Léon XIV, pape augustinien · Lire saint Augustin →

    Lettres et allocutions (1938) · Pie XI

    Discours

    adressé, dans l'audience du 12 janvier 1938, aux archevêques, évêques et prêtres italiens venus à Italie à l'occasion des récompenses pour la « bataille du blé »1.

    L'auguste Pontife commence son discours en déclarant qu'il ne veut pas tenter l'impossible. Il lui serait vraiment impossible, en effet, d'exprimer toute la consolation et toute la joie qu'il éprouve à voir en ce moment des fils tellement aimés, tellement nombreux et, par eux-mêmes, représentant déjà si dignement le clergé italien. Mais, qui plus est, dans cette heureuse occasion ils viennent sous la conduite d'autres représentants, et ceux-ci, membres d'une véritable élite — celle des évêques, — sont les collaborateurs du Souverain Pontife et ses frères dans l'épiscopat. Fidèle au commandement apostolique Grati estote, le Saint-Père est d'autant plus heureux et d'autant plus reconnaissant envers Dieu qu'il se demande si d'autres événements semblables à celui qui se produit en ce début d'année pourront jamais renouveler de pareilles joies et de pareilles consolations. A l'âge actuel du Père commun, il est possible que, grâce à Dieu et grâce également aux prières de ces chers prêtres, de même qu'à celles qu'ils encouragèrent, cette espèce de voyage d'aller et de retour ne se répète pas dans l'avenir ; mais le Saint-Père ajoute aimablement qu'il n'impose pas de limites à la miséricorde, à la bonté de Dieu, ainsi qu'à la patience de Notre-Seigneur Jésus-Christ, car son programme et la lumière qui le guida dérivèrent toujours de cette devise : In caritate Dei et patientia Christi.

    Nous vous rendons grâces, très aimés Fils — continue le Souverain Pontife, — de la grande joie que vous Nous procurez, et, avec vous, Nous rendons grâces à tous ceux qui l'ont préparée, à ceux notamment qui, en des situations aussi élevées, vous ont fait l'honneur d'une assistance autorisée. Nous leur en sommes particulièrement reconnaissant, car — il est naturel de le redire — l'honneur des fils est l'honneur du Père. (L'assemblée éclate en les plus vifs applaudissements.) Gloria patris — ce n'est pas une parole d'homme, — filius sapiens. Or, très chers Fils, vous êtes particulièrement réputés pour votre sagesse et votre science dans Notre grande famille. Il s'y ajoute — ce qui accroît encore Notre joie, Notre consolation et Nous dirions volontiers Notre fierté — la pensée et la constatation que cet honneur vous l'avez bien mérité, ainsi qu'on l'a solennellement et loyalement reconnu, et c'est là encore une grande consolation.

    On a reconnu que vous avez accompli une bonne, une très bonne œuvre. Et ce n'est pas une bonne œuvre qu'on pourrait prétendre en marge de votre ministère sacerdotal, bien qu'elle se déroule ou qu'elle soit considérée comme se déroulant sur votre propre terrain, un terrain spécifiquement rural, c'est-à-dire sur le champ de bataille du blé, — une belle parole et une belle chose !

    Non, votre œuvre fut reconnue sacerdotale, on estima qu'elle faisait partie intégrante des autres œuvres entièrement sacerdotales que vous accomplissiez en faveur des populations rurales ; vous les souteniez, notamment, par vos œuvres d'assistance, par vos conseils, par votre aide paternelle, par la sanctification sacerdotale, toutes œuvres qui ont une si grande importance pour la conservation de cet immense trésor que représentent les populations rurales dans tous les pays, mais surtout en Italie.

    Le Saint-Père dit alors pourquoi il a désiré connaître personnellement cette population ; depuis les plaines fertiles et les riches terres alluvionnaires jusqu'aux souriantes collines, aux sublimes montagnes, partout et dans toutes les occasions il put s'approcher de cette population rurale, il constata chaque fois le trésor qu'elle représente ! Et ces prêtres ont vraiment un grand mérite : ils dépensent spécialement leur activité sacerdotale en faveur d'une population qui est l'épine dorsale du pays, en faveur de ces bons fils de la terre qui, s'accoutumant dès leur jeunesse à un travail quotidien et prolongé, se contentant d'un bref et rude repos, d'une alimentation frugale et mesurée, peuvent se dire les producteurs de tous les bienfaits de Dieu.

    On a reconnu aussi le mérite de ces prêtres dans la bataille du blé : ils y ont continué leur rôle de pères, de guides, de conseillers, de modèles et de maîtres. Le Saint-Père ne pouvait avoir une consolation plus grande : il tient même à dire que cette consolation n'est pour lui si réelle et si grande que parce qu'il voit ses prêtres, ici présents, à leur poste de prêtres, d'éducateurs et de maîtres. En cette bataille du blé, qu'ont-ils donc fait ? Ainsi qu'ils le devaient, ils ont enseigné à ses chers fils de la campagne, qui sont les leurs aussi, la meilleure manière de réciter le Pater noster... panem nostrum quotidianum : voilà vraiment une manière digne de l'homme et des bienfaits de Dieu, — du Dieu créateur et de l'homme son collaborateur et le consommateur de ses dons. Ils ont enseigné aux excellents fils du Père commun, et qui sont en même temps les leurs, qu'ils doivent non seulement adresser leurs demandes à Dieu, mais aussi qu'ils doivent coopérer avec lui, même quand cette coopération leur vaut à chacun de réelles fatigues. Ils ont enseigné à ces bons fils combien le travail personnel, joint à la puissance créatrice de la main de Dieu, concourt à l'admirable production de ce grain de blé qui nous donne le pain quotidien.

