Léon XIV, pape augustinien · Lire saint Augustin →

    La dévotion au très saint Cœur et au très sacré Nom de la bienheureuse Vierge Marie · Saint Jean Eudes

    Première partie

    II : Raisons d'avoir une dévotion particulière au Cœur de la bienheureuse Vierge

    A Soissons, dans l'église des Religieuses de Saint-Benoît, un de ses souliers, par lequel Dieu y a opéré tant de guérisons miraculeuses de toutes sortes de maladies, qu'on l'appelait autrefois le Médecin de Soissons 1 ; A Sainte Marie-la-Grande de Rome, une petite flotte de ses cheveux; comme aussi en plusieurs autres endroits 2. A raison de quoi, dans un faubourg de la ville de Caen, qui se nomme Vaucelles, il y a une petite chapelle très ancienne qui porte le nom de Notre-Dame des Cheveux, parce que, comme il est probable, il y a eu autrefois des cheveux de Notre-Dame.

    A Constantinople, l'impératrice Pulchérie, au rapport de Nicéphore 3, fit bâtir trois belles églises à l'honneur de la très sainte Vierge: l'une appelée Notre-Dame de la Guide, en laquelle elle mit un fuseau qui avait servi à la Mère de Dieu 4, et des langes du Sauveur, que sa belle-soeur Eudoxia lui avait envoyés, ou plutôt à Théodose le Jeune, son mari et frère de la même sainte Pulchérie. L'autre, nommée des Blaquernes, sur le port de Constantinople, ___________________

    Sur cette relique, voir Coeur admirable, 1. c.

    «Il n'est pas impossible, pendant la longue vie de la sainte Vierge, qu'on ait recueilli beaucoup de ses cheveux, et surtout qu'on les ait coupés après sa mort; d'ailleurs cette quantité de cheveux n'est pas énorme, et c'est le genre de reliques le plus facile à diviser. » Rohault de Fleury, 1, c.

    L'auteur cite un grand nombre d'églises qui en possédaient.

    Lib. 14 Hist. Cap, 2; lib. 15, cap. 14.

    «Le fuseau envoyé par Juvénal à Pulchérie fut placé dans la seconde église qu'elle fit bâtir à Constantinople, et plus tard transféré à Trèves. Rodez prétend en posséder un autre ». Robault de Fleury, 1,c.

    là où elle mit en dépôt les sacrés suaires dont le corps de la bienheureuse Vierge fut couvert, et qui lui avaient été donnés par saint Juvénal, évêque de Jérusalem 1. La troisième, en la grande place des Fondeurs, en laquelle elle déposa la ceinture de Notre-Dame, qu'elle avait eue de son père Arcadius qui l'avait fait magnifiquement enchâsser, et qui y était gardée avec tant de vénération que tous les ans on y faisait une grande solennité en l'honneur de cette sainte relique. En témoignage de quoi nous avons des Sermons tout entiers qui ont été faits par saint Germain, patriarche de Constantinople, en la célébrité de la vénération de cette sacrée Ceinture de la Reine des Anges 2.

    Or si l'Église, qui est toujours conduite par le Saint-Esprit, honore tant les moindres choses qui ont appartenu à la Mère de Dieu, et si elle célèbre des fêtes en l'honneur d'une Ceinture qu'elle a portée sur ses habits, de quelle manière doit-on célébrer les louanges de son très digne et très honorable Coeur ?

    6. Qui pourrait dire combien ce Coeur incomparable de la Mère de Dieu était embrasé d'amour vers son Fils Jésus, et combien il était soigneux et vigilant pour nourrir, vêtir, conserver et élever notre divin Sauveur? A raison de quoi nous lui avons des obligations innombrables.

    7. De plus, combien sommes-nous obligés à ce Coeur maternel de notre très chère Mère, qui est tellement rempli de charité vers nous que, quand l'amour de toutes ___________________

    Juvenal envoya le suaire et les bandelettes trouvées dans le tombeau de la sainte Vierge, à Marcien et à Pulchérie, qui bâtirent une église pour les recevoir (Balinghem, 445.) On voit, dans la cathédrale de Reims, un petit morceau de soie rose entourée de quelques perles, sur lequel repose un morceau d'étoffe avec l'inscription: Suaire de la très sainte Vierge ». Rohault de Fleury, La Sainte Vierge, Études archéologiques, 1. c.

    O rat. de Adoratione Zonae Deiparae. Apud Surium, 13 August. Les sermons de saint Germain sont très connus.

    les mères qui ont été, sont et seront sur la terre serait réuni dans un seul coeur, à peine tout cet amour serait-il une étincelle de cette fournaise ardente de charité qui embrase le très saint Coeur de la Mère de belle dilection au regard de tous ses enfants.

