Léon XIV, pape augustinien · Lire saint Augustin →

    Maximes et règlement pour les missions · Saint Léonard de Port-Maurice

    Règlement pour les missions

    1. Avant de quitter le couvent, on suppliera le père gardien de nommer l'un des missionnaires Président et Directeur de la mission. Quoique celui-ci n'ait pas la même autorité que le Gardien dans son couvent, néanmoins, afin que tout marche en bon ordre et avec édification, les autres devront lui témoigner une juste soumission, n'entreprenant aucune affaire de conséquence et ne s'écartant pas du lieu de la mission, sans s'être concertés avec lui. De son côté, le Président ne fera rien sans l'avis de ses confrères, afin de maintenir la concorde. Il veillera surtout à l'exacte observance du présent règlement, qui sera lu au moins une fois au commencement de chaque campagne.

    2. En approchant du lieu de la mission, on récitera les Litanies, le Veni, Creator Spiritus et d'autres prières pour invoquer l'assistance de l'Esprit-Saint ; on récitera particulièrement les Antiennes de N. P. saint François et de saint Vincent Ferrier, ainsi que le Répons de saint Antoine, afin que ces trois saints que nous choisissons pour Patrons de nos missions, obtiennent du Seigneur qu'elles aient un heureux succès, et tournent entièrement à la plus grande gloire de Dieu et au salut des âmes.

    3. Arrivés sur les lieux, les missionnaires iront avant tout visiter le Saint-Sacrement, puis ils se rendront chez le curé, à qui ils baiseront tous la main, en lui demandant la bénédiction avant de commencer la mission.

    4. Le premier soin des missionnaires durant l'exercice de leur ministère sera de rester unis à Dieu, afin quo leurs paroles soient efficaces et que Dieu bénisse leurs travaux. Dans ce but, chaque matin à leur lever, après avoir donné un peu de temps aux agencements indispensables, ils se réuniront pour se donner la discipline, pendant laquelle on récitera à voix basse les prières d'usage. On lira ensuite le sujet de la méditation, laquelle se fera après la récitation de Prime et Tierce, et durera une heure y compris l'office. Ensuite le Président sonnera la cloche, et l'on dira le De profundis, après quoi on se confessera : car nous les exhortons à se confesser tous chaque matin, afin de se maintenir dans la pureté de conscience et l'union avec Dieu.

    5. Celui qui aura à faire l'instruction du matin sera exempté de l'Oraison ; il devra cependant se tenir recueilli, et, tout en étudiant son instruction, élever souvent son cœur vers Dieu, de telle sorte que cette préparation même lui tienne lieu de méditation; ou bien il y suppléera en un autre temps ; car l'union avec Dieu dans l'oraison vaut mieux pour faire du fruit dans les âmes que tout autre moyen possible.

    6. Après les exercices susdits (art. 4), on se rendra à l'église, et après avoir fait une prière devant le Saint-Sacrement, on ira à la sacristie s'apprêter pour la messe, qu'on s'efforcera de célébrer avec tout le recueillement possible. Après la messe, chacun se rendra au confessionnal qui lui aura été assigné par le Président, et il ne sera point permis d'aller confesser dans d'autres églises sans s'être entendu avec lui.

    7. Le président, de concert avec les autres, fixera le temps qu'on devra passer tous les matins au confessionnal, selon la diversité des saisons, le concours des pénitents et autres circonstances. Quinze minutes avant l'heure indiquée, laquelle, au moins les jours de fête, ne devra jamais devancer midi, le frère en préviendra ou en fera prévenir les confesseurs, afin qu'ils expédient le pénitent qu'ils sont en train de confesser, ou, si la confession était trop longue et qu'un quart d'heure ne suffit pas, qu'ils l'engagent poliment à attendre jusqu'à ce que la collation soit finie, et, s'il ne peut attendre, à revenir un autre jour, lui remettant un billet ou quelque autre signe pour qu'à son retour il puisse passer avant les autres.

    8. Si la maison était éloignée de l'église, celui qui sortira le premier du confessionnal attendra son compagnon à genoux devant le maître-autel pour s'en retourner avec lui, ce dont il pourrait se dispenser si la maison était proche. Cela doit s'entendre toutefois, sauf une nécessité particulière, car en pareil cas chacun pourra sortir et s'en retourner seul, s'il ne trouve pas un prêtre ou quelque autre personne grave qui puisse l'accompagner, attendu que nécessité n'a pas de loi. Quant à savoir si la maison est censée proche ou éloignée, on s'en tiendra à la décision du Président.

    9. Celui qui devra prêcher, ayant besoin de plus de temps pour s'y préparer, pourra, après en avoir parlé au Président, se faire appeler avant les autres, manger seul et prendre le temps qui lui sera nécessaire.

    30. De retour à la maison, on dira Sexte et None, qui seront suivies d'un court examen particulier, et au signal donné par le plus ancien, sans rien dire d'autre, on récitera les six Pater et Ave pour gagner l'indulgence et l'on finira par le De profundzs, à moins qu'on n'eût fait tout cela pendant le temps de l'instruction.

