Léon XIV, pape augustinien · Lire saint Augustin →

    Lettres et allocutions (1934-1935) · Pie XI

    Lettres décrétales

    Sous l'arbre salutaire de la Croix, les lis et les roses, arrosés du sang du divin Agneau, fleurissent perpétuellement dans le champ du Seigneur : ce sont les lis de la pureté, les roses de la charité, vertus par lesquelles, principalement, les élus rendent un témoignage quotidien au Rédempteur du monde.

    Fleur merveilleuse de pureté et de charité, Jeanne-Antide Thouret remplit du très suave parfum de ses vertus l'Eglise universelle et Nous-même qui. en cette année jubilaire, consacrée à commémorer le XIX centenaire de l'humaine Rédemption, en ressentons une grande joie. C'est qu'en effet il Nous a été -donné et de m o n l r e r les fruits très abondants de la Rédemption pour les fidèles et (T-c" lever aujourd'hui aux honneurs célestes cette vierge très énergique ; car le Seigneur l'a trouvée vigilante, et comme elle avait pris la lampe de la charité, elle a emporté de l'huile avec elle, et lorsque le Seigneur est venu, elle est entrée sur ses pas dans la salle des noces.

    C'est dans le diocèse de Besançon, en France, au bourg de Sancey-le-Long, de parents peu fortunés mais pieux et honnêtes, Jean-François Thouret et Claudie Labbe, qu'elle naquit le 27 novembre 1765 ; le même jour, elle était régénérée dans l'eau baptismale. Dès sa petite enfance, élevée avec soin par une mère très prudente, elle brilla par l'obéissance, la piété et la pureté de ses mœurs ; vaquer longtemps à la prière soit à la maison, soit à l'église, et consacrer soigneusement son temps, par délégation de son curé, à enseigner le catéchisme à ses compagnes faisaient ses délices. Elle avait à peine 11 ans quand «elle s'approcha pour la première fois de la sainte Table avec la plus.grande ferveur ; cinq ans plus tard, ayant perdu sa mère, elle dut l a remplacer en quelque sorte et prendre soin de son père et de ses frères et sœurs.

    On rapporte qu'à cette époque elle montra un tel mépris devant l'attitude d'une servante indigne qui essayait par des manières captieuses de l'entraîner au mal, que, avec le secours de l'Immaculée Mère de Dieu, étant sortie indemne de ce grave danger, elle n'hésita pas à faire à Dieu, sur-le-champ le vœu de virginité. A cette date, ne pouvant limiter à la maison paternelle l'exercice de ses vertus, principalement de sa charité, elle se sentit vivement poussée à apporter son concours au soulagement des pauvres et des malades, et commença à songer sérieusement à embrasser la vie religieuse.

    De ce projet, elle s'ouvrit d'abord à son directeur de conscience, ensuite à son père très aimant. Celui-ci, estimant la présence de sa fille absolument nécessaire au gouvernement de sa maison, refusa naturellement de seconder ses desseins ; bien plus, joignant ses instances à celles d'une tante de la jeune fille, il Lui proposa un mariage. Mais Jcanne-Antide ne revint pas sur sa résolution ; par de ferventes prières adressées à Dieu pour que son père changeât d'avis, elle obtint de lui non seulement qu'il donnât son assentiment, mais encore qu'il préparât lui-même avec soin tout ce qui lui était nécessaire pour s'engager dans l'état religieux

    C'est pourquoi, réconfortée par la bénédiction paternelle, elle se rendit â Paris, et, le 1 novembre 1787, elle entra d'un cœur joyeux dans l'Institut des Filles de la Charité, fondé par saint Vincent de Paul, et y commença son noviciat. En vérité, il faut admirer combien fut remarquable l'exemple qu'elle donna dès le début à ses compagnes dans la pratique de l'humilité, de l'obéissance, de la piété et des autres vertus. De fait, elle se montra toujours toute prête et diligente à exécuter tous les ordres même ceux qui étaient difficiles ; d'un autre côté, sachant bien que l'état religieux consiste sans aucun doute dans le sacrifice de sa vie, elle supporta avec une très grande patience toutes les contrariétés, en particulier la rigide sévérité d'une Sœur qui avait la charge de la lingerie et du mobilier de la maison. Cependant, comme ses forces corporelles s'étaient très affaiblies en raison du travail constant et pénible qui lui était imposé, craignant, à cause de son mauvais état de santé, d'être jugée inapte à continuer de mener la vie religieuse, elle demanda à Dieu avec une très grande ferveur de lui rendre la santé par l'intercession de saint Vincent de Paul. Elle recouvra rapidement ses forces, à sa grande joie, de sorte que, peu de temps après, elle put revêtir l'habit de l'Institut et, tout en donnant un concours actif soit dans les hôpitaux pour soigner les malades, soit dans les écoles pour instruire les jeunes filles, continuer le noviciat commencé. Et, tandis qu'elle menait ce genre de vie, elle brilla non seulement par la charité et la patience, mais aussi par la chasteté et par une constance très ferme dans ses résolutions, surtout lorsque, sollicitée plus d'une fois de consentir à un mariage très honorable, elle refusa avec fermeté et sans hésitation, déclarant qu'elle était déjà l'épouse du Christ et qu'elle lui appartenait entièrement.

