Léon XIV, pape augustinien · Lire saint Augustin →

    La vie et le royaume de Jésus dans les âmes chrétiennes · Saint Jean Eudes

    Élévation à Jésus et à Marie sa très sainte Mère

    O JÉSUS1, mon Seigneur et mon Dieu, prosterné devant votre suprême Majesté, abîmé dans le plus profond de mon néant; après avoir anéanti à vos pieds mon propre esprit, mon amour-propre et tout ce qui est de moi, et m'être donné à la puissance de votre divin esprit et de votre saint amour; en l'immensité infinie de ce même esprit, en l'étendue immense de ce même amour, et en toutes les vertus et puissances de votre divinité humanisée et de votre humanité déifiée; je vous adore, vous aime et vous glorifie dans tous vos états, mystères, qualités, vertus, et généralement dans tout ce que vous êtes au regard de votre Père éternel, de vous-même, de votre Saint-Esprit, de votre sacrée humanité, de votre bienheureuse Mère, de tous vos Anges, de tous vos Saints, tant du Ciel que de la terre, et de toutes les créatures qui sont en l'univers.

    Mais spécialement je vous révère et adore comme celui qui êtes la Vie, et qui êtes notre vraie Vie, comme le Roi des rois, comme le Saint des saints, notre Sanctificateur et notre Sanctification même.

    J'adore le dessein et le désir très grand et très ardent que vous avez de vivre et de régner dans mon âme et dans toutes les âmes chrétiennes. Je vous demande très humblement pardon de l'empêchement que j'y ai apporté jusqu'à présent, tant en moi qu'en autrui. Et pour réparation de ma faute, et afin de contribuer désormais [en] quelque chose à l'accomplissement de ce vôtre désir, je me donne et me sacrifie tout à vous, ô grand Jésus, avec protestation solennelle, en la face du ciel et de la terre, que je ne veux plus vivre que pour travailler continuellement à vous former, sanctifier, faire vivre et régner dans mon âme et dans toutes les âmes qu'il vous plaira m'adresser pour cela; vous suppliant de tout mon coeur de faire en sorte que tous mes soins, pensées, paroles, travaux et oeuvres soient employées et consacrées à cette fin.

    Mais particulièrement ce petit ouvrage, que j'ai dressé pour aider aux âmes qui vous appartiennent à établir en elles la Vie et le Royaume de votre saint amour. Il est de vous, ô bon Jésus, et c'est vous qui en êtes la première source et le vrai auteur, puisque je renonce de tout mon pouvoir à tout ce qui pourrait y avoir du mien et qui ne serait point de vous. Aussi je désire, s'il vous plaît qu'il soit tout à vous, et que vous en soyez l'unique et dernière fin, comme vous en êtes l'unique et premier principe, avec votre Père et votre Saint-Esprit. C'est pourquoi, en l'honneur et union du même amour par lequel il est sorti de vous, et par lequel vous me l'avez donné, je vous le rends et le remets dedans vous, vous l'offrant, dédiant et consacrant en hommage de votre vie adorable, de votre amour et de tout ce que vous êtes. Comme aussi, en l'honneur et union du même amour par lequel vous vous êtes donné à nous, vous qui êtes le vrai Livre de vie et d'amour, je veux donner et dédier ce livre à toutes les âmes qui désirent vous aimer, et spécialement à celles desquelles vous voulez que j'aie quelque soin particulier devant vous.

