Léon XIV, pape augustinien · Lire saint Augustin →

    Lettres et allocutions (1899-1901) · Léon XIII

    Indiction du jubilé universel de l’année sainte 1900 (1899)

    LEON, ÉVÊQUE SERVITEUR DES SERVITEURS DE DIEU.

    A tous les Fidèles du Christ qui verront ces lettres,

    Salut et Bénédiction Apostolique.

    A l'approche de la fin du siècle, dont Notre vie même mesure presque l'étendue, Nous avons décidé de prendre, d'après les traditions des ancêtres, une résolution qui profite au salut du peuple chrétien, en même temps qu'elle montrera comme le dernier vestige des sollicitudes que Nous n'avons cessé d'éprouver dans la fonction de ce suprême Pontificat.

    Nous voulons parler d'un grand jubilé, qui, dès longtemps, est entré dans les coutumes chrétiennes, qui a été sanctionné par la prévoyance de Nos prédécesseurs, et que, traditionnellement, nos pères ont nommé Y Année sainte, tant parce qu'elle est accompagnée d'un plus grand nombre de cérémonies saintes, que par la plus grande abondance des moyens qu'elle fournit pour corriger les mœurs et pousser les âmes à se renouveler par la sainteté.

    Nous-même fûmes témoin en notre jeunesse des grands résultats opérés pour le salut par le dernier qui ait été célébré solennellement, sous le Pape Léon XII ; en ce temps où Rome était, pour la religion publique, un théâtre très grand et très sûr, Notre mémoire Nous rappelle et il Nous semble presque avoir encore sous les yeux la foule des pèlerins et la multitude se répandant à travers les plus augustes églises, en bataillons rangés; les missionnaires apostoliques prêchant en public, les plus célèbres endroits de la Ville Eternelle redonnant des louanges divines, et le Souverain Pontife, entouré d'un grand nombre de cardinaux, donnant, sous les regards de tous, des exemples de piété et de charité.

    Or, les souvenirs de ce temps reportent plus tristement nos esprits, par la comparaison, au temps d'aujourd'hui, car ces choses dont nous parlons et qui, quand elles peuvent se produire sans obstacle à la lumière de la vérité, nourrissent merveilleusement, d'ordinaire, et excitent la piété populaire, aujourd'hui, l'état de la ville ayant changé, il n'y a plus aucune liberté de les faire, ou bien cette liberté dépend du caprice d'un étranger.

    Quoi qu'il en soit, Nous avons confiance que Dieu, qui vient en aide aux desseins salutaires, accordera un cours prospère et sans obstacle à la décision que Nous avons prise pour sa grâce et sa gloire. En effet, que désirons-Nous, et que voulons-Nous? Uniquement que les hommes, dans toute la mesure de Nos efforts, deviennent plus sûrs de leur salut éternel et, à cette fin, qu'on puisse appliquer aux maladies de l'Ame les remèdes que Jésus-Christ a voulu mettre en Notre pouvoir.

    Et cela, ce n'est pas seulement la charge apostolique, mais c'est la considération de ce temps qui semble absolument le demander de Nous.

    Non pas que ce siècle soit stérile en fait de bonnes actions et d'oeuvres chrétiennes dignes d'éloges : au contraire, ils abondent, grâce à Dieu, les plus excellents exemples, et il n'est aucun genre de vertus si élevé soit-il, ou si ardu, dans lequel Nous ne voyions exceller un grand nombre de fidèles, car la religion chrétienne possède une sève divine, inépuisable, et perpétuelle, pour créer et alimenter les vertus. Mais, si on jette les yeux d'autre part, quelles ténèbres, quelle erreur, quelle innombrable multitude de gens se ruant à leur perte éternelle. Nous sommes principalement opprimé par la douleur chaque fois qu'il nous vient k l'esprit de songer à la grande quantité de chrétiens qui, abandonnés à la licence de la pensée et du jugement, et absorbant à satiété le venin des mauvaises doctrines, corrompent chaque jour en eux-mêmes l'inappréciable don de la foi divine.

    D'où le mauvais support de la vie chrétienne, et la corruption grandissante des mœurs; d'où l'aspiration ardente et insatiable pour les plaisirs des sens, avec toutes les sollicitudes et les pensées détournées de Dieu et fixées à la terre. A peine peut-on dire ((uelle influence pernicieuse, sortant de cette source abominable, s'exerce sur ce qui constitue les fondements mêmes des États. Car les esprits on révolte, les mouvements et les troubles des passions populaires, les périls aveugles, les crimes tragiques, si l'on veut en chercher la cause, que sont-ils autre chose qu'un combat illégal et effréné pour s'emparer et jouir des choses mortelles!