    Sur ces entrefaites, éclata en France la funeste Révolution qui renversa les institutions privées et publiques, humaines et divines. Mais c'est principalement contre l'Epouse immaculée du Christ que le combat fut mené : les biens de l'Eglise furent pillés, les édifices sacrés furent souillés ; les ministres de Dieu qui refusaient de prêter le serment impie de la nouvelle Constitution furent jetés en prison ou punis de l'exil, ou même livrés à la mort. De même les biens des Ordres religieux et de toutes les Sociétés religieuses furent confisqués, leurs sujets expulsés des maisons et dispersés. Au plus fort du péril, Jeanne-Antide qui, n'ayant pas encore terminé son noviciat, n'avait pu prononcer ses vœux religieux, apparut vraiment comme une femme forte ; bien que recherchée pour être mise à mort, elle se refusa à quitter l'habit religieux et à prêter le serment impie de la nouvelle Constitution, et jamais elle ne cessa de s'acquitter, même publiquement, de ses devoirs chrétiens. Plus encore : toute remplie de l'esprit de saint Vincent de Paul, qui jaillissait du fond de son cœur, puisant dans les difficultés mêmes des temps de nouvelles forces et un nouveau courage, elle se rendit en Suisse à pied, en mendiant son pain. Là, dans le célèbre sanctuaire mari ai d'Einsiedeln,après avoir demandé la lumière à la Vierge Immaculée, elle se sentit divinement appelée à fonder un nouvel Institut charitable. C'est pourquoi, revenue à Besançon, elle y loua une petite maison et, en 1799, après s'être adjoint quatre compagnes, qu'elle voulut appeler Sœurs de Charité, elle ouvrit une école pour les petites filles pauvres et un dispensaire pour les malades. Le 15 octobre de l'année suivante, elle prononça, en même temps que ses compagnes, les vœux simples de pauvreté, de chasteté, d'obéissance et de charité ; et peu après, réfugiée dans un monastère de la Visitation, elle s'y occupa activement de rédiger les Constitutions de son Institut. Ce document, approuvé d'abord par l'archevêque de Besançon, fut confirmé par le Pape Pie VII, Notre prédécesseur d'heureuse mémoire, en vertu de son autorité apostolique, et fut l'objet d'un éloge solennel. Tel fut le début de l'Institut des Sœurs de la Charité ; semblable au grain de sénevé de l'Evangile, il grandit et forma bientôt un grand arbre à la sève féconde ; étendant ses rameaux au loin à travers le monde, il produisit et produit encore, de plus en plus, des fruits de salut très abondants.

    Car les Sœurs de la Charité, formées selon l'esprit de saint Vincent de Paul, et continuant l'œuvre de leur sainte Mère fondatrice, font Jours délices d'instruire les petits garçons et les petites filles ; de recueillir et d'élever avec des soins maternels les enfants abandonnés ou orphelins ; de s'occuper des tout-petits ; de nourrir 'les -vieillards.accablés par.l'âge ; de procurer un soutien et des consolations à ceux qui sont privés de l'usage de leurs facultés ou à ceux qui sont détenus dans les prisons ; de soigner les malades dans les hôpitaux et à domicile ; de servir les lépreux, les voyageurs, les soldats, les pauvres : de ramener dans la bonne voie les femmes perdues : en un mot de pratiquer toutes les oeuvres de charité. Tout cela, elles le font dans.une telle mesure qu'elles sont vraiment et à juste titre dignes d'être Appelées par tous de véritables anges de charité. Et ces vierges, non.moins do.uc.es.que courageuses, ne reculent devant aucune fatigue, ne s'effrayent devant aucun danger, vivent sans crainte, au milieu des épidémies ou des années combattantes, prêtes même à mourir glorieusement si c'était nécessaire. Il n'est donc pas surprenant,que..cet Institut, vaguant.avec tant de.zèle à ce,s..œuvres de charité, se soit acquis la faveur de tous ; de sorte que, du vivant même de la Mère fondatrice, les Sœurs ont essaimé dans presque toutes les provinces de France, en Suisse, en Italie, et ensuite en d'autres régions très lointaines, au delà des mers, :réelaniéçs avec insistance par les évêques, les rois ou les princes.