    Et parce que je ne puis vous regarder, ô mon Seigneur Jésus, sans voir Celle qui est assise à votre dextre, qui vous a formé, sanctifié et fait régner dedans elle d'une manière si admirable, et dans laquelle vous avez toujours été vivant et régnant si parfaitement: je la salue et honore après vous, en toutes les manières que je puis, comme votre Mère très honorable, Mère de vie et d'amour, et comme ma souveraine Dame et ma très chère Mère, à laquelle j'appartiens par une infinité de titres. Car, sans parler de ce que j'ai été conçu, enfanté et élevé dans un lieu qui lui appartient spécialement2, ç'a été par son entremise et par ses prières que vous m'avez donné l'être et la vie. D'autant que la mère de laquelle il vous a plu me faire naître, ayant été plusieurs années sans enfants, elle vous fit un voeu en l'honneur de votre très sainte Mère: ensuite de quoi se sentant exaucée, et voyant son désir accompli, elle me porta, accompagnée de mon père, à un lieu consacré particulièrement à l'honneur de votre très honorée Mère3, pour y accomplir son voeu, pour la remercier, et pour m'offrir et donner à elle et à vous par son moyen. Comme aussi vous m'avez donné l'être et la vie au même jour auquel vous avez commencé à être et à vivre dans cette Mère de vie, c'est-à-dire au jour de votre sacrée Incarnation4, qui est pareillement le jour de votre sainte mort et passion5. En ce même jour, vous m'avez donné la grâce de faire le voeu de servitude perpétuelle à vous et à votre très sainte Mère6. En ce même jour encore, vous m'avez fait plusieurs autres faveurs très signalées qui sont bien connues de votre bonté et dont, moyennant votre grâce, je vous bénirai à jamais7. C'a été aussi au jour du martyre de cette très sacrée Vierge, je veux dire au jour auquel on célèbre en plusieurs Églises8 la fête du martyre très douloureux qu'elle a souffert au pied de votre croix, que j'ai été revêtu par votre très grande miséricorde de vos couleurs et de vos livrées, c'est-à-dire, du saint habit ecclésiastique que je porte maintenant9. Et de plus, par une faveur signalée de cette même miséricorde, j'ai célébré pour la première fois, ou plutôt pour les trois premières fois, le très auguste sacrifice de la sainte Messe, au jour auquel cette bienheureuse Mère et Vierge tout ensemble vous a enfanté au monde, et en un lieu et sur un autel dédié spécialement à cette même Vierge10. À raison de quoi, sans parler d'une infinité d'autres considérations qui me consacrent tout à vous et à elle, j'ai des obligations très particulières de m'y consacrer volontairement avec tout ce qui est de moi.

    C'est pourquoi, ô mon Sauveur, après vous avoir offert et consacré ce mien travail, permettez-moi, s'il vous plaît, de l'offrir et consacrer à votre bienheureuse Mère, en hommage de la vie toute d'amour que vous avez en elle et qu'elle a en vous.

    Je vous l'offre donc, ô Mère de vie et d'amour, je vous le dédie et consacre de toutes les affections de mon coeur, avec tout ce qui a été, est et sera à jamais en moi par la miséricorde de Dieu. O Mère de bénédiction, bénissez, s'il vous plaît, l'oeuvre et l'ouvrier, et tous ceux qui s'en serviront. Offrez-les à votre Fils Jésus, source de toute bénédiction. Priez-le qu'il les bénisse et qu'il les consacre lui-même parfaitement à sa gloire et à son pur amour.

    O bon Jésus, ce livre est rempli de plusieurs actes et exercices de louange, d'amour, de contrition, d'humilité et d'autres vertus chrétiennes: imprimez-les, s'il vous plaît, dans mon coeur et dans les coeurs de ceux qui les liront. De mon côté, je vous offre tous ces mêmes actes et exercices, avec une intention et désir de vous les faire continuellement et actuellement de coeur et d'esprit, comme je vous les fais incessamment par écrit et par ce livre, sur lequel ils demeureront toujours imprimés; et ce pour moi et pour tous les hommes du monde, spécialement pour ceux qui liront ce livre, et plus particulièrement encore pour ceux desquels je dois avoir quelque soin particulier devant vous. Accomplissez ce mien désir et intention, ô mon cher Jésus, par votre très grande bonté, par l'amour que vous portez à votre très aimable Mère et par celui qu'elle vous porte. Regardez et recevez, en vertu de l'intention présente que j'en ai par votre grâce, tous ces actes et exercices, comme si je les pratiquais continuellement par une actuelle application d'esprit et de coeur, ainsi qu'ils sont continuellement imprimés sur ce papier.

    Enfin, ô Dieu de bénédiction, prenez ce livre en votre sainte protection, défendez-le de ses ennemis et des vôtres, bénissez-le, sanctifiez-le, remplissez-le de votre esprit et de votre divine vertu, établissez-vous vous-même en lui, afin que par lui, ou plutôt par vous-même, vous soyez béni, sanctifié, aimé et glorifié dans tous ceux qui le liront. Détruisez tout ce qu'il y a du mien, et faites qu'il n'y ait rien que de vous. Bénissez toutes les paroles qui y sont, afin que ce soient autant d'actes de bénédiction, d'amour, de louange vers vous; autant de sources de bénédiction et de grâce pour ceux qui les liront; et autant de flèches et de flammes sacrées, qui navrent leurs coeurs, et qui les embrasent saintement et éternellement des célestes blessures et des divines ardeurs de votre saint amour.

    Épître dédicatoire

    À TRÈS ILLUSTRE ET VERTUEUSE DAME MADAME LAURENCE DE BUDOS, TRÈS DIGNE ABBESSE

    Source du texte : Bibliothèque Saint Libère

    Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.

    Lire la suite de La vie et le royaume de Jésus dans les âmes chrétiennes

    77 chapitres dans l'app Lectio, avec plus de 500 œuvres des Pères de l'Église et des saints. 3 chapitres par mois sans compte, 15 avec un compte gratuit.