Recueil d'exemples concernant la dévotion à la très-sainte Vierge · Alphonse de Liguori
Recueil d'exemples concernant la dévotion à la très-sainte Vierge (1/2)
On voit des gens qui se vantent d'être exempts de préjugés et se font gloire de n'ajouter foi qu'aux seuls miracles consignés dans les saintes Écritures : quant aux autres ils ne les regardent que comme des histoires et des contes de femmelettes. Mais il est bon de rappeler ici une remarque judicieuse du savant et pieux P. Jean Grasset1. G C É auteur a dit qu'autant les gens de bien sont disposés à croire les miracles, autant les hommes pervers sont disposés à les tourner en dérision; et il ajoute que si c'est une faiblesse de croire tout sans distinction, d'autre part aussi rejeter les miracles qui sont attestés par des hommes graves et pieux, c'est ou infidélité dans celui qui les juge impossibles à I M C U, ou témérité dans celui qui refuse d'en croire de pareils auteurs. Nous ajouterons foi aux récits d'un Tacite, d'un Suétone, et nous pourrons sans témérité ne pas croire sur parole des auteurs chrétiens, dont la science et la probité nous sont connues? Il y a moins de dangers, disait le P. Canisius2, à croire et à recevoir ce qui est rapporté avec quelque vraisemblance par des personnes de bien, sans être contesté par les savans, et sert d'ailleurs à édifier le prochain, qu'il n'y en aurait à le rejeter avec des sentimens de dédain et de témérité.
EXEMPLE J. Dans une contrée d'Allemagne il arriva qu'un homme tomba dans une faute grave : ne voulant pas s'en confesser par une mauvaise honte, et d'autre part ne pouvant supporter le tourment des remords de sa conscience, il se mil en chemin pour aller se noyer dans la rivière; mois ensuite il s'arrêta, el il priait Dieu avec larmes de lui pardonner son péché sans confession. Une nuit, en donnant, il se sentit secouer l'épaule et il entendit en même temps une voix lui dire : « Vas le confesser. » Il se rendit à l'église, mais il ne se confessa pas encore. Une autre nuit il entendit la même voix. Il retourne à l'église, mais, arrivé là, il dit qu'il voulait mourir avant de confesser son péché. Cependant, avant de s'en retourner chez lui, il voulut d'abord aller se recommander à la très-sainte Vierge, dont il y avait une image dans cette même église. A peine se fut-il agenouillé qu'il se sentit tout changé, il se releva aussitôt, demanda un confesseur, et pleurant à chaudes larmes pour la grâce qu'il avait reçue de la sainte Vierge, il fît sa confession entière ; el il dit ensuite qu'il avait éprouvé un plus grand contentement que s'il eûl gagné tout l'or du monde (1).
IL lin jeune gentilhomme voyageant par mer se mit à lire un livre obscène qu'il aimait beaucoup. Un religieux lui dit : Çà donc ! feriez-vous un présent à Marie! Le gentilhomme répondit qu'il y était tout disposé. Eh bien ! continua le religieux, je voudrais que pour l'amour de la sainte Vierge vous déchiriez ce livre et le jetiez à la mer. — Père, le voilà, dit le jeune homme. — Non pas cela ; je veux que vous-même vous fassiez ce présent à Marie. Il le fit, et à peine de retour à G ô n e s, sa patrie, la (1) Annal.soc. 1630. ap. auriem. aff. scamb. t. 3. c. 7.
Mère de Dieu embrasa son cœur d'un tel zèle qu'il alla se faire religieux.
III. Un ermite du mont Olivier avait dans sa cellule une pieuse image de Marie devant laquelle il faisait beaucoup de prières. Le démon, ne pouvant souffrir une si grande dévotion à la sainte Vierge, le tourmentait continuellement par des tentations d'impureté; en sorte que le pauvre vieil ermite, ne voyant pas que toutes ses oraisons et ses mortifications l'en délivrassent, dit un jour au malin esprit : Eh ! que t'ai-je fait pour que tu ne me laisses pas vivre en paix? Alors le démon lui apparut el lui dit : « Tu me donnes bien plus de tourment que je ne t'en donne. Çà donc, jure-moi de garder le secret, et je te dirai ce que tu dois cesser de faire, pour que je ne vienne plus l'importuner. » L'ermite fit le serment, et alors le démon lui dit : Je veux que la ne le tournes plus vers cette image que lu as dans ta cellule. L'ermite confus alla consulter l'abbé Théodore qui lui dit qu'il n'était point lié par ce serment, et qu'il se gardât bien de manquer à se recommander à Marie devant cette image, comme il faisait auparavant. L'ermite obéit, et le démon se vit moqué et vaincu (1).
IV. Un jour, le père Onofrio d'Anna, de l'ordre des pii operarii, dans le royaume de Naples, vit venir se confesser à lui toute épouvantée, une femme qui avait eu des liaisons criminelles avec deux jeunes gens, dont l'un par jalousie avait tué l'autre. Elle raconta au religieux que dans le moment même que ce malheureux jeune homme venait de mourir, il lui avait apparu velu de noir, chargé de chaînes, lançant des flammes de toutes les pat lies de son (I) Ann. 505.
VU corps, ol un glaive à la main : or, comme il levait le bras pour lui couper la gorge, elle lui avait dit toute tremblante, et l'appelant par son nom : Que vous ai-je fait pour vouloir me donner la mort? À cela, le réprouvé, plein d'indignation, répondit : « Chienne, chienne, chienne, lu me dis : Que t'ai-je fait? Tu m'as fait perdre Dieu. » Alors elle invoqua la sainte Vierge; au saint nom de Marie l'ombre disparut et elle ne la vil plus depuis3.