    Quant à la fondatrice, élue Supérieure générale à vie de son Institut, elle brilla dans l'exercice de cette fonction par tant de prudence, de douceur, de justice, de charité, et aussi par son zèle si ardent à promouvoir l'observation toujours plus parfaite des règles de l'Institut, qu'elle fut pour tous un modèle. Mais il est difficile de dire avec quelle force d'âme et quelle patience au milieu des adversités et des inimitiés elle conduisit, défendit et fit progresser l'Institut qu'elle avait fondé. Deux forces principalement, avec l'aide de Dieu, la soutinrent dans sa carrière si active : le feu intense de la charité envers Dieu et le prochain qui la consumait, et un attachement très dévoué au Siège apostolique. Appuyée sur ces deux forces, elle trouva souvent la consolation dans la mauvaise fortune. Et cela fut mis plus vivement en lumière d'une part lorsque, défendant avec énergie les droits de son Institut, elle opposa une résistance invincible à l'autorité civile, quand celle-ci décida que les maisons religieuses établies par la fondatrice seraient privées d'une Supérieure générale et que chacune se gouvernerait selon ses règles propres ; d'autre part, quand il fut question de séparer ces maisons religieuses de l'Institut lui-même. Mais sa force d'âme apparut surtout dans les circonstances suivantes : l'archevêque de Besançon, imbu de préjugés gallicans, supportait très difficilement, après l'approbation pontificale de l'Institut, d'avoir perdu le titre et la charge de Supérieur général ; soumettant à sa seule autorité la maison mère de Besançon et les autres maisons qui existaient dans son diocèse, il ne craignit pas de déposer la Supérieure générale de son office et de lui enlever tout pouvoir sur ces maisons, et, après l'avoir accablée d'injustes accusations, il interdit rigoureusement de la recevoir dans la maison même qu'elle avait fondée en premier lieu ; elle connut alors la souffrance de se voir repoussée par ses propres compagnes. La pauvre Mère baisa les portes, restées fermées devant elle, d'une maison qui lui était si chère ; tout affligée elle quitta Besançon et revint à Naples, où elle avait établi la maison généralice, appelée Regina Coeîi ; mais, du moins, avait-elle auparavant tout tenté, quoique vainement, pour éviter une lamentable scission. Toutes ces épreuves, la bienheureuse Jeanne-Antide les supporta avec une patience et un courage invincibles ; elle porta généreusement la croix du Seigneur le reste de sa vie, ramenant toutes choses à Bien seul, ainsi qu'elle avait coutume de le dire ; et c'est seulement de son divin Epoux, qui fut pour elle, dans la très sainte Eucharistie, le froment des élus et le vin qui fait croître les vierges, de la douce Mère de Dieu et du principal patron céleste de sa Congrégation, qu'elle recevait force et consolation ; écrivant à ses filles spirituelles, elle terminait la lettre par ces mots : Je suis une fille de l'Eglise de Dieu ; vous aussi, soyez-le avec moi.

    Ainsi donc, purifiée, comme l'or, par le feu des tribulations, accablée par les fatigues, liée plus étroitement à son Epoux crucifié par cette douleur suprême de sa vie mortelle, elle eut à Naples une attaque d'apoplexie. Comme le mal s'aggravait et que l'heure de la mort approchait, après avoir reçu les sacrements de l'Eglise avec u-ne grande piété, les yeux fixés sur le crucifix, dans la maison napolitaine de Regina Coeli dont Nous avons déjà parlé, le 24 août 1826, âgée de soixante et un ans, elle s'envola très doucement de ce monde vers le céleste Epoux qu'elle avait servi de tout son cœur avec tant d'assiduité.

    Dès que se répandit la nouvelle de cette mort, de nombreuses personnes de toute condition accoururent avec une grande dévotion afin de revoir le corps de la fondatrice ; toutes la proclamaient sainte ; beaucoup approchaient de ses restes des chapelets et autres objets de piété, ou donnaient d'autres preuves nombreuses de leur vénération. Puis, les obsèques solennelles une fois célébrées, le corps fut inhumé, ainsi que la défunte l'avait souhaité, à l'intérieur de l'église de Regina Coeli, dans la chapelle de l'Immaculée-Conception.

