Lettres et allocutions (1934-1935) · Pie XI
Lettres décrétales
Dans sa grande bonté, Dieu éclaire de temps à autre par des lueurs célestes les ténèbres de ce monde, en suscitant ses saints, de telle sorte que les hommes frappés par cette lumière élèvent parfois leurs intelligences et leurs cœurs vers ces mêmes saints, et se sentent attirés à l'imitation de leurs nobles exemples. Cette lumière éclatante semble aujourd'hui inonder le monde entier, parce qu'aux lis et aux roses qui ornent l'autel du Dieu vivant vient «'ajouter '-une autre fleur magnifique, dont l'odeur très suave remplit toute -.s-a maison.
Thérèse-Marguerite Redi du Sacré-Cœur de Jésus, tel est le nom de cette "fleur qui, ayant germé 'dans le jardin fermé du Carmel de la Terre étrusque, semblable à la neige par son éclat virginal, empourprée d'un ardent amour de Dieu, transplantée dans les jardins célestes, a été aujourd'hui même ceinte par 'Nous, en vertu de l'autorité suprême apostolique que Nous exerçons, s de la couronne de la sainteté. C'est la même couronne qui or-ne lc front de Marie-Madeleine de Pazzi, elle aussi une noble vierge de la Toscane, et celui de la grande Mère et maîtresse &e vie -spirituelle, Thérèse de Lisieux ; et cette même couronne, Nous l'avons élevée bien haut, afin que le parfum de cette fleur délecte encore plus tous ceux qui se trouvent dans la maison, et les incite suavement à rendre amour pour amour à Dieu, qui est la Charité.
C'-est à Arezzo, -en l'«n de grâce 1747, le 15 juillet, qu'elle naquit d'honnêtes et pieux parents, Ignace-Marie Redi, d'Arezzo, et Camille BalLâti, de Sienne ; le lendemain, jour où l'Eglise honore solennellement la bienheureuse Vierge Marie sous le vocable du Mont-Carmel, elle fut régénérée par l'eau baptismale et reçut le nom d'Anne-Marie. Dans sa dixième année, elle reçut le sacrement de confirmation. Ses parents, en particulier son père, homme d'une vertu éminente, veillèrent avec beaucoup de soin et de sollicitude à ce que leur chère fille, de même que leurs sept autres enfants, fût instruite dès l'Âge le plus tendre des mystères de la foi. Mais, plus que tous les autres, Anne-Marie répondit merveilleusement à, l'éducation reçue de ses parents. Dès son enfance, elle montra un grand attrait pour tout ce qui touche à la foi et à la piété. Dès ce moment, en effet, plus que ne le permettait son âge encore tendre, elle se montrait étrangère aux jeux, ne bavardant point, mais restant douce et aimable, et elle brillait par sa piété, son obéissance, son innocence, la douceur de ses manières, la vigilance qu'elle exerçait sur ses sens, son humilité et sa tempérance. Elle atteignait sa dixième année quand elle entra au monastère des religieuses de Sainte-Apolline, à Florence, pour y continuer son éducation ; une année s'était à peine écoulée que les Sœurs, admirant sa piété et sa dévotion innées, l'admirent à recevoir pour la première fois la sainte Eucharistie ; elle accomplit cet acte avec une modestie si humble et une telle ferveur que, pendant les huit jours qui suivirent, on la vit s'approcher de la Sainte Table comme une affamée. Elle demeura pendant sept ans dans ce couvent, et y fut parmi les élèves un modèle remarquable de toutes les vertus. Ensuite, pour obéir à la volonté de ses parents, elle revint au foyer. Cependant, elle pensait souvent à des prédictions que lui avait faites, ainsi qu'il est rapporté, sainte Thérèse de Jésus, et elle s'ouvrit à ses parents de l'appel céleste qui la poussait à entrer dans l'Ordre du Carmel.
Les parents, il est vrai, commencèrent par s'y opposer très vivement ; mais, mieux informés d'une vocation qui avait pris naissance d'une manière étonnante, ils donnèrent enfin leur assentiment, à la grande joie du cœur d'Anne-Marie, pour que la jeune fille fût admise parmi les religieuses du monastère de Sainte-Thérèse de Florence. Là elle ne changea rien, durant le temps de probation, à la règle de sainteté qu'elle s'était tracée ; ou plutôt elle montra qu'en vérité elle achevait et développait de jour en jour davantage le travail de perfection qu'elle avait entrepris dans son adolescence. Pour ce motif, avec les suffrages et l'approbation unanime des moniales, au bout d'un semestre, le 11 mars 1765, ayant pris le nom de Thérèse-Marguerite du Cœur de Jésus, elle revêtit l'habit religieux et fut admise à accomplir son noviciat.