V- Comme S. Dominique prêchait à Carcassonnc, en France, on lui conduisit un hérétique albigeois qui, pour avoir voulu décréditer en public la dévotion du rosaire, était tombé au pouvoir des démons. Alors le saint commanda aux malins esprits, de la part de Dieu, de faire connaître s'il était vrai qu'il eût tenu sur le saint rosaire les discours qu'on lui imputait. Eux, se mettant à hurler, dirent aussitôt : Écoutez, chrétiens ; tout ce que cet ennemi est accusé d'avoir dit de Marie et du saint rosaire est vrai. Ils ajoutèrent en outre qu'ils n'avaient aucune force contre les serviteurs de Marie; et qu'à l'article de la mort plusieurs, malgré ce qu'ils avaient mérité, se sauvaient en invoquant Marie. Enfin, ils dirent en dernier lieu : Nous sommes contraints de déclarer que nul ne se damne de ceux qui persévèrent dans la dévotion à Marie et au saint rosaire, parce que Marie obtient aux pécheurs un repentir sincère avant leur mort. Ensuite S. Dominique fit réciter le rosaire par le peuple assemblé, el, ô merveille! à chaque Ave Maria plusieurs démons sortaient du corps de ce misérable en forme de charbons ardens, jusqu'à ce que, le rosaire étant terminé, il se vil entièrement délivré des malins esprits. Ce fait décida un grand nombre d'hérétiques à se convertir4.
VI. La fille d'un prince avait pris le voile dans un couvent, et quoiqu'elle fut d'un heureux naturel, néanmoins, parce que le relâchement s'était introduit dans cette maison, elle faisait peu de progrès dans la vertu. Mais ensuite ayant pris l'habitude de dire le rosaire en méditant sur les mystères, d'après le conseil de son confesseur, elle changea tellement qu'elle devint l'exemple de toutes les autres. Il arriva de là que les religieuses s'offensant de sa vie retirée, lui donnèrent de terribles assauts pour l'obliger à y renoncer. Un jour, pendant qu'elle récitait le rosaire et priait Marie de l'assister dans cette persécution, elle vit tomber du ciel une lettre : sur le dehors de la lettre on lisait : Marie, Mère de Dieu, à sa fille Jeanne, saint. Et en dedans : Ma fille chérie, continuez à réciter mon rosaire ; évitez de converser avec ceux qui ne vous portent pas à bien vivre; gardez-vous de l'oisiveté et de la vaine gloire: faites disparaître de votre cellule deux choses superflues, et je vous protégerai auprès de Dieu. Dans la suite l'abbé de ce monastère étant venu le visiter, voulut le réformer, mais il ne put y réussir. Or, un jour, il vit un grand nombre de démons entrer dans toutes les cellules des religieuses, mais non dans celle de Jeanne : la divine Mère était là qui les repoussait, el on voyait Jeanne prosternée en prière devant elle. L'abbé, connaissant ensuite par les aveux de Jeanne elle-même sa fidélité à réciter le rosaire, et la lettre qu'elle avait reçue, ordonna que toutes les religieuses réciteraient le rosaire, et l'histoire rapporte que ce monastère devint un paradis5.
VII. Il y avait à Rome une femme de mauvaise vie appelée Catherine la belle. Un jour, cette femme ayant entendu S. Dominique prêcher sur la dévotion du saint rosaire, se fit inscrire dans le livre des sœurs. Elle se mit donc à dire le rosaire, mais sans renoncer à sa vie déshonnête. Il arriva qu'un soir se présenta chez elle un jeune homme qui paraissait d'une naissance distinguée; elle le reçut avec politesse, et comme ils étaient ensemble à souper, elle vaque des mains du jeune homme, pendant qu'il coupait le pain, tombaient comme des gouttes de sang : elle observa ensuite que toutes les viandes qu'il prenait étaient teintes de sang. Elle lui demanda ce que c'était que ce sang. Le jeune homme répondit que le chrétien ne doit prendre aucun aliment qui ne soit teint du sang de Jésus-Christ, cl qui ne soit assaisonné du soutenir dosa passion. A cette réponse, toute stupéfaite, elle lui demanda qui il était. Je vous le ferai connaître plus tard, lui répondit-il. Ensuite, comme ils furent passés dans une autre chambre, le jeune homme changea de figure, et se fil votre elle couronné d'épines, avec les chairs l M U tes déchirées, en lui disant: Veux-tu savoir maintenant qui je suis? ne me connais-tu pas? Je suis ton Rédempteur. Catherine, quand cesseras-lu de m'offenser? vois ce que j'ai souffert pour toi. Allons, c'est bien assez de m'avoir offensé jusqu'à ce jour ; change de vie*. Alors Catherine se mit à pleurer amèrement, et Jésus lui dit en l'encourageant: Allons, aime-moi désormais autant que tu m'as offensé, el sache que tu as reçu de moi cette grâce pour la fidélité à réciter le rosaire. Là-dessus il disparut. Catherine alla le lendemain malin se confesser à S. Dominique ; ensuite elle donna aux pauvres tout ce qu'elle avait, et elle mena une vie si sainte qu'elle parvint à la plus haute perfection. La Vierge lui apparut plusieurs fois, et il fut révélé à S. Dominique par Jésus-Christ lui-même que celte pénitente lui était devenue extrêmement chère6.
VIII. Le bienheureux Alain raconte qu'il y eut autrefois une dame appelée Doménique, laquelle d'abord récitait fidèlement le rosaire, mais qui ayant ensuite abandonné cette pratique, tomba dans une telle pauvreté qu'un jour, par désespoir, elle se donna trois coups de couteau. Mais comme elle respirait encore et que les démons se préparaient à lu conduire en enfer, la très-sainte Vierge lui apparut cl lui d i l : Ma (die, vous m'avez oubliée, mais je n'ai pas voulu vous oublier en considération du rosaire que jadis vous récitiez en mon honneur. Eh bien! ajouta Marie, si vous continuez à le réciter, je vous rendrai la vie et même les biens que vous avez perdus. Ensuite elle se leva parfaitement guérie, reprit la pratique du rosaire, et recouvra ses biens. À son dernier moment elle fut de nouveau visitée par Marie qui la loua de sa fidélité, el elle fit une sainte mort7.
