Léon XIV, pape augustinien · Lire saint Augustin →

    Ordre établi dans le monastere du Puits-d’Orbe · Saint François de Sales

    Ordre établi dans le monastere du Puits-d’Orbe

    Pour commencer par la clausure, il est requis que nul homme n’entre dans le chœur, ny dans le cloistre, ny dans le dortoir des religieuses, sinon pour les causes pour lesquelles les confesseurs, medecins, chirurgiens, charpentiers, et autres semblables, peuvent entrer aux monasteres les plus reformez, c’est-à-dire, quand une vraye nécessité le requiert. Les femmes neantmoins pourront y entrer et aller partout; mais ne pourront pas coucher dans le dortoir.

    II. Les religieuses pourront sortir dans l’enclos du monastere, pourveu qu’elles soient pour le moins deux ensemble et qu’elles n’entrent point dans le logis où habitent les prestres, les receveurs, et autres hommes; attendu qu’il ne peut y avoir aucune nécessité de le faire et tousjours quelque sorte de danger. Elles pourront aussi sortir pour aller aux champs et promenades qui sont autour du Monastere, pour leur récréation, pourveu qu’elles soient au moins la moytié de la Communauté ensemble, sans se separer les unes des autres.

    III. Mais quant à entrer et demeurer au chœur des religieuses pendant que l’on y fait l’office, il ne le faut permettre qu’à quelques femmes de respect.

    IV. A l’esgard des visites des parens, amys, et autres qui voudront voir les religieuses, il faudra deputer quelque chambre hors du cloistre, en laquelle la visite puisse estre faite, et où neantmoins les religieuses n’aillent point qu’accompaignées de deux autres pour la bienseance. Le jardin proche du logis de madame l’Abbesse peut servir à cela, et l’eglise mesme du costé de l’autel, selon la diversité des occurrences, en observant tousjours la bienseance de n’estre point seules en un lieu, bien qu’elles parlent seules à ceux qui les viennent voir, pendant que celles qui viendroient avec elles s’entretiendront à part avec toute modestie.

    V. Quant aux sorties des religieuses aux maysons de leurs proches et autres lieux, il seroit à propos qu’elles fussent du tout retranchées ; mais comme cela semble trop dur à quelques-unes, il faut pour le moins que ce soit le plus rarement qu’il sera possible, puisque de telles sorties ne se font guere sans une notable distraction d’esprit et murmuration de ceux qui les voient dehors, et que les parens mesmes desireroient que leurs religieuses demeurassent en paix dans leurs monasteres, comme queïques-uns l’ont dit librement.

    VI. Il seroit nécessaire qu’il y eust un confessionnal en quelque lieu visible dés le chœur, ou mesme qui fust dans le chœur, et que ce confessionnal fust fait en sorte que le confesseur ne vist point les dames qui se confessent, ny elles luy, pour plusieurs raysons. Il faut oster l’autel qui est dans le chœur, eL tirer tout au long une séparation entre le chœur et le maistreautel, qui soit faite à colomnes de bois ou de fer, et où il y ayt une porte par laquelle les religieuses puissent sortir pour se présenter à la Communion, ou le prestre puisse entrer pour la leur porter dans le chœur, sinon que la séparation fust faite de telle sorte que les religieuses se disposent en rang le long d’icelle, et que le prestre puisse les communier commodement entre les colomnes, ce qui semblerait plus séant et propre, et fort aysé pour la gravité de l’action ; comme aussi il sembleroit plus propre et plus séant, que le confessionnal fust mis en sorte que les dames fussent en iceluy en dedans le chœur, et le confesseur en dehors, comme cela se peut faire, et que cela se fait dans tous les monasteres bien reglez. Or, cela sera, si l’on fait le confessionnal à l'un des bouts de la séparation.

    VII. Il est requis qu’il se fasse une Prieure, laquelle, comme lieutenante de l’Abbesse, soit obeye ny plus ny moins qu’elle en son absence, et, pour la faire, il est expedient que les religieuses en fassent l’eslection, et que l’Abbesse l’aggrée et la confirme. Que si les religieuses n’en vouloient point faire l’eslection, l’Abbesse la pourroit establir sans cela. Or, il la faut choysir telle que les religieuses ayent subjet de luy obeyr et de l’honnorer. Elle tiendra tousjours le premier rang après l’Abbesse, en l’absence de laquelle tontesfois elle ne se mettra point en sa place, mais en la premiere après celle de l’Abbesse.

    VIII. Le Chapitre ou Calande se doit tenir tous les vendredys de l’année, si la solemnité de quelque feste occurrente n’en empesche : alors il faudra s’assembler le jour precedent. On y lira quelque chapitre ou article des Réglés, ou mesme de quelque livre quitraitte de la discipline religieuse, puis on conferera par ensemble des deffauts et des manquemens qui se seront commis dans les Offices et les observances regulieres, si on en a remarqué, et des moyens d’y remedier, avec toute la charité qu’il sera possible.

    IX. Quant aux pensions, toutes sont exhortées à les remettre à la disposition de la Supérieure, qui, moyennant cela, aura soing de faire fournir à toutes les nécessitez de celles qui les remettront; et quant à celles qui ne voudront point les remettre présentement, il faudra attendre que Dieu le leur inspire.

    Source du texte : Bibliothèque Saint Libère

    Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.

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