Recueil d'exemples concernant la dévotion à la très-sainte Vierge · Alphonse de Liguori
Recueil d'exemples concernant la dévotion à la très-sainte Vierge (2/2)
LYI. En l'année 1228, tandis qu'un prêtre célébrait la messe un jour de samedi en l'honneur de la sainte Vierge, des hérétiques albigeois survinrent et lui coupèrent la langue. Dans cet état il se transporta au monastère de Clugny, où les bons religieux l'accueillirent avec beaucoup de charité, compatissant au chagrin qu'il éprouvait toujours de se voir ainsi privé de l'usage de la langue. Mais le plus grand sujet de douleur pour ce prêtre fervent, c'était de ne pouvoir plus dire la messe et réciter l'office divin, ainsi que celui de la Vierge comme il avait coutume auparavant. L'Epiphanie arrivée, il se fit porter à l'église, et là devant l'autel de la sainte Vierge, il la pria de lui rendre la langue qu'il avait perdue pour l'amour d'elle, afin de pouvoir la louer comme il faisait auparavant. Voilà que Marie lui apparut avec une langue à la main, el lui dit : Puisque pour la cause de la foi, et pour m'avoir honorée tu as perdu la langue, je l'en rends une nouvelle. Cela dit, elle lui mit de ses propres mains la langue dans la bouche, et le prêtre aussitôt élevant la voix récita l'Ave Maria. Les moines accoururent, et le prêtre s'étant lait religieux voulut rester ensuite parmi eux, afin de continuer à louer sa bienfaitrice. Tout Je monde pouvait voir la marque de la cicatrice qui était restée à la langue1.
LVIL En l'année 589, se déclara à Rome cette fameuse épidémie, par suite de laquelle les hommes en élernuanf tombaient morts. S. Grégoire-le-Grand portant en procession l'image de sainte Marie Majeure au travers de la ville, en cet endroit qui s'appelle aujourd'hui le château St-Ange, aperçut dans les airs un ange qui remettait dans le fourreau une épée dégouttante de sang. Ensuite il entendit les anges chanter : Regina cœli, lastare, alléluia* quia quem mcruisli portare> alléluia, resurrexit sicut dixit, alléluia. Et alors S. Grégoire y ajouta : Ora pro nobis Deum, alléluia. La"peste cessa aussitôt, et de cette époque date la coutume de réciter les grandes litanies tous les ans le 2î> avril2.
LV1II. Une petite ville de France, appelée Avignon, fut une fois assiégée par les ennemis. Les habitans prièrent Marie de les défendre, et prenant une de ses statues dans une église, ils la placèrent à la porte de leur ville. Un des habitans s'étant caché derrière la statue, un soldat d'entre les ennemis lui lança une flèche en disant : Va, cette statue ne le sauvera pas de la mort. Mais la statue avança le genou dans lequel la flèche demeura plantée comme on l'y voit encore aujourd'hui : et c'est ainsi que la \iergo sauva la vie à son serviteur. Les ennemis, frappés de ce prodige levèrent le siège3.
LIX. A Naples il y avait un Maure, esclave de D. Octavio del Monaco, lequel, malgré toutes les représentations qu'on pouvait lui faire pour l'engager à quitter la religion mahomélnne, demeurait obstiné, mais ne laissait pas de tenir allumée tous les soirs, à ses dépens, une lampe devant une statue de la sainte Vierge qui était dans la maison. Or il disait : J'espère que cette puissante dame m'accordera quelque grâce signalée. Une nuit la bienheureuse Vierge lui apparut, et lui dit de se faire chrétien. Le Turc y répugnait encore, mais la Vierge lui mit la main sur l'épaule et lui dit : Allons, Abel, c'est assez de résistances, fais-toi baptiser et prends le nom de Joseph : le lendemain matin il se fit sur-le-champ instruire, et il fut baptisé le 10 août 1648, avec dix autres Turcs. Mais voici une circonstance à remarquer : quand la divine mère lui apparut après l'avoir converti, elle allait se retirer ; mais le Maure la retint par le manteau, en lui disant : O Marie, quand je serai dans l'affliction, faites, je vous prie, que je puisse alors vous revoir. Elle le lui promit : et en effet, un jour qu'il était dans la peine elle lui apparut de nouveau, et en lui disant : Aye patience elle le laissa tout consolé4.
