Léon XIV, pape augustinien · Lire saint Augustin →

    Moyens pour conserver la vocation · Alphonse de Liguori

    Moyens pour conserver la vocation

    Le premier moyen est d'éviter avec soin de tomber sciemment en faute. Et que l'on sache bien que le démon invite un novice à commettre des péchés, non pas tant pour lui faire ce mal que pour lui faire perdre sa vocation; car en commettant des fautes délibérément, il commence à perdre la ferveur dans l'oraison, dans la communion et dans tous les autres exercices spirituels. Le Seigneur, d'un autre côté, justement irrité, fermera à mesure la main qui répandait ses grâces, selon la règle générale tracée par saint Paul : Celui qui sème peu, moissonnera peu : Qui parce seminat, parce et metet ( II. Cor., ix, 6 ). Et cela arrivera surtout si ce sont des péchés d'orgueil; car Dieu résiste aux superbes, et le démon prend un plus grand empire sur eux. Et ainsi d'un côté la tiédeur du novice étant augmentée, et de l'autre la lumière divine lui étant retirée, il ne sera pas difficile à l'enfer de parvenir au but de lui faire perdre sa vocation.

    Le second moyen est d'éventer la mine, c'est-à-dire de découvrir la tentation aux supérieurs. Saint Philippe de Néri disait ; La tentation découverte est à moitié vain» eue. D'autre part, comme l'apostème fermé devient gangreneux, ainsi la tentation cachée tourne à notre ruine. Et, en effet, il s'est vu souvent par expérience que ceux qui se laissaient ébranler à la tentation, en étaient réduits à la bivoie (c'est-à-dire au doute sur la voie à prendre, la gauche ou la droite ), et que, taisant leur tentation, ils ont presque tous perdu leur vocation. Ainsi donc, dans un tel cas, il faut faire un effort et tout communiquer aux supérieurs ; car Dieu aura tellement pour agréable cet acte d'humilité du novice, et la violence qu'il se sera faite qu'aussitôt, par sa lumière, il dissipera les ténèbres et les doutes de son esprit.

    Le troisième moyen est l'oraison, c'est-à-dire le recours à Dieu pour obtenir de lui la persévérance, laquelle, comme dit saint Augustin, on ne peut obtenir sans la prière. Mais que le novice prenne garde lorsqu'il a déjà reçu la vocation de Dieu, et qu'ensuite il est tenté de l'abandonner; qu'il prenne garde, dis-je, en priant le Seigneur, de ne pas dire : « Seigneur, éclairez-moi sur ce que je dois faire, » parce que cette lumière qu'il demanderait, Dieu la lui a déjà donnée en rappelant à lui, et que s'il se bornait à cette demande, le démon pourrait facilement, se travestissant en ange de lumière, le tromper, en lui faisant accroire que c'est un effet de la lumière divine, que la pensée qu'il a de sortir de religion. Mais il doit dire : « Seigneur, puisque vous m'avez donné la vocation, donnez-moi aussi la force de persévérer.» Un certain jeune homme fut appelé de Dieu à l'état religieux, et sa vocation, après plusieurs épreuves, ayant été approuvée par son directeur, il se retira dans une communauté. Ses parents firent tant qu'ils le contraignirent à aller en un autre lieu, pour y examiner plus mûrement sa vocation: mais de là malheureusement, au lieu de retourner à la communauté d'où il était parti, il s'en alla dans sa propre maison, satisfaisant ainsi ses parents et mécontentant Dieu. Lui ayant demandé comment il avait adopté une pareille erreur, il me répondit qu'il avait auparavant prié Dieu en ces termes : Parlez, Seigneur, car votre serviteur vous écoute : Loquere, Domine, quia audit servus tuus. (Rois, m, 9); et que cela fait, il avait pris le parti de retourner dans sa maison. Je lui dis alors : O mon fils! vous vous êtes trompé de prière. Votre vocation était certaine, étant confirmée par tant de signes évidents; vous ne deviez pas dire : Loquere, Domine, puisque Dieu vous avait déjà parlé, mais Confirma hoc, Deus quod opérâtes es in me (Ps. t x v n. 26). Seigneur, donnez-moi la force d'exécuter votre volonté, que déjà vous m'avez fait connaître. Vous avez manqué à faire cette prière, et pour cela vous avez perdu votre vocation. Que la disgrâce de ce jeune homme serve d'exemple aux autres.

