Méditations sur l'humilité · Saint Jean Eudes

    Deuxième méditation : De l'anéantissement de Notre-Seigneur Jésus-Christ

    Sur le même sujet: DE L'ANÉANTISSEMENT DE NOTRE-SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST. 1er Point.

    Adorons Notre-Seigneur Jésus-Christ dans son anéantissement, marqué en ces paroles: Semetipsum exinanivit 20 ; et considérons qu'il s'est anéanti selon son humanité, et même selon sa divinité.

    Selon son humanité, il s'est anéanti en ses pensées et dispositions intérieures, en ses paroles et en ses actions.

    En ses pensées et dispositions intérieures: car son humanité sacrée connaissait très clairement que d'elle-même elle n'était rien; et son âme sainte était dans une disposition et dans un sentiment continuel d'anéantissement, en la vue de la grandeur et majesté suprême de Dieu qu'elle avait toujours devant les yeux, et en la vue de son néant qui lui était toujours présent et qu'elle ressentait vivement et profondément.

    Ps. XIII, 1; LII, 1. Philip. II, 7.

    En ses paroles: car c'est lui qui a dit: Ego ad nihilum redactus sum 21 _ « Je suis réduit à rien »; Substantia mea tanquam nihilum ante te 22 : « Je suis comme un rien devant vous. » Et lorsqu'il a parlé de soi, il s'est toujours appelé Filius hominis, « le Fils de l'homme », c'est-à-dire le fils du néant, et par conséquent néant.

    En ses actions: car, durant tout le cours de sa vie, il s'est traité, abaissé et humilié comme un homme de rien.

    En ses pensées, paroles et actions: car tout ce qu'il a pensé, dit et opéré, ç'a été tout pour son Père et rien pour soi, considéré en tant qu'homme, non plus que s'il n'avait point été. Christus autem Dei 23 : « Jésus-Christ est tout à Dieu. »

    Il a anéanti encore sa volonté, son esprit, et l'amour de soi-même etc...

    Exaltons-le d'autant plus qu'il s'est humilié, et à son imitation, travaillons à nous anéantir en nos pensées, paroles et actions. Prions-le qu'il nous rende participants de sa divine lumière, afin de connaître notre rien; qu'il imprime dans nos âmes un profond sentiment de notre néant; et qu'il nous donne la grâce de ne rien penser, dire ou faire pour le rien, c'est-à-dire pour nous, mais tout pour le Tout.

    2e Point.

    Il s'est anéanti même selon sa divinité: car il a anéanti en quelque façon son être suprême dans le néant de notre nature; sa vie divine, dans notre mortalité; son éternité, dans le temps; son immensité et infinité, dans la petitesse de l'enfance; sa toute-puissance, dans la faiblesse et impuissance; sa sagesse, dans la folie de la crèche et de la croix; sa sainteté, dans la ressemblance de la chair du péché; sa gloire, dans les ignominies; sa félicité, dans les souffrances; sa plénitude, dans la pauvreté; sa souveraineté, dans la dépendance et dans l'assujettissement etc...

    Adorons-le et le glorifions dans cet anéantissement. Remercions-le de la gloire qu'il y a rendue à son Père.. Et puisqu'il a anéanti pour nous des choses si grandes, si saintes et si divines, anéantissons pour lui des choses si basses, si abjectes, et même si mauvaises et si corrompues, telles que sont toutes les choses qui sont en nous.

    3e Point.

    Considérons que, pendant qu'il a été en la terre, il a voulu être traité comme un rien, voire comme s'il était moins que rien, ayant permis qu'on l'ait traité avec moins de respect et d'humanité, et avec plus d'ignominie et de cruauté, qu'on n'aurait fait s'il n'avait été qu'un néant. Considérons qu'il est encore maintenant anéanti selon sa divinité et son humanité au Saint-Sacrement de l'autel; et qu'il y est traité par la plupart même des chrétiens, comme un rien, vu qu'ils se comportent en sa présence avec aussi peu de crainte et de révérence, que s'il n'était rien.

    Donnons-nous à lui, pour l'honorer et pour l'imiter dans cet anéantissement. Prions-le qu'il anéantisse notre vanité, et qu'il nous donne part à son esprit d'humilité, afin que nous nous regardions et traitions désormais, et que nous soyons bien aises d'être regardés et traité comme des néants, dignes de tout mépris et humiliation.

    ORAISON JACULATOIRE: Domine Jesu Christe, nihil sumus.

    Ps. LXXII, 22. Ps. XXXVIII, 6. I Cor. III, 23

    Source du texte : Bibliothèque Saint Libère

    Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.

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