Léon XIV, pape augustinien · Lire saint Augustin →

    Maximes spirituelles · Alphonse de Liguori

    Signes certains pour reconnaître si l'amour de Dieu est en nous

    rite 5 suivons exactement ce précepte si doux et si important, qui est le premier de toute la loi. Hoc est maximum et primum mandatum* ( M a l t. 2 2. 3 8. ) Vivons en pratiquant ce précepte, mourons en l'accomplissant.

    Sijme.sc:ri'l..uis pour r<n o p n. n l r r : ; '. \. Î < » ' M I I ' t i r îV:ru

    L'amour divin est comparé au feu dans l'Ecriture. Pour nous apprendre qu'il était venu sur la terre pour y allumer l'amour divin, Jésus-Christ s'exprime en ces termes : Je suis venu sur la terre pour y apporter le feu. Ignem vcnimillcre in tarant. {Luc. 1 2. 4î)0» Dieu même, dans l'Apocalypse ( C. 3. v. i 3. ) dit à une ame do se pourvoir d'or embrasé. Suadeo tibi je te conseille, ancre aurum igj:iUun de te pourvoir d'or embrasé, c'est-à-dire de saint amour.

    Or le feu a ces doux propriétés; il résiste aux veut? contraires-, et, au lieu de s'éteindre à leur souffle, il grandit et travaille : il est feu, il faut qu'il agisse. Voici donc deux signes certains pour reconnaître en nous l'amour divin : Travaux et patience. Travaillons-nous toujours pour notre Dieu ? Cherchons-nous du moins par une bonne intention à faire sa volonté en toutes choses, et à lui être agréables? souffrons-nous volontiers pour lui tous nos revers ? La pauvreté, les tribulations, les maladies <tt autres calamités? Au lieu de nous éloigner de lui dans l'adversité, tâchons de nous en rapprocher. Nous avons le saint amour de Dieu; notre amour est un feu qui travaille, qui renverse tous les obstacles ; s'il ne fait tout cela, ce n'est plus un amour véritable, c'est un amour faux, c'est un amour de bouche, ce n'est pas un amour de cœur. S. Jean nous dit encore, dans son épître ( a. C. 3. 8. ) 3. ) ; Filioli met^quelle douce expression : mes petits enfants J\ non diligamus verbo, neque lingua, n'aimons pas avec les paroles, ou avec la langue, sed opère et vcritatc, mais avec nos oeuvres et nos actions.

    Si non opérâtur dit S. Grégoire (Hom. in Evang. ) Si l'amour ne travaille pas, amor non est, ce n'est pas de l'amour. Et Jésus-Christ ( Joan. i4- a i. ), Qui habet mandata mea et servat ea celui qui garde mes commandements et les observe avec exactitude, Ille est qui diligit me, m'aime véritablement. S. Augustin dit aussi: Omnia sœva et immania, toutes les choses les plus amères et les plus dures, prorsùs facilia et fer? nulla efficit amor l'amour les rend faciles et douces»

    Si nous agissons toujours suivant les préceptes de Dieu, si nous obéissons à ses commandements, si nous les observons avec exactitude, ainsi que ceux de la Sainte Eglise, si nous remplissons les devoirs de notre état, si nous supportons avec courage et même avec joie, pour l'amour du Seigneur, les adversités et les peines, nous avons l'amour de Dieu. Notre amour est un feu qui travaille, qui surmonte les obstacles; mais, s'il ne travaille pas, il n'est pas véritable, il est faux, c'est un amour de bouche et non de cœur. Filioli mei, non diligamus verbo neque lingua, sed opère et veritatc. Venons-en à la pratique.

    Il se présente une occasion de faire un grand profit-, mais injuste; il se présente l'occasion de prendre un plaisir ; mais ce plaisir est illicite. Les devoirs de votre état vous fatiguent, les travaux de votre emploi vous ennuient, et vous, pour votre Dieu, vous abandonnez ce profit, vous renoncez à ce plaisir, vous vous faites violence; je vous le dis, vous avez l'amour de Dieu. Votre amour est un feu qui travaille ; s'il ne travaillait pas, votre amour ne serait pas véritable ; il serait faux, ce serait un amour de bouche et non de cœur. Filioli mei, non diligamus verbo, neque lingua, sed opère et ventât c.

