Léon XIV, pape augustinien · Lire saint Augustin →

    Méditations sur l'humilité · Saint Jean Eudes

    Première méditation : Nihil sumus, nous ne sommes rien

    Sur ces paroles: NIHIL SUMUS, NOUS NE SOMMES RIEN.

    1er Point.

    Adorons Dieu comme prononçant ces divines paroles: Ego sum qui sum 15 «Je suis celui qui suis. » Prions-le qu'il nous en fasse connaître la vérité et porter les effets. Car toutes les paroles de Dieu sont pleines de lumière et de vertu: de lumière, pour éclairer nos esprits; de vertu, pour opérer en nos coeurs des effets de grâce et de sanctification conformes à ce qu'elles signifient.

    Considérons qu'il n'y a que Dieu seul qui soit digne d'être, et qu'en effet il n'y a que lui seul qui soit, à proprement parler: Videte quod ego sim solus 16. Car tout autre être, quel qu'il soit, non seulement ne mérite pas d'être, mais même n'est point devant celui de Dieu: Omnes gentes quasi non sint, sic sunt coram eo, et quasi nihilum et inane reputatae sunt ei. 17 Son être est un être éternel, sans commencement et sans fin; immense, qui remplit tout; immuable, qui ne change point; infini, qui est plein d'une infinité de perfections; infiniment heureux, riche et glorieux; souverain et indépendant; source de tout être; auquel tout l'être créé qui est au ciel, en la terre et en enfer doit être référé comme à son principe, et lui rendre honneur, hommage, adoration et sacrifice de soi-même, comme à l'être souverain de tout être.

    Réjouissons-nous de ce que Dieu est Celui qui est: Introite in conspectu ejus in exultatione, quoniam Dominus ipse est Deus 18.

    Adorons-le, bénissons-le, glorifions-le; référons-lui, offrons-lui et sacrifions-lui notre être et tout l'être des hommes, des Anges, des créatures insensibles, et même des démons et des damnés.

    2e Point.

    Considérons, -- puisque Dieu seul est celui qui est, et que tout ce qui n'est point Dieu n'est que néant devant lui, -- qu'il n'y a aussi que Dieu seul qui mérite d'être regardé, estimé, aimé, désiré et honoré; et que nous ne devrions avoir ni esprit, ni coeur, ni pensée, ni affection, ni yeux, ni langue, ni mains pour tout le reste: et que néanmoins il n'y a rien qui soit moins estimé, aimé, Exod. III, 4.

    Deut. XXXII, 39.

    Is. XL, 17.

    Ps. XCIX, 2.

    désiré, recherché; rien à quoi on pense moins, de quoi on parle si peu, et pour qui on fasse si peu, que Dieu; et que ce qui n'est point, c'est-à-dire le néant des choses créées, est bien plus regardé, désiré, recherché que Celui qui est; et qu'on pense beaucoup davantage, qu'on parle et qu'on fait plus pour le rien que pour le tout.

    Humilions-nous de ce que nous avons été de ceux qui ont ainsi préféré le néant au tout; demandons-en pardon à ce grand Tout; protestons-lui de ne vouloir plus regarder et aimer que lui en toutes choses; et le prions qu'il anéantisse toutes choses et nous-mêmes devant nos yeux, afin qu'il nous soit tout désormais en toutes choses.

    3e Point.

    Considérons que les pécheurs anéantissent celui qui est, en plusieurs manières. -- Premièrement, les athées de créance l'anéantissement, disant qu'il n'y a point de Dieu: Dixit insipiens in corde suo: Non est Deus 19. - Secondement, les athées de vie et de moeurs l'anéantissent, vivant et se comportant comme s'ils n'y croyaient point. -- Troisièmement, tous ceux qui pèchent mortellement l'anéantissent, parce qu'ils anéantissent sa souveraineté, ne voulant point dépendre de lui; sa volonté, voulant que la leur soit faite au préjudice de la sienne; sa sagesse, désirant qu'il ne connaisse point leurs crimes; sa justice, souhaitant qu'il n'ait point volonté de les punir; sa puissance, désirant qu'il n'en ait point le pouvoir; sa providence, se persuadant qu'il n'a pas soin des choses d'ici-bas. C'est ainsi que nous avons anéanti Dieu, si nous l'avons offensé mortellement.

    Demandons-lui pardon, et, en réparation, anéantissons-nous en toutes les manières qu'il nous sera possible, en notre propre esprit et en l'esprit d'autrui. Cherchons toutes sortes d'inventions pour nous anéantir par diverses pratiques d'humiliation, et prions-le qu'il emploie lui-même sa puissance et sa bonté pour nous anéantir, et pour imprimer dans nos coeurs une grande affection pour le néant, en sorte que notre plus grande ambition soit de n'être rien en ce monde, et que Dieu y soit tout: Omnia in omnibus.

    ORAISON JACULATOIRE: Domine Jesu Christe, nihil sumus.

    Source du texte : Bibliothèque Saint Libère

    Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.

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