Léon XIV, pape augustinien · Lire saint Augustin →

    Lettres et allocutions (1932) · Pie XI

    Allocution aux curés de Rome et aux prédicateurs du Carême (8 février 1932)

    Discours prononcé à l'audience du 8 février 1932, donnée aux curés de Rome et aux prédicateurs du Carême.

    Le Saint-Père les invite à considérer l'extrême importance de cette audience où se voient, réunis devant lui les curés de sa ville de Rome et les prédicateurs qui se disposent à remplir le ministère sacré de la prédication durant le Carême.

    La prédication, premier service des âmes.

    Ces curés et ces prédicateurs qui ont charge d'âmes sont, en effet» bien chers au Vicaire de Jésus-Christ. Ce n'est pas que tous les autres ne lui soient également chers, mais ceux-là sont les plus proches de sa personne. Ces chers fils sont donc chargés de remplir la mission si importante et si caractéristique qui fut solennellement instituée par Notre-Seigneur, quand il envoya ses apôtres prêcher par le monde entier. Eunteè docete omnes génies; or, explique le Saint-Père, comment enseigner sans prêcher, ainsi que le demande saint Paul :... Quomodo autem audient sine praedicante ?

    Le premier service des âmes est donc la prédication; elle est le ministère qui apporte aux âmes la vérité et le bien, l'indication du vrai et du bien; elle éclaire les intelligences et stimule les volontés. Oui, audience importante — répète le Saint-Père; — mais c'est aussi une joie pour lui que de voir assemblée une telle élite de ses enfants; elle lui fait comme une couronne au lendemain de ses dix années révolues de pontificat, et entre deux anniversaires : celui de l'élection et celui du couronnement, trois faits, trois événements qui ont chacun sa valeur, mais tous si éloquents et si suggestifs qu'il n'en apprécie que plus vivement la somme de prières qu'offrit cour lui la grande famille catholique, avec une si ardente ferveur, et a laquelle les curés aussi bien que les prédicateurs de Rome ont si efficacement contribué.

    La visite sacrée apostolique et pastorale.

    Nous nous trouvons réunis, continue l'Auguste Pontife, au moment où vient de commencer non seulement au nom du Pape, mais, en vérité, de sa propre personne, représentée par le cardinal vicaire, la visite sacrée, apostolique et pastorale — car elle est l'une et l'autre toute à la fois — de la ville et du diocèse de Rome. C'est là un acte extraordinairement important; mais, par la nature des choses, par la fécondité nécessaire des grâces qui l'accompagnent, elle a encore l'heureux destin de rapporter beaucoup de bien aux âmes et beaucoup de gloire à Dieu.

    Notre réunion se place également entre deux Conférences internationales; le monde entier en attend de bien grandes choses, tourmenté, oppressé comme il l'est par d'immenses besoins, par d'extraordinaires difficultés. Mais de ces Conférences l'une fut ajournée sine die, et l'autre, que nous apportera-t-elle? Personne ne le sait encore; mais il est une chose qu'on sait, car on peut la constater : c'est l'absence de tout espoir en des jours meilleurs, c'est l'invasion d'un pessimisme toujours croissant, et plus vivement ressenti. Et cependant, malgré tout, il faut espérer que la divine Providence viendra en aide aux choses humaines, que la main de Dieu viendra faire ce que la main des hommes ne sait ni ne peut faire.

    Car il est bien manifeste que la triste complexité du présent démontre une fois de plus l'insuffisance et l'incapacité des hommes à diriger les affaires de ce monde; il est non moins évident que, sur cette terre, grandes et petites choses ne dépendent pas des hommes, ne sont pas entre les mains des hommes, mais qu'elles sont aux mains de Dieu.

    Le péché, cause du malaise actuel.

    Nous nous trouvons en un moment de douloureuse anxiété, non seulement par ces contrastes de nécessités, d'espérances, de craintes tout à la fois internationales, politiques, nationales, mais encore par les difficultés de tous et de chacun, par les besoins et les embarras économiques; et ces derniers, fidèles au sens étymologique du mot, visitent chaque maison, toutes les maisons, toutes les familles.

