Le Bon Confesseur · Saint Jean Eudes
Chapitre I : La dignité et la puissance admirable du Sacerdoce, avec l'excellence et l'importance de l'action que le prêtre fait au Tribunal de la Pénitence
CHAPITRE I.--La dignité et la puissance admirable du Sacerdoce, avec l'excellence et l'importance de l'action que le prêtre fait au Tribunal de la Pénitence.
C'est un grand sujet de consolation pour tous les chrétiens, d'entendre le divin apôtre saint Paul, lorsqu'il leur parle en cette façon: Vocati estis in societatem Filii Dei, Jesu Christi Domini nostri1 : « Vous avez été appelés en la société du Fils de Dieu. Jésus-Christ Notre-Seigneur »; et saint Jean, quand il dit: Societas nostra cum Patre, et Filio ejus Jesu Christo 44 : « Nous sommes en société avec le Père, et avec son Fils Jésus-Christ. » Mais ce que ces deux apôtres disent à tous les chrétiens, s'adresse aux prêtres d'une manière beaucoup plus excellente et plus avantageuse qu'aux autres. Oui, mes très chers frères, on peut bien vous dire que non seulement vous êtes appelés en la société du Fils de Dieu, mais en la société du Père, du Fils et du Saint-Esprit, et d'une manière très sublime et très honorable pour vous.
Car le Père éternel vous associe avec lui dans sa plus haute perfection, c'est-à-dire dans sa divine paternité, qui lui est plus chère et plus glorieuse que les noms et qualités de Créateur du monde, de Gouverneur de l'univers, de Roi du ciel et de la terre, et de Juge souverain 152 des hommes et des Anges; parce que toutes ces qualités ne lui donnent rapport qu'à des créatures qui ne sont rien, mais sa divine paternité lui donne rapport à un Fils qui lui est égal en grandeur, en puissance et en majesté. Ce n'est pas un honneur pour Dieu, qui soit digne de sa puissance immense et de sa sagesse infinie, d'être le Créateur, le Gouverneur, le Roi et le Juge d'un monde qui, devant lui, n'est que comme une goutte de rosée et un vrai néant: Tanquam gutta roris, sic est ante te orbis terrarum2. Mais ce lui est une gloire infinie d'être le Père d'un Fils qui est Dieu comme lui. Or ce Père divin vous associe avec lui dans cette admirable perfection. Car cette divine vertu par laquelle il donne naissance de toute éternité, dans son sein adorable, à son Verbe éternel, et dont la bienheureuse Vierge a été revêtue pour le former dans son sein virginal: Virtus Altissimi obumbrabit tibi 46 ; cette même vertu, dis-je, vous a été communiquée, lorsque vous êtes entrés dans le sacerdoce, pour vous donner le pouvoir de produire dans la sainte Eucharistie le Fils unique de Dieu et le Fils unique de la Vierge, comme aussi pour le former et pour le faire naître dans le âmes chrétiennes: Formetur Christus in vobis 4 7. A raison de quoi saint Augustin s'écrie: O sacerdoce, Dei vicarie, et pater Christi 48 : « O prêtre, vous êtes le vicaire de Dieu, vous êtes le père de Jésus-Christ!»
Le Fils de Dieu vous associe aussi avec lui dans les plus grandes choses qu'il a faites en ce monde pendant qu'il y était, puisqu'il vous donne le pouvoir de faire ce qu'il a fait de plus admirable, au moment de son Incarnation, en tout le cours de sa vie, en la veille de sa mort, 153 étant en la croix, depuis qu'il est au ciel, et ici-bas, dans son Église au très saint Sacrement de l'Autel. Car ce qu'il a fait de plus merveilleux en toutes ces occasions, ç'a été de se former soi-même, tant dans les sacrées entrailles de sa très digne Mère au moment de son Incarnation, qu'en la divine Eucharistie en la veille de sa mort; ç’a été de s'offrir en sacrifice à son Père, ce qu'il a fait en tout le cours de sa vie, et ce qu'il fait encore incessamment au ciel et en la terre; et ç'a été de se donner soi-même aux hommes, comme il s'y donne encore continuellement. Or, ne vous donne-t-il pas la puissance de faire ces trois grandes chose, c'est-à-dire; de le produire tous les jours dans le très saint Sacrement 49 ; de le sacrifier à son Père, pour les mêmes fins pour lesquelles il s'est sacrifié; et de donner aux fidèles? Vous voilà donc associés avec le Fils de Dieu d'une manière admirable.