LX. Un curé d'Asella, nommé Balduino, se fit dominicain : ensuite, comme il était au noviciat, il lui vint une tentation, c'est qu'il pouvait faire plus de bien dans le monde en exerçant le ministère dans sa paroisse, et il était déjà résolu à y retourner ; mais comme il allait prendre congé de l'autel du Rosaire, Marie lui apparut avec deux vases de vin, elle lui donna à boire du premier, mais le novice on avait à peine goûté qu'il en retira les lèvres, parce que le vin, quoique bon, était cependant plein de lie. Or, c'est précisément ainsi, dit alors la sainte Vierge, que la vie du siècle diffère de la vie que tu mènes en religion sous le joug de l'obéissance. En conséquence Balduino persévéra et mourut en bon religieux5.
LXI. Un autre novice vaincu également par la tentation, était sur le point de partir du couvent, mais s'étant arrêté pour dire un Ave Maria devant une statue de la sainte Vierge, il se sentit comme cloué à terre sans pouvoir se relever. Alors, rentrant en lui-même, il fît vœu de persévérer : ensuite il se leva sans peine, demanda pardon au maître des novices et persévéra6.
LXII. Le bienheureux Clément, franciscain, manqua un jour de se rendre le inqjin à la table commune pour ne pas omettre certaines prières de dévotion à la sainte Vierge qu'il était dans l'usage de réciter; mais élevant la voix du milieu d'une statue, elle lui dit d'aller avec les autres, parce que l'obéissance lui était plus agréable que toutes les autres dévotions (5).
LXIII. Angèle, fille du roi de Bohême était dans un couvent, lorsque Marie lui apparut et un ange lui dit : Lève-toi, Angèle, et fuis à Jérusalem, parce que ton père veut te donner pour époux un prince de Hongrie. La pieuse princesse partit aussitôt, et dans le voyage la sainte Vierge lui apparut de nouveau et l'encouragea à poursuivre son chemin. Elle fut ensuite reçue à Jérusalem, parmi les carmélites, et plus tard la sainte Vierge lui ordonna encore de retourner dans son pays, où elle vécut saintement jusqu'à la mort7.
LXIV. S. Grégoire raconte qu'il y eut autrefois une femme appelée Musa, pénétrée de grands sentimens de dévotion à la Mère de Dieu ; mais comme les mauvais exemples de ses compagnes l'exposaient au danger de perdre l'innocence, Marie lui apparut un jour avec un grand nombre de saintes, et lui dit : Musa, veux-tu aussi loi» meme venir avec celles-ci? Elle répondit qu'oui; et la Sainte Vierge reprit : Et bien sépare-toi de tes compagnes, et tiens-toi prête, parce que d'ici à un mois tu viendras avec nous. Musa se sépara en effet d'avec les autres cl raconta la vision. Le trentième jour arrivé elle se vit réduite à la dernière extrémité; et alors la sainte Vierge lui apparut de nouveau l'appelant par son nom. Elle lui répondit : Me voici, ô Marie, je viens; et elle expira doucement8.
LXV. Anne-Catherine de Gonzaguc avait été d'abord mariée à Ferdinand I., archiduc d'Autriche. Après la mort de son mari elle entra dans l'ordre des serviteurs de Marie, et se fit faire une couronne sur les fleuronsdclaquclleélaient sculptées les douleurs de la Vierge, disant que pour cette couronne elle renonçait à toutes les autres couronnes du la terre; et de fait elle refusa d'accepter la main de l'empereur Rodolphe IL Or quand elle eut reçu la nouvelle que sa sœur cadette avait été couronnée impératrice, elle répondit : Ma sœur peut garder sa couronne impériale, j'aime mille fois mieux le diadème dont m'a couronnée ma reine Marie. La sainte Vierge lui apparut plusieurs fois en sa vie, et enfin celle excellente religieuse fit une sainte mort9.