Dans les observances d'un Institut si austère, elle donna des exemples admirables de vertu. En effet, elle pratiqua de telle manière l'obéissance, l'application à la prière, la piété envers Dieu, la charité, la patience, la mortification de la chair, l'humilité et toutes les autres vertus, qu'elle dépassait de beaucoup toutes les novices et suscitait dans toute la communauté la plus grande admiration et une surnaturelle édification ; en sorte que, à cause de sa prudence et sa sagesse reconnues, on en arriva à lui confier le soin et la-'giarde d^si:aaitres novices. Elle montra,.en outre, une grande ardeur pour s'acquitter de tous les autres devoirs qu'exigeaient la discipline' régailièEe,.lie saint-CoutumieT et les obligations de son nouvel état de vie,.se préparant ainsi, de la manière la plus convenable, par la pratique constante d'une vie très vertueuse, à faire sa profession solennelle. Cependant, se jugeant, dans son humilité excessive, indigne de prendre place parmi les religieuses de chœur, elle demanda.'instamment à.-être iad<mise du moins au rang des-converses.
Après un noviciat accomplid'uire.manière si louable et si sainte, ayant été admise à prononcer. les - VOEUX solennels, avec Je consentement de toutes les moniales et à sa grande joie, parmi les religieuses de chœur, elle fit profession le 12 mars 1766. Une fois professe, elle passa deux ans encore, conformément aux prescriptions des Constitutions, avec les novices, dans une si grande ferveur et un tel souci.d^observer très.strietcanent ses vœux, qu'elle atteignit le comble -de l'héno-ïcité :dans toutes les vertus.
Elle fut ensuite chargée du vestiaire de la communauté, puis de'la sacristie, *et*enfin désignée comme infirmière.; dans.l'accomplissement de ces 'fonctions.et d'autres encore, que lui assignèrent ses' supérieures, elle. fi-t. preuve- d'une diligence- parfaite* venant en aide,- dans les tâches les plus humbles à toutes les Sœurs, mais surtout aux malades, avec un complet oubli d'elle-même, dans la patience, la douceur, la charité. Elle remplissait à leur égard tous les devoirs de l'amour fraternel, de toutes-les œuvres de.-la» charité^, et. procurant, à chacune avec un soin particulier et. une:-attention vigilante, tout ce. qui était* nécessaire; Le. visage, toujours souriant et aimable, elle veillait: c o û t animent aux besoins, d'une pauvre religieuse démente confiée à ses soins,-.biens que- celle-ci la maltraitât et l'accablât bien souvent d'injures. Elle imitait d'une manière remarquable sa sainte Mère Fondatrice et- suivait; les traces de saint Louis de Gonzague ; dans son vif désir de? souffrir pour le* Christ qu'elle : avait choisi. p o w l'Epoux chéri de son âme, elle dissimulait fréquemment le mauvais état de sa santé, de peur d'être dispensée- des travaux ! Toute enflammée d'un ardent amour du salut des âmes, elle usait du jeûne, de la discipline, du calice, des pointes de fer, n o n i toutefois sans l'assentiment de son- directeur, spirituel,, et, bien qu'accablée par-les. infirmités,; elle persévéra jusqu'à la mort dans les austérités -de. ce*:genre.- et-i dans:- les.- pénitences:-très-, rudes qu'elle, infligeait >à-, son corps-innocent:
En. vérité, tandis qu'elle menait- une-..vie- si »mortifiée,' elle conserva très pure, comme un lis au milieu des épines,, la fleur de • la pureté* angélique,, évitant avec tant. de. soin-même-les piLus légers manquements, qu'il est permis de penser, à bon droit et en toute justice, que jusqu'à sa mort elle conserva l'innocence baptismale. En outre, la Servante de Dieu Thérèse-Marguerite pratiqua d'une façon éminente l'humilité qui, au dire de saint Ambroise, est comme M tête de toutes les vertus, et qui anime tout le corps que forme en quelque sorte l'ensemble de nos actes. De fait, elle n'avait rien plus à cœur que d'être ignorée et de n'être comptée pour rien ; plus encore, elle se déclarait la plus méprisable de tous et la plus grande pécheresse ; elle apportait tous ses efforts à cacher au regard d'autrui ses vertus, ses dons surnaturels, ainsi que les nombreuses pénitences que Nous avons rapportées précédemment, et, parce qu'elle avait d'elle-même une opinion très humble, elle supportait d'un cœur joyeux les blâmes, les reproches et les injures, car elle estimait que tout cela lui était bien dû.