    Etes-vous frappé de quelque malheur imprévu: vous suscite-t-on un procès d'où dépend votre fortune? perdez-vous tout à coup une personne qui était votre seule espérance, votre plus ferme appui ! si vous offrez toute votre douleur à Dieu, si vous recevez tous ces malheurs avec joie, vous avez l'amour de Dieu. Votre amour est un feu qui rompt toute barrière; sans cela ce ne serait pas un amour véritable, mais un amour faux, un amour de bouche et non de cœur. Filioli mei, non diligamus verbo, neque lingua sed opère et veritatc.

    Mais la souffrance supportée avec courage est un signe plus certain encore de votre amour pour Dieu que les travaux eux-mêmes, parce qu'en travaillant, celui qui aime s'emploie pour la personne qu'il aime, et c'est signe qu'il l'aime ; mais celui qui souffre n'est point distrait par sa propre recherche dans ce qu'il fait pour la personne qu'il aime ; c'est donc signe qu'il l'aime davantage.

    C'est de cette manière que Dieu voulut éprouver Job pour voir s'il l'aimait véritablement.

    Le pieux Job fut certainement un grand serviteur de Dieu; mais quand montra-t-il vraiment son amour? est-ce lorsqu'il était entouré de ses nombreux enfants lorsqu'il nageait dans l'abondance et la joie, quand i! Jouissait d'une parfaite santé! Oui, même alors, car même alors il disait avoir tout reçu de Dieu et l'en remerciait: il lui offrait des sacrifices; il donnait de saints conseils à ses enfants, il priait continuellement pour eux afin qu'ils n'offensassent jamais Dieu par leurs péchés. Ne forte peccaverint filii mei. ( Job. 1. ) Mais il ne montra tout son amour pour Dieu que lorsque Dieu, pour le mettre a l'épreuve, le dépouilla en un instant de tous ses biens, â t mourir tous ses enfants, le priva de sa santé, l'étendit sur le fumier et le couvrit de plaies qu'il était réduit à racler avec un tet de pot cassé ; dans toutes ces misères, dans toutes ces douleurs inouïes, déchirantes, Job répétait sans cesse avec une patience sublime et invincible : Le Seigneur ni avait donné tous ces biens, le Seigneur me les a ravis. Dominus dédit. Dominus àbstulil. Tout est arrivé comme Dieu l'a voulu, sicut Dominus placuit ita Jactnm e s L Que son saint nom soit béni! sit nomen Domini benedictum ( ? b i d ).

    Mais pourquoi citer Job? Jésus-Christ même en allant à la mort, dit aux apôtres ( Joan. 3 i. ) : Chers disciples! afin que le monde connaisse combien j'aime mon père, allons! ut cognoscat mundus, quia diligo patrem y surgite, camus. Voilà le signe le plus certain, le plus incontestable de l'amour divin: la patience, la patience ! souffrir volontiers pour Dieu tous les maux.

    Les exemples d'une patience héroïque ne sont pas rares dans l'histoire des Saints.

    Sainte Thérèse disait: Souffrir ou mourir! Ste Madeleine de Pazzi, Souffrir et ne pas mourir ! et S. Jean de la croix, Souffrir et se taire !

    Les saints martyrs défiaient les bourreaux qui les tourmentaient et les bêtes féroces dont ils étaient dévorés.

    Sainte Liduiuc souffrit avec joie uncdouloureusemaladie de 3 3 ans.

    Sainte Françoise, Romaine, souffrit tranquillement l'injuste exil de son mari, et la confiscation de tous ses biens, et S. Jean de la croix, neuf mois de prison et mille autre chagrins et incommodités.

    Voilà le signe le plus certain, le plus incontestable de l'amour de Dieu, la patience! la patience! tout souffrir volontiers pour lui.