    Il importe donc à la vie publique comme à la vie privée, que es hommes soient avertis de leur devoir, que les cœurs endormis par l'oubli soient réveillés, et que le souci du salut soit rappelé à tous ceux qui, presque à chaque heure, courent témérairement le risque de périr, et de perdre par insouciance ou par orgueil les biens célestes et immuables, les seuls pour lesquels nous sommes nés. Or c'est à cela que tend souverainement l'année sainte : de fait, pendant tout ce temps, l'Église, agissant comme une mère qui ne se rappelle que douceur et miséricorde, s'applique, par tous les moyens et avec tout le zèle possibles, à ramener au bien les inspirations humaines, et à effacer les défaillances de chacun par la pénitence, cette correctrice de la vie. Dans ce but, elle s'efforce, par des prières multipliées et des instances redoublées, de fléchir la majesté de Dieu outragée, et d'arraehor au ciel l'abondance des dons divins; et, ouvrant largement les trésors de grâces dont la dispensation lui est confiée, elle appelle à l'espoir du pardon l'universalité des chrétiens, et se consacre entièrement à vaincre les volontés rebelles par un surcroit d'amour et d'indulgence. De tant d'efforts, pourquoi n'attendrions-nous pas des fruits abondants, s'il plaît à Dieu, et appropriés à l'heure présente?

    Ce qui ajoute à l'opportunité de la chose, ce sont certaines solennités extraordinaires dont Nous croyons que l'annonce s'est suffisamment répandue et qui serviront d'une certaine manière à consacrer la fin du dix-neuvième siècle et le commencement du vingtième. Nous voulons parler des honneurs qui doivent être rendus, dans le môme temps, ¿1 Jésus-Christ Rédempteur.

    C'est pourquoi Nous avons largement loué et approuvé ce beau dessein, dû à la piété privée. En effet, que pourrait-on faire de plus saint et de plus salutaire?

    Tout ce que l'homme doit désirer, aimer, espérer, rechercher, n'est-il pas tout entier dans le Fils unique de Dieu, qui est notre Salut, notre Vie. notre Résurrection! Vouloir l'abandonner, c'est vouloir absolument périr.

    C'est pourquoi, encore que jamais ne se taisent, mais soient au contraire partout en vigueur, l'adoration, la louange, l'honneur, l'action de grâces qui sont dus à Notre-Seigneur Jésus-Christ, cependant ni les actions de grâces ni les honneurs ne peuvent être si grands qu'on n'en doive de plus grands et de plus nombreux encore.

    En outre, ils sont nombreux ceux qui, de notre temps, sont oublieux et ingrats et qui sont habitués à répondre par le mépris à la miséricorde divine et par des injures à ses bienfaits. A n'en pas douter, la vie d'un grand nombre, si opposée à ses lois et à ses préceptes, est, par elle-même, le témoignage d'un esprit ingrat et mauvais. Et que dire, quand on songe que, dans ces derniers temps, l'on a vu se renouveler plus d'une fois le crime d'Arius contre la divinité de Jésus-Christ?

    Courage donc, vous tous qui, par ce projet nouveau et si beau, avez fourni un aliment à la piété populaire. Mais il faut l'exécuter de manière à ce qu'il ne s'ensuive aucun obstacle au cours du jubilé et à l'ordre des solennités fixées.

    Dans cette prochaine manifestation de la foi et de la religion des catholiques, il faudra que l'on ait cette intention de détester tout ce qui, à notre souvenir, a été dit et fait par les impies et de réparer publiquement les injures qui ont été publiquement faites à la divine majesté de Jésus-Christ.

    Or, pour aller au fond, chacun sait que le genre de satisfaction le plus désirable, le plus efficace, le plus clair, celui qui porte mieux la marque de la vérité, c'est de se repentir du mal que l'on a fait, et, après avoir imploré de Dieu la paix et le pardon, de s'exciter avec plus de ferveur aux devoirs imposés par les vertus, ou à y revenir, si on les a quittés.

    Or, étant données les facilités, dont Nous avons parlé au commencement, et qui sont offertes par cette année sainte, il apparait de nouveau combien il importe et il est nécessaire que le peuple chrétien se mette à l'œuvre, avec la plénitude de l'espérance et du courage.

    C'est pourquoi, élevant les yeux au ciel et ayant supplié ardemment le Dieu riche en miséricorde de vouloir bien être favorable à Nos vœux et à Nos résolutions, et d'éclairer de sa vertu l'esprit des hommes en même temps qu'exciter leur cœur, Nous, à l'exemple de nos prédécesseurs et sur l'avis de Nos vénérables frères les cardinaux de la sainte Eglise romaine, par l'autorité du Dieu tout-puissant, des bienheureux apôtres Pierre et Paul, et de la Nôtre, en vue de la gloire divine, du salut des Ames et pour le profit de l'Église, Nous annonçons, promulguons et voulons que soit tenu pour annonce et promulgué un grand Jubilé universel, qui commencera dans cette sainte ville de Rome aux premières vêpres de la Nativité du Seigneur de l'an J899 et qui finira aux premières vêpres de la Nativité du Seigneur de l'an 1900.