IX. Il y avait à Sarragosse un homme de haute naissance, mais extrêmement dépravé ; il se nommait Pierre, détail parent de S. Dominique. Or, un jour que le saint prêchait dans une église, il vit entrer Pierre, et pria le Seigneur de montrer à toute l'assistance l'état de ce malheureux pécheur. Aussitôt, Pierre parut aux yeux de tous semblable à un monstre de l'enfer, entouré et traîné par une foule de démons. Tout le monde prit la fuite, même l'épouse de Pierre qui était dans l'église, ainsi que ses domestiques qui l'accompagnaient. Alors S. Dominique lui envoya dire par un de ses amis de se recommander à Marie et de se mettre à réciter le rosaire qu'elle lui envoyait. D'après ce message, Pierre s'humilia, envoya remercier le saint, et obtint de Dieu la grâce de voir lui-même les démons dont il était entouré. Ensuite il alla se confesser au saint lui-même en versant un torrent de larmes, et il en reçut l'assurance que déjà il était pardonné. Continuant depuis à dire le rosaire, il parvint à un si heureux état de perfection qu'un jour le Seigneur le fit paraître aux yeux de tous dans l'église couronné de trois couronnes de roses8. Si l'on voulait encore d'autres exemples concernant le rosaire, on n'aurait qu'à lire ceux qui sont rapportés dans l'explication du Salve.
X. SUR les montagnes de Trente vivait un brigand fameux, qui, pressé un jour par un religieux de changer de vie, répondit que pour lui il n'y avait plus de remède. 3NON, dit alors le religieux, faites ce que je vous dis, jeûnez le samedi en l'honneur de Marie, abstenez-vous ce jour-là de l'aire tort à personne, et elle vous obtiendra la grâce de ne pas mourir dans l'inimitié de Dieu. Le bon larron suivit ce conseil, il en fit même le vœu, et pour ne plus y manquer à l'avenir il allait désarmé les jours de samedi. Il arriva qu'un jour de samedi il rencontra la force armée, et pour ne pas rompre son vœu, il SE laissa prendre sans résistance. Le juge le voyanl VIEUX et décrépit, voulait lui sauver la vie ; mais lui, pénétré des sentimens de componction que lui avait obtenus Marie, dit qu'il voulait mourir en punition de ses péchés. Ensuite, dans la salle morne du tribunal, il voulut confesser en public toutes les fautes de sa vie entière, et il le fit avec tant de larmes que tout le monde en pleura d'allcndrissom e n l ; il fut décapité, el une fosse ayant été creusée il fut enseveli tout simplement. Mais ensuite on vit la Mère de Dieu, qui, accompagnée de quatre vierges saintes, il retirer le cadavre de ce lieu et le fit envelopper d'une riche étoffe brochée d'or. Ensuite elles le transportèrent elles-mêmes à la porte de la ville, el la sainte Vierge dit aux gardes : « Allez dire à l'évêque de ma part qu'il donne une sépulture honorable en telle église à ce défunt, parce qu'il fut mon serviteur fidèle. » On le fit, el tout le peuple étant accouru en ce lieu on put voir le cadavre avec la riche draperie et la bière. A dater de ce jour, au rapport de Césaire, tous les habitants de ce pays se mirent dans l'usage de jeûner le samedi9.
XI. Un Portugais, zélé serviteur de Marie, avait conservé toute sa vie l'habitude de jeûner chaque samedi au pain et à l'eau en l'honneur de Marie ; et il avait choisi pour avocate auprès d'elle S. Michel et S. Jean l'évangéliste. Arrivé à l'article de la mort, la reine du ciel lui apparut avec ces deux saints qui intercédaient pour lui ; et la sainte Vierge, jetant sur son serviteur un regard de satisfaction, répondit aux deux saints : « 3c ne partirai point d'ici sans conduire avec moi cette ame. »
XII. Dans une de nos missions, après le sermon de la sainte Vierge que nous sommes dans l'usage de faire, un vieillard fort âgé vint trouver un des pères de notre congrégation pour se confesser, et plein de consolation il lui dit : « Père, la Vierge m'a fait une grâce. Et quelle grâce t'a-t-elle faite? lui demanda le confesseur. Sachez, mon père, répondit-il, que je fis, il y a trente ans une confession sacrilège, n'osa ni avouer un péché; et avec cela j'ai couru Lien des dangers, el j'ai été plusieurs fois à l'article de la ni or l, en sorte que si je fusse mort en ces occasions, j'étais certainement damné ; mais voici maintenant que la sainte Vierge m'a fait la grâce de me toucher le cœur. » Il disait cela en pleurant et en versant tant de larmes que c'était pitié de le voir. Or, le père, après l'avoir confessé lui demanda quelle dévotion il avait eue? Il dit qu'il n'avait jamais manqué les samedis de s'abstenir de laitage en l'honneur de Marie, et que pour cela la Vierge avait eu compassion de lui. Après quoi il permit au père de publier le fait.
XIII. Dans le pays de Normandie, un voleur fut tué par ses ennemis qui lui coupèrent la lele; mais la tête, ayant été jetée dans un vallon, fit entendre ce cri : « Marie accorde moi la confession. » Un prêtre accourut, le confessa, et lui demanda quelle dévotion il avait pratiquée, il répondit qu'il n'avait fait autre chose que jeûner un jour par semaine en l'honneur de la sainte Vierge; et que pour cela Maiie lui avait obtenu la grâce d'échapper à l'enfer par cette confession10.
XIV. Deux jeunes gentilshommes habitaient Madrid, el s'enlraidaienl mutuellement à mener une vie déréglée et dissolue. L'un deux vit en songe son ami saisi par des hommes noirs, et transporté vers une mer orageuse. On voulait on faire autant de I n i, mais il eut recours à Marie, faisant vœu d'entrer en religion, et il se vit délivré de ses maux ; ensuite il vit Jésus sur son trône avec un regard menaçant, et la sainte Vierge lui obtenait sa grâce. L’autre ami étant venu le trouver, il lui raconta la vision, el celui-ci ne fit que s'en moquer; mais vers le même temps il fut tué d'un coup de poignard. De sorte que le jeune homme, voyant l'accomplissement de la vision, se confessa, s'affermit dans la résolution de se faire religieux, et vendit à cet effet tout ce qu'il avait; mais ensuite, au lieu de donner l'argent aux pauvres comme il avait projeté, i! le dépensa en débauches et en excès. Il vint ensuite à tomber malade et eut une autre vision : il lui sembla voir l'enfer s'ouvrir, et le divin juge prononçant l'ai rôt de sa condamnation; il eut de nouveau recours à Marie, et Marie le délivra une seconde fois. Il guérit, et continua de mener une vie pire encore qu'auparavant. Il passa ensuite à Lima dans les Indes, où étant tombé de nouveau malade, et étant à l'hôpital, il fut de nouveau touché de Dieu, et se confessa au P. Francisco Perlino, jésuite, auquel il promit de changer de vie; mais il ne tint aucun compte de sa promesse. Enfin le même père entrant un jour dans un autre hôpital situé à une grande distance de là, vit ce misérable étendu par terre, et qui s'écriait : « Ah! désespéré que je suis, pour aggraver ma peine, ce père est encore venu pour être témoin de mon châtiment. De Lima, je suis venu ici après que par mes déréglemens j'ai été réduit à cette extrémité, et maintenant je m'en vais en enfer. » En parlant ainsi il expira, sans que le père eût eu le temps de l'assister11.