    A la collation, on ne fait point de lecture et on ne bénit point la table ; on se contente de dire un Ave Maria, ainsi que pour les grâces, selon l'usage des couvents.

    12. Après la collation, l'ancien donnera le signal, et chacun se retirera dans sa chambre, en été pendant une heure, et en hiver pendant un quart d'heure, soit pour se reposer si l'on en a besoin, soit pour lire ou étudier comme bon semblera, tous gardant un silence rigoureux. On s'abstiendra pendant ce temps de confesser, et tous seront uniformes sur ce point, afin que les choses se passent avec ordre. Et qu'on ne se fasse pas illusion par le désir inquiet de confesser beaucoup de personnes; car cet acte d'obéissance, prescrit pour soulager le corps fatigué et pour d'autres motifs également bons (il ne convient pas, en effet, d'aller entendre les confessions immédiatement après avoir mangé), cet acte d'obéissance, dis-je, sera plus agréable à Dieu que si l'on convertissait un monde entier. On excepte le jour de la bénédiction Papale, où l'on pourra laisser aux confesseurs la liberté de consacrer plus de temps que de coutume à ce saint ministère; il en est de même pour les jours suivants, afin de recueillir le plus grand nombre possible de ces pauvres âmes en retard.

    13. Après le repos, le Président donnera le signal avec la cloche. On récitera Vêpres et Complies, puis ceux qui ne doivent point étudier pourront retourner au confessionnal, et y passer tout le temps que leurs forces leur permettront. Quant à celui qui aura besoin d'étudier, il s'entendra avec le Président, afin d'avoir le temps nécessaire pour traiter dignement la parole de Dieu.

    14. Pendant la prédication, si elle se fait à l'église, on s'abstiendra d'entendre les femmes au confessionnal, aussi bien le matin que le soir ; et si l'on veut confesser les hommes, on pourra le faire dans un lieu retiré où l'on ne soit pas aperçu de l'auditoire ; sinon on s'occupera de choses utiles et nécessaires à volonté. *

    15. Après le sermon, s'il reste du temps, on continuera à entendre les confessions, les pénitents étant alors mieux disposés, et un quart d'heure avant le moment fixé par le Président, les missionnaires seront avertis et se conduiront de la manière indiquée pour le matin (art. 7.)

    16. De retour au logis, on dira Matines en commun. Après Matines, on fera un court examen, puis on récitera les litanies et les autres prières, et on gagnera l'indulgence, comme au couvent. On observera, autant que possible, cette manière de réciter l'office ensemble, excepté les cas d'empêchement particulier, comme, par exemple, si l'un ou l'autre était tenu avec un pénitent dont la confession ne pourrait se différer, ou devait donner audience à quelque personnage, et autres circonstances semblables. Celui-là pourra alors, pour ne pas faire attendre les autres, informer le président qu'il est empêché; mais il se débarrassera assez tôt pour se trouver à la réfection commune.

    17. Avant le souper, on bénira la table, comme en réfectoire, puis tous s'assiéront en silence. On fera une lecture spirituelle, courte cependant, après quoi on lira, dans quelque ouvrage de théologie morale, un ou deux cas de conscience, également courts. Au signal donné par le président, le lecteur s'arrêtera, tous continuant à manger en silence jusqu'à la fin environ de la première portion; alors le président dira : Tu autem, Domine, etc., et tous "répondront : Deo gratias ; après quoi il sera permis de parler à voix basse, en ne s'entretenant, toutefois, que de cas de conscience ou d'autres sujets concernant les missions, sans jamais disputer ni élever la voix, même pour de bons motifs, afin de prévenir la mauvaise édification que pourraient en recevoir les séculiers, qui vont épiant toutes les actions des missionnaires. Chacun se tiendra sur ses garde3 pour ne rien dire qui soit de nature à blesser ses compagnons ; et bien qu'on puisse se permettre quelque chose pour j \ M. v.

    récréer l'esprit fatigué, et passer ce temps dans une sainte gaieté, il faudra néanmoins prendre garde de se laisser aller à une joie dissolue, à des plaisanteries dignes des gens du monde, à des puérilités ou des manières déplacées et propres à dissiper l'esprit. Le président aura soin d'avertir, avec charité, celui qui s'oublierait sous ce rapport.

    18. On terminera le repas en disant les grâces, comme au couvent, et après un court entretien sur les choses à régler pour la mission, ou sur quelque cas de conscience, ou sur tout autre sujet, par manière de récréation, l'ancien dira : Tu autem. Domine; alors, il se fera un silence absolu, comme au couvent, et chacun se retirera à sa chambre pour se reposer, se gardant bien de faire du bruit, de peur de déranger les autres. La durée du repos sera déterminée par le président, de l'avis et du consentement de tous, suivant les saisons.

    19. Deux ou trois jours après l'ouverture de la mission, on fera sonner tous les soirs la cloche du pécheur obstiné, et on exhortera le peuple à prier selon l'usage. Or, avant de se rendre au lieu de la mission, le président aura soin d'écrire à l'évêque, à l'effet d'obtenir la faculté, non-seulement de confesser et d'absoudre des cas réservés, mais aussi d'appliquer une indulgence de 40 jours à tous les exercices qu'on jugera bon.

