Lettres et allocutions (1935) · Pie XI
Discours aux curés de Rome et aux prédicateurs de la station de Carême (5 mars 1935)
Avant tout, [le Saint-Père] souhaite cordialement, bien plus, très cordialement, la bienvenue à ces très chers Fils, à tous et à chacun, qui sous une si haute direction sont venus à lui à un double titre : les uns en qualité de très chers curés de sa Rome, partageant avec le Souverain Pontife la paternité spirituelle des âmes, et précisément de ces àmes qui sont si voisines du foyer de la maison paternelle ; les autres, en qualité de prédicateurs de la station de Carême, à la veille d'aller au-devant de ces mêmes àmes, réellement — ainsi que le disait saint Grégoire le Grand — comme les « précurseurs de Dieu », avec leurs exhortations, leurs lumineux exposés et leurs prédications, prédications destinées à ouvrir les portes à une nouvelle lumière et à de nouvelles grâces divines.
Celte double qualité, tout en expliquant amplement les sentiments paternels avec lesquels le Saint-Père accueille ces Fils qui sont les siens, confirme par ailleurs qu'il n'a rien à leur recommander concernant tout ce qu'ils doivent enseigner ; car il sait bien à qui il adresse la parole en ce moment : à des personnes élevées non seulement à l'école, mais encore « au magistère » des choses célestes. Pour ces très chers Fils, en effet, qui ont entre leurs mains et dans leur coeur le gage de sa confiance paternelle et -de celle de son cardinal-vicaire, le fait même de la mission qui leur est confiée dans les paroisses urbaines, le fait d'avoir été chargés de prêcher la parole de Dieu dans Rome, prouve déjà suffisamment quelles espérances le Pape met en eux et en leur œuvre.
Contre le paganisme des mœurs.
Pourtant, si le Pape avait quelque chose à recommander, à vrai dire chose non nouvelle, ce serait de rappeler l'attention générale là où, du reste, elle est déjà très vigilante et assidue. Et Sa Sainteté continue — pour expliquer sa pensée — en invitant chaudement les assistants à apporter une particulière attention sur la contradiction suivante véritablement affligeante et désolante — que l'on constate même au milieu des fidèles, et jusque parmi ceux qui s'adonnent fréquemment aux exercices de dévotion — entre la foi qu'ils professent et la vie qu'ils (1) Traduction du texte italien en style indirect publié par VOsservaiore Romano (6. 3. 35).
pratiquent ; entre leur foi et leur vie bien peu chrétienne ; vie —• pourrait-on dire — manifestant une forte tendance païenne. C'est la vie empreinte du paganisme d'aujourd'hui qui afflige tous ceux qui ont les yeux ouverts et attentifs ; une vie si spécifiquement, si p a ï c n n e m e i l t a d o n n é e au plaisir, à la recherche du plaisir, des divertissements ; si spécifiquement, si païennement impudique, d'une impudicité qui dépasse bien souvent celle de la vie païenne de jadis, une impudicité que l'on appelle — mot horrible, blasphème horrible ! — usage et culte de la nudité. Anciennement, la nudité était dans l'art, et l'on ne peut dire qu'elle était dans la vie, pas plus à Rome qu'en Grèce ; c'est tout dire I Puis l'autre tendance, empreinte également de paganisme, c'est le manque de sentiment, c'est-à-dire l'inconscience de l'offense que l'on fait continuellement à la vertu en l'exposant au péril comme il arrive par suite de la manie de tout voir, de jouir de tout.
Une journée de réparation.
L'auguste Pontife redit alors sa haute confiance que sa parole et les sollicitudes pastorales de ces très chers Fils ne seront pas sans produire quelques fruits, s'ils apportent une attention, une vigilance, une application particulières à ces directives spéciales. Pour des prêtres si bien formés en vue de leur sublime fonction, il ne veut donc rien ajouter de plus, sinon l'expression de sa paternelle et particulière bienveillance, surtout à la veille du temps quadragésimal, temps spécialement consacré à la prière, à la pénitence, au bien, et qui est enrichi du fait qu'il coïncide avec la dernière période de l'Année Sainte. L'Année Sainte, en effet, est encore ouverte, en dehors de Rome, pour le monde entier ; mais de même que rien ne s'est opposé, bien plus, comme tout a concouru à ce que le monde entier s'unisse d'abord à Rome, quand le Jubilé extraordinaire a été célébré dans cette même Rome, de même rien n'empêche maintenant que Rome aussi s'unisse à son tour au monde entier voué à la prière et aux pratiques pieuses, spécialement à l'occasion de cette particulière manifestation de réparation et de propitiation dont le Saint-Père a déjà parlé dans la Constitution apostolique étendant le Jubilé au monde catholique tout entier, manifestation qui — il est heureux de l'annoncer — aura lieu le prochain dimanche de la Passion. De cette manière, grâce à un si sublime objectif, les curés et prédicateurs, qui sont les instruments, les ministres continuels, de chaque jour, de la Rédemption auprès des âmes, prépareront ces mêmes âmes en vue de les y faire participer de la façon la plus digne et la plus généreuse.
Spéciale Bénédiction.
C'est dans ces sentiments paternels que, du reste, ces très chers Fils peuvent lire facilement dans le cœur du Souverain Pasteur, que Sa Sainteté va accorder aux assistants la Bénédiction apostolique à leurs personnes et à toute leur activité, employée toujours pour la plus grande gloire de Dieu, le bien «des âmes et la récompense de ceux qui la déploient. Sa Sainteté veut, en outre, donner une Bénédiction tout à fait spéciale à ce travail d'actualité auquel ces chers Fils vont mettre la main ; aux âmes confiées à leurs soins, aux auditeurs qui accourront écouter la parole de Dieu, en priant le Seigneur que cette Bénédiction paternelle contribue, elle aussi, à rendre plus profitable, méritoire et féconde, cette sainte prédication.
CONSTITUTIO APOSTOLICA De Paenitentiaria Apostolica (1).
PIUS EPISCOPUS SERVUS SERVORUM DEI Ad perpetuam rei memoriam.
Source du texte : Bibliothèque Saint Libère
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