    Que le novice prenne garde encore, dans le temps de la tentation, qui est un temps de ténèbres et de trouble, de ne pas attendre son repos des fausses lumières de sa raison. Qu'il ait soin seulement alors de s'offrir de nouveau à Dieu et de le prier ainsi : Mon Dieu, je me suis donné à vous, je ne veux point vous abandonner : aidez-moi, et ne permettez pas que je vous sois infidèle. En priant ainsi et répétant cette prière d'autant plus souvent que la tentation l'assaillira plus fortement, puis communiquant son état, comme il a été dit, à ses supérieurs, certainement il en triomphera. On doit, en ce cas, se recommander spécialement à Marie, qui est la mère de persévérance. Un novice, vaincu par la tentation, se préparait déjà à quitter le monastère, mais il s'arrêta un instant et s'agenouilla pour dire un Ave, Maria, devant une image de la mère de Dieu, et soudain il <je sentit comme cloué à la place où il était, au point de ne pouvoir plus se relever. Se ravisant alors, il fit vœu de persévérer, et aussitôt il put se lever librement : il alla demander pardon au maître des novices, et il persévéra (App. ii p. Auriemma. AIT. Scamb. T. n, c. 6).

    3e m'arrête, mon frère;je vous prie, en finissant, quand vous serez tenté, de quelque façon que ce soit, sur votre vocation, je vous supplie, dis-je, de réfléchir principalement â deux choses. La première, que cette grâce de la vocation que Dieu vous a accordée, il Fa refusée à bien d'autres, peut-être moins indignes que vous: il n'a pas agi ainsi envers tout le monde : Non fecit taliter omni nationi. D'où vous devez craindre de vous montrer ingrat, au point de lui tourner le dos ; car en faisant ainsi, vous mettriez dans le plus grand péril votre salut éternel. Soyez certain aussi que, dans cette vie même, vous ne retrouveriez plus la paix de l'Ame, et que vous seriez tourmenté, jusqu'à la mort, du remords de votre infidélité,

    En second lieu, quand la tentation se présentera, et que peut-être vous vous direz à vous-même que si vous ne quittez pas la vie religieuse, vous n'y ressentirez que le désespoir et même le repentir, et que vous en devrez également compte à Dieu, et autres choses semblables dont il a été parlé plus haut; alors mettez devant vos yeux l'image du moment de votre mort, et considérez que s'il vous fallait mourir à l'instant même, loin de vous repentir d'avoir suivi votre vocation, vous en éprouveriez un grand contentement et une tranquillité complète, tandis qu'au contraire vous ressentiriez mille angoisses, mille remords, si vous l'aviez abandonnée. Ayez toujours cette pensée présente, et vous ne perdrez pas votre vocation et vous recevrez, pendant la vie, et au terme de la mort, le don de paix et cette couronne que Dieu prépare à ses fidèles serviteurs, dans cette vie et dans l'autre.

    Offrande et prière que doit renouveler fréquemment I.K novice, pour obtenir de persévérer dans sa vocation.

    Mon Dieu, comment pouvoir jamais vous rendre d'assez dignes actions de grâces pour m'avoir appelé avec tant d'amour au sein de votre famille? Et d'où méritais-je cette grâce, après toutes les offenses que je vous ai faites? Combien de mes compagnons sont restés dans le monde, exposés au danger de perdre leur salut, dans mille occasions de péché ! tandis que moi j'ai été admis à vivre dans votre maison, en compagnie d'un grand nombre de vos fidèles et chéris serviteurs, et dans l'abondance de tous les secours nécessaires pour opérer ma sanctification. J'espère, mon Seigneur, qu'un jour, dans le ciel, je pourrai vous témoigner plus dignement ma reconnaissance, pendant une éternité, et pendant cette éternité aussi chanter vos miséricordes envers moi. En attendant, je suis à vous et veux toujours être à vous. Je vous ai déjà fait le don de moi-même; je le renouvelle aujourd'hui. Je veux vous rester fidèle et ne jamais vous abandonner, fallût-il pour cela perdre la vie et mille vies. Me voilà, je me dévoue tout entier à exécuter votre volonté, sans aucune réserve. Faites de moi ce qu'il vous plaira. Faites-moi vivre comme vous voudrez, dans la désolation, dans les infirmités, dans le mépris; traitez-moi comme il vous sera agréable. Ce sera toujours assez pour moi, si je puis vous obéir et vous complaire. Je ne vous demande rien, je n'implore de vous que la grâce de vous aimer de toutes mes facultés, et de vous rester fidèle jusqu'à la mort. Très-sainte Marie, ma bien-aimée Mère, vous m'avez déjà obtenu de Dieu les grâces précieuses que j'en ai reçues, le pardon de mes fautes, ma vocation, et le courage de la suivre ; vous avez maintenant à achever votre ouvrage, en m'obtenant de persévérer jusqu'à la mort. C'est ce que j'espère. Ainsi soit-il AVIS PRINCIPAUX RAPPELÉS A UN NOVICE POUR SE CON-

    Source du texte : Bibliothèque Saint Libère

    Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.

    Lire la suite de Moyens pour conserver la vocation

    1 chapitres dans l'app Lectio, avec plus de 500 œuvres des Pères de l'Église et des saints. 3 chapitres par mois sans compte, 15 avec un compte gratuit.