    Sa Sainteté adresse encore une fois ses félicitations aux prêtres, ses très chers fils, parce que, même sur un terrain qui pourrait sembler différer de celui qui est leur terrain spécifique, ils ont tracé une ligne si conforme à leur vocation et à leur saint ministère.

    Et maintenant, ajoute le Saint-Père, Nous devons vous exprimer une nouvelle fois Notre paternelle reconnaissance pour une autre consolation que vous Nous avez procurée. Vous Nous avez donné l'occasion d'entendre, de la bouche d'autorités si éminentes, des paroles vraiment bien rassurantes et bien confiantes en l'avenir que Dieu semble vouloir Nous accorder. {Très vifs applaudissements des assistants,)

    C'est bien la vérité quand on dit que Nous avons voulu le grand bienfait de la Conciliation, ainsi que tous le reconnaissent maintenant. (Applaudissements réitérés.) Et l'on exprime une idée souverainement consolante et rassurante quand on dit que par ce grand acte et les autres actes qui l'ont accompagné ou complété, on veut fermement, véritablement, conserver la foi. Nous ne doutons pas qu'à ces paroles, à ces devoirs véritables et souverains Dieu répondra par des bénédictions abondantes, extrêmement abondantes. (Très vifs applaudissements.)

    Cette consolation, Nos très chers fils Nous l'ont procurée en un moment bien extraordinaire de l'histoire : l'histoire des tribulations humaines. Oui, quand le Souverain Pontife, placé au gouvernail de la barque si humble, mais si sûre de Pierre, porte ses regards au delà des Alpes, il est malheureusement forcé de dire qu'il ne peut s'aveugler devant les menaces, les nuages ou, tout au moins, les nuages qui — suivant le dire du proverbe italien — « ne semblent pas couvrir le soleil ni promettre le beau temps ». Dieu voit, Dieu prévoit. Nous Le croyons fermement, car Nous avons confiance en la parole de Dieu, en les promesses de Dieu ; Nous avons foi en Notre mission, celle qui est vraiment Nôtre, mais qui est encore celle de tous Nos frères dans l'épiscopat et le sacerdoce. Cette mission fut bien mise en relief par votre éminent interprète, Notre cher frère d'Udine : elle consiste à se trouver présent — et présent d'une présence bienfaisante, — toujours et partout, dès qu'il s'agit de la gloire de Dieu et du salut des âmes, mais aussi du bien des hommes. Les hommes, en effet, possèdent une âme et un corp-s ; Nous devons donc leur faire du bien de toute manière, même dans leur corps, même en vue de leurs intérêts matériels, car une pareille conduite aura une bienfaisante répercussion dans l'ordre spirituel.

    Nous ne pouvons renier ce qu'écrivait Notre. grand écrivain et Notre grand poète, Alessandro Manzoni : il est Nôtre, d'abord et avant tout, parce qu'il est catholique et ensuite parce qu'il est Italien. Or donc, Manzoni écrivait que, en disant aux apôtres « Allez et prêchez l'Evangile » en leur ordonnant d'enseigner tout ce qu'il leur avait enseigné, Jésus-Christ prescrivait dès ce moment à son Eglise d'être l'arbitre de la morale ; partout, en effet, où intervient la morale, il s'agit de la vie des âmes, de la gloire de Dieu et, par cela seul, de la vie la plus vraie, la plus noble et la plus avantageuse des peuples eux-mêmes.

    Et c'est pour cette raison, continue l'auguste Pontife, que ces chers prêtres ont accompli et accomplissent une œuvre excellente, une œuvre bénie, une œuvre qui est à son tour une source de bénédictions ; ils ne cessent point, en effet, de poursuivre le même labeur et de vouer une très grande partie de leurs meilleurs soins à cette population rurale qui, en sa majorité, mérite bien leurs fatigues, parce qu'elle est vraiment, Nous pouvons bien le répéter, l'épine dorsale de la nation tout en demeurant la plus modeste, la moins bruyante, la moins théâtrale de toutes les classes du pays. Là où abondent les petits, les pauvres, les moins fortunés, qui sont les amis de Jésus-Christ ou tout au moins dont Jésus-Christ est l'ami — bien que parfois ils le renient ou semblent le renier, — c'est là que nous devons reconnaître ceux qui ont le plus de droits à nos soins, à notre sollicitude, â nos bienfaits, à nos prières, et ceci dans une mesure d'autant plus large qu'ils en ont un plus grand besoin.