LX \ I. Un jeune clerc jouant ;v: jeu de paume avec d'autres jeunes gens, et craignait de laisser tomber un anneau qui lui avait é l é donné par une femme, alla le mettre au doigt d'une statue de M:"<e qui était là auprès. Alors il se sentit pressé intérieurement de promettre à la sainte Vierge qu'il renoncerait au monde, el la choisirait pour épouse. Il en fit la promesse, el voilà que Marie montra par un signe qu'elle agréait l'engagement. Mais au bout de quelque temps comme il avait intention d'épouser une autre femme, Marie lui apparut, et lui reprocha son infidélité; de sorte qu'il s'enfuit dans un désert où il vécut saintement jusqu'à la fin de ses jours10.
LXVII. Vers Tan 8o0, lîerenger éveque de Verdun en Lorraine, se rendait un jour à l'église, en même temps qu'un prêtre nommé lîcrnier prosterné devant le chœur récitait l'office de Marie. I / é A è q u e vint à trébucher contre le prêtre, et dans un mouvement d'impatience il lui donna un coup de pied. La nuit même la sainte Vierge lui apparut et lui dit : Comment as-tu osé donner un coup de pied à mon serviteur pendant qu'il était occupé à me louer? Eh bien, ajouta-t-elle parce que tu m'es cher, je veux que tu en portes la peine. Et alors elle frappa sa jambe de paralysie. Il vécut et mourut en saint ; et après bien des années on retrouva son corps parfaitement conservé, à l'exception de cette jambe11.
LXVIÏI. Un jeune homme qui était demeuré fort riche après la mort de ses parens, dissipa dans le jeu et la débauche avec ses amis tout ce qu'il avait : et il ne laissa pas néanmoins de conserver sa virginité. Un de ses oncles le voyant réduit à la pauvreté par ses déréglemens, l'exhorta à dire chaque jour une partie du rosaire, lui promettant que s'il persévérait dans cette pratique-il lui procurerait un bon mariage. Le jeune homme persévéra; et ayant changé de vie, le soir même des noces il se leva de table pour réciter son rosaire. A la lin du rosaire Marie lui apparut et lui dit : Or sus, je veux le récompenser de ta fidélité à me servir. Je ne veux pas que tu perdes la virginité : dans trois jours tu mourras, et tu viendras avec moi en paradis. La chose arriva ainsi. A l'instant même il fut saisi de la fièvre; il raconta la vision, et le troisième jour il mourut à son grand contentement (1).
LXXIX. Voici ce que raconte à la louange du saint rosaire le pieux auteur du livre intitulé : Segreto per ogni grazia. S. Vincent Ferrier disait à un moribond désespéré: Pourquoi veux-tu être damné, toi, quand Jésus-Christ veut le sauver? Le mourant répondit qu'en dépit de Jésus-Christ il voulait se damner. Le saint répliqua : Et toi en dépit de toi-même tu dois le sauver. En môme temps il se mit à réciter le rosaire avec les gens de la maison, el voilà que le malade demanda à se confesser. Il le fit avec beaucoup de larmes, et c'est ainsi qu'il mourut.
LXX. Le même auteur raconte encore que dans le dernier tremblement de terre, une pauvre femme fut ensevelie sous les débris d'une maison qui s'écroula. Un prêtre lit déblayer les pierres, et on trouva dessous cette pauvre <i) Cant j p. l. 2. c. 2 9. p. G.
mère, avec ses enfans entre les bras, fous sains et saufs. Comme on lui demanda ensuite quelle dévotion elle avait eue, elle dit qu'elle n'avait jamais manqué de dire le rosaire cl de visiter sa chapelle.
LXXI. Il raconte en outre qu'une autre femme entretenait une liaison criminelle, pensant qu'elle n'aurait pas autrement de quoi vivre; o;i lui conseilla de se recommander à Marie en îVcîfaut le rosaire. Elle le (il cl voilà qu'une nuit la divine Mère lui apparut et lui dit : Renonce à ton péché; et pour ce qui est de la subsistance, repose-t'en sur moi, j'y penserai. Le matin même elle alla se confesser, renonça a son péché, et Marie sut bien la pourvoir.
LXXIL Un pécheur n'avait pas la force de s'abstenir du péché d'impureté, il se mit à dire le rosaire cl il en fut délivré pour toujours.
