Lettres et allocutions (1935) · Pie XI
Allocution au Consistoire secret du 1er avril 1935
VÉNÉRABLES FRÈRES,
Très agréable a été pour Nous, de tout temps, votre nombreuse présence en ce lieu magnifique où, vous accompagnent pour ainsi dire l'intérêt et l'attente du monde entier. Mais dans les conjonctures actuelles, cet intérêt et cette attente générale sont accrus à la suite d'événements si importants, pour des raisons très diverses, que l'humilité de Notre personne ne peut empêcher qu'ils ne soient enregistrés dans les annales de l'Eglise et du monde entier.
•Ce qui, tout d'abord, se présente à Notre esprit et constitue l'objet de Notre attente à Nous et de celle de tous les chrétiens de la terre, c'est le motif principal qui Nous a déterminé à vous convoquer en ce jour, c'est-à-dire pour vous demander votre avis, suivant la coutume et l'usage du Siège apostolique, concernant les bienheureux martyrs John Fisher, cardinal de la Sainte Eglise romaine, évêque ide Rocliestcr, et Thomas More, grand chancelier d'Angleterre, qui doivent être honorés de "la palme de la sainteté.
Certes, c'est Notre très ferme -espoir que ce sera là un heureux et favorable présage non seulement pour le peuple anglais qui Nous est très cher, mais également pour l'Eglise catholique tout entière. Ne sont-ils pas, en effet, la gloire et l'ornement le plus remarquable, l'un du clergé, l'autre du laïcat '?
C'est.pourquoi, si l'on met dans leur vraie lumière leurs admirables vertus et le martyre qu'ils ont *si courageusement enduré p a UT Ta -déT en se des * tr es s a&ifte s lo is *lie Drieu ie t ;de ï'Eglise, et tout particulièrement -de Taiiitora'ié suprême <du Bonî i f e r o m a i n dans le domaine spirituel, clergé et fidèles.icncanit un grand exemple à admirer et à imiter.
Nous espérons bien que cette solennité sera «urboiurt: bieaatfai- •sant'e pour ceux qui, en vertu d'un titre spécial, "possèdent, en commun avec ces bienheureux martyrs il a même patrie,.: la même langue,' la même gloire. Nous savons, en effet, que les Anglais surtout ont instamment demandé et ardemment désiré que fût attribué à leurs concitoyens ce légitime accroissement de gloire ; Nous savons qu'ils ressentent plus vivement, en nos jours, l a nostalgie' do Vâ. foî ariCcslVa-lc et du retour au Siège apostolique, qui, le premier; i n t r o d u i s i t ï a f o i et' le culte chrétien en Angleterre et qui, alors que les sectes acatholiqueS se désagrègent Chaque jour davantage, demeure Comme Tunique base et col on n * de la vcril/c ; Nous savons enfin — et ce souvenir Nous est encore très agréable qu'ils ont excellemment manifesté fie désir -enflammé de l'Unité de l'Eglise, quand, au cours de l'Année jubilaire de la Rédemption du' genre humain, ils sont venus très nombreux, soit isolément, soit en groupes, d'Angleterre à Rome.
Puissent ces Bienheureux obtenir de Dieu — c'est l'objet de Nos prières et de Nos vœux — lumière et grâce pour l'esprit et la volonté de leurs concitoyens, afin que la solennité de la canonisation qui aura lieU prochainement dans la splendeur de la Basilique vaticane engage un plus grand nombre — après une étude plus approfondie de la doctrine de l'Eglise catholique — à se tourner pleins d'admiration vers cette mère, et cette formatrice des saints.
Mais il est une autre circonstance. Vénérables Frères, qtafe-News rie voulons pas passer sous silence, à savoir que ces Bienheureux sont élevés aux honneurs des- autels, à la fin du IVe siècle de leur glorieuse mort, et précisément au moment 6"fe va se clôturer si heureusement le Jubilé extraordinaire étendu au monde catholique tout entier, de sorte qu'ils semblent couronner dignement cette phalange de saints que Nous avons proposés récemment à l'imitation de l'Eglise militante. Et puisque la béatification éternelle du ciel, loin de le diminuer, accroît plutôt l'amour de la patrie, il n'est pas douteux qu'ils obtiennent que la prospérité refleurisse au sein de leur nation, aujourd'hui, en particulier, que de toutes les parties de l'immense empire anglais est célébré au milieu de l a plus grande allégresse et des vœux unanimes de bonheur le 25e anniversaire du jour où le Chef suprême de cet Empire britannique ceignit le diadème royal et impérial.
Mais si les choses que, jusqu'à présent, Nous n'avons fait que rappeler brièvement remplissent l'âme de joie, en.montrant plus clairement des événements qui réconfortent éminemment, ennoblissent et poussent aux actions remarquables l'esprit des hommes, il y a, par contre, quand Nous tournons Nos regards vers cette épouvantable crise — économique, politique et surtout morale — qui sévit actuellement sur le monde presque tout entier, et quand Nous considérons les conséquences encore plus funestes qu'il faut redouter pour l'avenir, il y a vraiment sujet d'être pénétré de la plus profonde douleur. Alors, en effet, qu'il n'a pas été possible de réparer les dégâts et les dommages de la dernière guerre européenne encore récente, voici que le ciel se couvre de nuages noirs, voici que de sinistres éclairs le sillonnent subitement et déchirent les ténèbres, remplissant le cœur des hommes de trouble et d'épouvante, à tel point que Nous reviennent à l'esprit les paroles de Jésus-Christ : < Vous entendrez des rumeurs de guerre et de sédition. Il y aura des pestes et des famines, des choses épouvantables et, dans le ciel, de grands prodiges..., les hommes mourront de peur dans l'attente de ce qui doit arriver à la terre entière. (Luc, xxi, 9 et sq.)