Excellant ainsi dans l'extrême pureté du cœur et une profonde humilité d'esprit, elle atteignit bientôt le degré le plus éminent de la charité, qui est le lien de la perfection ; et telle était la violence de l'amour pour Dieu qui consumait son cœur, que bien souvent elle apparut le visage tout enflammé et fut ravie en de très douces extases. Cette flamme de l'amour était alimentée en elle dès son enfance par une application fervente et assidue à la prière, par la méditation des choses divines, par une dévotion très tendre envers le très Auguste Sacrement de l'autel, envers la Passion du Seigneur, ainsi que par une dévotion particulière au Sacré-Cœur de Jésus. C'est pourquoi elle se nourrissait très fréquemment du pain eucharistique, auquel elle aspirait avec avidité ; après quoi, ne pouvant contenir l'ardeur de sa charité, elle exhortait instamment ses compagnes à fréquenter ce divin banquet avec le plus grand respect et une pieuse préparation de l'âme, et à rendre au très doux Cœur de Jésus amour pour amour. Mais elle témoigna toujours aussi d'une filiale vénération pour la Bienheureuse Mère de Dieu, la Vierge Marie, et pour son très chaste Epoux saint Joseph, imitant en cela l'exemple de la sainte Mère Fondatrice.
De même, par amour pour Dieu, elle témoignait une grande affection envers le prochain, s'appliquant de toutes ses forces à lui faire du bien. Très désireuse de conquérir à Dieu des âmes, elle éprouvait comme une soif ardente de la conversion des pécheurs principalement, et des infidèles ; elle cherchait à l'obtenir de Dieu par des prières assidues et de très rudes mortifications, et elle faisait tout ce qui dépendait d'elle pour que ses Sœurs joignissent à cette fin leurs supplications auprès de Dieu.
Toutes les autres vertus, surtout celles qui étaient propres à son état et à sa condition, elle les cultiva avec beaucoup d'ardeur, de joie et de bonheur, et jusqu'à sa mort elle en pratiqua avec persévérance les actes.
Il n'est, dès lors, pas surprenant que Dieu ait récompensé abondamment, l'âme de sa servante, si remarquable pour les vertus d'innocence et de pénitence, par ses dons tant naturels que surnaturels, qui sont l'ornement éclatant de la vertu.
Et, en effet, Thérèse-Marguerite, douée d'un esprit ardent, formée à la culture des humanités, exprima souvent les sentiments très doux, de sa piété et de sa charité en des vers italiens, élégants qui, n'étant, fardés par aucun, artifice, brillent d'une, grâce- ingénue et respirent un fervent amour de Dieu comme elle possédait parfaitement aussi la langue latine, elle commentait. avec beaucoup.de science-les-psaumes* les • sentences et le. sens de l'Ecriture Sainte et: des. Saints Pères,. dissertant sur des sujets théologiques d'une manière qui étonnait les hommes, les plus savants.
On rapporter qu'elle avait reçu, le don de prophétie et de connaître les choses cachées, celui de., scruter, les.- cœurs, la grâce, de. sentira la, santé, et do- faire des. miracles,, même, durant cette vie tous cas- dons surnaturels affirment* d'une manière non douteuse, la sainteté remarquable de la Servante: de Dieu. et. attestent avec- évidence, qu'elle fut unie à Dieu par. le lien très, intime de. l!amour..
Et, c'est ainsi que brûlant de jour, en jour davantage de ce feu de l'amour divin, âgée d'à peine vingt-trois ans, et déjà désirant ardemment la venue de la mort pour être avec le Christ, presque à l'improviste, elle fut 'prise par des douleurs d'entrailles très violentes. 'Elle les supporta gaiement, ne laissant pas échapper le moindre mot de plainte, au contraire, laissant jaillir constamment des actes d'un amour très ardent et des'oraisons.jaculatoires enflammées, le 7 mars de l'an 1770, les yeux 'fixés sur l'image du divin Crucifié, son Epoux, elle exhala son âme très pure.