Ce n'est pas tout: le Saint-Esprit vous associe aussi avec lui dans ses plus excellentes opérations. Pourquoi est-ce qu'il est venu en ce monde? N'y est-il pas venu pour dissiper les ténèbres de l'enfer qui couvraient toute la face de la terre, pour y répandre les lumières du ciel, pour allumer le feu de l'amour divin dans les coeurs, pour détruire le péché dans les âmes, pour y mettre la grâce divine, pour réconcilier les hommes avec Dieu, pour faire la paix entre le ciel et la terre, pour appliquer aux âmes chrétiennes les fruits de la vie et de la mort de leur Sauveur, pour accomplir par ce moyen ce qui manquait à la Passion du Fils de Dieu, pour renverser la tyrannie de Satan, pour établir le règne de Dieu dans la terre, enfin pour former et pour faire vivre et régner Jésus-Christ dans les coeurs des fidèles? Ne sont-ce pas là les plus dignes occupations et les plus divines opérations 154 du Saint-Esprit dans l'Église de Dieu ? Or, ne vous a-t-il pas donné le pouvoir de faire avec lui toutes ces grandes et merveilleuses choses ? Ne sont-ce pas là les emplois journaliers et les exercices ordinaires des prêtres ? N'est-ce pas le but et la fin de toutes les fonctions sacerdotales?
O prêtres, que votre dignité est relevée ! que votre puissance est prodigieuse ! Certainement le grand saint Ambroise a bien raison de dire qu'elle est incomparable, et que, après la dignité de Mère de Dieu, il n'y a aucune dignité ni aucune puissance, soit en la terre, soit au ciel, qui puisse entrer en comparaison avec elle: Nullis comparationibus adaequari potest3. Et Saint Ephrem a bien sujet de dire que c'est une dignité immense et infinie: Dignitas immensa, dignitas infinita 51. Enfin, vous êtes les associés du Père, du Fils et du Saint-Esprit dans leurs plus glorieuses perfections et dans leurs plus admirables opérations.
Mais outre cela, vous avez une société et une alliance toute spéciale avec le souverain Prêtre Jésus-Christ, qui est l'Instituteur, le Fondateur, le Chef et le Supérieur de votre saint Ordre. Non seulement cet adorable Sauveur vous met en société avec lui dans les plus grandes choses qu'il a faites en ce monde, pendant qu'il y était, et qu'il fait encore maintenant au ciel et en la terre; mais il vous rend participants des plus hautes perfections et des plus nobles qualités que son Père lui a données, lorsqu'il l'a envoyé en ce monde: entre lesquelles j'en remarque neuf principales et très considérables. La première est sa qualité de Missionnaire: car c'est le premier et le souverain Missionnaire, envoyé de son Père à nous les hommes pour travailler à leur salut. C'est la première qualité que son Père lui a donnée, et qu'il a apportée de son sein paternel, lorsqu'il en est sorti pour venir dans le sein de la Vierge.
La seconde est son divin Sacerdoce, qui est la première qualité que son Père lui a donnée au moment de son Incarnation. Car le Prophète Roi et l'apôtre saint Paul nous représentent le Père éternel parlant à son Fils, dans ce moment, en cette manière: Vous êtes mon Fils, aujourd'hui je vous ai engendré. Puis il ajoute aussitôt après: Vous êtes prêtre pour jamais selon l'ordre de Melchisédech 52.
La troisième, c'est la qualité de Docteur: Dedit vobis Doctorem justitiae 53. Car il est venu en la terre pour dissiper les ténèbres de l'ignorance dont elle était toute remplie; pour être la lumière du monde: Ego sum lux mundi 54 ; et pour nous enseigner les mérites du ciel, la science du salut, la science des Saints.
La quatrième est la qualité de Médecin. Car il est venu en ce monde comme dans un grand hôpital tout plein de malades, pour guérir les maladies de nos âmes, et même pour les ressusciter et les faire passer de la mort du péché à la vie de la grâce: Magnus de caelo venit medicus dit saint Augustin, quia magnus in terra jacebat aegrotus 55
« Un grand Médecin est venu du ciel, parce qu'il y avait un grand malade en la terre »
La cinquième est la qualité de Pasteur: Ego sum Pastor bonus 56.
