Le Cœur admirable de la très sacrée Mère de Dieu ou la dévotion au très saint Cœur de la bienheureuse Vierge Marie · Saint Jean Eudes
Au très digne Cœur de la sacro-sainte Mère de Dieu
C'est à votre Coeur très sacré, O Mère de la belle dilection, que j'ose présenter et consacrer, avec tout le respect qui m'est possible, ce petit ouvrage, qui n'a été fait que pour sa gloire et pour son amour. C'est à ce Coeur très aimable qu'il appartient par une infinité de titres:
A ce Coeur qui est l'image vivante, la parfaite ressemblance, le premier fruit et le fils aîné du Coeur divin de la très sainte Trinité, et par conséquent son héritier, qui a droit de prendre possession de tout ce qui est à lui;
A ce Coeur auquel le Père éternel a donné toutes choses en lui donnant son propre Coeur, c'est-à-dire son Fils bien-aimé;
A ce Coeur auquel le Fils de Dieu a aussi tout donné en se donnant soi-même à lui;
A ce Coeur, à l'amour duquel l'Amour essentiel, qui est le Saint-Esprit, a donné tous les ouvrages de son infinie bonté, parce que l'amour donne tout l'amour, spécialement un amour tel qu'est celui du Coeur virginal de sa très sainte Épouse;
A ce Coeur, lequel, par un lien très étroit d'amour et de charité, n'est qu'un même Coeur avec le Coeur V1-5 tout aimable de Jésus, à cause de quoi tout ce qui est au ciel et en la terre est assujetti à son empire;
A ce Coeur qui est le livre de vie, livre vivant et immortel, le premier de tous les livres, dans lequel la vie admirable du Sauveur du monde a été écrite en lettres d'or de la main du Saint-Esprit; à raison de quoi tous les autres livres sont en sa dépendance et appartenance;
A ce Coeur qui est le plus pur, le plus beau, le plus riche, le plus noble, le plus généreux, le plus heureux, le plus sage, le plus puissant, le plus bénin, le plus débonnaire, le plus miséricordieux, le plus libéral, le plus charitable, le plus aimable, le plus aimant, le plus aimé et le plus excellent de tous les coeurs; lesquels par conséquent lui doivent référer et offrir tous les bons fruits qu'avec l'aide de Dieu ils peuvent produire;
A ce Coeur qui, étant le Roi et le Souverain de tous les coeurs, est à bon droit le Roi et le Maître absolu de tout ce qui est en l'univers;
A ce Coeur enfin auquel la divine Miséricorde m'a fait la grâce de donner et de consacrer, dès mon enfance, mon coeur, mon corps, mon âme, mon temps, mon éternité, et toutes les dépendances et appartenances de mon être et de ma vie.
Recevez donc, o très digne Coeur de ma très honorée Dame et de ma très chère Mère, l'offre que je vous fais de ce livre, en l'honneur de tout ce que vous êtes, et en action de grâces pour toutes les faveurs que j'ai reçues de mon Dieu par votre entremise. Ayez agréable de lui donner votre sainte bénédiction, et de l'animer de votre esprit et de votre vertu, afin qu'il prêche partout vos merveilleuses perfections, et qu'il invite puissamment et attire efficacement tous les coeurs de ceux qui le V1-6 liront vous aimer et honorer, et â imiter les vertus qui ont toutes établi leur trône et leur règne dedans vous.
Recevez-le encore, s'il vous plaît, non pas seulement comme un livre mais comme un vaisseau dans lequel je vous présente mon coeur avec tous les coeurs de mes Frères et de mes Soeurs, vous suppliant très humblement de les offrir et donner irrévocablement à la divine Majesté, et de la supplier d'y détruire et anéantir tout ce qui lui déplaît; de les détacher entièrement du monde et de toutes les choses de la terre; de les unir parfaitement ensemble par le lien sacré d'une véritable charité; de faire qu'ils soient remplis, animés et possédés du même esprit qui vous anime et qui vous possède; de les unir avec vous à son adorable Coeur d'une éternelle et inséparable union; de les transformer en ce même Coeur; et de les rendre dignes d'être autant d'hosties vivantes, saintes et agréables à Dieu, qui soient embrasées et consumées dans cette fournaise d'amour qui est dedans vous, et qui par ce moyen soient immolées avec vous à la gloire de celui qui est tout coeur et tout amour vers nous.
Regardez aussi ce livre, je vous en supplie, o Coeur très débonnaire, avec tous les mots, syllabes et lettres qui y sont, comme autant de langues et de voix de mon coeur, qui vous protestent continuellement pour lui et pour tous les coeurs de mes Frères et de mes Soeurs, qu'ils renoncent absolument et pour jamais à tout ce qui ne vous est point agréable; qu'ils veulent être tout à fait à vous, et par vous leur Créateur et leur Dieu; qu'ils désirent que tous leurs mouvements n'aient qu'un même objet avec vous; qu'ils ne veulent mépriser et haïr que ce que vous méprisez et haïssez; n'estimer et aimer que ce que vous estimez et aimez; ne s'attrister que de ce qui V1-7 vous a contristé; ne se réjouir que de ce qui vous a réjoui; n'avoir jamais d'autres sentiments, inclinations et intentions que les vôtres; et qu'ils veulent mettre toute leur joie et leur félicité là où vous avez mis la vôtre, c'est-à-dire à suivre en tout et partout la très adorable volonté de Dieu, afin que: Ibi nostra fixa sint corda, ubi vera sunt gaudia: « Nos coeurs soient inséparablement attachés là où sont les véritables joies » qui ne se peuvent trouver que dans une parfaite soumission et dans un total abandon de nous-mêmes et de tout ce qui nous touche à la divine Volonté.
Enfin, ayez agréable, o ma souveraine Dame et ma divine Mère, que je vous adresse les paroles de l'un des enfants bien-aimés de votre Coeur, le bienheureux saint Jean Damascène, et que je vous dise ce qu'il vous a dit, vous offrant un discours qu'il avait fait sur votre sainte Naissance: O Maria, Joachim et Annae filia, peccatoris orationem accipe, ardenter tamen amantis ac colentis, teque solam gaudii spem habentis, vitae antistitem firmamque salutis arrham 271 : O Marie, fille de Joachim et d'Anne, c'est un pécheur qui ose entreprendre de parler de vous et de votre très saint Coeur, qui est la plus sainte et la plus admirable chose qui soit en vous: mais c'est un pécheur qui vous aime pourtant ardemment, qui vous honore souverainement, et qui vous reconnait et vous révère comme la seule cause après Dieu, de sa joie et de tout son bonheur; comme la Reine de son coeur, comme la gouvernante et la directrice de sa vie, et comme la ferme espérance de son salut éternel. Recevez, s'il vous plaît, tous les discours qui sont faits dans ce livre à l'honneur de votre divin Coeur: offrez-les au Coeur adorable de votre Fils, et V1-8 le priez qu'il les bénisse, qu'il y verse la divine onction de son esprit, et qu'il s'en serve pour Orat. 1. de Nativ. B. Virg.
l'augmentation de sa gloire et pour l'accroissement de l'honneur et du contentement de ce Coeur maternel qu'il aime tant, duquel il a toujours tant été aimé et par lequel il sera plus aimé éternellement que par tous les coeurs des Anges et des Saints ensemble.
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Source du texte : Bibliothèque Saint Libère
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