    Le remarquable renom de sainteté de la Servante de Dieu, déjà répandu au loin au moment de sa mort, non-seulement persista dans la suite, mais alla continuellement en augmentant. En effet, près de son tombeau on voyait affluer les filles très pieuses d'une telle mère, et aussi, jusqu'à nos jours, des hommes et des femmes, des étrangers eux-mêmes, des chefs d'Etat, des évêques, vinrent très nombreux implorer avec succès sa protection. De même, d'après ce qu'on rapporte, après avoir invoqué le nom de la Servante de Dieu, beaucoup de personnes, affligées de maladies même très graves, recouvrèrent une parfaite santé.

    On rapporte aussi d'autres guérisons merveilleuses, de l'âme et du corps, qu'il serait trop long de relater ici ; elles semblent confirmer pleinement le renom de sainteté de Jeanne-Antidc. Et il ne faut point passer sous silence l'opinion, touchant ce renom de sainteté, qu'eut et professa ouvertement saint Jean Vianney, dont le nom est au-dessus de tout éloge. Il donna un jour à une jeune fille le conseil d'entrer dans l'Institut de la bienheureuse Antide, ajoutant qu'il aimait cet Institut, parce que sa fondatrice était une sainte.

    Il n'est donc pas. surprenant que, ce renom de sainteté de Jeannc-Antide Thouret augmentant de jour en jour, et se répandant aussi en des pays étrangers, on ait commencé à discuter s'il y avait lieu, de lui décerner les honneurs réservés aux Saints. C'est pourquoi, après l'instruction régulière des procès de l'Ordinaire, due principalement au zèle très grand et à l'activité de Nazareno Marzolini, de regrettée mémoire, chanoine de Notre basilique patriarcale de Saint-Pierre et postulateur de la Cause, Léon XIII, Notre prédécesseur d'heureuse mémoire, signa la Commission d'introduction- de la Cause le 16 juillet 1900. Puis- eut lieu- l'enquête sur les vertus de la Servante de Dieu, vertus dont l'excellence et rkécoïcité furent reconnues par Nous dans le décret solennel que Nous devions publier le 9 juillet 1922. Vînt ensuite la discussion de trois miracles que l'on disait avoir été obtenus de Dieu à la suite de l'intercession de Jeannc-Antide ; le décret les concernant fut publié le 21 mai 1926, et Nous déclarâmes solennellement que ces trois miracles étaient reconnus ; à savoir, le premier : la guérison instantanée et parfaite de Philomène Pantaneïla, d'un sarcome dans l'aine gauche ; le deuxième : la guérison instantanée et parfaite de Sœur Nazarena Rossetti, d'un épitheliome du sein ; le troisième : la guérison instantanée et parfaite de la jeune fille Àssuntà Giordano, atteinte de tuberculose osseuse da bras gauche et d'un sinus fistuleux produit par un abcès froid ossifluent.

    Mais, en raison du caractère de cette Cause instruite d'après des témoignages directs insuffisants, il y avait l'obligation d'adjoindre et d'examiner un quatrième miracle, afin que la discipline de l'Eglise fût observée intégralement en cette affaire. Pour Nous, suivant les exemples de Nos prédécesseurs, étant donné qu'il s'agissait de la fondatrice d'un Institut très répandu, ayant si bien mérité de l'Eglise et de la société civile, Nous accordâmes dispense de ce quatrième miracle ; et, le 2 mai de la même année, Nous avons déclaré officiellement qu'on pouvait procéder en toute sûreté à la béatification solennelle de la Vénérable Servante de Dieu Jeanne-Antide Thouret ; cette solennité fut célébrée le 23 du même mois, en la fête de la Pentecôte.

    Et après qu'il eut été ainsi permis de vénérer la bienheureuse Jeanne-Antide, comme on parlait d'autres guérisons merveilleuses opérées par Dieu — qui seul opère de grandes merveilles — après recours à son patronage, la Cause fut reprise en vue de la canonisation, et son très zélé et nouveau postulatcur, Notre cher Fils Augustin de la Vierge, de l'Ordre de la Sainte-Trinité, proposa deux guérisons étonnantes dont avaient été favorisées, disait-on, grâce à la bienheureuse fondatrice, deux Sœurs de l'Institut de la Charité.