    Aussi est-il nécessaire, continue Sa Sainteté, de fixer les yeux sur ce tableau si grandiose et si sévère qui nous entoure, car il suggère quelques pensées ou réflexions particulièrement utiles à des prédicateurs. À u milieu de ce flot montant de questions et de problèmes si graves, ces pensées et ces réflexions nous aident à méditer sur l'origine première de tous les maux, sur la cause qu'il ne faut point perdre de vue : le péché I Que les prédicateurs s'efforcent par conséquent de déposer, d'éveiller, d'exciter dans les cœurs quelques idées vraiment salutaires !

    Devoir de rappeler la pensée de Dieu.

    Nul doute, poursuit le Saint-Père, que nous sommes tous entre les mains de Dieu ; nous sommes donc entre de bonnes mains. Mais combien de fois cette vérité est oubliée, là même où elle devrait l'être le moins, là où se discute le destin des peuples, où l'on cherche le remède à de si grands maux! C'est un spectacle douloureux et impressionnant : des hommes d'Etat, des hommes politiques, des industriels, des financiers, des soldats, des pacifistes, se réunissent pour conférer et traiter. Or, au milieu de tout ce mouvement, de toutes ces tractations, aucun n'élève jamais ses regards vers le ciel : jamais une pensée vers le Dieu du ciel et de la terre, jamais une réflexion donnée à ce fait que toutes les choses de ce monde n'obéissent pas à la main des hommes. On négocie à pied levé, on s'agite, mais personne n'est capable d'indiquer la voie.

    En présence d'un pareil oubli, c'est un devoir de rappeler la pensée de Dieu et de la Providence divine. On y pense trop peu, et quand l'exemple d'un oubli aussi déplorable vient d'en haut, il est fatalement et largement suivi par les masses.

    Le danger qui en résulte est immensément grave, extraordinairement redoutable. Car Dieu n'aurait qu'à dire : Vous voulez agir sans moi? Eh bien, soit : faites-le, agissez sans moi ! Pour l'humanité il n'y aurait point de pire catastrophe.

    Les prédicateurs ont encore un motif de rappeler la pensée de Dieu. Par le monde entier, c'est vrai, on constate un réveil de charité ou d'humanité (bien qu'il n'y ait pas de charité vraie si la foi ne s'y joint pas); il existe une noble émulation pour venir en aide et donner du travail à ceux qui souffrent de la misère; mais combien tous ces efforts demeurent inférieurs aux besoins réels, si nous venons à considérer le nombre global des chômeurs, la somme des besoins et l'ampleur d'une véritable famine; or, en certains pays, les chiffres qui s'y rapportent sont effrayants ! C'est donc l'heure, plus que jamais, où il faut évoquer la pensée de la Providence divine. Cette pensée, ce rappel, apporteront un réconfort, un soulagement surnaturels, de même qu'ils augmenteront, en de bien précieuses mesures, le réconfort et le secours matériels.

    Le Saint-Père en a la preuve, entre autres, dans les monceaux, les avalanches de demandes, de prières, de suppliques, qui lui parviennent chaque jour et de tous côtés. Dans ces documents circulent, pour ainsi dire, deux courants différents et qui révèlent chacun des conditions spirituelles différentes.

    Parmi les signataires, les uns montrent de quel terrible état d'âme on devient la proie quand l'indigence n'a pas les consolations de la foi : ils écrivent des demandes sombres, désespérées, déchirantes; en même temps que leurs privations physiques ils trahissent le dénuement de leurs âmes et prouvent que les besoins matériels se font d'autant plus durement sentir que le secours de la foi manque davantage. D'autres, en échange, laissent bien apercevoir dans leurs requêtes l'étendue de leur détresse, mais ils révèlent aussi les consolations qu'apporte la lumière surnaturelle; ils font vraiment sentir comment la foi en la divine Providence est et constitue toujours une grande consolation, même dans les circonstances les plus terribles et les plus angoissantes.

    Il faut donc rappeler cette pensée, la proclamer bien haut, en pénétrer les auditeurs; il faut rappeler le gouvernement de Dieu, l'intervention de Dieu dans tous les événements humains; il faut même l'offrir comme la meilleure et la plus puissante des consolations dans la misère et les privations matérielles.

    Les causes du marasme actuel : le retour au paganisme.

    Mais une autre pensée, continue Sa Sainteté, s'impose à notre esprit, quand on cherche les raisons de ce marasme mondial, de cette universelle calamité.