XV. En Allemagne un criminel fut condamné à mort, mais il s'obstina à ne pas vouloir se confesser. Un père jésuite fit tout au monde pour le convertir. Il le pria, pleura, se jeta à ses pieds, mais voyant qu'il perdait son temps, il lui dit à la fin : Eh bien ! récitons ensemble un Ave Maria. Le condamné le fit, et voilà qu'il se mit à pleurer à chaudes larmes, il se confessa avec de grands sentimens de douleur, et voulut mourir en embrassant l'image de Marie12.
XVI. Il y eut dans une ville d'Espagne un homme impie, qui s'était donné au démon, et ne s'était jamais confessé, il ne faisait d'autre bonne œuvre que de réciter chaque jour un Ave Maria. Le P. Euscbe INierembcrg raconte que cet homme étant arrivé à l'article de la mort, la sainte Vierge lui apparut en songe, fixa sur lui un regard, et ce regard miséricordieux de Marie le changea tellement, qu'il envoya aussitôt appeler le confesseur, il se confessa en versant un torrent de larmes, et fit vœu d'entrer en religion s'il vivait, et ce fut dans ces dispositions qu'il mourut13.
XVII. Une personne qui avait grande dévotion à Marie, recommandait toujours à sa fille de réciter souvent l’Ave Maria surtout quand elle serait exposée à quelque danger. Il arriva que cette jeune personne, un jour qu'elle reposait au retour du bal, fut assaillie par le démon qui paraissant sous une forme visible, voulait l'enlever, et il l’avait même déjà saisie à bras le corps, mais elle n'eut qu'à dire un Ave Maria et le démon disparut14.
XVIII. Une femme de Cologne, qui entretenait une liaison criminelle avec un prêtre, le trouva un jour pendu dans sa chambre. Après cela elle entra dans un couvent, où le démon vint encore la tourmenter, même sous une forme visible, en sorte qu'elle ne savait plus que faire. Une de ses compagnes lui suggéra de dire l'Ave Maria; elle le fit, et le démon lui dit alors : Maudite soit celle qui t'a donné ce conseil. Après quoi il disparut pour ne plus reparaître.
XIX. Un capitaine de mauvaises mœurs se trouvant dans son château, reçut par hasard la visite d'un bon religieux. Celui-ci éclairé de Dieu, pria le capitaine de faire venir tous ses domestiques. Ils vinrent tous, mais il y manquait le valet de chambre. Celui-ci enfin étant venu à grand peine, le père lui dit : Or sus, de la part de Jésus-Christ, je te commande de dire qui tu es. Il répondit : Je suis un démon de l'enfer, qui depuis quatorze ans sers ce misérable, j'attendais qu'un jour il eût manqué de dire les sept Ave Maria qu'il a coutume de réciter, pour l'étouffer, et l'emporter dans les flammes éternelles. Alors le religieux ordonna au démon de se retirer, ce qu'il fit en disparaissant aussitôt, et le capitaine se jeta à ses pieds, se converti!, et depuis mena une sainte vie15.
XX- Le bienheureux Francesco Palrizi, très-zélé pour la dévotion de l'Ave Maria, en récitait cinq cents chaque jour. Marie l'avertit de l'heure de samcrl, de sorte qu'il mourut en saint. Quarante ans après on lui vit sortir de la bouche un lis de toute beauté, qui fut depuis transporté en France, et sur les feuilles duquel était écrit l'Ave Maria en lettres d'or16.
XXI. Césairo raconte qu'un frère convers de Chaux ne savait dire autre chose que Y Ave M aria et le récitait continuellement avec grande dévotion. Après sa mort on vit croître sur le lieu même où il avait été enseveli, un arbre sur les feuilles duquel était écrit : Ave Maria grata plena17.
XXII. Trois personnes dévotes pour se préparer à la fête de la purification de la sainte Vierge, et par le conseil de leur confesseur, récitèrent une première année pendant quarante jours le rosaire entier. La veille de la fête, la divine Mère apparut à la première des trois soeurs avec un riche vêtement brodé en or, et la bénit en la remerciant. Ensuite elle apparut à la seconde avec un vêtement tout simple, el la remercia également. Mais celle-ci lui dit : Et pourquoi, ô ma souveraine, vous êtes-vous présentée à ma soeur avec un vêtement plus riche ? Parce qu'elle m'a revêtue plus richement que vous, répondit Marie. Après cela elle apparut encore à la troisième soeur avec une robe de grosse toile, et celle-ci lui demanda pardon de sa tiédeur à l'honorer. L'année suivante elles se préparèrent toutes les trois à cette fête, récitant le rosaire en grande dévotion. Or, la veille de la fète, au milieu de la nuit, Marie leur apparut dans de magnifiques atours et leur dit: Tenez-vous prêtes, demain vous entrerez en paradis. Et de fait, le lendemain, après en avoir donné avis au confesseur, dans l'église où elles avaient communié le matin, à l'heure de complies elles virent de nouveau la sainte Vierge, qui vint les prendre, et au milieu des concerts des" anges, elles expirèrent doucement l'une après l'autre18.
XXIII. Le P. Grasset rapporte qu'un officier lui assurait avoir une fois trouvé sur un champ de bataille, après le combat, un soldat qui tenait en main un chapelet et un scapulaire, et demandait un confesseur. Il avait eu le front percé d'une balle qui était sortie par derrière en traversant la tête, et on lui voyait sortir la cervelle par les deux orifices de la blessure, en sorte que naturellement il ne pouvait pas vivre. Le blessé se leva, se confessa au chapelain avec beaucoup de componction, et après avoir reçu l'absolution il expira19.