    20. La chose à laquelle nous devons faire le plus d'attention pour produire des fruits salutaires dans nos missions, c'est le bon exemple. Notre père saint François l'exige de nous, et veut même que nous prêchions plus d'exemple que de paroles. C'est pourquoi on observera un genre de vie plus retiré qu'au couvent ; nous ne nous laisserons voir que sur l'estrade pour prêcher, à l'autel pour célébrer et au tribunal de la pénitence pour administrer ce grand sacrement. Dans les autres lieux, nous nous dégagerons le plus promptement possible, ne nous y arrêtant jamais pour tenir des discours inutiles, par manière de passe-temps. Il ne sera permis à aucun missionnaire de sortir de la maison pour aller ailleurs, sans en avoir conféré avec le Président, excepté le frère laïc, qui ira où sa besogne l'appellera, non pas seul toutefois, mais accompagné d'ordinaire par quelque personne grave.

    21. Durant la mission, on ne fera aucune visite de pure politesse, ni même, pour l'ordinaire, de visite aux infirmes, sauf le cas où un moribond réclamerait spécialement notre assistance; quant aux autres on se réservera de les visiter tous en un jour, après la clôture de la mission.

    22. On ne permettra jamais que des femmes; de quelque condition que ce soit, et n'importe sous quel prétexte, mettent le pied dans les chambres où nous serons logés. Celles-ci seront cependant maintenues dans un ordre décent. Chacun sera libre de dormir sur les planches, et si l'un ou l'autre ne pouvait pratiquer cette mortification, qu'il tâche d'y suppléer par le bon exemple, afin que nos paroles soient plus efficaces pour convertir les âmes à Dieu.

    23. Ce qui fait bonne impression, surtout dans nos missions, c'est de nous voir vivre d'aumônes, pratiquer l'abstinence et ne prendre qu'une nourriture pauvre.' Aussi ne souffrira-t-on jamais que la commune, ou le curé de l'endroit, ou le prélat, ou les députés, supportent les frais de notre entretien; cela ne pourrait se faire avec édification, attendu que si l'on dresse une note de tout ce qu'il faut, ce qui est à peine suffisant paraît exorbitant. On pourra le permettre, tout au plus, le premier jour de la mission et les jours qui en précèdent l'ouverture, mais sans nous départir de notre austérité accoutumée. Au reste, dès le premier sermon, qu'on fasse connaître au peuple que, vu notre pauvreté, nous voulons vivre en mendiant de porte en porte, comme nous le recommande notre père saint François, et que nous n'usons que d'aliments maigres, comme en carême; que s'il y en avait qui voulussent bien, pour l'amour de Dieu, nous apporter les choses nécessaires, ils nous épargneraient la peine d'aller chez eux. On les préviendra, d'ailleurs, que nous ne prenons que le strict nécessaire, et que le surplus est distribué aux pauvres, qui sont nos frères. On exposera tout cela au peuple, en lui faisant observer toutefois, que si, d'abord, nous ne mangions que des herbages et des légumes, et que nous nous interdisions le poisson frais ou salé, néanmoins, d'après l'ordre de notre saint père le pape Benoît XIV, nous admettons une portion de poisson ou de salaison, et le jour de la clôture quelque chose de plus, mais ce jour-là seulement; qu'au surplus, nous embrassons tous, de bon cœur, un genre de vie si conforme au bon exemple qu'exige de nous notre père saint François.

    24. Cependant, le bon exemple ne doit pas empêcher de pourvoir à l'entretien des religieux; lorsque nous disons au peuple que pendant ces jours nous voulons faire pénitence pour lui, il ne s'agit pas d'un jeûne rigoureux le jour où il n'est pas d'obligation. Ainsi, le matin, on donnera un bon potage, avec diverses sortes de fruits, selon la saison, et si quelqu'un était faible ou indisposé, on lui procurerait ce dont il a besoin ; mais en commun, on ne servira pas de poisson frais ni salé, hormis le dimanche et les jours de fête. Qu'on permette les fruits cuits ou crus, et quelque iourte, s'il en vient, conformément à ce qui s'est pratiqué jusqu'ici.