    8. Encore que le Coeur de Jésus soit différent de celui de Marie, et qu'il le surpasse infiniment en excellence et sainteté, si est-ce que Dieu a uni si étroitement ces deux Coeurs, qu'on peut dire avec vérité qu'ils ne sont qu'un Coeur, parce qu'ils ont toujours été animés d'un même esprit et remplis de mêmes sentiments et affections. Si saint Bernard, parlant du très adorable Coeur de Notre-Seigneur, nous donne à entendre que le Coeur du Sauveur est notre Coeur 1, combien à plus forte raison peut-on dire que ce même Coeur de Jésus est le Coeur de Marie sa très sainte Mère? Car, s'il est dit des premiers chrétiens qu'ils n'avaient qu'un coeur et une âme, à raison de la très étroite union et charité mutuelle qui était entre eux: combien davantage peut-on dire de Jésus Fils de Marie, et de Marie Mère de Jésus, qu'ils n'ont qu'une âme et un coeur, eu égard à la très parfaite liaison et conformité d'esprit, de volonté, de sentiment et d'inclination qui est entre un tel Fils et une telle Mère? Joint que Jésus est tellement vivant et régnant en Marie, que véritablement il est l'âme de son âme, l'esprit de son esprit et le Coeur de son Coeur. Si bien qu'à proprement parler, le Coeur de Marie c'est Jésus; et ainsi honorer et glorifier le Coeur de Marie, c'est honorer et glorifier Jésus.

    9. La sainte Église chante tous les jours, parlant au ____________________

    « Cor enim illius meum est. Audacter dicam: si enim caput meum Christus est, quomodo quod capitis mei est non meum est ? Sicut ergo oculi capilis mei corporalis, mei oculi vere sunt, ita et spiritualis Cor, Cor meum est, Bene ergo mihi: ego vere cum Jesu Cor unum habeo. » Tract. de Pass. Dom. super istud Joan. Ego sum vitis vera, cap. 3.

    Fils unique de Marie: Beatus venter qui te portavit et ubera quae suxisti 1 : «Bienheureux le ventre qui vous a porté, et bienheureuses les mamelles qui vous ont allaité ! » Et saint Léon 2 avec saint Augustin 3 nous annoncent que la Vierge Mère a conçu et porté le Fils de Dieu dans son Coeur avant que de le concevoir et porter dans son ventre; et qu'elle est plus heureuse de l'avoir porté dans son Coeur que de l'avoir porté dans ses entrailles. Car elle ne l'a porté dans ses entrailles que parce qu'elle l'a premièrement porté dans son Coeur par l'amour très ardent qu'elle a eu vers lui. Joint qu'elle ne l'a porté que neuf mois dans ses entrailles, mais elle l'a toujours porté et le portera éternellement dans son Coeur. C'est pourquoi, si on ne peut jamais assez louer et révérer ses sacrées entrailles qui ont porté le Fils du Père éternel, et ses bénites mamelles qui l'ont allaité, quel honneur et quelles louanges doivent être rendues à son très digne Coeur !

    10. C'a été par l'humilité très profonde, par la pureté nonpareille et par l'amour très ardent de son Coeur virginal que cette Vierge des vierges a ravi le Coeur du Père éternel, qui est son Fils unique; qu'elle l'a attiré dans son Coeur et dans ses entrailles; qu'elle a été élevée à la dignité très sublime de Fille aînée du Père, de Mère du Fils, d'Épouse du Saint-Esprit, de sanctuaire de la très sainte Trinité, de souveraine Dame de l'univers; et qu'elle nous a été donnée pour être notre Mère, notre Avocate et notre Protectrice. Quelle gloire donc est due à ce Coeur bienheureux !

    11. Ce Coeur maternel a été transpercé du glaive de douleur au pied de la croix de son Fils. A raison de quoi saint Laurent Justinien dit que: Factum est Cor Virginis ____________________

    Luc. XI, 27.

    «Prius concepit mente quam corpore. » D. Leo, Serm. I de Nat. Dom. «Felicius portasti eum Corde quam ventre. » D. Aug. lib. de Sancta Virgin. cap. 3

    speculum clarissimum Passionis Christi, et imago perfecta mortis ejus 1 : «Le Coeur de la Vierge a été fait comme un miroir très clair de la Passion de Jésus-Christ, et une image parfaite de sa mort. » Or c'est nous qui avons été cause, par nos péchés, de toutes les douleurs qu'il a portées. C'est pourquoi nous sommes obligés de lui donner toute la gloire qui nous sera possible, afin de réparer aucunement le déplaisir et l'angoisse que nous lui avons causée.

    12. Comme nous devons ressentir les afflictions de la très sainte Vierge, aussi nous devons nous réjouir de ses consolations. Et comme nous avons été cause des amertumes de son âme, aussi nous devons nous efforcer d'accroître les joies de son Coeur par les louanges que nous lui pouvons donner, et par tous les moyens dont nous pouvons nous servir pour honorer ce Coeur incomparable.