XXIV. Le même auteur ajoute un trait qu'il dit tenir du même capitaine. Cet officier se trouva présent à un coup de pistolet tiré de près sur un trompe lie de sa compagnie, Il visita lui-même l'endroit de la poitrine où le soldat disait avoir été frappé, et il trouva que la balle s'était arrêtée sur le scapulaire qu'il portait, mais sans arriver jusqu'à la peau, il prit la balle et la fit voir à tout le monde20.
XXV. Un jeune gentilhomme, nommé Eschillo, ayant été envoyé par le prince son père à Ileidcilsen, ville de la Saxe, pour y faire ses études, se mit à mener une vie déréglée. Il tomba ensuite dangereusement malade, à tel point qu'il fut réduit à la dernière extrémité. Il eut alors une vision: il se vit enfermé dans une fournaise ardente el il se croyait déjà en enfer, mais ensuite il lui sembla qu'il avait le bonheur d'en sortir par un trou et de se réfugier dans un grand palais. Là il vit dans une salle Marie qui lui disait : Téméraire, tu as la hardiesse de paraître devant moi ? allons, pars d'ici et va au feu comme tu le mérites. Le jeune homme alors demanda miséricorde à la Vierge, et puis se retourna vers quelques personnes qu'il vil en ce lieu, les priant de le recommander à Marie. Celles-ci le firent el la divine mère répondit ; Mais vous ne connaissez pas la vie déréglée de ce jeune homme, vous ne savez pas qu'il n'a même pas daigné dire un Ave Maria en mon honneur? Les personnes qui intercédaient répliquèrent : Vierge sainte, il changera de vie. Le jeune homme reprit alors : Oui, je promets de me corriger sincèrement, et je vous serai tout dévoué. Aussitôt la Vierge, prenant un regard serein, lui dit : C'est bien, j'accepte votre promesse. Demeurez-moi fidèle, el en attendant par ma bénédiction sera délivré de l'en fer et de la mort. A ces mots la vision disparut. Eschillo revenu à lui et bénissant Marie, raconta aux autres la grâce qu'il avait reçue. Ayant commencé dès lors à mener une sainte vie, et conservant toujours une grande affection à la sainte Vierge, il fut fait archevêque de l'église de Luden en Danemark, où il convertit beaucoup d'infidèles, et à la fin de sa vie se voyant vieux il renonça à l'archevêché, et se fît moine à Clairvaux, où il vécut quatre ans, après quoi il fil une sainte mort. Aussi a-t-il été compté par les ailleurs au nombre des saints de l'ordre de Cîteaux.
XXVI. Un confrère de la congrégation de Marie fut invité par un ami à dîner un jour avec lui, il promit d'y aller, mais il voulut auparavant aller à la congrégation, et il oublia ensuite sa promesse. Son ami en fui si offensé qu'il vint à sa rencontre pour le tuer, mais par un juste jugement de Dieu il se tua lui-même. Le confrère fut aussitôt saisi par la force armée, et regardé comme coupable d'assassinat, il fut condamné à mort. Il se recommanda à la Vierge, et inspiré par elle il se fit porter devant le défunt à qui il demanda comment il était mort. Celui-ci confessa qu'il s'était tué lui-même, et l'autre fut mis en liberté21.
XXVII. En l'année 4 6 0 4, il y avait à Dole un confrère de la congrégation de Marie dangereusement malade. Un jour de fête il se mit à dire : à cette heure les confrères sont à la congrégation qui louent Marie, et moi je suis ici à rien faire? Il se lève aussitôt, el se rend à la congrégation. Or, à l'instant la fièvre le quitte, et il s'en retourne guéri22.
XXVJlï. Un autre congréganisle qui était de Naples et pécheur de profession, demeura plusieurs jours malade par suite des disciplines qu'il s'était données à la congrégation. S'étant un peu remis comme il était pauvre, et avait de la famille, il retourna à la pêche, disant à la sainte Vierge : O Maria, c'est pour l'amour de vous que j'ai essuyé ce dommage, assistez-moi. La sainte Vierge lui fit prendre autant de poisson qu'il aurait pu en prendre dans tout le temps perdu23.
XXIX. Un autre confrère allait être mis en prison pour n'avoir pu acquitter ses dettes; il se recommande à Marie et la sainte Vierge inspira à ses créanciers de lui faire re-* mise de la somme due ; ce qui eut lieu en effet24.
XXX. Un jeune homme qui allait à la congrégation de la sainte Vierge, s'en éloigna par la suite, et se mit à mener une vie dissolue. Une nuit le démon lui apparut sous une forme effrayante : il invoqua Marie. C'est en vain, dit alors le malin esprit, que tu invoques celle que lu as abandonnée, lu es à moi à cause de les péchés. Le jeune homme tremblant s'agenouillant et se mit à réciter la formule des confrères : Très-sainte Vierge et mère etc. Alors la Mère de Dieu lui apparut, et à celle vue le démon prit la fuite, on laissant après lui une puanteur horrible et une ouverture dans la muraille. Marie ensuite se tournant vers le jeune homme, lui dit : Tu ne méritais pas ma protection, mais j'ai voulu avoir pitié de toi, afin que tu changes de vie et que tu retournes à la congrégation. Dès le matin même il se confessa en versant beaucoup de larmes, et il retourna à la congrégation25.
XXXI. Il y eut autrefois à Bragance un autre jeune homme qui se livra tellement au désordre qu'un jour il allait se noyer de désespoir ; mais avant de se jeter dans la rivière il s'adressa à la sainte Vierge en lui disant : « Je vous ai servie dans la congrégation, assistez-moi. » La Sainte Vierge lui apparut et lui dit : « Eh bien que veux-tu faire maintenant? veux-tu perdre l'ame et le corps? va, confesse-toi et retourne à la congrégation. » Le jeune homme à ces mots rentrant en lui-même, remercia la sainte Vierge et changea de vie26.