    25. Au soir, les portions ordinaires, savoir : deux potages et la salade, crue ou bien cuite, afin de satisfaire tous les goûts, et plutôt plus que moins, quant à la quantité; puis une portion de poisson ou de salaison, en quantité suffisante, si Dieu en envoie, pour satisfaire les besoins de l'appétit. S'il arrive quelque soupe du dehors, on pourra la recevoir, et donner au pauvre celle qui aura été préparée par le frère. S'il venait du poisson en abondance, qu'on ne l'accepte pas, sinon pour l'envoyer aux couvents, s'il y en a, ou le distribuer aux pauvres. Qu'on ne reçoive ni confitures, ni autres choses semblables; car il importe, pour l'édification publique, que tous sachent que nous ne cherchons que la gloire de Dieu et leur salut éternel, au prix de nos fatigues et de nos souffrances. Soyons certains que de ce point dépend, en grande partie, le fruit de nos travaux, car infailliblement Dieu nous secondera, si, par un pareil genre de vie, nous fermons la bouche à tous nos adversaires. On en voit une preuve dans la vie de saint Dominique : accusé par les hérétiques de se traiter fort bien en mission, le saint alla loger, tout exprès, pendant un carême, chez quelques femmes de la secte, et y jeûna, tout le temps, au pain et à l'eau; cela suffit pour convertir tous ces sectaires et rendre sa prédication très-fructueuse. Le monde regarde plus à la manière de vivre qu'à tout le reste, et il en est plus frappé que s'il voyait un miracle; bien plus cette vie, qui nous est d'ailleurs si facile, lui paraît miraculeuse et naturellement insupportable : il est bon qu'on ait cette opinion pour la gloire do Dieu et le salut des âmes. Si cependant l'un ou l'autre était atteint d'une indisposition quelconque, on lui procurera tout le nécessaire, soit œufs, soit viande, selon le besoin, sans se préoccuper des réflexions du dehors, quand même la maladie ne serait qu'une absence d'appétit, causée par l'excès de fatigue : le peuple sachant que tel père n'est pas bien portant, ne se scandalisera pas de voir qu'on use de charité envers lui, pourvu qu'il s'abstienne do chocolat, ce qui ne convient pas à des missionnaires.

    26. On recommande, à tous, la sobriété chrétienne et religieuse dans le boire; outre le préjudice qu'il apporte à la santé du corps, le vin pur occasionne une foule d'autres effets pernicieux chez ceux qui doivent passer toute la journée à entendre les confessions.

    27. Dans les voyages par fleuve ou par mer, on pourra s'accorder quelque chose de plus, en prenant garde, toutefois, de violer la pauvreté. On usera d'une grande circonspection pour ne pas mal édifier les bateliers et les marins, surtout en paroles; c'est un point sur lequel il faudra s'observer attentivement soi-même, afin de garder toujours les règles de la modestie religieuse et d'une extrême prudence.

    28. Lorsque, dans certains endroits, on ne trouvera pas précisément tout ce que nous avons indiqué ci-dessus, à cause de la pauvreté des habitants ou de leur peu de bienveillance à notre égard, comme il arrive d'ordinaire les premiers jours de la mission, on devra s'en réjouir dans le Seigneur, et souffrir cette privation pour l'amour de Dieu, le remerciant de ce qu'il nous fournit l'occasion d'éprouver les effets de la sainte pauvreté; ce sera un excellent moyen de faire du fruit dans les âmes.

    29. En se rendant au lieu de la mission, on n'emportera avec soi aucune provision de bouche, soit pour assaisonnement, soit pour autre chose, excepté dans les voyages par eau, comme on l'a insinué plus haut. Nous n'admettrons personne à notre table, et nous n'irons pas manger chez les autres, fussions-nous invités par des prélats ou d'autres personnages do distinction ; nous n'accepterons même rien que le strict nécessaire pour vivre, comme il a été dit plus haut; le surplus sera distribué aux pauvres. On ne fera pas de quêtes en temps de mission, on se gardera même de demander la moindre chose à qui que ce soit, ne fût-ce que des objets de piété; afin de prouver ainsi, d'une manière éclatante, que nous ne cherchons que le salut des âmes.

    30. Dans les voyages, afin de ne pas perdre l'esprit intérieur, après avoir dit les prières ordinaires, on fera, le matin, en marchant, environ une heure de méditation, comme il semblera bon à l'ancien ; puis on récitera la Couronne de sept dizaines, et quand nous approcherons du terme de notre voyage, nous marcherons en silence pendant un quart d'heure environ, produisant divers actes intérieurs, pour autant que la fatigue le permettra. De cette manière, l'âme sera toujours unie à Dieu, et on obviera à bien des manquements.

    31. Dans les voyages, du reste, comme en toute autre circonstance, on sera attentif à ne jamais blesser la charité à l'égard de ses compagnons; chacun se gardera de dire la moindre chose qui puisse faire de la peine à son frère, et s'il s'élève un différend quelconque, c'est au Président qu'il appartiendra de couper court et d'arrêter toute altercation, quoique légère et animée d'un bon esprit.

    32. Le Président chargé de diriger la mission devra se concerter sur toutes choses avec ses confrères; en cas de divergence d'opinions, après les avoir pesées toutes, il décidera ce qu'il jugera bon devant Dieu, et tous les autres se conformeront à son jugement.

    33. Chacun acceptera, avec indifférence, le confessionnal, l'église ou le lieu que lui assignera le Président, comme aussi de confesser tantôt les hommes et tantôt les femmes, suivant les besoins et selon que le Directeur le jugera bon.

