Léon XIV, pape augustinien · Lire saint Augustin →

    La Nuit obscure · Saint Jean de la Croix

    Livre 1 — Chapitre 3

    Des imperfections communes aux commençans à l’égard du second péché capital, savoir, l’avarice, prise dans un sens spirituel.

    Un grand nombre aussi de ceux qui commencent, sont infectés du poison de l’avarice spirituelle. À peine les verrez-vous jamais contens des dons de Dieu ; ils se désolent

    lent et se plaignent de ce qu’ils ne trouvent pas dans les choses spirituelles la consolation qu’ils désirent. Quelques-uns ne cessent de demander des avis, et ne se lassent jamais de recevoir des principes spirituels. Ils lisent tous les livres qui traitent de cette matière, et ils y mettent plus de temps qu’à faire le bien, n’ayant nul égard à la mortification et à la pauvreté d’esprit, à quoi néanmoins ils devraient s’étudier.

    Plusieurs encore se chargent d’images et de croix, d’une grande propreté et d’un prix considérable. Tantôt ils quittent les unes et prennent les autres ; tantôt ils les changent et puis il les reprennent ; tantôt ils en veulent d’une façon, tantôt d’une autre ils aiment mieux celles-ci à cause de leur rareté et de leur valeur, que celles-là. Vous en verrez d’autres garnis d’ Agnus Dei , de reliquaires, de médailles, comme des enfans à qui on pend au cou de petits grelots d’argent, ou d’autres bagatelles pour les amuser. Ce que je ne puis m’empêcher de désapprouver, à cause de l’attachement de cœur qu’ils ont pour ces choses, quoique bonnes d’elles-mêmes. En effet, elles sont opposées à la pauvreté spirituelle, qui regarde principalement la substance de la dévotion et les objets qui nous y portent, et qui néglige la multitude et la curiosité de ces choses extérieures ; surtout, parce que la véritable dévotion doit venir du cœur, et ne faire état que de la vérité et de la solidité des choses intérieures. Car le reste étant

    plein de propriété et de défauts, il est nécessaire d’en éteindre le désir, pour s’élever à la solide perfection. Certes j’ai connu une personne d’un bon sens et d’une grande prudence, qui a porté plus de dix ans une croix faite grossièrement du bois d’un rameau béni, à qui je l’ôtai pour l’en détacher. J’en ai vu une autre, qui se servait avec attache d’un rosaire fait d’os de poisson. Il est toutefois certain que leur dévotion n’a pas été de moindre valeur devant Dieu, puisque ce n’était ni l’art ni le prix de ces choses qui l’excitait en leur ame.

    Or ceux qui vont par le droit chemin à la perfection, n’ont aucun penchant pour ces sortes d’instrumens ; ils n’en font point d’amas ; ils ne veulent savoir que ce qu’il faut pour agir saintement en toutes choses ; ils ne regardent, ils ne désirent que cela. Pour cette cause, ils distribuent aux autres ce qu’ils possèdent, et se font un vrai plaisir de se dépouiller de tout pour l’amour de Dieu et du prochain. Ils ne sont enfin animés que du désir d’acquérir la solide vertu, de plaire à Dieu à cause de lui-même, et de se déplaire à eux-mêmes à cause de leurs défauts.

    L’ame ne peut cependant sortir de ces imperfections ni des autres vices, avant que Dieu l’ait mise dans la Nuit obscure dont nous parlerons pour la purifier. Il est pourtant nécessaire que l’ame s’efforce, autant qu’elle peut, de se purifier elle-même, afin qu’elle mérite en quelque façon de recevoir

    de Dieu la médecine, qui la guérisse de toutes les maladies spirituelles, auxquelles elle n’a pu elle-même apporter remède. Car quoiqu’elle travaille de toutes ses forces, elle ne pourra, par son industrie et par son activité, se purifier de telle sorte, qu’elle soit tant soit peu disposée et propre à l’union du parfait amour avec Dieu, s’il ne lui donne lui-même la main pour l’élever, et s’il ne la purge dans le feu qui paraît obscur à l’ame, de la manière que nous le dirons.

    Source du texte : Wikisource

    Lire la suite de La Nuit obscure

    39 chapitres dans l'app Lectio, avec plus de 500 œuvres des Pères de l'Église et des saints. 3 chapitres par mois sans compte, 15 avec un compte gratuit.