    La première guérison miraculeuse se produisit à Naples, dans la maison de l'Institut de Regina Coeli dans les conditions suivantes : Cécile Pastena, fille de Pascal, née à Pouzzoles en Campanie, commença, à l'âge de quatorze ans, à souffrir d'une otite purulente chronique dans l'oreille gauche. Comme divers médicaments prescrits ne lui avaient été d'aucune utilité, et comme au contraire le mal s'aggravait, tous les médecins traitants le déclarèrent absolument incurable. Sur ces entrefaites la malade, alors âgée de dix-neuf ans, souhaitait vivement entrer dans l'Institut des Sœurs de la Charité ; après avoir vainement recouru aux secours humains, s'appuyant seulement désormais sur l'aide divine, elle conçut et entretint en elle un vif espoir d'obtenir sa guérison. En conséquence, elle fit des prières ferventes, demandant à recouvrer la santé par l'intercession.de Jc anne-Antide Thouret, afin de -.pouvoir être 'sûrement admise.à la,pro- •fessdon.religieuse dans la Congrégation fondée par la Bienheureuse Donc, une relique de la bienheureuse Jeanne fut appliquée soir son oreille. Alors que le mal s'aggravait et.causait plus -de souffrances, durant une neuvaine de prières, une muât,.pln-s.exactement le 20 juin 1927, la malade se trouva guérie instantanément et d'une façon parfaite, et, à coup sûr miraculeusement, ainsi que huit médecins, médecins traitant s on.,expei*.Ls.choisis par la Sacrée Congrégation des Rites, et plusieurs témoins.de jr.econn u r e n t ex-placitemeait.

    Et voici, brièvement donné, le récit de la seconde guérison. Virginie Adieri, fille.de.Jiean.AHeri, ;de îTjsrr&cme., en-a^îigion Sœur Paule, de l'Institut des Sœurs de la Charité, supérieure de l'hôpital civil de Malte, commença, l'année m à m e où. jJeanne-Antàde Thouret reçui,p.ar décret.pontifical les Ihonneoirs de la béatification, à souffrir d'un rhumatisme articulaire aigu, avec jendoonyocardite et insuXiisaaioe.de l a valvule imdtrale ; le fait fut attesté par cinq médecins traitants, qui déclarèrent l a maladie.grave -et.incurable,.bien -que de nombreux remèdes, •prescrits par la science médicale, (eussent été employés pendant environ cinq mois. (Cependant, ayant pendu tout espoir d'obtenir sa guérison par des moyens humains, Sœur Paule, même depuis le début de la maladie, s'était abandonnée entièrement à la protection de la bienheureuse fondatrice. Le 23 mai, à la suite d'une neuvaine en son honneur, au moment où était célébrée dans la Basilique vaticane la solennité de sa béatification, la malade fut portée sur un brancard à la chapelle de l'hôpital, où toutes les Sœurs, l'âme débordante de joie, venaient rendre grâce au Dieu tout-puissant pour la glorification de leur Mère. Elle y pria du fond du cœur avec une grande ferveur ; tout à coup, se sentant guérie, elle se lève, s'agenouille pour prier, marche librement et, quelques instants plus tard, prend place au réfectoire de la communauté, et y mange les mêmes aliments que ses compagnes. La guérison avait été parfaite et opérée miraculeusement ; c'est ce que déclarèrent unanimement qaatre médecins traitant s et trois experts désignés par la Sacrée Congrégation des Rites, ainsi que toutes les Sœurs qui, au cours de la maladie, avaient donné des soins à Sœur Paule, chacune selon sa fonction.

    En conséquence, deux procès apostoliques furent instruits sur ces guérisons, à Naples pour la première et à Malte pour la seconde. La validité en ayant été reconnue, les miracles furent discutés sévèrement dans les Congrégations tant antéprépavatoire que préparatoire — ainsi qu'on les appelle. La Congrégation générale des Rites se tint en Notre présence le 1 août de l'année dernière ; les règles du droit étant observées, les deux miracles proposés y furent approuvés. En conséquence, par un décret daté du 6 du même mois, Nous avons déclaré solennellement : Il consiste de deux miracles opérés par Dieu, sur l'intercession de fa bienheureuse Jeanne-Àntide Thouret, à savoir : de la guérison instantanée et parfaite tant de Sœur Cécile Pastena^ atteinte d'otite purulente chronique dans l'oreille gauche ; que de Sœur Paule Alieri, d'un rhumatisme articulaire aigu avec endomyocardite et insuffisance de la valvule mitrate.