XXXII. En Espagne un religieux transporté de colère, tua son supérieur. Après ce crime il s'enfuit en Barbarie, et là il renia la foi et prit femme, continuant à mener une vie aussi indigne; il ne faisait d'autre bonne œuvre que de réciter chaque jour un Salve Regina. Un jour qu'il était seul et récitait son Salve Regina, Marie lui apparut, le reprit vivement, el l'encouragea à changer de vie, lui promettant son secours. Alors il s'en retourna chez lui, et sa femme le voyant affligé lui demanda ce qu'il avait: fondant en larmes il lyt fit connaître son état et la vision qu'il avait eue ; en sorte que touchée de compassion elle lui donna de l'argent pour s'en retourner, et lui permit d'emmener un des fils qu'il avait eus d'elle. Il retourna au monastère où il versa tant de pleurs qu'il fut admis de nouveau avec son fils : il persévéra et il mourut en odeur de sainteté27.
XXX. Un écolier à l'instigation de son maître se mit dans l'habitude de saluer la très-sainte Vierge par ces paroles : Je te salue ô mère de miséricorde. Comme il était sur le point de mourir Marie lui apparut et lui dit : « Mon fils vous ne me connaissez pas? je suis celle mère de miséricorde que vous avez tant de fois saluée? » Alors le pieux serviteur de la Vierge étendit les bras comme pour la suivre, et expira doucement28.
XXXIV. Un homme vivait dans l'habitude du péché et n'avait conserve d'autre pratique de dévotion que de réciter chaque jour le Sub t&um praesidium. Un jour la Vierge l'éclaira d'une lumière si vive, que renonçant à sa vie déréglée il entra en religion : il y vécut cinquante ans de la vie la plus édifiante, et persévéra jusqu'à sa mort29.
XXXV. À Turin il y eut en 1610 un hérétique obstiné qui ne voulut même pas se convertir aux approches de la mort, quoique pussent lui dire plusieurs prêtres qui l'assistèrent pendant huit jours de suite. Enfin l'un d'eux le contraignit comme par force de recourir à Marie en lui adressant ces paroles : Mère de Jésus, assistez-moi. Alors l'hérétique comme sortant d'un profond sommeil d i l : Je veux mourir catholique. Et en effet après avoir été réconcilié à l'église, il mourut au bout de deux heures30.
XXXVI. Dans les Indes un infidèle se voyant à l'article de la mort abandonné de tout le monde, et ayant entendu les catholiques faire de si grands éloges de la puissance de Marie, eut recours à elle. La Vierge lui apparut et lui dit: « Je suis celle que tu invoques, vas, fais-loi chrétien. » A l'instant il se sentit guéri, se fit baptiser, et plusieurs infidèles furent convertis par ce miracle31.
XXXV1L Un l'année 1610 un homme de Madrid qui avait une grande dévotion à Marie, et particulièrement à une image dite d'Antioche épousa une femme qui par ses soupçons jaloux ne le laissait pas reposer. Tous les samedis et de grand matin il allait pieds nus visiter cette image, mais sa femme croyant qu'il allait ailleurs, l'accabla de tant d'injures, un jour particulièrement qu'aveuglé par un mouvement d'impatience, il prit une corde et alla se pendre. Mais comme il allait rendre l'âme, et ne pouvait peut-être plus se débarrasser lui-même, il pria Marie de l'assister; et voilà qu'il vit devant lui une dame d'une grande beauté qui s'approcha et coupa la corde. Les personnes qui étaient dehors s'en aperçurent, et il leur raconta le fait. Là-dessus la femme elle-même fut touchée de componction, et depuis ils vécurent en paix et dans des sentimens d'affection pour la Mère de Dieu32.
XXXVÏJL L'an 1615 un homme de Valence tomba dans un péché qu'il eut ensuite honte de confesser, en sorte qu'il ne faisait plus que des confessions sacrilèges. Mais ne pouvant plus résister aux remords de sa conscience, il alla un jour visiter la 31 adonna d'Halle pour implorer secours. Arrivé à la porte de l'église qui était ouverte, il se vit repoussé par une force invisible; alors il prît la résolution de se confesser, et entra aussitôt. Il fit une confession entière, et s'en retourna chez lui tout console33.
XXXIX. Le bienheureux Adam de l'ordre de Cilcaux, allant un soir visiter la très-sainte Vierge dans une église, trouva les portes fermées, et s'agenouilla dehors pour lui rendre ses devoirs. Mais à peine était-il agenouillé qu'il vit la porte s'ouvrir; il entra et aperçut la reine du ciel au milieu d'une éclatante lumière, et qui lui disait: Adam, viens ici, connais-tu qui je suis? Non, répondit Adam, qui êtes-vous donc? Je suis, reprit-elle, la Mère de Dieu ; sache qu'en considération des hommages que tu me rends, j'aurai toujours soin de toi. Et lui mettant sa bienheureuse main sur la tête, elle le délivra d'une grande douleur qu'y éprouvait ce saint homme34.
XL. Une femme toute dévouée à Marie, étant allée un jour visiter une église de la Vierge à l'insu de son mari, ne put à cause du mauvais temps, retourner ce soir-là chez elle. De sorte qu'elle conçut une vive appréhension que son mari ne fût extrêmement irrité. Elle se recommanda néanmoins à Marie ; s'en retourna chez elle, et trouva son mari dans les meilleures dispositions. A la fin à force d'observer et de questionner, elle découvrit que le soir précédent la divine Mère avait pris sa ressemblance, et avait fait tout le service de la maison comme une servante. Alors elle raconta le tout à son mari, et tous deux conservèrent le reste de leur vie une grande dévotion à la sainte Vierge (5).
XLI. Un cavalier originaire de Dol, ville de France, appelé Ansaut, reçut dans une bataille un coup do flèche qui lui entra si avant dans l'os de la mâchoire qu'il ne fut pas possible d'en extraire le fer. Alors il se recommanda à la sainte Vierge, et fit vœu de visiter une dévore image qui était en ce lieu, en donnant tous les ans une certaine somme, s'il obtenait sa guérison. A peine avait-il fait le vœu qu'il sentit le fer tomber de lui-même dans l'intérieur do la bouche. Le jour suivant tout malade qu'il était, i] alla visiter l'image, et à peine avait-il déposé sur l'autel la somme promise qu'il se sentit tout-à-fait guéri, même des suites de sa blessure35.