    34. Que les missionnaires soient très-circonspects au confessionnal, parce qu'une parole imprudente suffit quelquefois pour détruire tout le fruit de la mission. Qu'ils soient modérés, autant que possible, dans les pénitences à imposer et qu'ils en fassent le sujet d'une conférence particulière entre eux. Que chacun s'abstienne de prendre des engagements, de négocier des mariages, de faire des compromis, d'arranger des questions d'intérêt, de placer des servantes, et d'autres affaires semblables, propres à nous attirer de l'odieux, à produire mauvaise impression ou peu de fruits, et â préjudicier au plus grand bien de la mission. Qu'on s'abstienne aussi de demander l'aumône aux pénitents, car il en est résulté quelquefois des inconvénients très-graves, quoique le confesseur n'eût agi qu'avec l'intention louable de secourir les pauvres. Que tous en ce point soient uniformes et très-rigides : qu'en aucun cas ils ne demandent d'aumône en argent, ni ne célèbrent de messes pour une rétribution, mais que toutes soient appliquées à nos défunts ou aux âmes du purgatoire.

    35. Qu'ils n'aient aucun rapport avec les femmes hors du confessionnal, si ce n'est pour des choses tout à fait nécessaires, et, en ce cas, qu'ils ne les entretiennent point dans des lieux écartés et n'entrent point chez elles, à moins qu'il ne s'agisse de visiter une personne gravement malade; et alors, ils auraient soin de se faire accompagner d'un prêtre ou au moins d'une personne grave.

    36. Qu'ils se gardent bien de ne confesser que les femmes, mais qu'ils entendent, d'un côté les hommes, et de l'autre, les femmes, et qu'ils ne fassent point revenir fréquemment les mêmes, surtout des jeunes filles ou des personnes dévotes; il faut plutôt expédier celles-ci le plus lestement possible et ne pas les entretenir sans une nécessité plus qu'ordinaire ; car, outre la perte d'un temps très-précieux, qui pourrait être employé à ramener une âme à Dieu, on donne occasion à beaucoup de critiques, particulièrement si le confesseur les appelait par leur nom, ou les faisait appeler, et se laissait aller à d'autres faiblesses pareilles, qui compromettent étrangement le fruit de la mission.

    37. Qu'on ne distribue point, au confessionnal, des objets de piété; cela ne convient pas pour plusieurs raisons : ces sortes d'objets ne doivent même être distribués que par le frère convers, et seulement après la clôture de la mission; il faut que les pénitents soient mus à se confesser par la parole de Dieu, et non par de semblables amorces. Bien plus, on étendra un rideau au-devant du confessionnal, afin de ne point voir et do n'être point vu; précaution excellente sous bien des rapports.

    28. Le Président surveillera les démarches du frère convers, afin qu'il bonne bon exemple en tout, et n'entre dans les maisons qu'accompagné d'une personne grave.

    39. Pour éviter les désagréments qu'on a essuyés par le passé, on limitera le nombre des cierges qui devront, servir à l'exposition du Saint-Sacrement: il n'y en aura pas moins de vingt-quatre, ni plus de cinquante. On engagera les fidèles à faire une aumône pour en couvrir les frais, et le surplus sera employé soit à se procurer des flambeaux pour accompagner le Saint-Sacrement aux infirmes, soit à pourvoir à d'autres besoins de l'église.

    40. On ne dressera pas des autels chargés d ornements superflus et précieux; on y perd beaucoup de temps et l'on court risque d'égarer ou de détériorer les objets prêtés, d'où il résulte beaucoup de désagréments et de plaintes. Seulement il sera permis, le jour du sermon sur la sainte Vierge, de décorer son image de la manière accoutumée.

    41. En attendant que le peuple soit réuni, on chantera les cantiques spirituels ordinaires, sans jamais changer, selon la nouvelle édition du Recueil. On n'en chantera point d'autres que ceux-là, quelque pieux p. M* v.

    qu'ils puissent être, et quelle qu'en soit la mesure. Bien entendu qu'on n'invitera pas de musiciens, si ce n'est pour chanter le Miserere dans les processions de pénitence, pourvu qu'ils s'y prêtent gratuitement. Quant aux cantiques susdits, ils seront chantés sur l'air ordinaire.

    42. Dans les processions de pénitence, le Président veillera à ce qu'il n'arrive aucun désordre, qu'il y ait séparation, autant que possible, entre les hommes et les femmes, et qu'on observe nos usages, sans innovation d'aucune espèce. Il veillera spécialement à ce que les pénitents ne fassent point de pénitences indiscrètes (car après avoir nui à leur santé, ils s'en prennent aux missionnaires), ni surtout de ridicules; c'est pourquoi il les avertira de ne point se découvrir d'une manière immodeste, ni se permettre d'autres choses semblables, propres à distraire les assistants.

    43. Dans ces processions, on se gardera bien d'obliger les prêtres à venir pieds nus, une couronne d'épines sur la tête et la corde au cou, car toute contrainte leur serait injurieuse : seulement, on pourra leur suggérer modestement ce qui s'est pratiqué ailleurs, en les laissant à leur libre arbitre Il en est de même quant à l'usage de venir à la rencontre des missionnaires, lorsqu'ils arrivent pour inaugurer la mission : on insinuera simplement aux ecclésiastiques du lieu ce qui a coutume de se pratiquer en pareille circonstance, sans gêner leur liberté. Que ce soit notre maxime irréfragable de passer le temps de la mission en bonne intelligence avec les curés et les prêtres, tant séculiers que réguliers, et, lors même qu'ils nous seraient très-opposés, de n'employer jamais d'autres armes que celles de l'humilité et de la douceur, afin qu'après notre départ, le bien qui a été fait ne soit pas bientôt anéanti.