LXX11I. Une autre personne qui entretenait une liaison criminelle, dut à la récitation du rosaire de concevoir de l'horreur pour son péché. Elle retomba quelques autres fois, mais enfin avec le rosaire elle se vit entièrement délivrée de sa mauvaise habitude.
LXXIV. Une autre femme Je mourait en conservant contre son mari des sentimens de haine. Un bon prêtre qui l'assistait ne sachant plus que faire pour la convenir se relira pour dire le rosaire. À la dernière dizaine cette femme rentra en elle-même, se repentit, et pardonna à son mari.
LXX V. Enfin le même auteur raconte, qu'ayant une fois fait la mission aux galériens de Naples, il y en eut quelques-uns qui s'obstinèrent à ne pas se confesser. Il leur insinua de se faire au moins inscrire dans la société du rosaire, et de commencer à le réciter; ils le firent, et à peine l'eurent-ils récité une fois, qu'ils demandèrent à se confesser; et se confessèrent après ne s'être pas confesses depuis bien des années. Ces exemples modernes doivent ranimer notre confiance en Marie, en nous» faisant voie qu'elle est à présent la même qu'elle a toujours été envers ceux qui ont recours à elle.
LXXVL S. Grégoire raconte qu'un saint prélat évoque de Ferenlo, eut dès son enfance une heureuse inclination à faire l'aumône. Il arriva un jour qu'un prêtre son neveu ayant vendu un cheval pour dix écus d'or, prit l'argent et l'enferma dans un coffre; mais l'évêque sollicité par des pauvres et n'ayant rien à leur donner, enfonça le coffre et leur distribua cet argent. Quand le neveu vint à le savoir, il fit tant de bruit que le saint prélat ne sachant plus que faire, eut recours à une église de Marie. Et voilà que sous le voile de la statue il aperçut dix écus. Il les prit et les donna à son neveu,12
LXXVII. Un femme luthérienne d'Augsbourg en Allemagne, était obstinément attachée à sa secte. Un jour qu'elle passait devant une chapelle des catholiques, mue par la curiosité, elle voulut y entrer. Là elle vit une statue de la sainte Vierge avec Jésus enfant entre ses bras, et se sentit inspirée de lui faire un don. Elle s'en alla chez elle, prit un morceau d'étoffe de soie et la lui apporta. Etant revenue de nouveau à sa maison, la sainte Vierge l'éclaira de manière à lui faire connaître la fausseté de sa secte. En conséquence elle alla sur-le-champ trouver les catholiques, abjura l'hérésie, et se convertit à Dieu13.
LXXVIII. Dans la ville de Césènc, deux hommes de mauvaise vie étaient liés d'amitié. L'un d'eux, nommé Barthélemi, avait parmi tous ses désordres conservé la dévotion de réciter chaque jour à Notre-Dame-des-Douleurs l'hymne Stabat Mater. Un jour au moment même, où il récitait cette hymne, il eut une vision, dans laquelle il se vit lui-même avec son compagnon plongé dans un lac de feu; el il aperçut la sainte Vierge qui, touchée de compassion, lui présenta la main et le retira du feu, O elle lui conseilla de demander pardon à Jésus-Christ, qui se montra disposé à lui pardonner en considération des prières de sa Mère. Revenu de sa vision, Barlhélemi apprit en même temps que son ami était mort d'un coup de feu : à quoi il reconnut la vérité de la vision. Ensuite il laissa le monde et entra dans l'ordre des Capucins, où il mena une vie des plus austères, et mourut en odeur de sainteté14.
LXXIX. Le bienheureux Jérôme fondateur d^sPP.Somaschi, étant gouverneur d'une place fut pris par les ennemis, et enfermé au fond d'une tour. Il eut recours à Marie, faisant vœu d'aller la visiter S. Trévise, si elle lui procurait sa liberté. A loi s la sainte Vierge lui apparut au milieu d'une grande lumière, et de ses propres mains elle le dégagea de ses chaînes, el lui donna les clés de la prison. Étant sorti, il prit le chemin de Trévise pour acquitter son vœu; mais il avait à peine fait quelques pas, qu'il se trouva.au milieu de ses ennemis. Il eut de nouveau recours à sa libératrice, qui lui apparaissant de nouveau, le prit par la main, le conduisit au travers de ses ennemis, et l'accompagna jusqu'aux portes do Trévise. Là, elle disparut. Il lit sa visite, laissa au pied de l'autel de Marie les fers de sa prison, et embrassa dès-lors une sainte vie; tant qu'enfin il a mérité d être mis par l'Église au nombre des bienheureux. Voyez sa Vie.
