La dévotion au très saint Cœur de la très précieuse Vierge Marie Mère de Dieu · Saint Jean Eudes
II : La dévotion au Cœur de la Mère de Dieu enseignée par Notre-Seigneur à sainte Mechtilde
A tous ceux qui ont une dévotion spéciale au très saint Coeur de sa bienheureuse Mère.
Il n'appartient qu'à moi de prêcher dignement la dévotion que tous les coeurs qui m'aiment doivent avoir au très aimable Coeur de ma divine Mère !. Car c'est moi qui suis le principe et la source de tout ce qu'il y a de grand et de merveilleux dans cet abîme de miracles, et qui par conséquent ai une parfaite connaissance de ses très éminentes perfections.
C'est moi aussi qui suis le Fils aîné de ce Coeur maternel: à raison de quoi le mien est fort rempli d'un amour tendre et filial au regard de lui.
Comme je suis le premier fruit du Coeur adorable de mon Père éternel: aussi je suis le premier-né du Coeur incomparable de ma très digne Mère. Cette Mère admirable m'a formé et m'a porté dans son Coeur plus saintement, plus longuement, et plus tôt que dans son ____________________
Cf. Coeur adm. liv.4, ch.1.
ventre. Car la sainteté de ses bénites entrailles prend son origine de la charité et de la pureté de son très saint Coeur; et elle ne s'est rendue digne de me former et de me porter dans son ventre, que parce qu'elle m'a formé et porté premièrement dans son Coeur par l'excellence de l'humilité de la pureté et de l'amour de ce même Coeur.
Elle m'a porté dans son ventre l'espace de neuf mois seulement; mais elle m'a toujours porté et elle me portera éternellement dans son Coeur; si bien que je suis plus en quelque manière le fruit de son Coeur que le fruit de son ventre.
O chose merveilleuse ! ce Coeur nonpareil est entre les pures créatures le plus excellent ouvrage de ma toute-puissante bonté; et par un miracle incompréhensible je suis moi-même le chef-d'oeuvre de son humilité, par la-quelle il m'a tiré du sein adorable de mon Père, où je suis né de toute éternité, pour me faire naître dans le sein virginal de ma Mère en la plénitude des temps.
De là vient que j'ai toujours été et serai éternellement le très unique objet de toutes les affections de ce très sacré Coeur: et que réciproquement après mon Père éternel, il a toujours été et il sera pour jamais le premier objet de mon amour.
C'est pourquoi, tous ceux qui m'aiment véritablement doivent avoir un zèle particulier pour honorer et pour faire honorer autant qu'il leur est possible un Coeur que j'aime davantage et qui me rend plus d'amour et de gloire que tous les coeurs des hommes et des Anges.
C'est pour ces raisons que j'ai voulu être moi-même le prédicateur de la dévotion qui a été exercée dans les siècles passés par plusieurs de mes Saints et qui est encore pratiquée maintenant en beaucoup d'Églises au regard de ce très vénérable Coeur.
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«Prius et felicius in Corde quam in ventre concepit.» D. Leo, Sermo 1. de Nativ. Dom. et Aug.
Lib. de Sancta Virgin. cap. 3.
C'est moi qui en ai donné les premières leçons à la bienheureuse sainte Mecthilde, l'une des plus illustres filles du glorieux patriarche saint Benoît.
C'est moi mes très chers enfants qui en ai renouvelé les sentiments dans vos coeurs. Je parle à tous ceux qui ont une spéciale vénération pour ce très digne Coeur. C'est moi qui ai imprimé dans vos coeurs les désirs très ardents que vous avez de lui rendre tous les honneurs que je désire lui être rendus.
Je sais que comme c'est le premier objet de l'amour de mon Coeur, après mon Père éternel. c'est pareillement après Dieu, le premier objet de vos plus tendres et plus saintes affections. Aussi vous l'ai je donné pour être au milieu de vous comme une fontaine inépuisable de toutes sortes de bénédictions.
Je vous l'ai donné comme un divin Soleil pour vous éclairer dans les ténèbres de la terre pour vous échauffer dans les froideurs de l'hiver de cette vie mortelle pour vous réjouir et consoler dans les tristesses et douleurs des misères de ce monde et pour vous vivifier et fortifier dans les langueurs et faiblesses de la fragilité humaine. Je vous l'ai donné comme un beau Miroir dans lequel vous devez souvent vous regarder pour voir les taches de vos âmes afin de les effacer; et pour les parer des ornements qui leur sont convenables, afin d'agréer aux yeux de ma divine Majesté. Je vous l'ai donné comme une Tour inébranlable et une forteresse imprenable, dans laquelle vous puissiez vous réfugier pour vous mettre à couvert contre les efforts des ennemis de votre salut.
