méchants désirent toujours vivre en ce monde, ce n'est pas une chose étonnante, puisqu'ils craignent, avec raison, de passer des peines de cette vie dans les peines éternelles et beaucoup plus terribles de l'enfer; mais celui qui aime Dieu, celui qui a une certitude morale d'être en état de grâce, comment peut-il désirer de vivre encore dans cette vallée de larmes, au milieu de toutes les amertumes, des angoisses de la conscience, et des dangers de la damnation? Comment peut-il ne pas soupirer du désir d'aller s'unir à Dieu, dans cette éternité bienheureuse où l'on ne court plus le risque de se perdre? Ah ! les âmes qui aiment Dieu, vivent dans de continuels gémissements ici-bas, et s'écrient comme David : heu mihi ! quia incolatus meus prolongatus est ! ( Ps. exix. 5.) Malheureux que je suis d'avoir à vivre en ce monde si long-temps au milieu de tant de périls ! C'est pour cela que les saints ont eu continuellement à la bouche cette prière ; Advcniat, advcniatrcgnitmtuuml Tout de suite, Seigneur, tout de suite, emportez-nous dans votre royaume !

    Hâtons-nous, comme nous exhorte l'Apôtre, hâtons-nous d'entrer dans cette patrie où nous trouverons le contentement et une paix parfaite : Fcstinemus ingredi in illam requiem. ( Hebr. IV 1 1. ) Hâtons-nous, dis-je, par l'ardeur de nos désirs, et ne cessons de cheminer, jusqu'à ce que nous soyons entrés dans ce bienheureux port que Dieu a préparé pour ceux qui l'aiment.

    Qui currit, dit S. Jean Chrisostôme, non ad spectatores, sed ad palmam attendit ; non consistât, sed sursum iniendit ( Mor. Hom. vu. ) Celui qui court dans l'arène ne fait point attention à qui le regarde, mais au prix qui va être la récompense de son agilité, il ne s'arrête pas; mais plus il approche de son terme, plus il redouble sa course. D'où le saint conclut que plus nous avançons dans la vie, plus nous devons, par les bonnes œuvres, nous hâter de saisir le prix qui nous attend.

    Puisqu'au milieu des angoisses et des amertumes de cette vie, notre unique prière doit être celle-ci : Que votre règne arrive ; Seigneur, qu'il vienne donc de suite ce règne, dans lequel, unis éternellement avec vous. vous voyant face à face et vous aimant de toutes nos forces, nous n'aurons plus ni la crainte, ni le danger de vous perdre. Quand nous nous trouverons accablés de chagrins, ou méprisés du monde, consolons-nous par l'espoir de la grande récompense que Dieu a préparée pour ceux qui souffrent pour son amour. Gaudcte in Ma die, et exullatCy cccc cnim mcrces vesira multa est in cœlo. ( Luc. vi. a 3. )

    S. Cyprien dit que c'est avec raison que le Seigneur a voulu que nous trouvassions notre joie dans les peines et les persécutions, parce que c'est alors que le véritable soldat de Dieu est éprouvé et que l'on distribue les couronnes à ceux qui sont fidèles. Gaudere et exaltare nos voluit in persecutione Dominus, quia tune dantur coronœJidei, lune probanlur milites Dei (Epist. vi ad Tibaritan. )

    Voici mon cœur, ô mon Dieu ! paratum cor meum^ il est prêt à toutes les croix que vous lui donnerez à souffrir. Non, je ne veux point des délices et des plaisirs durant cette vie -, je ne les mérite pas, je vous ai offensé et je me suis rendu digne de l'enfer. Je suis disposé à supporter toutes les infirmités et toutes les traverses que vous m'enverrez, à embrasser tous les mépris des hommes; heureux, si c'est votre volonté, d'être privé de toutes les consolations spirituelles et corporelles, pourvu que vous ne me priviez ni de vous, ni de votre amour! Je ne le mérite pas, mais je l'espère par ce sang que vous avez répandu pour moi. Je vous aime, mon Dieu, mon amour, mon tout. Je vivrai donc éternellement, et, comme je l'espère, je vous aimerai éternellement, et mon paradis sera de jouir à jamais du bonheur infini dont votre infinie bonté est la source.

    Source du texte : Bibliothèque Saint Libère

    Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.

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