LXXX. Un prêtre qui avait grande dévotion à Marie mère des douleurs, s'enfermait souvent dans une petite chapelle, el là solitaire, il s'excitait à compatir aux douleurs de cette auguste Vierge. Par un mouvement de celle tendre compassion il était attentif à essuyer avec un linge les larmes d'une statue de Notre-Dame-des-Douleurs qui était là. Or ce prêtre étant tombé dangereusement malade, fut abandonné par les médecins comme entièrement désespéré ; mais comme il était près d'expirer, il vit devant lui une belle dame qui lui adressa des paroles de compassion, et lui essuya doucement avec un mouchoir la sueur du visage; après quoi il se trouva guéri. Alors le prêtre se voyant guéri, se mit à dire : Mais qui êtes-vous, ma bonne dame, vous qui me témoignez tant de charité? Je suis, répliqua Marie, celle dont lu as si souvent essuyé les larmes, el elle disparut15.
LXXXI. Une dame noble qui avait un fils unique, fut avertie un jour que son fils venait d'être tué, et que le meurtrier s'était par hasard réfugié dans son propre palais. Considérant alors que Marie avait pardonné à ceux qui crucifièrent son fils, elle voulut aussi elle-même pardonner au coupable pour l'amour de Marie mère des douleurs. Et non-seulement elle lui pardonna, mais elle le pourvut d'un cheval, d'argent et d'habits, afin qu'il pût se sauver. Ensuite son fils lui apparut et lui dit qu'il était sauvé et qu'en considération de la conduite généreuse de sa mère envers son ennemi, la Mère de Dieu l'avait délivré du purgatoire, où sans cela il eût souffert pendant long-temps, et que maintenant il s'en allait en paradis16.
LXXXII. La bienheureuse Bionda fit un acte héroïque de même genre. Des ennemis tuèrent son fils unique, qui ne leur avait du reste fait aucun mal, et uniquement par haine pour son père déjà mon. De plus par une barbarie inouïe ils donnèrent secrètement à manger à cette pauvre mère le cœur du jeune homme assassiné. Or à l'exemple de la très-sainte Vierge, elle se mit à prier pour les meurtriers, et à leur faire tout le bien qu'il lui fut possible. La divine Mère agréa tellement cette conduite, qu'elle l'appela à s'agréger au tiers-ordre des serviteurs de Marie, dans lequel clic mena une vie si sainte, que durant sa vie et à sa mort elle opéra plusieurs miracles17« LXXXIIL S. Thomas de Cantorbéry se trouva un jour dans sa jeunesse engagé dans une conversation avec d'autres jeunes gens. Comme chacun d'eux se vantait de quelque fol amour, le saint jeune homme déclara que lui aussi aimait une grande dame, et en était aimé, entendant par-là désigner la très-sainte Vierge. Ensuite il lui vint quelque remords de s'être vanté de cela. Comme il était tourmenté par celle inquiétude, Marie lui apparut et d'un ton plein du douceur lui d i l : Thomas, que crains-tu? tu as eu raison de dire que tu m'aimes, et que tu es aimé de moi. Donnes-en de nouveau l'assurance à tes compagnons, et pour preuve de l'amour que je te porte, va leur montrer ce présent que je te fais. Le présent était une petite boîte, dans laquelle était une chasuble couleur de sang, pour signifier que Marie par l'affection qu'elle lui portait, lui avait obtenu de Dieu la grâce d'être prêtre et martyr; ce qui fut justifié par l'événement, puisqu'il fut d'abord fait prêtre et évêque de Cantorbéry en Angleterre. Là, persécuté par le roi, il se réfugia en France dans le couvent de Ponligni, de l'ordre de Cîteaux. Tandis qu'il était dans cette maison il voulut raccommoder lui-même le cilice qu'il avait cou (urne de porter, parce qu'il s'était décousu; mais comme il était peu habile à un ouvrage nouveau pour lui, son auguste reine lui apparut, lui ôla des mains le cilice avec les égards de la tendresse la plus marquée, et le lui raccommoda ainsi qu'il convenait. Ensuite étant retourné à Cantorbéry, il mourut martyr, ayant été tué en haine du zèle qu'il avait pour son Église18.