La nouvelle de la mort de l'angélique vierge, à peine connue, émeut toute la *ville /de Florence,.car.celle-ci avait une haute opinion de sa sainteté ; aussi le peuple accourt-elle en foule au monastère, et se presse à l'envi pour voir et vénérer lu dépouille mortelle ; il demande ensuite avec instance quelque relique, surtout lorsqu'il a appris que Dieu a déjà opéré des choses extraordinaires.
En effet, deux jours après sa mort, le corps de lia -Servante de Dieu, qui semblait déjà se corrompre à cause de l'infection provoquée par la gangrène, reprit à la fois sa couleur naturelle, comme s'il eût été encore vivant, et sa beauté ; bien plus, il en émanait une odeur très suave, ainsi que des vêtements qu'elle avait portés pendant sa vie ; de même, ses cheveux, coupés par sa mère avant l'entrée d'Anne au monastère, et qui étaient conservés à Arezzo dans la maison paternelle, exhalaient un parfum étonnant. En conséquence, l'inhumation du cadavre fut retardée de quinze jours ; son état de conservation et sa flexibilité, l'odeur surnaturelle qui s'en échappait, furent juridiquement reconnues par l'archevêque de Florence et par plusieurs prêtres, médecins et chirurgiens. Pendant ce temps, de très nombreux fidèles accouraient de toute la Toscane près de ses restes, soit pour implorer des faveurs, soit pour offrir des actions de grâces en raison de bienfaits reçus.
Après l'inhumation, la réputation de sainteté de Thérèse-Marguerite et le culte qui lui était témoigné, et qui l'un et l'autre avaient pris naissance dans le fait de sa vie sans tache et de sa pratique héroïque de toutes les vertus, ne diminuèrent aucunement. Au contraire, à la suite des guérisons prodigieuses accomplies par Dieu grâce à son intercession, non seulement en Etrurie, mais aussi ailleurs, ils se développèrent sans jamais rencontrer d'opposition, et persévérèrent constamment et intégralement, même auprès d'hommes très importants et remarquables par leur science et leur droiture.
C'est pourquoi l'archevêque de Florence, considérant cet ensemble de faits, ordonna des enquêtes juridiques sur la vie, les vertus et les miracles de la Servante de Dieu. Celles-ci ayant été faites selon les règles, furent remises à la Sacrée Congrégation des Rites et canoniquement examinées ; Pie VII, Notre prédécesseur d'heureuse mémoire, signa, le 15 juillet 1807, de sa propre main, la Commission d'introduction de la Cause. Les procès apostoliques furent ensuite effectués près de la même Congrégation, et, toutes les règles juridiques étant observées, l'on discuta sur les vertus de la vénérable Servante de Dieu, dont Grégoire XVI, Notre prédécesseur de glorieuse mémoire, reconnut par un décret solennel le degré héroïque, le 14 avril 1839. Vers cette époque, survinrent des changements dans l'Etat, ainsi que des circonstances très difficiles pour le monastère des Carmélites de Florence, où le précieux corps de la vénérable Servante de Dieu était conservé. Pour ces motifs, la cause subit un temps d'arrêt de soixante ans, sans cependant que le renom de sainteté de la Servante de Dieu diminua du fait de ce silence.
Ensuite, deux procès apostoliques furent institués, l'un à Pise, l'autre à Sienne, au sujet de deux guérisons prodigieuses que l'on disait avoir été opérées par le Tout-Puissant, grâce à l'intercession de la vénérable Thérèse-Marguerite. Après que ces deux guérisons eurent été discutées selon les rigueurs du droit, Nous-même, le 3- mars de l'an 1920, Nous déclarâmes solennellement : Il constc de la guérison instantanée et parfaite de Sœur Marie-Duccû de la Congrégation des Ecoles-Pies, atteinte de tuberculose pulmonaire aiguë, guérie sans garder aucune cicatrice, et de la •guérison instantanée et parfaite de l'enfant Henriette Giorgi, atteinte du mal de Pott. Le 8 mai suivant, Nous déclarâmes qu'il pouvait être procédé en toute sûreté à la béatification solennelle de la vénérable Servante de Dieu Thérèse-Marguerite du Sacré-Cœur, de Jésus. Cette béatification eut lieu dans la Basilique vaticane, en présence d'un grand concours de peuple, et à la grande joie de toute la.famille carmélitaine, le 9 juin de la même année.
