La Voie du salut · Alphonse de Liguori
Chapitre I : Du salut éternel
I. L'affaire de notre salut est la plus importante de toutes; il ne s'agit rien moins que d'un bonheur sans fin ou d'une perte éternelle. De l'issue de cette grande affaire suivront infailliblement pour nous une félicité sans bornes, ou des tourments qui n'auront point de terme une vie toujours heureuse ou une vie malheureuse à jamais. O mon Dieu ! qu'arrivera-t-il de moi? Me sauverai-je? Me damnerai-je? il peut se faire que je sois sauvé; il peut se faire que je sois réprouve'. Or, si ma réprobation est possible, pourquoi tarderais-je d'embrasser une vie qui m'assurerait des félicités éternelles? Mon Jésus, vous êtes mort pour me sauver, et cependant que de fois je me suis perdu en vous perdant! Ne permettez pas que je vous quitte désormais.
II. Gagner un procès, obtenir un poste, acquérir du pouvoir, ce sont là de grandes affaires au jugement des hommes; cependant peut-on appeler grand ce qui finit avec le temps? Un jour tous les biens de cette terre finiront pour nous : ou nous les laisserons, ou ils nous laisseront eux-mêmes. Il ne faut donc appeler grande que la seule affaire de laquelle dépendent un bonheur ou un malheur éternels.
O Jésus! ô mon Sauveur! ne me chassez pas de devant votre face, comme je l'ai mérité. Je suis pécheur, il est vrai, mais tout mon cœur est dans l'affliction de vous avoir offensé, bonté infinie. Je vous ai méprisé naguère, mais aujourd'hui je vous aime plus que toutes choses. Désormais vous serez mon unique bien, mon unique amour. Ayez pitié d'un pécheur que le repentir amène à vos pieds, et qui demande à vous aimer. Oui. je vous ai beaucoup offensé, mais je veux vous aimer beaucoup. Que serais-je devenu si vous m'eussiez fait mourir quand j'étais dans votre disgrâce? Au nom de la pitié qui a retenu votre bras, donnez-moi maintenant, Seigneur, la force de devenir un Saint.
HT. Ranimons notre foi sur l'existence d'un enfer et d'un paradis éternels ; l'un ou l'autre sera notre partage. Je savais, o mon Dieu! qu'en me laissant aller au péché, j<* me condamnais à une éternité de supplices, et j'ai pu si souvent pécher et perdre votre grâce ! Je savais que vous étiez mon Dieu, mon Rédempteur ; et tant de fois, pour un misérable plaisir, j'ai pu m'éloigner de vous! J'en suis désolé, Seigneur, plus que de tous les autres maux, je me repens de vous avoir ainsi méprisé. Je vous aime par-dessus tous les biens, et désormais je veux tout perdre plutôt que votre grâce. Donnez-moi la force de vous être iîdclc; et vous, Marie, mon espérance, prêtez-moi votre secours.
Source du texte : Bibliothèque Saint Libère
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