    44. Qu'on ne permette pas que des jeunes filles viennent à la mission ou aux processions, vêtues de blanc ou travesties de toute autre manière, mais qu'elles soient mises décemment et sans vaine parure. Qu'on insiste fortement sur ce point, afin qu'elles conservent après la mission l'habitude de ne paraître en public qu'avec un extérieur modeste, et à l'église, toujours voilées et décemment couvertes.

    45. Un des plus grands biens de la mission, c'est de rétablir la paix parmi tout le peuple. Pour cela on choisira quelques notables, ecclésiastiques ou séculiers, distingués par leur ascendant, leur piété et leur gravité, auxquels on donnera le titre de Pacificateurs et de Députés, et qui seront chargés de rechercher ceux qui ne se parlent point et nourrissent entre eux des antipathies, afin de les réconcilier. S'ils rencontrent de l'opiniâtreté chez quelques-uns, ils les amèneront aux missionnaires pour que ceux-ci leur inspirent de meilleures dispositions. Si pourtant il existait entre eux des questions d'intérêts que les pacificateurs #e pourraient accommoder, il ne faut pas y perdre son temps, outre qu'il ne convient pas de s'immiscer dans ces sortes d'affaires à cause du danger de se tromper : on se bornera en pareil cas à les exhorter à la concorde, en laissant aux tribunaux à régler les droits de chacun selon la justice. On ne forcera jamais les parties à accepter un compromis, à cause des inconvénients qui en résultent infailliblement après la mission et qui aboutissent à une nouvelle rupture. On s'abstiendra même de faire comparaître les adversaires au pied de l'estrade, pour qu'ils se réconcilient publiquement, ou de les interpeller à cet effet en public, excepté dans certains cas extraordinaires sur lesquels on devrait s'être concertés auparavant afin d'obvier à tous les inconvénients. On n'interrompra pas les confessions le matin pour faire ces réconciliations, on pourra plutôt s'y employer le soir après le sermon; il ne faut pas user de violence toutefois, mais y aller avec douceur et charité; et si l'un rencontre une obstination invincible, les remettre à la miséricorde de Dieu, sans les inquiéter, ou bien différer jusqu'après la mission.

    46. Nos missions ne dureront pas moins de quinze jours, et ne dépasseront pas un mois. Cependant on restera encore quelques jours après la bénédiction Papale (ou la clôture), pour confesser, opérer les réconciliations, visiter les infirmes, et consolider le bien qui aura été produit.

    47. Le jour de la bénédiction Papale, aura lieu la communion quasi-générale; nous ne disons pas tout ii fait générale dans la même matinée, car on peut gagner l'indulgence plénière en anticipant la communion, comme on aura soin d'en informer les fidèles; on les exhortera même à se partager dans les familles, les uns communiant un jour, et les autres un autre jour, afin de le faire avec plus de tranquillité et de dévotion. Mais on les laissera libres de communier une seconde fois, s'ils le désirent, 4e jour de la bénédiction. Et s'il en est qui, à cause de l'affluence, ne peuvent communier ce matin-là, on leur assignera quelques jours de plus endéans lesquels ils.pourront, en communiant, gagner l'indulgence plénière, selon la concession faite par notre saint père le Pape Benoît XIV. Nous ne nous mêlerons pas, du reste, d'inviter des prêtres à venir confesser, puisque nous ne sommes pas à même de leur offrir l'hospitalité; nous laisserons ce soin au curé.

    48. Les principaux exercices de nos missions consisteront en ce qui suit: le matin, chant du Salve Regina suivi de l'Acte d'offrande qu'on fera répéter au peuple, afin que tous l'apprennent par cœur; puis aura lieu l'Instruction. Après l'Instruction, on exposera la relique de la sainte Vierge; dans un court Entretien on racontera un trait historique sur la dévotion envers la Mère de Dieu, et on terminera en donnant la bénédiction, de telle sorte que toute la cérémonie ne dure pas plus de cinq quarts d'heure environ; c'est ce à quoi il faudra avoir égard, parce que le matin le peuple étant impatient de se rendre au travail, n'aimerait pas à être retenu plus longtemps: on s'abstiendra donc de prolonger l'exercice par des avis ou de toute autre manière.