Ne nous étonnons donc pas si, au milieu d'une telle consternation et d'une telle « angoisse des nations » (Ibid.), les peuples tournent, de toutes parts, leurs regards vers le Père commun, pour implorer quelque lumière, quelque consolation, quelque espoir.
Pour Nous, désireux de répondre, dans la mesure du possible, à cette attente filiale, Nous voulons leur ouvrir Notre cœur paternel, qui, malgré son inquiétude, puise avec confiance son réconfort en l'aide du Dieu très miséricordieux.
Car si en tout temps les hommes ont besoin de la vertu d'espérance chrétienne, c'est surtout au milieu de cette tempête qu'ils doivent recourir à elle avec plus de conviction, tenant pour certain que leurs personnes et leurs biens sont gouvernés par la puissance de Dieu. Que l'anxiété des esprits se calme donc en cette vertu et se transforme en ardente supplication au Père des miséricordes, pour que, finalement, se lèvent des jours meilleurs pour l'humanité. A l'instar des apôtres, qui, secoués et presque submergés par les flots, implorèrent et supplièrent le Christ, nous devons, nous tous, redire leur prière : <t Seigneur, sauvez-nous, nous périssons ! » (Matth., vin, 25), afin que pour nous aussi il se fasse un jour un « grand calme ». *
Mais, puisque peu à peu se répand partout une rumeur de guerre future, qui jette un grand trouble et éveille l'épouvante dans tous les cœurs, Nous sommes amené à ajouter quelque chose encore, une parole apostolique, qui Nous semble imposée par Notre charge. Que les peuples s'entre-déchirent de nouveau, que le sang fraternel soit 'de nouveau répandu, que sur terre; sur mer et. dans les airs, tous les moyens soient mis en œuvre pour le massacre et la destruction totale, ce serait un crime si monstrueux e t ' u n t e l accès de folie que Nous ne croyons nullement qu'on puisse en arriver là, en vertu de cet adage : Quae contra jus fiunt nec fieri passe cr&â'eiiûasunt.
Nous ne pouvons, en effet,, Nous persuader que ceux qui doivent avoir à cœur la prospérité et la fortune des peuples veuillent' pousser à leur destruction, à leur ruine, à leur perte, non seulement la nation, qui leur est confiée, mais encore le genre humain presque tout entier.
• Que s'il se trouve' quelqu'un — ce qu'à Dieu ne plaise, et Nous avons confiance que cela n'arrivera pas :— qui oSe méditer et préparer un tel fléau, Nous ne pourrions Nous empêcher de renouveler avec tristesse au «Dieu tout - puissant cette prière : « Seigneur, dissipez les peuples qui veulent la guerre. » (Ps. LXVII, 31.)
Que ceci soit dit de l'impossibilité morale de t o u i e n o u v e l l e •guerre ; - mais à Nous et à un grand nombre apparaît manifestement, d'autre part, l'impossibilité physique et matérielle d'une pareille éventualité, dans les circonstances actuelles si graves.
Au milieu d'une telle tristesse des temps — qui fait naître une crainte encore plus grande, — afin que le Dieu très bon éclaire de sa lumière céleste. ceux 4 à particulièipement qui ont en main la direction et la fortune de leurs peuples, Nous avons décrété, au mois de janvier dernier, ainsi que vous le saviez, Vénérables Frères, qu'aurait lieu, à Lourdes un triduum de supplications publiques, et demandé que tous les fidèles du monde, même ceux qui vivent dans les pays les plus lointains, unissent leurs prières à ces supplications.
Quant à Nous, dans un sentiment de piété personnelle envers la Vierge immaculée et en remerciement à Dieu des trésors de grâces célestes distribués si libéralement au cours de l'Année Sainte, Nous voulons y être en quelque sorte présent, par Notre légat.
N o u s a v o ù s e s t i m é qu'on ne pouvait mieux clôturer l'Année Sainte d e l a d i v i n e R é d e m p t i o n. qu'en faisant célébrer devant la Grotte miraculeuse de Massabielle, dans une atmosphère d'ardente piété, le Saint Sacrifice eucharistique, pendant trois jours et trois nuits consécutifs.
Ces rites sacrés sont, en effet, le renouvellement d'une manière non sanglante, d» l'immolation que notre Rédempteur, attaché à la croix, offrit pour nous à son Père éternel.
Et ceci aura lieu, à l'autel même de la Vierge Mère de Dieu, à laquelle le Fils unique de Dieu confia la famille humaine, comme à une mère, tandis que, brisée de douleur, elle se tenait au pied de la croix.
En ces heureux jours se renouvellera sous les yeux des foules pieuses le spectacle du Calvaire, et la Grotte de Lourdes apparaîtra à ces multitudes comme un nouveau Golgotha arrosé du sang divin.
De là Notre espoir qu'aux fruits abondants de salut recueillis durant l'Année Sainte s'en ajouteront d'autres plus abondants encore et que, par l'intercession de la Vierge / immaculée, brillera enfin un jour pour le genre humain si éprouvé l'arc-en-ciel de la paix.
LITTERAE DECRETALES
beatis Ioanni Fisher, Roffensi episcopo, et Thomae More, inartyribus sanctorum caelitum honores decernuntur (1).
PIUS EPISCOPUS SERVUS. SERVORUM DEI Ad perpetuam rei memoriam.
Source du texte : Bibliothèque Saint Libère
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