    Enfin, pour compléter les actes concernant cette Cause, il restait à résoudre le point suivant : si, étant donné l'approbation des deux miracles dont il vient d'être parlé, l'on pouvait procéder en toute sûreté à la canonisation de la bienheureuse Jeanne-Antide. Ce doute fut soumis par Notre vénérable frère Janvier, cardinal Granito Pignatelli di Belrnonte, évêque d'Ostie et d'Albano et doyen du Sacré-Collège, le très zélé ponent ou rapporteur de cette même Cause, dans la Congrégation qui se tint en Notre présence le 8 du même mois d'août ; et Nos vénérables frères les cardinaux présents, membres de la Sacrée Congrégation des Rites, ainsi que Nos chers fils les officiers, prélats et consulteurs, unanimement se prononcèrent pour l'affirmative : pour Nous, Nous renvoyâmes à un peu plus tard le moment de faire connaître Notre avis, afin de pouvoir, dans une affaire de tant d'importance, implorer par des prières redoublées la lumière de la grâce divine.

    Pour rendre cette sentence, Nous fîmes choix du jour si glorieux consacré à fêter l'Assomption de la bienheureuse Vierge Marie. Donc, ce jour-là, Nous mandâmes près de Nous le cardinal susdit, rapporteur de cette Cause, et Notre cher fils Camille, cardinal Laurenti, préfet de la Sacrée Congrégation des Rites, ainsi que Nos chers Fils Alphonse Carinci, secrétaire de la même Congrégation, et Sauveur Natucci, promoteur général de la foi ; et après avoir pieusement célébré le Saint Sacrifice de la messe, Nous avons déclaré solennellement : On peut procéder en toute sûreté à la canonisation de la bienheureuse Jeanne-Antide Thouret.

    Toutes choses ayant été accomplies ainsi qu'il a été rapporté ci-dessus, pour observer les règlements si sages établis par Nos prédécesseurs, dans une affaire si Importante, Nous convoquâmes d'abord auprès de Nous, en Consistoire secret, Nos vénérables frères les cardinaux de la Sainte Eglise Romaine, pour le 16 octobre de l'année passée, afin de leur demander et de recevoir, selon la coutume, leur avis sur la canonisation solennelle des bienheureuse Marie-Bernard Soubirous et Jeanne-Antide Thouret. Là Notre cher fils Camille, cardinal Laurenti, préfet de la Sacrée Congrégation des Rites, a présenté, touchant chacune de ces deux Bienheureuses, un bref exposé de leur vie, de leurs vertus, de leurs miracles et de tous les actes admis ou approuvés par la même Congrégation des Rites durant l'instruction de leurs Causes ; puis chacun des cardinaux présents Nous fit connaître son avis. Or, cet avis, et Nous éprouvâmes de la joie en le recevant, était conforme à Nos vœux, pour l'une comme pour l'autre de ces deux Causes très illustres ; à savoir : tous estimaient que l'on pouvait procéder à la canonisation solennelle des Bienheureuses.

    Au Consistoire public, qui se tint le 19 du même mois dans la Salle située au-dessus du portique de la Basilique vaticane. de brefs discours furent prononcés par Nos chers fils Auguste Milani, parlant pour la bienheureuse Marie-Bernard, et Vincent Sacconi, parlant pour la bienheureuse Jeaime-Antide, et les demandes furent faites, comme d'ordinaire, pour leur canonisation. Quant à Nous, tout en exprimant un très vif désir de décerner à ces Bienheureuses les honneurs destinés aux habitants du ciel, cependant, afin que dans cette affaire si grave tous les règlements établis par Nos prédécesseurs fussent observés, Nous déclarâmes que Nous ne prononcerions pas Notre sentence pontificale avant que dans un prochain Consistoire, appelé semi-public, tous les cardinaux, de nouveau, et chacun des autres personnages qui devaient y participer, patriarches, archevêques, évêques et Abbés nullius, Nous eussent fait connaître leur avis ; et en attendant Nous avons exhorté très vivement chacun à implorer la lumière céleste du Saint-Esprit, du Paraclet. Nous donnâmes donc l'ordre de remettre, à chacun des membres de ce futur Consistoire, un résumé de la vie, des vertus et des miracles des bienheureuses Marie-Bernard Soubirous et Jeanne-A-utide Thouret, ainsi que le sommaire des actes de leurs Causes, afin que, Tout bien considéré et mûrement examiné, chacun put dire son avis et Nous le communiquer.