    49- Lorsqu'on aura sonné pour le Sermon, le frère lai, portant un crucifix et accompagné de quelques clercs et d'enfants, parcourra l'endroit, au moins les premiers jours, en chantant les litanies, afin de rassembler le peuple. Dès qu'il y aura assez de monde à l'église, on commencera à chanter quelques-uns des cantiques susdits, ce qui durera un quart d'heure environ. Ensuite on fera allumer les cierges pour l'exposition du Saint-Sacrement, et pendant qu'on les allumera, un prêtre récitera à haute voix, et tous les assistants répéteront, les actes de foi, d'espérance, de charité et de contrition. Le Saint-Sacrement étant exposé, on chantera : Vi adoro ogni momento. Puis le prédicateur fera une Exhortation ou colloque assez court sur la divine Eucharistie; ensuite il recommandera de réciter un Pater et un Ave pour les bienfaiteurs, et de contribuer à la quête, laquelle devra se faire, après le sermon, en l'honneur du Saint-Sacrement, afin que la mission ne soit pas à charge aux curés, et il aura soin d'avertir le peuple que le surplus sera employé de la manière indiquée plus haut, art. 39. Après cela aura lieu le Sermon, de telle sorte que toute la cérémonie ne dépasse pas la durée de sept quarts d'heure. Aussi, après le Laudate Dominum, on ne dira plus rien, on ne parlera plus sans un motif tout à fait indispensable.

    50. Il y aura deux processions de pénitence, et même trois dans les localités plus populeuses et plus difficiles, et l'on observera ce qui a été dit plus haut {Maximes, art. 10. Règlent, art. 42, 43 et 44). Dans les lieux où l'on pourra se procurer des flambeaux en nombre suffisant, si rien ne s'y oppose, elles commenceront au coucher du soleil ; sinon elles se feront une heure plus tôt.

    51. Dans les villes et les endroits fort populeux, à la suite des quinze jours de mission et de grands sermons, on donnera les Exercices spirituels en public. Le matin, se fera une courte Conférence sur la réforme des mœurs ; puis viendra la Messe, pendant laquelle les fidèles feront en particulier leur méditation sur le sujet qui leur aura été indiqué, do manière que la Conférence et la Messe ensemble ne prennent pas plus d'une heure. Le soir on fera encore une méditation ; le missionnaire en développera la sujet pendant un quart d'heure ou un peu plus, puis on exposera le Saint-Sacrement et en présence de Jésus-Christ exposé sur l'autel, il suggérera les réflexions, ainsi que les affections et les résolutions, après quoi on donnera la bénédiction.

    52. Pour l'ouverture de ces exercices spirituels, on fait un discours dans lequel on explique en quoi ils consistent, et ce que les fidèles ont à faire chez eux de lectures spirituelles, de prières vocales et autres pratiques. Comme ils sont déjà touchés par les prédications, ils embrassent de bon cœur tout ce qu'on leur propose, et la réforme complète de leur conduite reçoit une impulsion merveilleuse.

    53. Dans tous les lieux où se donnera la mission, on introduira le salutaire exercice du Chemin de la Croix, en donnant une instruction détaillée sur ce sujet, et en faisant au moins une fois cet exercice processionnellement avec tout le peuple. On érigera le Chemin de la Croix non-seulement à l'église, mais même dans les oratoires, afin que les hommes puissent pratiquer cette sainte dévotion avec plus de liberté et moins de sujétion.

    54. Un des jours qui précèdent la bénédiction Papale, on prêchera le sermon des âmes-du purgatoire, et on engagera le peuple à faire l'aumône pour délivrer un grand nombre de ces saintes âmes des peines atroces qu'elles endurent, pendant qu'on délivre les pécheurs des liens de tant de péchés.

    55. Les principaux fruits à recueillir de nos missions, ce sera de frapper les cœurs en leur faisant concevoir une sainte horreur du péché mortel, en retranchant toutes les occasions prochaines, telles que les fréquentations, les liaisons sensuelles, les veillées, les mauvaises conversations ou familiarités coupables et autres choses semblables, ne donnant point l'absolution à ceux qui s'obstineraient à y rester. Sur ce point, les confesseurs devront être unanimes et fermes. On déracinera toutes les haines, en faisant faire la paix à tous. On attaquera énergiquement l'immodestie chez les femmes, et on les engagera â n'aller à l'église que parfaitement couvert.. On bannira le jeu de cartes, et à cet effet on les recueillera toutes, autant que possible, pour les brûler publiquement avant la Bénédiction. On ramassera pareillement tous les livres immoraux, ainsi que les armes prohibées, comme les couteaux génois, qu'on mettra hors de service. On fera en sorte que tous apprennent par cœur les actes de foi, d'espérance, de charité et de contrition, et l'acte d'offrande ; qu'ils répètent fréquemment l'oraison jaculatoire: Mon Jésus, miséricorde! qu'ils portent sous leur habit un crucifix sur le cœur ; qu'ils fassent souvent le Chemin de la Croix ; qu'ils aient tous une très-grande dévotion envers la sainte Vierge, particulièrement au glorieux privilège de son Immaculée Conception; que tous fassent imprimer le saint nom de Jésus sur la porte de leurs habitations. En somme, toutes nos prières, nos pénitences et nos mortifications auront pour but de voir le peuple totalement changé et sanctifié.

    56. Pour obtenir une fin si excellente, ceux qui prêcheront s'y prépareront avec tout le soin possible. Qu'ils ne s'aventurent pas à parler d'abondance, mais que toutes leurs paroles soient mûrement pesées ; qu'ils se disposent surtout par la prière, entremêlant leur étude de soupirs enflammés, d'actes fervents, pour obtenir de Dieu que toutes les âmes soient touchées et se convertissent parfaitement. Avant de monter sur l'estrade, qu'ils se prosternent la face contre terre, en confessant leur insuffisance, puisque la conversion des âmes est l'œuvre de la toute-puissance de Dieu, et qu'ils se relèvent ensuite avec une véritable confiance dans le secours d'en-haut, déposant toutes leurs paroles dans le Cœur sacré de Jésus, afin qu'arrosées de son sang précieux, elles servent d'instrument à l'Esprit-Saint pour briser les cœurs, même les plus endurcis et les plus obstinés.

