Léon XIV, pape augustinien · Lire saint Augustin →

    Neuvaine en l'honneur de sainte Thérèse · Alphonse de Liguori

    IIe considération : Du don d'espérance accordé à sainte Thérèse

    Du don d'espérance qui fut accordé à sainte Thérèse.

    La mesure des miséricordes divines répond à la confiance que l'ame a en Dieu, ainsi quand le Seigneur veut enrichir une ame de grâces, il l'enrichit d'abord de confiance.

    La sainte mère Thérèse obtint de Dieu le don d'une si grande confiance, qu'elle parvint ainsi à accomplir tout ce qu'elle entreprit pour la gloire de son époux; en sorte qu'on l'appelait ordinairement « la toute puissante Thérèse. »

    Elle se rappelait que Dieu est fidèle comme dit l'Apôtre, et qu'il ne peut manquer à sa parole; c'est dans cette pensée qu'elle puisait le grand courage qui la rendait forte contre toutes les tempêtes: « Oh ! Seigneur s'écriait-elle, » qui élèvera la voix pour dire combien vous êtes fidèle » à vos amis! que tout me manque pourvu que vous ne » m'abandonniez point, moi qui ai éprouve combien on » gagne quand on se confie en vous seul. » Fixée à cette ancre solide, elle entreprit le grand œuvre de la réforme des religieux et des religieuses de l'ordre des carmes, et d'une foule d'établissemens, malgré mille contradictions de la part des hommes et des démons, sans appui, sans argent, mais avec la seule confiance en Dieu; elle avait coutume de dire que pour fonder un monastère, il suffisait de louer une maison et une cloche.

    Quand les contradictions devenaient plus fortes, c'était alors que son courage s'augmentait et qu'elle disait : c'est une preuve que la semence doit rapporter plus de fruit; c'est ce que l'événement vérifiait. Aussi a-l-elle écrit quelque part : « J'espère ainsi parce que le vrai moyen de ne » pas tomber, c'est de s'attacher à la croix et de se confier » en celui qui y a été suspendu : je trouve que lui seul » est un ami véritable, et je le sens si invinciblement, » qu'il me semble qu'avec la grâce de Dieu, je pourrais » résister à tout l'univers luttant contre moi. » Delà naissait le grand déplaisir qu'elle éprouvait lorsqu'elle avait à traiter avec des personnes qui se fondaient sur des raisonnemenset des moyens humains.

    La sainte mère étant à Tolède, un père lui dit que l'œuvre de la réforme était désespérée; mais Thérèse avec un courage imperturbable, consolait tout le monde, et se fiant à Dieu, elle disait que malgré les contradictions, tout réussirait pour le mieux. Lorsqu'elle trouvait en voyage quelque pas dangereux, elle était la première à le franchir, afin d'encourager les autres par son exemple. Pleine de confiance en son Seigneur, elle ne craignait même pas l'enfer; elle disait qu'elle ne craignait pas plus les démons que les mouches. On ne la vit jamais s'affliger ni se réjouir d'un événement quelconque, heureux ou malheureux, mais elle était toujours calme et égale à elle-même, au milieu d'une paix profonde; toujours ferme dans sa douce espérance, persuadée que Dieu ne peut manquer à celui qui le sert et qui a placé son espérance en lui.

    C'était donc sur cette espérance que Thérèse appuyait toutes les prières qu'elle adressait à Dieu. Et comme elle ne savait lui demander que ce qui pouvait contribuer au bon plaisir de son Seigneur, les prières de cette sainte épouse étaient si agréables à Dieu, qu'il alla jusqu'à lui vu.

    promettre do lui accorder (oui ce qu'elle lui demanderait. Un jour que Thérèse sollicitait de lui une grâce, et qu'elle craignait d'être refusée à cause de son indignité, Jésus lui apparut, et lui montrant la plaie de sa main gauche, « Il » me dit (ce sont les paroles de la sainte) que je ne devais » pas douter que celui qui avait tant souffert pour » moi ne m'accordât très-volontiers tout ce que je lui y> demanderais : qu'il me promettait de m'accorder tout » ce que je lui demanderais : que même à l'époque où je » ne le servais pas, je devais me rappeler que je ne lui avais » rien demandé sans qu'il ne m'accordât plus que je ne » lui demandais: qu'à plus forte raison, maintenant qu'il » connaissait mon amour pour lui, il m'exaucerait fidèle- » ment. Il ajouta ensuite que je ne devais pas en douter. & Elle assura ensuite qu'en vertu de cette promesse, elle avait toujours obtenu do Dieu plus qu'elle n'avait pu demander dans toute sa vie, et pour la consolation de ses dévots serviteurs, elle a laissé par écrit ces paroles : « Je » serais ennuyeuse à moi-même et à ceux qui me lisent, » si je voulais raconter toutes les grâces que Dieu m'a fai- » tes; si je voulais dire combien d'âmes ont été retirées » du péché par mes prières, et combien d'autres ont été » conduites à une plus grande perfection. » Une nuit pendant que la sainte remerciait Dieu d'une grâce qu'elle en avait reçue, il lui répondit amoureusement : « Et que peux- » tu me demander, ma fille, sans que je ne le l'accorde ? » Un autre jour il lui dit: « Tu connais les fiançailles qui » sont contractées entre toi cl moi ; c'est pourquoi je te * donne toutes les douleurs que j'ai endurées, tu peux en » échange demander tout ce que lu voudras à mon père » par ces douleurs ce mme par un bien qui l'appartient. » Enfin, la sainte pour notre instruction, a tracé dans la Ireizième exclamation ces paroles remarquables : « O, » que nous sommes peu confians en vous, Seigneur! et y> cependant, quelles plus grandes richesses et quels plus » beaux trésors pouviez-vous nous livrer ! vous nous avez » donné trente-trois ans de travaux, el la mort doulou- » rcusc de votre fils, sachant même combien nous devions » être ingrats, vous n'avez pas laissé que de nous confier » le trésor inestimable de ce même fils dans le très-saint » sacrement, afin qu'il n'y eût rien en vous dont nous ne » pussions négocier par lui l'acquisition. O père misérï- » cordiaux ! ô ames bienheureuses, qui avez si bien su » vous approprier à ce prix, un héritage si précieux et si » durable, dites-nous comment vous avez négocié avec » ce bien infini? secourez-nous puisque vous êtes si près » de la source: puisez-en de l'eau pour nous qui mou-T> rons ici de soif. »