La sixième est la qualité de Médiateur entre Dieu et les hommes: Mediator Dei et hominum homo Christus Jesus4.
La septième, la qualité de Sauveur.
La huitième, la puissance infinie de sa divinité.
La neuvième, la qualité de Juge: Ipse constitutus est a Deo judex vivorum et mortuorum 58.
Or ce très bon Sauveur vous associe avec lui d'une manière très excellente dans toutes ces divines qualités.
Il vous associe avec lui dans sa qualité de Missionnaire. Ne voyez-vous pas qu'il vous dit: Sicut misit me Pater et ego mitto vos 59 :« Je vous envoie comme mon Père m'a envoyé»; c'est-à-dire: Je vous envoie avec le même amour avec lequel il m'a envoyé. Je vous envoie pour la même fin pour laquelle il m'a envoyé, pour être employés dans les mêmes affaires, pour travailler au même ouvrage, et pour continuer les fonctions et les exercices de ma mission.
Il vous associe avec lui dans son divin Sacerdoce, et vous donne le pouvoir d'exercer les mêmes fonctions sacerdotales qu'il a exercées sur la terre: de prêcher le même Évangile, de faire la même chose qu'il a faite en consacrant son corps et son sang, d'offrir le même Sacrifice, et d'administrer les mêmes Sacrements qu'il a institués.
Il vous associe avec lui en qualité de Docteur et de lumière du monde, puisqu'il vous dit Vos estis lux mundi 60 : « vous êtes la lumière du monde », et qu'il vous envoie pour enseigner aux hommes la science du salut: Docete omnes gentes 61.
Il vous associe avec lui en sa qualité de Médecin, puisqu'il vous a établis dans son Église pour guérir les âmes malades, et même pour ressusciter celles qui sont mortes par le péché: ce qui vous oblige de n'apporter pas moins de diligence pour reconnaître leurs maladies et les causes de leur mort, et pour y appliquer les remèdes convenables, que ne font les médecins corporels.
Il vous associe avec lui en sa qualité de Pasteur. Car, encore que tous les prêtres ne soient pas pasteurs par office, ils en font néanmoins ordinairement les fonctions, repaissant les brebis du souverain Pasteur de sa sainte parole et de ses divins Sacrements. 157
Il vous associe avec lui en sa qualité de Médiateur. Car tous les prêtres n'étant qu'un prêtre avec le souverain Prêtre, comme les membres ne sont qu'un avec leur chef, ils ne sont aussi qu'un médiateur avec le suprême Médiateur, pour traiter avec lui les grandes affaires de la gloire de Dieu et du salut des hommes.
Il vous associe avec lui en sa qualité de Sauveur et de Rédempteur, et il veut que vous portiez ce beau nom dans ses Écritures: Ascendent salvatorres in omnem Sion 62. Car il vous a choisis pour coopérer avec lui au salut des âmes, pour racheter celles qui ont été vendues à Satan par le péché, et pour continuer le grand oeuvre de la Rédemption de l'univers.
Il vous associe avec lui dans la puissance infinie de sa divinité. Il vous donne une puissance qui surpasse toutes les puissances de la terre et du ciel, après la puissance de la Mère de Dieu: puissance qu'il n'a pas donnée aux princes ni aux monarques de la terre; puissance qu'il n'a pas donnée aux Anges du ciel; puissance qu'il n'a pas donnée à Moïse, ni à Aaron, ni à Élie, ni à saint Jean-Baptiste, ni à pas un de tous les Patriarches, ni de tous les Prophètes de l'ancienne Loi; puissance de faire des miracles beaucoup plus grands que tous ceux qui ont été faits par Moïse, par Josué, par Élie, par Élisée et par tous les autres Prophètes; puissance d'effacer le péché dans les âmes, d'en chasser le démon, d'y mettre la grâce divine et l'Auteur même de la grâce, de produire un Dieu dans la sainte Eucharistie, de le sacrifier, de le donner aux fidèles, de le prendre pour vous-mêmes, et d'en faire tout ce que vous voulez. Ne sont-ce pas là des effets d'une puissance divine et infinie qui n'en a point de pareille? Omnis potestas caelorum sacerdotibus commissa est, dit saint Act. X, 42.