    Sa Sainteté a déjà porté ses regards ailleurs et ses regards ne peuvent s'empêcher de franchir la ceinture des Alpes. Mais on dirait que la Vierge et Mère Très Sainte qui, dans ces Alpes, trône en tant de sanctuaires, au débouché de tant de vallées, en plein jour de toutes les cimes les plus élevées, a, du haut de ces positions, puissamment protégé l'Italie contre les prétendues et néfastes réformes qui ont dévasté le reste de l'Europe. En une audience aussi belle, où se rencontrent le Père et ses fils, le Père ne peut vraiment étouffer les paroles que son cœur lui suggère

    Certes, la question n'est point de Notre domaine, ajoute le Souverain Pontife, et Nous ne voulons pas, Nous ne devons pas, Nous ne pouvons pas Nous adresser à ceux qui ont des responsabilités spéciales et différentes des Nôtres — celles du bon ordre terrestre, du bon ordre civil, tant national qu'international, — Nous ne pouvons, Nous ne voulons pas leur imputer la responsabilité d'opinions qui peuvent sembler en dehors de Notre compétence même personnelle. Mais Notre cœur paternel suit* assurément avec une émotion particulière et des vœux d'une ardeur bien spéciale ceux de Nos fils qui se préparent à franchir les Alpes et porter ailleurs, en quelque lieu qu'ils se rendent, mais avant tout — Nous l'espérons et le souhaitons, — l'exemple de leur foi catholique, de leur moralité, de la force sans égale, et que rien ne peut remplacer, de leur pays, l'exemple enfin de leurs vertus personnelles, civiques et surtout domestiques. Et ce sont là ces vertus qui forment à l'heure présente — au grand jour du soleil, pour ainsi dire — le trésor envié, admiré et convoité de l'Italie. Nous espérons et Nous avons La ferme conviction que les assistances ne manqueront pas aux âmes de Nos chers fils des campagnes. De La sorte, avec la réputation, avec le bon exemple de leur vie chrétienne, avec l'honneur de Dieu toujours et partout maintenu bien haut, le nom de l'Italie resplendira, lui aussi, avec plus d'éclat dans cette lumière qui est sa lumière spécifique, sa lumière à elle. Ceci est particulièrement désirable de notre époque, quand tout autour de Nous, ainsi que Nous le disions tantôt, s'amoncellent les nuages de la tempête, s'accumulent les signes précurseurs de calamités, s'épaississent les brumes de confusions dangereuses à l'extrême pour la vie des individus aussi bien que des sociétés. Puisse donc, justement en cette époque, la splendeur de la vérité demeurer intacte et intangible !

    Après ces considérations, le Saint-Père observe que la présence de fils tant aimés l'aurait engagé à rester longtemps avec eux, mais il ne veut abuser ni du temps ni de leur patience. Il désire pourtant laisser à ses auditeurs un cher souvenir : ce sont de petites images qu'il remet à Mgr Nogara pour qu'il les leur distribue, au nom du Pape, à chaque évêque, à chaque prêtre. Il se propose ensuite d'accorder à l'assemblée sa Bénédiction, la Bénédiction du Père vieilli. Tous ces prêtres la désirent sans doute ardemment, ainsi qu'ils l'ont toujours fait. (A ces paroles, rassemblée éclate en des applaudissements qui témoignent de sa filiale reconnaissance et qui s'accompagnent des acclamations répétées de « Vive le Saint-Père t ») Sa Sainteté accueille cet hommage avec une vive satisfaction et fait aimablement observer que si ces ardents vivats devaient se réaliser, il lui faudrait certainement songer à la vie éternelle.

    Le Saint-Père est donc extrêmement heureux de pouvoir sceller une aussi mémorable audience par sa Bénédiction. Il la donnera tout d'abord aux présents, puis à tous leurs frères dans l'épiscopat et dans le sacerdoce.

    Il se propose encore de bénir d'une manière spéciale la totalité des fidèles, des diocèses, des paroisses confiés aux membres présents de l'assistance ; et, dans ces diocèses et ces paroisses, il se propose de bénir spécialement toutes les chères âmes qui font partie des organisations si nombreuses et si fécondes, à cette heure, par le monde entier. Il y a là comme une autre moisson auprès de celle du froment : c'est la moisson des âmes. Et dans ces élites qui forment ces organisations, il bénira encore d'une façon toute particulière — et le Pape ne laisse jamais passer une occasion de les mentionner — les âmes qui sont groupées et unies dans l'Action catholique. Celle-ci n'entend pas se substituer aux autres organisations, elle veut uniquement se mettre au service de toutes en les aidant, en les secourant, afin que, dans la vie chrétienne, elles portent des fruits de plus en plus nombreux et de plus en plus magnifiques.

    Sa Sainteté destine enfin sa Bénédiction paternelle à tous ceux qui tiennent au cœur de ses chers fils (1).

    fl) Avant de quitter la salle de l'audience, le Pape chargea Mgr Nogara, archevêque d*Udine et directeur du pèlerinage, d'annoncer aux prêtres présents combien il avait eu pour agréable l'hommage et l'offrande du blé destiné à la confection des hosties et combien il les remerciait pour ce geste si sacerdotal.

    Source du texte : Bibliothèque Saint Libère

    Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.

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