    FRUIT.

    Ame dévote, apprenez de là comment Dieu exauce les prières faites avec confiance. Demandez donc avec confiance, et vous aurez tout ce que vous voudrez. Le ciel et la terre passeront, mais la parole de Dieu ne passera pas, il a dit: « Omnis qui petit accipit. » Celui qui demande obtient, alors même qu'il ne mérite pas d'obtenir, ce qu'il demande, connue dit S. Thomas. Au contraire celui qui ne demande pas n'obtient pas. Voilà donc à quoi tient notre victoire dans les tentations : « Laudans invocabo » Dominum, ab inimicis meis salvuscro. » Recourons à Dieu et nous serons vainqueurs. Voilà d'où dépend tout notre bien : « Pelileel accipiclis. » Demandons et il nous sera donné. Notre sainte mère disait : « Pour obtenir les » grâces divines, la prière est l'unique porte : fermez- » la, et je ne sais comment Dieu fera. Remarquons que » Dieu notre père n'a pas seulement soin de nous, mais » qu'il est même plein de sollicitude pour noire bien, » comme il nous le fait savoir dans les divines Écritures. » Prions donc avec confiance, prions Dieu au nom de Jésus-Christ son fils, qui nous a fait celte promesse : « Si quid » petieritis palrem in nomine meo dabil vobis. » (.loan. xvi. 23.) Dieu, sans qu'on le prie, a toujours soin de nous : « Deus sollicilus est mei. » El le prophète dit qu'il est plus facile à une mère d'oublier son fils, qu'il ne l'est à Dieu d'oublier une âme. Il suffira de lui montrer nos misères, et de lui dire : « Domine, si vis potes me mundare : » ou bien avec la sœur de Lazare : « Ecce quem amas infirmait lur. » Mais il faut prier continuellement : « Oportet » semper orare, et non deficere. » Sans quoi, nous tomberons le jour où nous cesserons de prier,

    PRIÈRE.

    Puisque vous me faites savoir, ô ma sainte avocate, que votre époux vous a promis de vous accorder tout ce que vous lui demanderiez, et qu'un grand nombre d'âmes ont été secourues par vos prières; faites donc que je sois de ce nombre. Recommandez-moi à Jésus, et changez-moi en un homme nouveau, comme vous en avez changé tant d'autres par votre intercession.

    Et vous, ô Père éternel, qui n'avez point épargné votre fils bien-aimé, pour me pardonner et pour me sauver, je vous en prie, pour l'amour de ce même fils pardonnez-moi et sauvez-moi. Mon créateur el mon père, vous n'êtes pas seulement miséricordieux, vous êtes encore fidèle : vous êtes donc obligé d'accorder tout ce que l'on vous demande pour l'amour de Jésus, qui nous a promis que vous nous donneriez (oui ce que nous vous demanderions en son nom. Vous êtes encore juste, il faut donc que quand nous nous repentons des offenses que nous avons commises contre votre bonté, vous nous pardonniez el vous nous sauviez par les mérites de Jésus-Christ, qui, par sa mort,, a satisfait votre justice et nous a obtenu le salut. Ainsi, ô mon Dieu et mon espérance, je recours à vous avec confiance, cl je vous prie, pour l'amour de Jésus, do me disposer tellement que je n'espère et ne désire que votre saint amour. O mon très-aimable bien-aimé, faites que je sorte tout-à-fait de moi pour me reposer uniquement en vous. Entre vos mains, Seigneur, je placé toutes mes espérances el toute mon ame, afin que ^e vive en vous avec assurance durant cette vie; et qu'au sortir de ce monde je rende le dernier soupir en m'abandonnant tout à vous.

    Et vous, ma douce mère et mon espérance, Marie, obtenez-moi la grâce de toujours prier, e l d e m e confier dans les mérites de votre fils. Amen.

    Source du texte : Bibliothèque Saint Libère

    Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.

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