XLII. En Espagne il y eut autrefois un homme qui entretenait une liaison criminelle avec une de ses parentes. Or un jour qu'elle était en prière devant une dévote image de la Vierge, elle aperçut Jésus sur un trône, tout prêt à condamner ce pécheur au feu de l'enfer, mais sa sainte mère ayant représenté que cet homme l'avait autrefois honorée, elle obtint un délai de trente jours pour qu'il eût le temps de rentrer en lui-même. La femme par l'ordre de la sainte Vierge elle-même alla conter le tout à son confesseur. Celui-ci eu /il part au jeune homme qui se confessa aussitôt en versant beaucoup de larmes, et promit de s'amender. Mais pour n'avoir pas évité l'occasion qui se trouvait dans la maison même, il retourna à son vomissement. Étant venu se confesser de nouveau, il promit de nouveau, mais il fit encore rechute. Le père ne le voyant pas revenir, alla le trouver chez lui, mais il en fut très-mal reçu. Au bout des trente jours le père y retourna encore, mais en vain; de sorte qu'il pria les domestiques de l'avertir au premier accident qui surviendrait. Voilà que la nuit même ce misérable fut assailli de grandes douleurs; le père appelé alors accourut, essaya de l'assister, mais le malheureux ne dit que ces mots : Je meurs d'une blessure au cœur! Et poussant un hurlement de désespéré il expira36.
XLIII. Il y avait à Milan un joueur tellement dominé par sa passion qu'un jour il joua jusqu'à ses vètemens; de sorte que dans un accès de fureur, il frappa de son couteau une image de la sainte Vierge. On en vit aussitôt le sang couler et lui réjaillir au visage. Alors tout attendri il se mit à pleurer, remercia Marie qui lui avait obtenu le temps de faim pénitence, et se fit moine dans l'ordre de Cîteaux. Or par la vie édifiante qu'il mena depuis, il en vint jusqu'à obtenir le don de prophétie; et après quarante ans de religion, il mourut saintement (2),
XLIV. Un grand pécheur étant une fois tout en larmes au pied de son crucifix, priait Jésus-Christ de lui donner un signe de pardon. Mais n'ayant pu obtenir le signe demandé, il se tourna vers Notre-Dame-de-Douleurs qui, en ce moment, lui apparut; et il la vit qui présentait ses larmes à son fils en lui disant : Mon fils, ces larmes ne périront point (5). Alors il reçut l'assurance que Jésus lui pardonnait, et depuis il vécut saintement ( i ).
XLV. Voici un trait arrivé à un père de notre congrégation, appelé D. Césare Sportelli, mort dernièrement en odeur de sainteté, et retrouvé intact après-plusieurs mois. Dans une mission, après le sermon que nous sommes dans l'usage de faire toujours sur la puissante intercession de Marie, il vit venir à lui pour se confesser un homme d'un grand âge. Arrivé au pied du confesseur, i! dit : Mon père la sainte Vierge m'a obtenu cette grâce. C'est là son emploi, répondit le pure. Mais vous, reprit-il, vous ne pourrez m'absoudre, parce que je ne me suis jamais confessé. Et en effet, quoique catholique, il ne s'était jamais confessé Le père l'encouragea, le confessa et le renvoya absous avec grande consolation.
XLVI. Le bienheureux Bernard Tolomci, fondateur des PP. O'dvciani, plein de dévotion pour Marie dès sa première enfance, était un jour en proie à de cruelles anxiétés dans son ermitage d'Accona, dit le mont Olivier. Le sujet de sa peine était la crainte de notre pas sauvé, el de n'avoir pas encore obtenu de Dieu son pardon. La divine mère lui apparut alors et lui dit : Que crains-tu, mon fils? Prends courage, Dieu t'a déjà pardonné, et approuve Je genre de vie que tu as embrassé ; tu n'as qu'à continuer ; je t'assisterai, et tu feras ton salut. Le bienheureux continua de mener une sainte vie, jusqu'au jour où il fit une heureuse mort entre les bras de Marie37.
XLYÏ1. Dans lu nord de l'Allemagne il arriva qu'une jeune personne nommée Agnès fut séduite par son propre père. Elle devint enceinte, et s'enfuit dans un désert où elle accoucha. Ensuite le démon lui apparut sous la forme d'un religieux et lui fit jeter son enfant dans l'eau. Après quoi il l'exhortait à s'y jeter elle-même. La jeune personne entendant cela se mit à dire : Marie, assistez-moi, et le démon disparut38.
XLYI1L Un soldat se rendit dans un bois pour y porter sa femme au démon, selon la promesse qu'il lui en avait faite, à condition que le démon lui fournirait de l'argent. Chemin faisant il vint à passer devant une église de la Vierge. Alors sa femme le pria de lui permettre de saluer Marie dans cette église. Elle y alla, mais n'en ressortit point; car la divine mère, prenant ses traits et sa ressemblance, vint se présenter en sa place et monta sur le cheval. Lorsqu'ils furent arrivés au bois, le démon dit au mari : Traître, comment, au lieu de ta femme, me portes-tu la ftïôrc de Dieu, mon ennemie. Et toi, répondit Marie, comment avais-tu la hardiesse de vouloir nuire à ma lidèle servante? Va, fuis donc dans l'enfer. Et toi dit-elle à cet homme, en se tournant vers lui, change de vie, el tu peux compter sur mon assistance. Là-dessus, elle disparut ; ensuite de quoi ce misérable rentra en lui-même et changea de vie39.
XLIX. Il y avait au Mexique une pécheresse qui, étant tombée malade, rentra en elle-même et fit vœu, si elle guérissait, d'offrir sa chevelure à Marie. Elle guérit en effet, et offrit ses cheveux dont on fit une perruque à la statue de la Vierge. Mais cette femme, étant ensuite retombée dans son péché, retomba aussi dans sa première maladie et mourut impénitente. Après-sa mort il arriva un jour que, du milieu de cette statue, Marie parla au P. Gimnmaria Salvalerra, jésuite, en présence d'un grand peuple, et dit : Otez-moi de dessus la icle ces cheveux qui appartiennent à une ame damnée et deshonnête, et qui ne vont pas bien sur la tête de la mère do la pureté. Ce que le père fit aussitôt en les jetant à l'instant même dans le feu40.