Je vous l'ai donné comme une Fournaise ardente d'amour divin, dans laquelle vous devez vous jeter et vous perdre pour y être tous consumés et changés en feu et en flammes d'amour vers celui qui est tout feu et toute flamme d'amour vers vous. Je vous l'ai donné comme un parfait Exemplaire du respect, de l'amour et de l'obéissance que vous devez avoir au regard de tous ceux qui vous tiennent la place de Dieu en la terre.
Je vous l'ai donné comme une Fontaine de vin, de lait et de miel dans laquelle vous puisiez la charité, la douceur et la mansuétude avec laquelle il vous faut converser les uns avec les autres.
Je vous l'ai donné comme un Livre du ciel, et un livre de vie dans lequel vous devez sans cesse étudier, pour apprendre à connaître parfaitement et à aimer ardemment la beauté ravissante de toutes les vertus chrétiennes, dont la pratique donne la véritable vie. Mais surtout vous devez étudier dans ce livre les excellences merveilleuses de la sainte humilité avec les moyens de la pratiquer et d'écraser entièrement dans vos coeurs le maudit serpent de l'orgueil et de la vanité qui fait un si effroyable ravage non seulement dans les âmes des enfants de perdition mais même dans les coeurs de mes propres enfants.
Je vous l'ai donné comme une sainte Règle qui vous fera tous saints si vous la gardez fidèlement: règle de la vie céleste que vous devez mener; règle des moeurs et des qualités saintes dont vous devez vous revêtir; règle de toutes les maximes évangéliques que vous avez à suivre; règle des saintes dispositions avec lesquelles il faut faire toutes vos actions; règle des sentiments et affections qui doivent être dans vos coeurs: c'est-à-dire règle de l'amour et de la haine, de la joie et de la tristesse, des désirs et des craintes que vous devez avoir pour me plaire et pour vous sanctifier.
Je vous l'ai donné comme une Mer immense de toutes sortes de grâces dans laquelle vous devez puiser toutes les grâces dont vous avez besoin, à toute heure, à tout moment, en tout lieu et en toute occasion pour éviter une infinité de pièges de Satan dont toute la terre est couverte et pour servir Dieu en sainteté et justice devant lui tous les jours de votre vie.
Je vous l'ai donné comme un Vaisseau précieux, plein de la manne du ciel et du nectar du paradis, afin de nourrir vos coeurs dès ce monde de la viande des Anges, et de les enivrer tellement du vin du ciel, que vous veniez à oublier entièrement toutes les choses terrestres et temporelles, et à prendre votre unique contentement dans les choses célestes et éternelles. Telle a toujours été la vie et les affections du Coeur sacré de ma sainte Mère, qui est aussi la vôtre. Efforcez-vous de les imiter, et elle vous aimera comme son Coeur.
Je vous l'ai aussi donné, ce Coeur royal de votre grande Reine, pour être le Roi de vos coeurs, qui les doit régir et gouverner selon la très adorable volonté de mon Père, afin que vous soyez tout à fait selon son Coeur.
Je vous l'ai encore donné, ce Coeur admirable de ma très digne Mère, qui n'est qu'un avec le mien, pour être votre vrai Coeur: afin que les enfants n'aient qu'un Coeur avec leur Mère, et que les membres n'aient point d'autre coeur que celui de leur chef, et que vous serviez, adoriez et aimiez Dieu avec un Coeur qui soit digne de sa grandeur infinie: Corde magno, et animo volenti, avec un Coeur immense et infini; avec un Coeur tout pur et tout saint; et que vous chantiez ses divines louanges et fassiez toutes vos autres actions en l'esprit, en l'amour, en l'humilité et en toutes les saintes dispositions de ce même Coeur.
Mais afin que cela soit ainsi, il est nécessaire que vous renonciez entièrement à votre propre coeur, c'est-à-dire à votre propre esprit, à votre amour-propre et à votre propre volonté. Travaillez donc à vous défaire de ce coeur terrestre, malin et dépravé: et vous aurez un Coeur tout céleste, tout saint et tout divin.
Enfin, je vous ai donné ce Coeur merveilleux, comme un trésor inestimable de toute sorte de biens. C'est à vous, mes très chers enfants, de bien imprimer dans vos coeurs une très haute estime, un très profond respect et une très singulière affection pour ce très riche trésor, et de le conserver précieusement par la continuation et même par l'accroissement de la vénération que vous avez pour un Coeur si saint et si aimable.
C'est pour vous animer à cela que je vous ai dit toutes ces choses, et que je vous présente ce petit livre qui contient plusieurs moyens d'exercer votre dévotion sur ce sujet. Gardez-le soigneusement, lisez-le attentivement, et tâchez de pratiquer avec affection les choses qu'il contient.
