Léon XIV, pape augustinien · Lire saint Augustin →

    Lettres et allocutions (1905-1906) · Saint Pie X

    Lettre au cardinal Svampa

    Sur les démocrates chrétiens autonomes d'Italie

    MONSIEUR LE CARDINAL,

    La lettre circulaire du 28 juillet 1904, adressée par l'Eminentissimô Cardinal secrétaire d'Etat aux Révérendissimes Ordinaires d'Italie, établissait avec tant de précision Nos prescriptions, spécialement au sujet des Comités catholiques et de l'action populaire chrétienne, que même les moins instruits des éléments du catéchisme auraient dû comprendre qu'il ne peut y avoir d'action catholique, au vrai sens du mot, sans la soumission immédiate aux évéques.

    Mais déjà, depuis quelque temps, dans le champ de l'action catholique comme dans celui de la parabole évangélique, la zizanie a été semée; elle croît et étouffe le bon grain; et c'est là l'œuvre, non d'ennemis déclarés, mais de ceux mêmes qui font profession et se vantent d'être catholiques.

    Et tels sont ceux que l'on appelle les démocrates chrétiens autonomes; mus par le désir d'une liberté mal entendue, ils manifestent par leurs actes qu'ils rejettent toute discipline; assoiffés de nouveautés dangereuses que l'Eglise ne peut approuver, ils prennent un air d'autorité pour s'imposer, pour juger et critiquer toutes choses, et ils en arrivent à se déclarer prêts à s'incliner quand l'infaillibilité sera en jeu, mais non lorsqu'il s'agira de l'obéissance.

    Si l'on voulait des preuves pour établir que, par le développement logique de leurs principes, ils sont devenus explicitement rebelles à l'autorité de l'Eglise, on trouverait cette démonstration dans tout ce qu'ils affirment en leurs réunions, où ils se déclarent indépendants; dans tout ce qu'ils publient dans leurs journaux et leurs périodiques pour défendre leur œuvre et justifier leur conduite; enfin, dans toutes leurs réponses aux solennelles prohibitions des vénérables Prélats, quand ils affirment que de telles prohibitions ne concernent ni leur association ni leurs personnes, ou qu'ils proclament que le Pape et les évêques ont bien le droit de juger des questions qui se rapportent à la foi et à la morale, mais non celui de diriger l'action sociale, et que, par suite, ils se considèrent eux-mêmes comme libres de poursuivre leur entreprise, C'est pour Nous une douleur intime que de savoir inscrits à cette démocratie autonome tant de pauvres jeunes gens qui donnaient les meilleures espérances; Nous voudrions leur dire, avec la plus affectueuse compassion : Prenez garde, car vous êtes trompés par des gens qui vous circonviennent de leurs flatteries, vous assourdissent de leurs discours et ne se font point scrupule de vous conduire dans une voie qui vous mène à la ruine.

    Et Nous ne pouvons faire moins que de manifester l'immense amertume que Nous éprouvons à la lecture de journaux et périodiques qui, tout en se disant catholiques, non seulement censurent les énergiques réprimandes des évêques qui condamnent justement les démocrates autonomes, mais encore ont l'audace de lancer les plus injurieuses insinuations contre ceux à qui l'Esprit-Saint a confié le gouvernement de son Eglise. Faute énorme qui révèle quel esprit anime ces écrivains.

    Or, comme l'on a déjà annoncé que, dans le courant de ce mois, on tiendra à Bologne un Congrès où les démocrates autonomes prendront les plus importantes décisions pour proclamer hautement leur indépendance, Nous croyons nécessaire de vous adresser, Monsieur le Cardinal, cette lettre écrite tout entière de Notre main:

    J.o Pour protester hautement contre les insidieuses assertions que le Pape n'a pas parlé, que le Pape approuve et que si parfois il fait des observations elles lui sont imposées par d'autres personnes;

    2° Pour déclarer que tous ceux qui veulent prouver, non par des paroles, mais par des faits qu'ils sont de vrais catholiques ne doivent pas prendre part à ce Congrès ;

    3° Que bien moins encore y pourront assister les prêtres; pour ne point provoquer des peines canoniques que Nous sommes résolu, quelque douleur que Nous en éprouvions, à infliger aux désobéissants; 4° Enfin, pour rappeler la grave responsabilité assumée par tous ceux qui, d'une façon quelconque, soutiennent cette association, laquelle porte le trouble dans la véritable action catholique et est si funeste aux pauvres jeunes gens, qui, exposés à mille autres périls, ont tant besoin de se maintenir fermement et sans aucune équivoque dans les principes catholiques.

    Nous espérons que Notre plainte douloureuse, que vous pourrez rendre publique, amènera les coupables à de sérieuses réflexions et à résipiscence; et, en attendant, Nous vous donnons, Monsieur le Cardinal, avec effusion de cœur, la bénédiction apostolique.

    Du Vatican, le i mars 1005.

    PIE X, PAPE.

    Source du texte : Bibliothèque Saint Libère

    Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.

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