Mais, comme il s'ajoutait de nouveaux prodiges que l'on disait s'être réalisés après l'invocation du nom de la nouvelle Bienheureuse, lè ppstulàteur d'alors de l'Ordre méritant des Carmes déchaussés, Rodrigue de Saint-François de Paule, de pieuse mémoire, Nous adressa des prières touchant la reprise de la Cause, en vue d'obtenir la canonisation de l'illustre" vierge. Cette supplique, Nous l'avons accueillie volontiers et exaucée ; c'est pourquoi, le 10 décembre, de l'.année suivante, Nous avons signé la Commission de reprise de cette Cause,
Alors, par autorité apostolique, furent instruits dans les Curies de Florence,, de Pratb et de Turin des procès concernant trois gué H son s prodigieuses, qui s'étaient produites, disait-on, par l'intercession de la bienheureuse Thérèse-Marguerite. Mais la guérison de Prato ayant été écartée pour de justes motifs, on choisit deux faits prodigieux que l'on disait arrivés à Florence, et concernant l'un l'enfant Laurent Garbagni, l'autre Fulvie-Razzi, épouse de Jean Farsetti.
Laurent, fils 'de Joseph 'Garbagni et de Félicité Caraîtfei, un petit enfant de quatre ans, était atteint'd'appendicite aiguë avec 'abcès et réaction péritonéaile diffuse.'Le mal 'était très grave-; au point que la nuit même du 31 mai 1930 tout espoir de 'guérison avait à peu près disparu, "et deux médecins, d'un commun accord, déclarèrent qu'une opération chirurgicale s'imposait pour le 'matin suivant. La -mère de l'enfant, qui avait une très grande confiance en la bienheureuse Thérèse-Marguerite, plaça sur la poitrine de son petit garçon 'une parcelle 'des reliques de la Bienheureuse, et par des prières redoublées implora la guérison de celui-ci. Peu 'après, l'enfant s'endormit d'un sommeil paisible. Le matin 'suivant, le père, médecin dans l'armée royale, constata que tous 'les symptômes de la maladie avaient disparu ; cela fut pleinement confirmé par les deux médecins traitants qui, sans hésitation, attribuèrent la guérison à un *miracle, sous la foi du serment. De même trois experts en parfait accord, mandés par la Sacrée 'Congrégation des Rites, abondent dans le sens des médecins, soit pour le diagnostic et le pronostic du mal, soit pour reconnaître une intervention surnaturelle.
Le second miracle consiste dans la guérison de Fulvie FarsetU-Razzi. Cette dernière, âgée de 70 ans, fut, le 8 novembre de l'année 1922, jetée à terre par un cycliste, et relevée avec une fracture du col gauche du fémur, avec disjonction totale de la tête du fémur, d'où le membre se trouva quelque peu raccourci. Comme les soins nécessaires n'avaient pu lui être donnés, l'assemblage naturel des os ne put se réaliser complètement. C'est pourquoi il se forma une difformité calleuse ou arthrose, d'où une articulation anatomiqucment impossible ; à cette lésion s'ajoutaient l'œdème et des douleurs. C'est dans de telles conditions, que Fulvie passa sept années, sans aucun espoir de guérison. Or, le 19 novembre 1929, tandis que le corps de la bienheureuse Thérèse-Marguerite était exposé à la vénération publique dans l'église Saint-Paulin, où il avait été transporté, Fulvie, appuyée à la fois sur une béquille et sur son mari, souffrant à ce moment de vives douleurs, se rendit à l'église et parvint jusqu'à la châsse dans laquelle était conservé le corps de la Bienheureuse. Elle pria pendant dix minutes avec une grande ferveur, puis s'agenouilla, se leva et se mit à marcher librement et d'un pas rapide, sans aucun appui, tandis qu'un peuple nombreux criait au miracle. La sentence des experts est unanime touchant la gravilude la lésion et son caractère incurable, ainsi que sur l'existence du miracle.
Do ces deux guérisons, la Cause ayant Notre cher fils Alexandre Verde, cardinal de la Sainte Eglise Romaine, comme ponent ou rapporteur, il fut discuté dans trois Congrégations ; dan» la dernière, qui se tint en Notre présence, l'affaire fut examinée, selon l'usage, d'une manière très stricte. Le « doute » fut proposé sur L'existence et la nature de miracles obtenus depuis que le Saint-Siège apostolique avait autorisé la vénération publique de la bienheureuse Thérèse-Marguerite du Sacré-Cœur de Jésus, pour le cas et en vue de l'effet dont il était question. Tant les Pères du Sacré-Collège que les officiers et consulteurs de la Sacrée Congrégation des Rites exprimèrent leur avis, que Nous recueillîmes avec joie, le voyant favorable. Cependant, Nous résolûmes de différer le prononcé de Notre jugement, afin d'implorer avec une plus grande abondance la lumière divine.