LI. En Espagne plusieurs chrétiens ayant été faits esclaves par un Sarrasin appelé Pclran, se recommandèrent à la sainte Vierge. Or, Marie apparut au Sarrasin et lui dit : Pclran, comment oses-tu retenir en esclavage mes serviteurs? laisse-les aller au plus tôt : je te le commande. Et qui êtes-vous pour que je sois obligé de VOUS obéir? répondit le Maure. Je suis, répondit-elle, la Mère de Dieu; et parce qu'ils ont eu recours à moi, je veux que tu leur donnes la liberté. Alors Pclran se sentit tout d'un coup changé. En effet, il va, met les chrétiens en liberté, et ensuite se consacre à la très-sainte Vierge. Or, Marie elle-même prit soin de l'instruire, elle baptisa ensuite elle-même dans une fontaine, en un lieu où depuis on bâtit une église et un couvent de bénédictins41.
II. Un chanoine, pendant qu'il récitait des prières à la louange de Marie, tomba dans le fleuve de la Seine et se noya; or, parce qu'il était en état de péché mortel, les démons vinrent pour l'emporter en enfer. Mais, en même temps, Marie apparut et leur dit : Comment avez-vous la hardiesse d'enlever un homme qui est mort au moment où il chantait mes louanges? Or sus, dit-elle ensuite en se tournant vers le pécheur, corrige-toi, et montre-toi fidèle à honorer ma conception. Il revint à la vie, se fit religieux et ne cessa jamais de louer sa libératrice, et de propager partout la dévotion à sa conception immaculée42.
LU. Tandis que les religieux de Clairvaux moissonnaient dans la campagne et étaient attentifs à chanter les louanges de la reine des cieux, on vit la très-sainte Vierge qui les caressait, et deux autres saintes qui leur essuyaient leur sueur43.
LUI. Le frère du roi de Hongrie récitait chaque jour l'office de Marie. Un jour, étant tombé dangereusement malade, il fît vœu de chasteté à la Vierge, si elle lui accordait la vie, et il se trouva guéri à l'instant. Mais son frère étant mort, il promit d'épouser une jeune personne; et comme on était sur le point de célébrer les noces, il se retira dans une chambre pour y réciter l'office selon sa coutume. Arrivé à ces paroles : Quam pulchra es et décora, etc., il vit Marie qui lui dit : Si je suis belle comme tu viens de le dire, pourquoi me laisses-tu maintenant pour une autre épouse? sache que si tu renonces à celle-là tu m'auras moi-même pour épouse, elle royaume des cieux au lieu du royaume de Hongrie. Après cela le prince s'enfuit dans un désert voisin d'Aquilée, où il vécut saintement44.
LIV. S. Jean Climaque raconte qu'il y eut un fervent religieux, appelé Cnrcérius, qui a^ait coutume de chanter souvent des cantiques en l'honneur de Marie, et saluait toujours ses images par un Ave Maria. Or, dans la suite ce religieux tomba dans une infirmité si douloureuse que, dans l'accès de la douleur, il se mordait les lèvres el la langue. En sorte qu'ayant perdu la parole il était à l'article de la mort. Maïs, tandis qu'on lui faisait déjà la recommandation do l'ame, la Mère de Dieu lui apparut, et lui dit : Je suis venue pour le guérir, ne pouvant souffrir que la maladie rende muette une bouche qui a si souvent prononcé mes louanges : Or sus, sois guéri, et continue à me louer. Cela dit, elle fit jaillir dans sa bouche quelques gouttes de son lait. Et de fait il se trouva guéri à l'instant; et le reste de sa vieil ne cessa jamais de la louer, jusqu'à ce que, visité de nouveau par Marie à l'heure de sa mon, il mourut doucement entre ses bras ( l ).
LV. S. François de Borgia étant à Rome, un ecclésiastique vint lui parler. Le saint, se trouvant occupé, envoya en sa place le 1\ Acosla, auquel cet ecclésiastique parla ainsi : Père, je suis prêtre et prédicateur; mais comme je vivais en état de péché, et que je me défiais de la miséricorde divine, il est arrivé qu'un jour, après un sermon sur l'endurcissement des pécheurs, qui ensuite désespèrent du pardon, un homme vint se confesser à m o i, qui me raconta tous me* péchés, el enfin me dit qu'il désespérait de la miséricorde divine. Moi, pour faire mon devoir, je lui dis de changer de vie et de se confier en Dieu. Alors ce pénitent, se levant debout, me réprimanda en ces termes : Et toi qui proches ainsi aux autres, pourquoi ne le corrige!-lu pas toi-même el t'abandonnes-tu à la défiance? O r, sa*.;he, dit-il, que je suis un ange venu à ton secours ; corrige-toi et tu seras pardonné. Cela dit, il disparut. Je m'abstins pendant quelques jours de mes habitudes déshonnêtes; mais l'occasion s'étant présentée de nouveau, je retombai dans mon péché. Un autre jour, tandis que je célébrais. Jésus-Christ me parla sensiblement du milieu de l'hostie : Pourquoi me malirailes-lu ainsi, tandis que je te traite si bien? Après cela je résolus de me corriger, mais à la première occasion je retombai. Or, comme j'étais, il y a quelques heures, dans ma chambre un jeune homme est venu à moi; puis, tirant de sous son manteau un calice, et de celui-ci une hostie consacrée, il me dit : Connais-tu le maître que je tiens entre mes mains? te souviens-tu des grâces qu'il l'a faites? or, voici le châtiment de ton ingratitude. Et à ces mots il a saisi une épée pour me tuer. Alors je me suis écrié : Pour l'amour de Marie ne me tuez pas, je veux véritablement me convertir. Il me répondit : c'est le seul moyen qui ait pu te sauver, sache l'en servir, parce que c'est pour toi la dernière miséricorde. Cela dit il m'a laissé. Je suis venu sur-le-champ, et je vous prie de me recevoir parmi vous. Le P. Acosta le consola * et ce prêtre, par le conseil de S. François lui-même, entra ensuite dans une autre maison religieuse où il persévéra dans une sainte vie jusqu'à la mort45.
Source du texte : Bibliothèque Saint Libère
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