Léon XIV, pape augustinien · Lire saint Augustin →

    L'Estendart de la saincte Croix de Nostre-Seigneur Jesus-Christ · Saint François de Sales

    Livre I

    Chapitre II : Que la croix a une grande vertu, et doit estre honorée

    LE traitteur, parlant du bois de la vraye croix, dit ainsi de cette croix : « Nous lisons que Jesus-Christ et Simon l'ont portée sur » le mont de Calvaire, où elle fut dressée; que Jesus-Christ y » fut cloué, et l'escriteau attaché, I. N. R. I. ; que Jésus y rendit » l'esprit, y eut le costé percé, et que son corps en fut descendu : » outre ces poincts, nous n'en disons rien, nous ne voyons pas » de tesmoignage en la parolle de Dieu escrite par les prophètes » et apostres, ny és exemples et prattiqaes d'iceux, qui nous » puisse ou doive induire à attribuer quelque vertu à un tel » bois. Or, entre les vrais chrestiens, ce qui n'est point escrit en » la parolle de Dieu est tenu pour chose nulle, et n'estant point : » nous concluons donc que Dieu n'a pas voulu telle vertu estre » adhérente au bois de la croix de son Fils. » C'est icy le grand, ou plutost l'unique argument de ce traitteur contre la doctrine catholique de la vertu de la croix, et n'en a aussi presque qu'un semblable contre l'honneur d'icelle. Voyons donc combien il vaut.

    Et premièrement, qui ne void combien la conséquence est peu judicieuse? Présupposons, je vous prie, que ce qui n'est point escrit soit tenu pour chose nulle, et qu'il n'y a rien en l'Escriture, de la vraye croix, que ce qu'en rapporte le traitteur : la conclusion neantmoins seroit misérable, de dire que Dieu n'a point voulu que le bois de la croix de son Fils eust quelque vertu. Tout au contraire, il faudroit plutost inférer : Donc Dieu a voulu qu'en ce sainct bois il y eust quelque grande vertu. La théologie ne destruit pas l'usage de la raison, elle le présuppose; elle ne le ruyne pas, quoy qu'elle le devance; et la vraye raison porte ce discours. Si l'Escriture tesmoigne que l'attouchement et possession des serviteurs a donné pouvoir et vertu aux choses les plus viles et abjectes : par là elle tesmoigne assez que l'attouchement et possession du maistre a donné un plus grand pouvoir et vertu aux choses, pour viles qu'elles soient d'elles-mesmes. Certes, l'un se tient à l'autre, et par la vertu de la chose moindre, est assez entendue la vertu de Ja chose plus grande, au moins en l'eschole des bons entendeurs.

    Disons ainsi : Jesus-Christ a porté sur ses espaules la saincte croix, y a esté cloué, y a rendu l'esprit, et respandu son sang : quelle vertu donc devons-nous estimer qu'elle ayt, puisqu'fleliséo estima bien qu'au toucher de son baston un mort peust ressusciter (iv. Reg. 4), et qu'il fit avec le manteau de son maistre Helie la division miraculeuse des eaux (Ibid. 2); puisque Moyse fit tant de merveilles avec sa baguette (Exod. 4); puisque la verge assignée à Aaron fleurit tout aussitost, contre toutes les lois de la saison (Num. 17); puisque les mouchoirs de S. Paul (Act. 19), et jusqu'à l'ombre mesme de S. Pierre, faysoient tant de miracles (Act. 5)? Si Dieu, pour la gloire de son Fils, a tant baillé1 de force aux bastons, aux verges, aux manteaux, aux ombres des serviteurs, que n'aura-t-il baillé au baston de son Fils, à son throsne, à sa chaire, à son autel?

    Ainsi respond-on à la demande faite par le traitteur : « Si l'es- » prit de Dieu fait mention de ce qui touchoit aux serviteurs, » pourquoy n'a-t-il parlé de ce qui a touché le maistre? » Car, outre ce qu'il en a parlé par la Tradition, je dy que parlant de l'un c'estoit assez parler de l'autre, par une conséquence si aysée qu'il n'estoit besoin de l'exprimer. La vertu qui se treuve aux ruisseaux, pour estre sortis d'une telle source, se treuve beaucoup plus, et à plus forte raison, en la source mesme. Dire autrement, c'est ruyner la raison. Le serviteur ri est point plus que le Seigneur, ny le disciple que le maistre (Matth. 10). Donc ce que le traitteur confesse et recognoist estre escrit de la saincte croix suffiroit, quand nous n'aurions autre preuve, pour nous faire croire qu'elle a beaucoup de vertus, et qu'on lui doit un grand honneur.

    Source du texte : Bibliothèque Saint Libère

    Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.

    Lire la suite de L'Estendart de la saincte Croix de Nostre-Seigneur Jesus-Christ

    54 chapitres dans l'app Lectio, avec plus de 500 œuvres des Pères de l'Église et des saints. 3 chapitres par mois sans compte, 15 avec un compte gratuit.