    13. Ce Coeur admirable est l'image parfaite du très divin Coeur de Jésus; c'est l'exemplaire et le modèle de nos coeurs: et tout le bonheur, la perfection et la gloire de ces mêmes coeurs consiste à faire en sorte que ce soient autant d'images vives du très saint Coeur de Marie, comme ce saint Coeur est un portrait très accompli du Coeur adorable de Jésus. C'est pourquoi c'est une chose très utile et très bonne d'exhorter les chrétiens à la dévotion du Coeur très sacré de la Vierge Marie. Car, comme la souveraine dévotion est d'imiter ce que nous honorons, dit saint Augustin, qui ne voit qu'en exhortant les fidèles à la dévotion du très aimable Coeur de la Mère de Dieu, c'est les exhorter à imiter les vertus très éminentes dont il est orné, à graver son image dans leurs coeurs, et à se rendre dignes enfants du Coeur d'une telle Mère.

    14. Non seulement le Coeur de la Reine des Anges est le prototype et l'exemplaire, mais encore c'est le Roi de tous ____________________

    Lib. de Triumph. Agone Christi, cap. 21.

    «Religionis summa, imitari quem colimus. » De Civit. l. 8, c. 17.

    les coeurs qui ont été créés pour aimer Dieu, après le Coeur de Jésus. C'est pourquoi, non seulement tous les coeurs le doivent regarder et imiter comme leur modèle, mais ils sont obligés de lui rendre tous les hommages qu'ils lui doivent comme à leur souverain.

    III.--Ce qu'on entend par le très saint Coeur de la bienheureuse Vierge, et de plusieurs autres considérations qui nous obligent de l'honorer.

    Si vous me demandez ce qu'on entend par le très saint Coeur de la bienheureuse Vierge, auparavant que de satisfaire à votre demande, je vous prie de considérer que ce nom de Coeur a plusieurs significations dans l'Écriture sainte.

    1. Il signifie ce coeur matériel et corporel que nous portons dans notre poitrine, qui est la partie la plus noble du corps humain, le principe de la vie, le premier vivant et le dernier mourant, le siège de l'amour, de la haine, de la joie, de la tristesse, de la colère, de la crainte et de toutes les autres passions de l'âme. Et c'est de ce coeur que le Saint-Esprit parle quand il dit: Omni custodia serva cor tuum, quia ex ipso vita procedit 1 : «Gardez soigneusement votre coeur, car il est l'origine de la vie. » Qui est comme s'il disait: Ayez un grand soin de dompter et régler les passions et mouvements de votre coeur; car, si elles sont bien assujetties à la raison et à l'esprit de Dieu, vous vivrez d'une vie longue et tranquille selon le corps, et d'une vie sainte et honorable selon l'âme. Mais au contraire, si elles possèdent et gouvernent votre coeur à leur gré, elles vous donneront la mort temporelle et éternelle par leur dérèglement.

    2. Le nom de coeur est employé, dans les saintes Écritures, ___________________

    Prov. IV, 23.

    pour signifier la mémoire. C'est en ce sens qu'il peut être pris en ces paroles de Notre-Seigneur à ses Apôtres: Ponite in cordibus vestris non praemeditari quemadmodum respondeatis 1 : «Mettez dans vos coeurs, c'est-à-dire souvenez-vous, quand on vous mènera pour mon Nom devant les rois et les juges, de ne vous mettre point en peine sur ce que vous aurez à répondre.»

    3. Il dénote l'entendement, par lequel se fait la méditation, qui consiste en un discours et raisonnement de notre intellect sur les choses de Dieu, lequel tend à nous persuader et convaincre nous-mêmes des vérités chrétiennes. Et c'est ce coeur qui est marqué par ces paroles: Meditatio cordis mei in conspectu tuo semper 2 : «Mon coeur, c'est-à-dire mon entendement est toujours appliqué à méditer et considérer vos grandeurs, vos mystères et vos oeuvres. »

    4. Il exprime la volonté libre de la partie supérieure et raisonnable de l'âme, qui est la plus noble de ses puissances, la reine de ses autres facultés, la racine du bien ou du mal, et la mère du vice ou de la vertu. Et c'est de ce Coeur dont Notre-Seigneur Jésus-Christ fait mention quand il dit: Bonus homo de bono thesauro cordis sui profert bonum; et malus homo de malo thesauro profert malum 3 : «Un bon coeur, c'est-à-dire la bonne volonté de l'homme juste est un riche trésor duquel il ne peut sortir que toute sorte de bien; mais un mauvais coeur, c'est-à-dire la mauvaise volonté de l'homme méchant est une source de toute sorte de mal. »

    5. Il donne à entendre cette partie suprême de l'âme que les théologiens mystiques appellent «la pointe de l'esprit », par laquelle se fait la contemplation, qui consiste en un très unique regard et en une très simple vue de Dieu, sans discours, ni raisonnement, ni multiplicité de pensées. Et c'est de cette partie que les Saints Pères entendent ___________________

    Source du texte : Bibliothèque Saint Libère

    Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.

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