59 Joan. XX,21.
60 Matth. V,14.
Matth. XXVIII,19.
Abd. 21.
Chrysostome; quaenam potestas major esse queat6 ?
Enfin il vous associe avec lui en sa qualité de Juge, 158 puisqu'il vous donne le pouvoir de lier et de délier, d'absoudre et de condamner, et d'exercer la puissance que son Père lui a donnée de juger les hommes: Pater omne judicium dedit Filio, c'est lui-même qui parle7. Filius omne judicium dedit sacerdotibus, dit saint Chrysostome 65 : « Le Père a donné tout pouvoir à son Fils d'exercer son jugement. Le Fils a donné ce même pouvoir aux prêtres. » C'est pourquoi ce même saint dit que le trône du prêtre qui exerce le jugement de Dieu au sacrement de la Pénitence est posé dans le ciel: Sacerdoti thronus in caelis collocatus est8. Et saint Clément, disciple du prince des Apôtres, déclare que les prêtres ont les clefs de la vie et de la mort entre les mains, Dieu leur ayant donné pouvoir de condamner les pécheurs impénitents à la mort éternelle, et d'en délivrer ceux qui se convertissent, et leur donner la véritable vie: Sacerdotes a Deo vitae et mortis potestatem acceperunt in peccatoribus judicandis, damnandisque in mortem ignis aeterni: necnon in liberandis iis qui redeunt, et in vita illis praestanda 67.
C'est ainsi, ô prêtres, que vous êtes associés avec le souverain Prêtre d'une manière très excellente. C'est ainsi qu'il vous communique ses plus divines qualités. Voilà de très grands et très riches talents qu'il vous a donnés. C'est à vous à prendre garde qu'ils ne soient pas inutiles en vous, de peur que vous ne soyez jetés pieds et poings liés dans les ténèbres extérieures. C'est à vous à employer toutes ces grandes qualités pour la gloire de celui qui vous a tant honorés, et pour le salut des âmes qui lui sont si chères. Mais voulez-vous savoir en quelle occasion vous les pouvez exercer plus utilement et plus efficacement pour les deux fins susdites ? C'est dans l'action que vous faites au tribunal de la Pénitence. C'est là que vous représentez le Fils de Dieu dans toutes ses qualités.
C'est là que vous faites une des principales et des plus utiles actions de la mission.
C'est là que vous exercez une des plus importantes fonctions du sacerdoce.
C'est là que vous faites l'office de docteur, enseignant aux chrétiens les choses dont la connaissance leur est nécessaire pour leur salut.
C'est là que vous guérissez les âmes malades, et que vous redonnez la vie à celles qui sont mortes par le péché.
C'est là que vous pratiquez l'office de pasteur, délivrant ou préservant les brebis du grand Pasteur des âmes de la gueule du loup infernal, les nourrissant du pain de la sainte parole de Dieu, et les disposant à recevoir la chair adorable et le précieux sang de Jésus-Christ, qui est leur nourriture et leur vie.
C'est là que vous agissez comme médiateurs entre Dieu et les hommes, pour réconcilier les pécheurs avec Dieu, pour leur annoncer ce que Dieu demande d'eux, et pour les porter à rendre à Dieu ce qu'ils lui doivent.
C'est là que vous êtes comme sauveurs et comme rédempteurs, appliquant aux âmes les fruits de la Passion et de la mort que le Sauveur a endurée pour leur salut, et les rachetant de la captivité du péché, du diable et de l'enfer.
C'est là aussi qu'ayant à continuer l'oeuvre de la rédemption du monde, vous devez agir dans la charité, patience et humilité avec laquelle le Fils de Dieu l'a accomplie. L'action que vous faites est pénible; mais vous devez vous souvenir qu'il en a beaucoup coûté à notre Rédempteur pour racheter les âmes, pour détruire le péché et pour acquérir la grâce qui leur est appliquée par les Sacrements; et qu'il est bien raisonnable, qu'étant associés à 160 sa qualité de Sauveur, nous participions aux travaux et souffrances qu'il a portées pour opérer le salut du monde: et que nous imitions sa grande patience, ne témoignant jamais d'être pressés, ni d'avoir hâte, ni de ressentir aucune peine.