    C'est l'heure, en effet, où se vérifie une nouvelle fois le sévère adage : « Per quae quis peccat per haec et torquetiir* On est puni par où l'on pèche. » On marchait, et l'on marche encore, on marche même en foules — et dans ces foules combien n'y en a-t-il pas qui devraient vivre suivant la foi qu'ils professent et n'entendent pas renier! — on marche donc par les voies d'un paganisme nouveau et qui matérialise la vie tout entière. Beaucoup pensent et continuent à penser que le gain est tout, que le gain doit être rapide, afin qu'on puisse jouir de la vie, s'amuser, dominer, prévaloir.

    Le paganisme rentre dans la vie publique, dans la vie privée, dans la vie familiale, par suite d'un abandon de plus en plus commun des principes de modération, de retenue, d'abnégation, de respect de soi-même, de respect des autres et de toute chose respectable.

    Et voici l'humanité frappée là même où elle a péché et où elle persiste à pécher. Elle a oublié les biens surnaturels pour les biens terrestres : or, ces biens se raréfient, et la misère demeure, plus sensible et plus désolante que jamais. Lu parole de saint Grégoire le Grand se vérifie : Les richesses sont devenues les épines de la vie.

    L'auguste Pontife fait observer qu'il n'a voulu qu'ébaucher ces grandes vérités; il suffit d'ailleurs d'ouvrir les yeux pour les voir. Ses fils bien chers, les prédicateurs du Carême, y ont déjà certainement pensé, et, le Saint-Père en est assuré, ils ne manqueront point de saisir toutes les occasions favorables pour parler aux âmes ce langage, pour les instruire des voies et des directions qu'éclairent les lumières de la foi, tout en donnant cette force et cette endurance chrétiennes, sans lesquelles il n'y a pas de voie qui mène au salut.

    Le Saint-Père achève son discours par un vœu, mais aussi par l'expression d'un ardent espoir. Il faut espérer, car Dieu montre une infinie bonté en nous conviant aux splendeurs de la foi et de la vertu compagne de la foi : l'espérance. On sait combien l'optimisme est devenu difficile et pour ainsi dire impossible à tant d'hommes. Pas à Nous cependant, déclare Sa Sainteté. Pour tous ceux qui ont reçu le don de la foi, c'est un optimisme indéracinable qu'il leur faut de toute nécessité, et cet optimisme n'est autre que l'espérance chrétienne. Elle n'est pas une vertu cardinale, elle est une vertu théologale; avec la foi et la charité elle constitue la base, une des conditions principales de toute vie spirituelle. Et c'est à la lumière de la foi que s'allument les flambeaux de l'espérance et que mûrissent les fruits de la charité.

    Il faut donc pousser les âmes dans ces directions salutaires pour qu'elles ne perdent pas les moyens assurés que Dieu a mis à notre disposition, en les fécondant non seulement de sa bénédiction créatrice, mais encore de son sang rédempteur.

    Pour cette raison les prédicateurs rappelleront aux esprits, suivant les occasions, ces grandes et précieuses vérités; ils leur apporteront les consolations indiquées et rendront ainsi toujours plus profitable leur œuvre si élevée, si sainte et si fructueuse.

    Dans le but d'encourager ces dispositions et ces intentions, le Saint-Père va donner aux assistants la Bénédiction qu'ils sont venus demander au Père commun.

    Il veut la donner à eux-mêmes, à leurs travaux apostoliques, tant ordinaires qu'extraordinaires, apanage respectif des curés et des prédicateurs; mais il veut la donner aussi à toutes les âmes qui se rendront auprès d'eux, surtout en ce temps où s'accomplit pour elles un ministère d'une valeur si spéciale; il la donne enfin à toutes les pensées qu'ils nourrissent dans leur cœur, au zèle et à l'esprit apostolique qui les invite à travailler d'une manière si éminente dans cette voie du bien où les appellent la divine Bonté et le devoir de la sainte obéissance; en un mot, à toutes leurs saintes intentions et aspirations.

    A L L O C U T I O <"

    habita in sacrosancta patriarchal] basilica Vaticana post peractam solJemniter cappeilam papalem, die coronationis Sanctitatis suae, 12 fcbruarii M D C C C C X X X I I.

    Ad Christi fideles universos.

    Source du texte : Bibliothèque Saint Libère

    Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.

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