Enfin, le 25 janvier de cette année, après avoir mandé Nos chers fils les cardinaux de la Sainte Eglise Romaine, Camille Laurenti, préfet de la Sacrée Congrégation des Rites, et Alexandre Verde, ponent de la Cause, ainsi que Nos chers Fils Alphonse Carinci, secrétaire de la même Congrégation, et Salvator Natucci, promoteur général de la Foi, Nous décrétâmes solennellement qu'il constait de deux miracles opérés par Dieu, grâce à l'intercession de la bienheureuse Thérèse-Marguerite du Sacré-Cœur de Jésus, à savoir : de la guérison instantanée et parfaite, tant de l'enfant Laurent Garbagni, d'une appendicite aiguë avec abcès et réaction péritonéaîe diffuse, que • de F'ulvie - Rarsetii-Razzi, des restes anormaux et graves d'une fracture du c-ôl >dii fémur, 'empêchant Le fonctionnement du.membre '.gauche.
Pour faire parvenir cette noble Cause à son terme, il restait seulement à discuter près de la Sacrée Congrégation des Rites le doute suivant : si, étant donné l'approbation de deux miracles depuis que le Saint-Siège avait accordé les honneurs du i.culte à cette Bienheureuse, il pouvait être procédé-en toute sùrelé;k *sa canonisation solennelle. Aussi, après avoir observé la formalité susdite, conformément au droit, en /présence.des.'cardinaux mentionnés plus haut et des principaux officiers de la Sacrée Congrégation.des Rites,.le 18 février dernier, après avoir offert le Saint Sacrifice de la messe. Nous avons décrété,.en vertu de -Notre.autorité suprême, qu'il pouvait être procédé en toute sûreté à la canonisation de la bienheureuse Thérèse-Marguerite du Sacré-Cœur de Jésus ; Nous avons ordonné, en outre, que.ce.décret fût publié et qu'il fût inséré dans les actes de la Congrégation des Rites.
•Tout.ce qui vient d'être dit ayant été effectué régulièrement,.afin.d'observer-.en tons p o i n t s ' l ' o r d r e ' t r è s sage établi par Nos prédécesseurs.en cette affaire • d?une *si.grande importance,.Nous savons '.réuni près de Nous, en un Consistoire secret,.Nos -vénérables Frères les Cardinaux de la Sainte Eglise Romaine, Le. 5 ' m a r s v dernier, dans la salle habituelle du; Palais- apostolique; làj. Notre, chen fils » Camille, cardinal Laurenti, préfet de la: Sacrée Congrégation, des Rites,, a.-prononcé un discours- sur lai vie et les miracles des bienheureux- Joseph-Benoît Gottolengo et Conrad de Parzham, confesseurs, et de la bienheureuse Thérèse-Marguerite Redi du Sacré-Cœur de Jésus, vierge ; il a énuméré. les actes qui pour chacune de ces Causes de béatification et de canonisation ont été, à la suite d'uni sévère examen; admis, et approuvés. par la Sacrée Congrégation-des Rites. Cette relation une fois achevée, Nous avons demandé et recueilli, les* votes, de chacun-des Pères* du: Sacré-Collège:. Aussitôt: après-ce Consistoire secret' s'est tenu le-Consistoire que. l'on appelle public; Nos i cher s, fils les avocats.- de- Notre' Salle Consistoriale y ont', fait- cuxTinèmes,. successif veinent,, uni bref exposé de. lat vie, des- vertus et des miracles, de. ces- mêmes Bienheureux.;: le- discours- sur lav bienheureuse Thérèse-Marguerite fut. prononcé par. Notre, cher: fils Vincent Sacconii, Quant à: Nous, Nous déclarâmes que-- Nous* souhaitions extrêmement orner** de-l'auréole de.* lai sainteté; tous- ces- Bienheureux ; néanmoins, que Nous ne. le. déciderions- pas- avant d'avoir, dans: un Consistoire, semi-public, ainsi qu'on l'appelle, de nouveau pris l'avis, selon la coutume, tant de Nos Frères les cardinaux de la Sainte Eglise Romaine que de tous les évêques qui se trouvent les plus rapprochés de Nous ; mais Nous demandâmes à tous qu'en attendant, des prières adressées à Dieu le supplient de Nous obtenir l'effusion d'une lumière plus abondante, pour Nous permettre de distinguer plus nettement ce qu'exigeaient en cette affaire et la gloire de Dieu et l'accroissement du nom catholique.