    En conséquence, le 10 du mois suivant, Nous avons convoqué en Consistoire, au Palais du Vatican, tous les personnages susdits; et Nous les priâmes, dans le Seigneur, de bien vouloir Nous faire connaître leur sentiment sur la canonisation de ces bienheureuses vierges. Lorsque furent été recueillis les votes de tous ceux qui étaient présents, Nous constatâmes que tous avaient la même opinion que Nous. Cela Nous causa une très grande joie, et Nous Nous en félicitâmes d'autant plus, qu'il nous était permis, grâce à cette harmonie des esprits et des cœurs, de rendre plus solennelle cette année jubilaire, consacrée tout particulièrement au souvenir de la Rédemption divine du genre humain, et de l'enrichir de nouvelles médiatrices célestes proposées à l'imitation du monde catholique : et cela en vérité fait présager des fruits plus abondants de salut. C'est pourquoi Nous décidâmes que la canonisation de la bienheureuse Marie-Bernard Soubirous aurait lieu, avec l'aide de Dieu, en la Basilique patriarcale vaticane, le 8 décembre, ce jour étant consacré à honorer l'Immaculée Conception de la bienheureuse Vierge Marie ; pour la canonisation de la bienheureuse Jeanne-Antide Thouret, Nous convînmes du jour d'aujourd'hui, 14 janvier ; et en attendant Nous exhortâmes instamment tous les assistants, et par leur intermédiaire tous les chrétiens, à adresser à Dieu des prières ferventes, des supplications incessantes, afin d'obtenir que ces deux événements, qui apportaient avec eux une double joie, tournent à l'honneur de l'Eglise catholique et au salut des âmes. De tous ces faits Nous avons finalement prié, par la formule accoutumée, Nos chers fils les protonotaires apostoliques présents de dresser l'acte officiel requis.

    Enfin arriva ce jour fortuné que Nous avions tant désiré et choisi pour célébrer la canonisation de la bienheureuse Jeanne-Antide. Tous les ordres du clergé, tant séculier que régulier, les prélats et officiers de la Curie romaine, Nos vénérables frères les cardinaux de la Sainte Eglise Romaine, les patriarches, archevêques, évêques et Abbés, se rendirent à la Basilique vaticane, splendidement décorée, et que remplissaient, outre de très nombreuses Sœurs de l'Institut de la Charité accourues à Rome de toutes les régions du monde chrétien, une foule considérable. A Notre tour, Nous y avons fait une entrée solennelle, et après avoir adoré avec respect le Saint Sacrement, Nous Nous sommes rendu à Notre trône et y avons pris place. Alors Notre cher fils Camille, cardinal Laurenti, préfet de la Sacrée Congrégation des Rites et préposé à cette Cause de canonisation, Nous adressa par Notre cher fils Vincent Sacconi, avocat du Sacré Consistoire, l'instante demande de vouloir bien accorder à la bienheureuse • Jeanne-Antide Thouret, vierge, les suprêmes honneurs du culte. Une seconde et troisième fois, le susdit cardinal, par la bouche du même avocat consistoriaî, Nous présenta semblable requête d'une façon d'abord plus vive, puis enfin très pressante. Par deux fois, Nous implorâmes avec plus de ferveur la grâce de la lumière de l'Esprit-Saint. Enfin, en qualité de Maître suprême de l'Eglise catholique, Nous avons, assis sur la Chaire de saint Pierre, prononcé cette sentence solennelle :

    A l'honneur de la Trinité sainte et indivisible, pour l'exaltation de la foi catholique et l'extension de la religion chrétienne, en vertu de l'autorité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, des bienheureux apôtres Pierre et Paul et par la Nôtre; après mûre délibération, le secours divin souvent invoqué, et sur l'avis de Nos vénérables frères les cardinaux de la Sainte Eglise Romaine, des patriarches, archevêques et évêques se trouvant à Rome, Nous définissons et déclarons que la bienheureuse Jeànne-Antide Thouret est sainte, et Nous l'inscrivons au Catalogue des Saints ; ordonnant à l'Eglise universelle d'honorer sa mémoire avec piété et dévotion, chaque année, le jour de sa naissance au ciel, c'est-à-dire le 24 août, parmi les suintes vierges. Au nom du Père et du Fils, et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il.