LXXXIV. Dans un endroit des Etats du pape, une jeune personne pénétrée de dévotion envers Marie, rencontra un chef de brigands. Comme elle craignait quelque outrage elle le pria pour l'amour de la très-sainte Vierge de ne pas lui faire de mal. Tu n'as rien à craindre à cet égard, lui répondit-il, puisque tu m'as prié au nom de la Mère de Dieu : je veux seulement que tu me recommandes à elle. En effet lui-même l'accompagna le long de la route et la laissa en lieu sûr. La nuit suivante Marie apparut en songe au brigand, et le remercia de cette action qu'il avait faite pour l'amour d'elle, et lui dit qu'elle s'en souviendrait, et que dans l'occasion elle l'en récompenserait. Le brigand dans la suite fut arrêté par la force armée et condamné à mort. Voilà que la nuit qui précéda le jour de l'exécution, la bienheureuse Vierge lui apparut en songe, et lui demanda d'abord : Me connais-tu? Il lui répondit: II me semble vous avoir vue une autrefois. Je suis, reprit elle, Ja Vierge Marie qui suis venue pour le rendre la pareille de ce que tu fis alors pour moi. Tu mourras demain, mais tu mourras avec de tels sentimens de contrition, que lu viendras incontinent en paradis. Le condamné s'éveilla, et ressentit une douleur si vive de ses péchés, qu'il se mit à pleurer à chaudes larmes, remerciant à haute voix la sainte Vierge. Il fit appeler sur-le-champ son confesseur, se confessa en versant beaucoup de larmes, racontant la vision qu'il avait eue, el pria son confesseur de publier partout la grâce que Marie lui avait accordée. Il alla à la mort avec joie; el on dit qu'après l'exécution on voyait respirer dans ses traits un air de bienheureux, qui persuadait à tous que la promesse de la divine Mère s'était vérifiée. P. Recup. de Sign. Fruct. Sign. ». 2.
LXXXV. Le P. Joachin Piccolomini, connu par sa grande dévotion à Marie, avait coutume dès sa plus tendre enfance de visiter trois fois le jour une statue de Marie mère des douleurs, qui se trouvait dans une église, et le samedi en son honneur il ne prenait aucune nourriture. De plus il se levait au milieu de la nuit pour méditer sur ses douleurs. Mais voyons comment Marie l'en recompensa. Premièrement elle lui apparut dans sa jeunesse el lui dit d'entrer dans l'ordre des religieux qui portent le nom de ses serviteurs, ce qu'il fit. Ensuite vers les dernières années de sa vie, elle lui apparut de nouveau avec deux couronnes en main; l'une de rubis en récompense de la compassion qu'il avait toujours entretenue pour ses douleurs, l'autre de perles, pour lui avoir consacré son corps par la chasteté. Enfin à l'article de la mort, elle lui apparut de nouveau, et alors le bienheureux lui demanda la grâce de mourir le même jour que Jésus-Christ était mort. La sainte Vierge le consola en lui disant : Eh bien ! préparez-vous, car demain vendredi vous mourrez subitement, comme vous le désirez ; et demain vous serez avec moi en paradis. C'est ce qui arriva, car comme on chantait dans l'église la passion, selon S. Jean, à ces paroles Siabat juxîa crucem Jesu mater ejus, il se trouva réduit à l'agonie; et à ces mots, Et inclinato capite tradidit spiritum, le bienheureux rendit lui aussi son ame à Dieu. Au môme moment l'église fut remplie d'une éclatante lumière el d'une odeur suave19.
LXXXI. Le P. Alphonse Salmeron de la compagnie de Jésus, ayant toujours eu une grande dévotion à la sainte Vierge, mourut en disant : Au paradis, au paradis ; bénie soit l'heure, où j'ai commencé à servir Marie; bénies soient les prédications, les fatigues, les entreprises, auxquelles je me suis dévoué pour vous. Au paradis20!