Nous donnâmes donc l'ordre de remettre à chacun de ces prélats un exemplaire de l'abrégé authentique de la Cause de ces Bienheureux, afin que, après avoir pris soigneusement connaissance de l'affaire, chacun pût Nous exposer son avis ; et Nous les convoquâmes tous pour le 18 de ce mois, en un Consistoire que Nous avons appelé semi-public, et qui devait se tenir en Notre présence au Palais apostolique du Vatican. Aux membres de cette nombreuse assemblée, Nous avons adressé une brève allocution, priant chacun d'eux de bien vouloir Nous faire connaître son avis sur cette affaire. Une fois les votes de chacun recueillis, Nous Nous sommes vivement réjoui en constatant que tous partageaient Notre avis, à savoir que Nous pouvions décerner sans délai à ces trois Bienheureux membres de l'Eglise militante, les honneurs attribués aux Saints.
En conséquence, pour ce qui concerne la bienheureuse Thérèse-Marguerite Redi et le bienheureux Joseph-Benoît Cottolengo, Nous avons annoncé que Nous procéderions aux cérémonies de leur canonisation, à Saint-Pierre du Vatican, aujourd'hui '39 mars, fête de l'illustre époux de la Mère de Dieu, c'est-à-dire le jour que Nous avions déjà fixé pour placer au rang des Saints le bienheureux Pompilius-Marie Pirrotti. D'autre part, Nous avons fixé la canonisation du bienheureux Conrad de Parzham au 20 mai prochain, c'est-à-dire en la fête de la Pentecôte. Et Nous avons exhorté tous et chacun dans le Seigneur à ne pas cesser de recommander à Dieu, pendant ce temps, avec instance, Notre présent dessein.
Lorsqu'est arrivé ce jour très heureux, établi par Nous pour décerner les honneurs des Saints à la bienheureuse Thérèse-Marguerite Redi, et en même temps aux bienheureux Joseph-Benoît Cottolengo et Pompilius-Marie Pirrotti, les membres du clergé tant séculier que régulier, les prélats et officiers de la Curie romaine, et Nos vénérables Frères les cardinaux de la Sainte Eglise Romaine, les patriarches, archevêques, évêques et Abbés, étaient venus en grand nombre dans la Basilique vaticane, magnifiquement ornée et remplie par la foule des fidèles. Tandis qu'ils Nous précédaient, au chant pieux des Litanies, Nous-même sommes entré solennellement dans la basilique, et, après avoir adoré le très auguste Sacrement de l'autel, Nous Nous sommes dirigé vers Notre chaire et Nous y avons pris place. Alors Notre cher fils Camille, cardinal Laurenti, préfet de la Sacrée Congrégation des Rites et procureur de ces canonisations, par l'intermédiaire de Notre cher fils Christophe Astorri, avocat de Notre Salle Consistoriale, lequel parlait en son nom, Nous a demandé avec instance de daigner inscrire ces Bienheureux au Catalogue des Saints. Et lorsque la même demande Nous eut été adressée de nouveau, puis une troisième fois, c'est-à-dire plus instamment et très instamment, au nom du même cardinal, par le même avocat consistorial, en invoquant de nouveau tous les saints, Nous avons imploré avec plus de ferveur, pour Notre intelligence, la lumière de l'Esprit-Saint, Enfin, assis sur la Chaire de Saint-Pierre, en tant que Maître suprême de l'Eglise universelle, Nous avons prononcé Notre sentence dans les termes suivants :
En l'honneur de la Trinité sainte et indivisible, pour l'exaltation de la foi catholique et l'accroissement de la religion chrétienne, par l'autorité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, celle des bienheureux apôtres Pierre et Paul et la Nôtre ; après mûre délibération, le secours divin souvent invoqué, et sur l'avis de Nos vénérables Frères les cardinaux de la Sainte Eglise Romaine, des patriarches, évêques et archevêques se trouvant à Rome, Nous décrétons et définissons que le bienheureux Joseph-Benoît Cottolengo, le bienheureux Pompilius-Marie Pirrotti et la bienheureuse Thérèse-Marguerite Redi sont des saints, et Nous les inscrivons au Catalogue des Saints, ordonnant à l'Eglise universelle d'honorer leur mémoire avec piété et dévotion, chaque année, le jour de leur naissance au ciel, à savoir : pour Joseph-Benoît Cottolengo, le 30 avril ; pour Pompilius-Marie Pirrotti, le 15 juillet, au nombre des confesseurs non pontifes, et pour Thérèse-Marguerite Redi le 7 mars, au nombre des saintes vierges. Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, Ainsi soit-il.