Par ce moyen vous serez les vrais enfants du Coeur de ma sainte Mère; vous serez selon mon Coeur; mes yeux et mon Coeur seront toujours appliqués à vos besoins; je vous porterai toujours dans le plus intime de mon Coeur; voire même vous serez mon Coeur, ma joie et mes délices. Je vous aimerai comme mon Coeur; je vous préparerai une très heureuse demeure pour une éternité dans mon Coeur et dans le Coeur de ma bénite Mère, qui n'est qu'un avec le mien. Vous demeurerez à jamais dans notre Coeur; vous vivrez de la vie de notre Coeur; vous posséderez tous les trésors qui sont renfermés dans notre Coeur; vous serez plongés et abîmés dans les joies de notre Coeur. Notre Coeur sera le paradis de votre coeur, la vie de votre vie, le Coeur de votre coeur. Ce sera dans l'amour de ce Coeur que vous aimerez, que vous bénirez, que vous glorifierez éternellement avec nous le souverain Monarque de tous les coeurs, qui est le Coeur adorable de la très sainte Trinité, qui soit à jamais loué, adoré et aimé de tous les coeurs des hommes et des Anges. II. -- LA DÉVOTION AU TRÈS SAINT COEUR DE LA MÈRE DE DIEU
enseignée par Notre-Seigneur Jésus-Christ à sainte Mecthilde 1.
La dévotion que tous les coeurs des vrais enfants de la très précieuse Vierge Mère de Dieu doivent avoir au très aimable Coeur de leur divine Mère tout embrasé d'amour pour eux, est d'autant plus recommandable, que ç'a été Notre Seigneur Jésus-Christ qui en a donné les premières leçons à sainte Mecthilde, de l'Ordre de Saint-Benoît, qui vivait en l'an 1300, ainsi qu'il est marqué dans sa vie, au livre 1, chap. 2, 28 et 65; au livre 2, chap. 16, 17; et au livre 3, chap. 2 et 7.
Car, après l'avoir exhortée à saluer son très divin Coeur en plusieurs manières, et à y avoir recours en ses nécessités et y chercher ses plus doux entretiens, un jour, pendant le temps de l'Avent, il lui donna cette belle et sainte instruction touchant le Coeur très sacré de sa bienheureuse Mère.
«Tu salueras, lui dit-il, le Coeur virginal de ma sainte Mère, comme une Mer pleine de grâces célestes; comme un trésor rempli de toutes sortes de biens pour les hommes.
«Tu le salueras comme le plus pur qui ait jamais été après le mien; car elle fut la première qui fit le voeu de virginité.
«Tu le salueras comme le plus humble de tous les coeurs des pures créatures; car par son humilité elle m'a tiré du sein de mon Père et a mérité de me concevoir en ses entrailles par la vertu du Saint-Esprit.
«Tu le salueras comme le plus dévot et le plus ardent _____________________
Cf. Exercice de piété, OEuvres, tome 2, p. 361, et Coeur admir, liv. 4. ch. 1, OEuvres, tome 6, p. 353.
dans le désir de mon Incarnation et de ma naissance en la terre; car la ferveur de ses désirs et de ses soupirs m'a attiré en elle et a été occasion du salut des hommes. «Tu le salueras comme le plus embrasé en l'amour de Dieu et du prochain. «Tu le salueras comme le plus sage et le plus prudent; car elle a conservé en son Coeur tout ce qui s'est passé en mon enfance, en ma jeunesse et en mon âge parfait, et en a fait un très saint usage.
«Tu le salueras comme le plus patient; car il a été transpercé de mille traits de douleur et au temps de ma sainte Passion, et depuis, par le souvenir perpétuel qu'elle avait de mes souffrances.
«Tu la salueras comme le plus fidèle; car non seulement elle a consenti que moi, qui suis son Fils unique, aie été immolé; mais elle-même m'a offert en sacrifice à mon Père éternel pour la rédemption du monde.
«Tu le salueras comme le plus soigneux, le plus vigilant et le plus zélé au regard de mon Église naissante; car le soin qu'elle avait de prier sans cesse pour elle ne peut être assez prisé ni reconnu.
«Tu le salueras comme le plus assidu et le plus élevé en contemplation; car il ne se peut dire combien de grâces et de faveurs elle a impétrées aux hommes par la force de ses oraisons.»
Voilà ce que Notre-Seigneur a dit à sainte Mecthilde: qui fait voir combien la dévotion au très sacré Coeur de sa glorieuse Mère lui est agréable. Si donc vous désirez lui plaire et à sa très digne Mère, mettez cette sainte dévotion dans votre coeur; prenez résolution de l'honorer particulièrement; d'en faire un des premiers objets de votre piété envers la Mère de Dieu, et d'y avoir recours en toutes vos nécessités.
Source du texte : Bibliothèque Saint Libère
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