C'est là encore que vous portez l'image vivante de la puissance et de la majesté divine du Fils de Dieu, et que vous êtes comme de petits dieux, revêtus de la puissance de Dieu, et faisant une chose qui n'appartient qu'à Dieu, c'est-à-dire effaçant le péché, conférant la grâce et communiquant le Saint-Esprit. C'est là qu'étant comme dieux, revêtus de l'autorité et de la puissance de Dieu, agissant au nom et de la part de Dieu, vous devez conserver les intérêts de Dieu, ne regarder rien que Dieu, faire observer les lois et les maximes de Dieu établir la vie et le règne de Dieu dans les âmes, et vous conduire en cette action par l'Esprit de Dieu.
C'est là enfin que vous représentez le Fils de Dieu plus particulièrement en qualité de Juge, et que vous êtes revêtus de son autorité de Juge, puisque c'est là que vous exercez le pouvoir qu'il vous a donné de lier et de délier, d'absoudre et de condamner. C'est là qu'il vous communique sa puissance de Juge d'une manière beaucoup plus excellente qu'aux juges séculiers des cours même souveraines. Ils sont juges des corps, et vous êtes juges des âmes. Ils jugent des choses temporelles, et vous jugez des éternelles. Leur puissance est passagère, et la vôtre va jusque dans l'éternité; car ce que vous absolvez et condamnez en terre, est absous et condamné au ciel. Leurs jugements sont écrits sur du papier avec de l'encre, et les vôtres sont écrits avec le sang de Jésus-Christ dans les livres éternels de la justice divine. Toutes ces choses nous font connaître l'excellence et l'importance de l'action qui se fait par le prêtre au tribunal de la Pénitence. Et c'est par cette action, si nous la faisons bien, que le péché est détruit dans les hommes, 161 et que la grâce y est établie. C'est par cette action que l'esprit malin est chassé des coeurs des fidèles, et que le Saint-Esprit y fait son entrée. C'est par cette action que l'âme qui était un enfer, est changée en un paradis, et que la caverne des démons devient le tabernacle de la Divinité.
C'est par cette action que les âmes sont délivrées de la possession de Satan, et qu'elles sont remises entre les mains de Dieu à qui elles appartiennent. C'est par cette action que les âmes sont ressuscitées et que Jésus-Christ même reprend naissance en elles. C'est par cette action que ce qui manque à la Passion de Notre-Seigneur est accompli, c'est-à-dire que les fruits des souffrances et de la mort du Fils de Dieu sont appliqués aux ânes. C'est par cette action qu'elles sont lavées dans le sang de l'Agneau des ordures de leurs crimes, et qu'elles reçoivent une beauté si ravissante, qu'elles deviennent l'objet de l'admiration de Dieu même, ainsi qu'il le témoigne par ces paroles: Quam pulchra es, amica mea, quam pulchra es9 ! Enfin, c'est par cette action que les enfants du diable sont rendus enfants de Dieu, que les membres de Satan sont faits membres de Jésus-Christ, et que les âmes sont retirées de l'enfer pour être transportées dans le paradis.
J'ai dit: Si nous faisons bien cette action. Car un confesseur qui ne s'y comporte pas comme il faut, fait de très grands maux. Au lieu de détruire le péché dans les âmes, il l'y établit plus fortement, il endort le pécheur dans son crime et dans une fausse paix: Pax, pax, ubi non est pax10 ; il l'endurcit dans son vice. Au lieu d'en chasser le démon, il l'y fortifie. Au lieu de changer l'enfer en un paradis, il change le paradis en un enfer, et il ajoute enfer sur enfer, péché sur péché. Au lieu de délivrer les âmes de la possession du diable, il les engage davantage en sa puissance. Au lieu de les ressusciter, il les tue; et au lieu de redonner la vie à Jésus-Christ en elles, il le crucifie derechef. Au lieu de les laver, il les souille; et au lieu de les embellir, il les rend beaucoup plus affreuses qu'elles n'étaient auparavant. Au lieu d'accomplir ce qui manque à la Passion de Notre-Seigneur, il rend toutes ses souffrances vaines et inutiles. Au lieu de changer les enfants du diable en enfants de Dieu, il change les enfants de Dieu en enfants du diable. Enfin, au lieu d'ouvrir le Paradis aux hommes, il le ferme; et au lieu de les retirer de l'enfer, il les y enfonce davantage.
Source du texte : Bibliothèque Saint Libère
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