    Durant le cours de ce Jubilé, à tous les fidèles de l'un et l'autre sexe, vraiment contrits et qui, après s'être confessés et avoir reçu la sainte communion, auront pieusement visité la basilique des bienheureux Pierre et Paul, de Saint-Jean de Latran et de Sainte-Marie Majeure au moins une fois par jour, pendant vingt jours consécutifs ou des jours espacés, soit naturels soit ecclésiastiques, comptés depuis les premières vêpres d'un de ces jours jusqu'au plein crépuscule du jour suivant, s'ils sont citoyens de Rome ou résidants, et s'ils sont venus en pèlerins pendant dix jours au moins comme dessus, et qui l?i auront prié Dieu avec ferveur pour l'exaltation de l'Église, l'extirpation des hérésies, la concorde des princes catholiques et le salut du peuple chrétien, Nous accordons et octroyons miséricordieusement dans le Seigneur l'indulgence plénière, la rémission et le pardon de leurs péchés.

    Et comme il peut arriver à plusieurs, empêchés qu'ils seront par la maladie ou quelque autre motif légitime, soit à Rome, soit en voyage, de ne pouvoir, malgré leur vif désir, remplir tout ce qui a été prescrit ci-dessus, ou de ne pouvoir en remplir qu'une partie. Nous accordons, selon Notre pouvoir, en Notre-Seigneur, à leur bonne et pieuse volonté, de participer à l'indulgence et à la rémission dont il est parlé ci-dessus, comme s'ils avaient réellement visité aux jours fixés par Nous les basiliques dont Nous avons parlé, pourvu que, vraiment repentants et absous au sacrement de pénitence, ils se soient nourris de la sainte communion.

    Pour vous, chers fils, à qui, où que vous soyez, il est facile d'être présents à Rome, elle vous appelle tendrement dans son sein. Mais, en ce temps sacré, il convient qu'un catholique, s'il veut être conséquent avec lui-même, ne se comporte pas à Rome autrement que dans la compagnie de la foi chrétienne.

    Aussi doit-il nommément s'interdire les spectacles intempestifs des choses légères ou profanes, et tourner plutôt son esprit vers ceux qui inspirent la religion et la piété. Or, ce qui donne surtout cette impression, si on considère les choses de haut, c'est le caractère natif de la ville, et son empreinte divine que nul calcul humain, que nul force ne saurait changer.

    En effet, Jésus-Christ, le Sauveur du genre humain, a choisi et s'est consacré la ville de Rome, seule entre toutes, pour des fonctions plus élevées que les choses humaines. C'est là que, non sans une longue et secrète préparation, il a placé le domicile de son empire; c'est là qu'il a ordonné d'établir le siège de son Vicaire pour la perpétuité des temps; c'est là qu'il a voulu que fût saintement et inviolablement conservée la lumière de la doctrine céleste, et c'est de là que, comme d'une tête et d'une source très auguste, il a voulu qu'elle fut propagée dans toutes les terres lointaines, de telle sorte que celui-là se séparât du Christ lui-môme qui se séparerait de la foi romaine-

    Et ce qui accroît encore cette sainteté, ce sont les monuments très anciens de la religion, l'incomparable majesté des églises, les tombeaux des princes des apôtres, les hypogées des héros que furent les martyrs. Qui voudra droitement écouter la voix de toutes ces choses sentira certainement qu'il voyage non dans une ville étrangère, mais dans la sienne propre et, par la grâce de Dieu, il s'en ira meilleur qu'il n'était venu.

    Or, afin que ces Lettres arrivent plus facilement à la connaissance de tous les fidèles, Nous voulons que les exemplaires, même imprimés, pourvu qu'ils portent la signature de quelque notaire public et le sceau d'une personne ayant une dignité ecclésiastique, obtiennent la même confiance que si elles avaient été exhibées et montrées dans l'original.

    Que personne donc ne se croie permis d'enfreindre cette page de Notre indiction, promulgation, concession et volonté, ou de s'y opposer par une audace téméraire. Que si quelqu'un avait la présomption de commettre cet attentat, qu'il sache que, de ce fait, il encourrait l'indignation du Dieu tout-puissant et de ses saints apôtres Pierre et Paul.

    Donné à Rome, près de Saint-Pierre, Tan de l'Incarnation de Notre-Seigneur mil huit cent quatre-vingt-dix-neuf, le cinq des ides de mai, en la vingt-deuxième année de Notre Pontificat. G. Gard. ALOrsr MASELLA, Pro-Dalaire

    A. Card. MACCIII.

    Visa de la Curie :

    J. DES VICOMTES D'AQUILA.

    Lien f du sceau de plomb :

    Enregistré à la sccrêlaircrie des Brefs,

    GUGNONI.

    I/an de la Nativité de Notre Seigneur mil huit cent quatre-vingt-dix-neuf, le onze mai, en la fête de l'Ascension de Notre-Seigneur, en la vingt-deuxième année du pontificat de Notre très Saint-Père et Seigneur en Jésus-Christ Léon XIII, Pape par la divine Providence, j'ai lu et solennellement publié ces lettres devant le peuple, dans l'atrium de la sainte basilique vaticane,

    Moi, JOSEPH DES VICOMTES rï'ÂQUïLA,

    Abrcviatear de la Curie.

    Source du texte : Bibliothèque Saint Libère

    Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.

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