    Après avoir prononcé de Notre-Chaire cette déclaration de canonisation acquiesçant à la demande que Nous adressait l'avocat consistorial susdit au nom du cardinal postulant, Nous avons prescrit d'expédier ces présentes Lettres décrétales munies de Notre sceau plombé. Nous avons aussi ordonné aux protonotaires apostoliques de dresser l'acte officiel pour perpétuer le souvenir de cette canonisation. De plus, pour un si insigne bienfait, Nous avons, du fond du cœur, rendu grâce au Dieu très bon et tout-puissant, en union avec le clergé et le peuple présents ; puis Nous avons, pour la première fois, invoqué la protection de la nouvelle Sainte auprès de Dieu. Nous avons ensuite offert le Saint Sacrifice selon le rite solennel, et, après la lecture de l'Evangile, Nous avons prononcé une homélie, dans laquelle Nous faisions un bref éloge de sainte Jeanne-Antide et proposions l'exemple de sa sainteté, surtout en notre temps, à la vénération et à l'imitation de tous les fidèles du Christ. En effet, disions-Nous, de nos jours, plus que jamais, alors que de si graves difficultés nous assaillent de tous côtés, le robuste courage de cette âme nous est absolument nécessaire à tous, et nous devons tous nous en munir. Aux maux présents, on ne saurait le nier, il n'y a pas d'autre remède que le courage chrétien : il faut le demander par des prières instantes, le maintenir par la foi catholique, l'accroître par l'amour de Dieu, Jeanne-Antide Thouret accomplit tout cela au cours de son admirable vie. A l'heure présente, elle nous sourit du haut des deux, sa voix nous appelle tous, nous invite à gravir les sommets de la perfection évangélique. Ecoutons donc d'un cœur dispos et avec une volonté résolue sa voix ; écoutons-la même si bien que « celle dont nous entourons la mémoire d'une solennelle vénération, nous la suivions en menant une vie conforme à la sienne ; que celle que nous proclamons être bienheureuse, nous l'imitions avec empressement pour que notre course nous mène à la béatitude dont elle jouit ; que celle dont les louanges nous charment soulage nos maux par son intercession » et puissions-nous ainsi régner un jour avec elle durant le cours infini des siècles. Ainsi soit-il.

    L'homélie terminée, Nous avons affectueusement donné aux assistants la Bénédiction apostolique ainsi que l'indulgence plénière ; puis, avec l'aide de Dieu, Nous avons achevé la messe pontificale.

    Ainsi, tout bien considéré, de science certaine, de par la plénitude du pouvoir apostolique, Nous confirmons à nouveau, validons, établissons, décrétons et publions pour l'Eglise catholique universelle toutes et chacune des choses indiquées ci-dessus.

    Nous prescrivons en outre que les exemplaires de ces Lettres, même imprimés, mais pourvus cependant du sceau et de la signature d'un notaire apostolique, soient jugés dignes de foi tout autant que ce présent exemplaire original s'il était présenté ou montré. Si quelqu'un, par une audace téméraire, osait enfreindre, ou contredire, ou falsifier lesdites Lettres décrétales de cette canonisation que Nous avons définie, décrétée, décidée, prescrite, ordonnée et voulue, qu'il sache qu'il encourrait l'indignation du Dieu tout-puissant et celle des saints apôtres Pierre et Paul.

    Donné à Rome, près Saint-Pierre, le 14 janvier, deuxième dimanche après l'Epiphanie, de l'année 1934, de Notre Pontificat la douzième.

    Moi, PIE, évêque de l'Eglise catholique.

    Fr. TH.-PIE, card. BOGGIANI, Chancelier de l'Eglise romaine.

    CAMILLE, card. LAURENTI, Préfet de la S. C. des Rites.

    JOSEPH WILPERT, doyen du Collège des protonotaires apostoliques, ALPHONSE CARINCI, protonotaire apostolique.

    LITTERAE APOSTOLICAE

    Venerabilis Dei Servus Antonius Maria Claret, archiepiscopus Sancti lacobi de Cuba deinde Traianopolitanus, fundator Congregationis Missionariorum Filiorum Immaculati Cordis Beatae Mariae Virginis, Beatus renuntiatur (1).

    P I U S P P. XI Ad perpetuam rei memoriam.

    LETTRES APOSTOLIQUES

    proclamant bienheureux le vénérable serviteur de Dieu Antoine-Marie Claret, archevêque de Santiago de Cuba, puis de Trajanopolis, fondateur de la Congrégation des Missionnaires Fils du Cœur-Immaculé de la Bienheureuse Vierge Marie.

    Source du texte : Bibliothèque Saint Libère

    Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.

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