    Heureux celui qui possède ces deux signes certains : les œuvres et la patience, travailler et souffrir pour le grand Dieu j à ces marques, il pourra reconnaître en lui-même un véritable amour pour le Seigneur,

    Tout l'or du monde auprès d'une seule étincelle de l'amour divin, n'est qu'un grain de sable imperceptible. ( Sap. y. f). ) Omne aurum in comparutions illius avenu est exigua } toutes les richesses du monde auprès d'une étincelle d'amour divin, ne sont plus rien : Ainsi s'exprime l'Écriture. ( Sap. y. S. ) Divitias nihil esse duxi in comparaiione illius*

    Mais qu'est-ce que l'or du monde et toutes les richesses du monde? [.es dons les plus extraordinaires de la nature ne sont rien sans l'amour de Dieu. Ainsi parle le S. apôtre Paul ( i. ad. car. i 3. ) qui avait tant d'amour divin et qui en connaissait si bien le prix.

    Si j'avais, disait-il, le don de toutes les langues, si je parlais toutes les langues des hommes et même la langue céleste et harmonieuse des Anges, si linguis hominum loquar et angelorum ; et si avec cela je n'avais pas le saint amour de Dieu, cariiaiem auicm non habcani, je serais moins qu'un instrument qu'on ne peut accorder. Factus s uni velu tœs son ans aut cymbahun iinniens.

    Si j'avais au plus haut degré le don de la prophétie, et si je pénétrais profondément dans les mystères les plus abstraits, Si habuero propketium et norcrim mysteria, ont nia \ si j'avais le don de toutes les sciences, et un don si ample de foi que je transportasse les montagnes d'un lieu à l'autre, Si habuero omnem scientiam et omnem fidem, ita ut montes transférant, et si je n'avais le saint amour de Dieu, caritatem autem non. habcam, je ne suis rien, nihil sum.

    La belle vertu de la charité, de l'amour de Dieu est la reine des autres vertus ; elle règne et régnera éternellement.

    La foi après la mort aura sa récompense, parce qu'elle verra ce qu'elle a cru ; mais la vertu de la foi ne sera pas dans le Paradis.

    L'espérance après la mort aura sa récompense, parce qu'elle possédera ce qu'elle aura à espérer; mais la vertu de l'espérance ne sera pas dans le Paradis.

    La charité, l'amour pour Dieu, aura sa récompense après la mort, et régnera éternellement, parce qu'avec une immense béatitude elle continuera d'aimer éternellement ce Dieu qu'elle aura aimé sur la terre.

    Heureux, bienheureux celui qui a ces deux signes certains, le travail et la patience, qui agit et qui souffre volontiers pour Dieu, il pourra reconnaître en lui-même le véritable et saint amour de Dieu !

    Aimons, aimons donc notre Dieu, aimons-le tous à la manière indiquée ci-dessus. Dans toutes nos actions, ayons toujours Dieu devant les yeux, et suivons toujours Sa sainte volonté et son divin plaisir. Supportons non seulement avec résignation, mais avec joie tout ce qui blesse notre amour-propre et notre sensibilité humaine. Dieu ne nous a créés et mis au monde que pour ce seul et unique but d'aimer Dieu.

    Mettons donc tout nos soins, faisons tous nos efforts pour ne tendre en ce monde qu'à cette seule et unique fin.

    Ne faisons compte que de l'amour de Dieu; demandons avec instance au Seigneur que son saint amour, Amorcm tuisy nm; votre seul amour, Seigneur ( devons-nous dire tous et souvent), nous ne demandons de vous que votre amour et votre sainte grâce, amorcm tui solum cum gratia tua mihi doues, et je suis assez riche, cf. dives sum satis; je ne vous demande pas autre chose, nec alindquidpiam ultra posco, comme disait souvent le grand S. Ignace.

    Acte d'amour parfait envers Dieu, à répéter souvent.

    Mon Dieu, je vous aime par dessus tout et en tout ; je vous aime de tout mon cœur, parce que vous le mérite !

    Source du texte : Bibliothèque Saint Libère

    Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.

    Lire la suite de Maximes spirituelles

    4 chapitres dans l'app Lectio, avec plus de 500 œuvres des Pères de l'Église et des saints. 3 chapitres par mois sans compte, 15 avec un compte gratuit.