    57. Surtout que les confesseurs soient prudents au saint tribunal de la pénitence, particulièrement en interrogeant les femmes ; qu'ils usent avec elles de toute la modestie et de toute la réserve possible, et les expédient promptement sans donner entrée dans leur cœur à aucune attache, quoique sainte en apparence. S'il se présente un cas difficile, notamment en matière de justice, où les intérêts du prochain sont en jeu, qu'ils ne se fient pas à leur propre manière de voir, mais qu'ils prennent le temps de consulter, moyennant les précautions requises, et de lire quelque auteur classique, que nous porterons avec nous, afin de décider avec fondement.

    58. Le bon exemple étant l'âme de nos missions, que ceux qui pourront et qui voudront aller pieds nus soient bénis ; quant à ceux qui ne le pourront pas, qu'ils soient si modestes et si mortifiés, que tout leur extérieur soit une prédication continuelle pour ceux qui les voient. Qu'ils soient persuadés que tout le monde a les yeux fixés sur eux et observe leurs moindres démarches. Nous devons pendant tout le temps de la mission nous tenir unis à Dieu, et paraître au dehors comme autant de miroirs de modestie et de sainteté, car c'est alors surtout que nous sommes en toute vérité offerts en spectacle au monde, aux anges et aux hommes : Spectaculum facti sumus mundo, et angelis, et hominibus. Aussi, si quelqu'un apprenait qu'il circule dans l'endroit de faux bruits, soit contre la mission en général, soit contre un missionnaire en particulier, il en avertira aussitôt le Président, afin que par deux ou trois mots dits à propos il ferme la bouche à l'enfer, qui rugit de rage en se voyant enlever tant d ames.

    59. On prendra toutes les précautions pour laisser le peuple en paix et bien affectionné à notre égard. Pour cela, avant de commencer la mission, on fera les visites de convenance non-seulement au curé et au chapitre de chanoines, s'il y en a un, mais encore au magistrat de l'endroit, et à d'autres si, d'après les renseignements qui nous seront fournis, on le jugeait utile pour le succès de la mission. Nous ferons particulièrement visite aux religieux, nous recommandant à leurs prières, et leur témoignant toute sorte d'égards. En prêchant, comme dans tout le reste, comportons-nous de telle manière que les fidèles voient clairement que nous ne cherchons que leur bien ; et n'ayons point la prétention de vouloir tout faire, car bien souvent il faut s'abstenir de promouvoir un bien pour ne pas provoquer un plus grand mal.

    60. Au reste, la maxime fondamentale pour bien remplir ce saint ministère, qu'on en soit convaincu, c'est de vivre détaché du monde; car s'y engager pour d'autres fins que la gloire de Dieu, c'est courir à sa perte. Quiconque n'éprouve pas en soi-même un grand amour de la pureté, et une ferme résolution de sacrifier plutôt cent mille vies que de commettre un péché véniel délibéré, qu'il s'en explique clairement avec ses supérieurs et ne s'y hasarde point, car ce qu'il prétend faire pour le bien du prochain tournerait à son propre préjudice. Par conséquent, le recueillement et la pratique de l'oraison sont choses indispensables, aussi bien que les examens de conscience et tout ce qui a été prescrit dans ce règlement. Qu'on sache bien que tous les avis qu'il renferme sont fondés sur l'expérience de longues années, et qu'en s'en écartant on s'exposerait infailliblement à des troubles et à des inquiétudes ; et le ministère apostolique, qui jusqu'ici a fait tant d'honneur à notre Institut, ne s'exerçant plus avec ordre, tournerait à sa honte et à son détriment ; car les religieux y trouveraient le relâchement, et le monde n'en recevrait plus d'édification. Que les supérieurs y veillent donc attentivement, s'ils ne veulent pas avoir un compte rigoureux à rendre à Dieu.

    61. Enfin, on désire que, pour l'honneur de la mission, le peuple vienne processionnellement, le jour de l'ouverture, à la rencontre des missionnaires ; alors un de ceux-ci, recevant la croix à baiser de la main du curé, fait une courte allocution, puis entonne les litanies, que l'on chante en se rendant en ordre à l'église. Pour le départ, au contraire, on fera en sorte qu'il ait lieu le plus secrètement possible, afin d'éviter les applaudissements. Après avoir baisé la main du curé et reçu sa bénédiction, on s'éloignera sans bruit, ne cherchant que l'honneur et la gloire de Dieu ; car il faut en temps de mission renouveler cette intention à chaque respiration, s'il était possible : Ne cum aliis prœdicaverimus, ipsi reprobi efflciamur.

    Source du texte : Bibliothèque Saint Libère

    Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.

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