Après avoir prononcé cette formule de canonisation, acquiesçant aux prières que Nous avait adressées le susdit avocat consistorial, au nom du cardinal procureur, Nous avons commandé de rédiger et d'expédier les Lettres décrétales sub plumbo concernant chacune de ces canonisations ; Nous avons ordonné que pour perpétuelle mémoire de celles-ci il en fût dressé acte par les protonotaires apostoliques.
De plus. Nous avons rendu de ferventes actions de grâces au Dieu tout puissant et bon, pour un si grand bienfait, en union avec tout le peuple qui se trouvait présent, puis Nous avons imploré pour la première fois le patronage des nouveaux Saints auprès de la miséricorde divine ; après quoi Nous Nous sommes approché de l'autel pour célébrer la messe pontificale selon le rite solennel.
Après la lecture de l'Evangile, Nous avons prononcé un bref éloge de chacun des Saints ; puis Nous avons accordé à tous les assistants la Bénédiction apostolique et l'indulgence plénière des péchés ; enfin, Dieu aidant, Nous avons achevé la messe pontificale.
Ainsi, en vertu de Nos présentes Lettres, se trouvait consacrée la mémoire de cette nouvelle sainte très illustre, Thérèse-Marguerite du Sacré-Cœur de Jésus, qui, petite fleur blanche comme neige de la virginité, a brillé comme un parfait modèle d'une vie innocente et d'une observance régulière, nouvel ornement magnifique du jardin du Carmel. Et maintenant, après avoir dûment pesé tout ce qu'il y avait lieu de considérer, de science certaine, avec la plénitude du pouvoir apostolique, Nous confirmons, corroborons et de nouveau établissons, décrétons et faisons connaître à toute l'Eglise catholique tous et chacun des points que Nous avons rappelés plus haut.
Nous voulons, en outre, que les transcriptions ou copies, même imprimées, de ces Lettres décrétales mais signées de la main d'un notaire apostolique, munies de son sceau, obtiennent exactement le même crédit que les présentes Lettres elles-mêmes, si celles-ci étaient montrées ou présentées. Mais si quelqu'un osait enfreindre ces Lettres décrétales qui définissent, décrètent, imposent et expriment Notre volonté, ou avait la téméraire audace d'y contrevenir ou d'y porter atteinte, que celui-là sache qu'il encourra la colère du Dieu tout-puissant et celle des bienheureux apôtres Pierre et Paul.
FR. THOMAS P I U S O. P. Card. BOGGIANI,
Cancellarius S, i?. E.
C. Card. L A U R E N T I,
S. R. C. Praefectus D O M Ï N I C U S J O R I O, Protonotarius Apostoïicus A L F O N S U S CARÏNCI, Protonotarius Apostoïicus.
Donné à Rome près Saint-Pierre, l'an du Seigneur 1934, le 19 mars, en la fête de saint Joseph, époux de la Vierge Mère de Dieu, la treizième année de Notre pontificat.
Moi PIE, évêque de l'Eglise catholique.
(Suivent les signatures de tous les cardinaux de curie.) Fn. THOMAS-PIE, O. P., cardinal BOGGIANI, Chancelier de l'Eglise romaine.
CAMILLE cardinal LAURENTI, Préfet de la S. Cong. des Rites. DOMINIQUE JORIO, Protonotaire apostolique. ALPHONSE CARÏNCI, Protonotaire apostolique.
LITTERAE DECRETALES
Beato Pompïlio Mariae Pirrottï a Sancto Nicolao, ordînis Cler. Regul. Pauperum Matris Dei Scholarum Piarum Sanctorum Caelitum honores decernuntur1.
PIUS EPISCOPUS SERVUS SERVORUM DEI Ad perpetuam rei memoriam.
LETTRES DÉCRÉTALES
décernant au bienheureux Pompilius-Marie Pîrrotti de Saint Nicolas, de l'Ordre des Pauvres Clercs réguliers de la Mère de Dieu des Ecoles-Pies, les honneurs attribués aux Saints.
Source du texte : Bibliothèque Saint Libère
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