LXXXV1L Un prince appelé Farnulfe, présenta à S. Romuald son Jeune fils Guido, qui désirait entrer dans l'ordre des Camaldulcs. Le saint fondateur l'admit avec plaisir» Comme ce vertueux jeune homme avait grande dévotion à Marie, elle lui apparut un jour avec l'enfant Jésus entre ses bras. Lui se croyant indigne d'une grâce si privilégiée, demeurait tout craintif : Rassure-toi, lui dit alors la divine Mère en s'approchant de lui, que crains-tu, Guido? Je suis la Mère de Dieu, voici mon fils Jésus qui veut venir à toi. Et en parlant ainsi, elle le déposa entre ses bras. Or, il arriva que moins de trois ans après son entrée en religion, Guido fut à l'article de la mort. Alors S. Romuald s'aperçut que le pauvre jeune homme tremblait de tout son corps, et se tord; il les membres en disant : O mon père, ne voyez-vous pas tous ces Maures dans cette cellule? Mon fils, lui dit le saint, vous souvicndriez-vous de quelque faute que vous n'auriez pas confessée? Oui, mon père, je me souviens de n'avoir pas obéi au prieur, qui m'avait commandé de ramasser quelques copeaux; maintenant je m'en confesse. S. Romuald lui donna l'absolution, et aussitôt la scène changea : les démons s'enfuirent, la Vierge apparut de nouveau avec Jésus, et à cette vue Guido mourut tout consolé.
LXXXVIII. À Tolède, une religieuse de l'ordre de Cîteaux appelée Marie, étant à l'article de la mort fut favorisée d'une apparition de la divine Mère; et elle lui parla ainsi : Vierge auguste, la grâce que vous m'accordez en me visitant aujourd'hui, m'enhardit à vous en demander une autre qui est de mourir à la même heure que vous mourûtes, et que vous entrâtes dans le ciel. Oui, répondit Marie, je veux vous complaire ; vous mourrez à l'heure que vous désirez ; et vous entendrez les chants, et les louanges par lesquelles les bienheureux accompagnèrent mon entrée dans le ciel. Allons, préparez-vous. Cela dit, elle disparut. Les religieuses l'ayant entendue parler ainsi seule, craignirent qu'elle ne fût dans le délire; mais elle leur raconta la vision, et la grâce qui lui avait été promise; Elle n'attendit donc plus que l'heure désirée. Lorsque cette heure fut arrivée (l'historien ne dit pas quelle fut cette heure) elle dit en entendant sonner l'horloge: Voici l'heure qui m'a été prédite. J'entends déjà les concerts des anges; à cette même heure ma reine monta au ciel. Vivez ici en paix; je vais la voir à l'instant. En disant cela elle expira; et comme elle expirait, ses yeux devinrent brillans comme des étoiles. Et son visage prit un beau coloris.
LXXXIX. Dans la ville de Sens en France, vers le huitième siècle vivait sainte Opportune fille de seigneurs issus du sang royal. Celle pieuse vierge avait grande dévotion à Marie, et s'était faite religieuse dans un couvent peu éloigné de la ville. Or étant à l'article de la mort, un malin vers le lever de l'aurore elle vit paraître devant elle sainte Cécile, et sainte Lucie: Mes sœurs, dit-elle alors, soyez les bienvenues, que m'envoie dire ma reine? Les deux saintes lui répondirent : Elle vous attend en paradis. Après cela le démon lui apparut, et la sainte le chassa avec vivacité en disant : « Vilaine bête, qu'as-tu à faire avec moi qui suis une servante de Jésus-Christ ? » L'heure de sa mort arrivée, comme elle l'avait prédit, elle reçut le viatique, et se tournant vers la porte elle se mit à dire : Voici la Mère de Dieu qui vient me prendre. Mes sœurs je vous recommande à elle ; adieu, nous ne nous verrons plus. A ces mots elle étendit les bras comme pour embrasser sa protectrice, et elle expira doucement (Surius, die22 aprilis.)
Source du texte : Bibliothèque Saint Libère
Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.