L'Enfance admirable de la très sainte Mère de Dieu · Saint Jean Eudes
À la Reine
Madame,
Deux raisons considérables m'obligent d'offrir à Votre Majesté ce livre qui traite des excellences incomparables et des vertus très éminentes de l'admirable Enfance de la Mère de Dieu.
La première est le très auguste Nom de Marie, que Dieu a choisi de toute éternité pour le donner à celle qui devait être Mère de l'Homme-Dieu, en la plénitude des temps: et dont il a voulu aussi honorer Votre Majesté, pour marquer par là que Marie-Thérèse, Reine de France, est consacrée à Marie, Mère de Jésus, Reine de l'Univers; qu'elle lui appartient d'une manière spéciale; et qu'elle remplit dignement les significations merveilleuses de ce beau nom de Marie.
Car si Marie signifie Dame et Souveraine, Votre Majesté ne porte pas ce nom en vain, puisque étant épouse du plus grand Roi de la terre, elle est conséquemment la plus glorieuse Reine qui soit en ce monde.
Si Marie veut dire Illuminatrice et Illuminante, qui ne sait et qui ne voit que Marie-Thérèse est comme un Astre brillant que Dieu a mis au milieu de la France, pour l'éclairer par les rares exemples d'une piété sans seconde.
La seconde raison, Madame, c'est la dévotion très singulière que Votre Majesté a toujours eue envers la Reine du Ciel: dévotion qui est un riche trésor de l'auguste 47 Maison d'Autriche, et qui est le précieux héritage que vos glorieux ancêtres ont laissé à Votre Majesté. Aussi est-ce un des plus éclatants fleurons de la Couronne de France, qui regarde et révère cette sacrée Impératrice de l'univers comme sa très honorée patronne, sa très puissante protectrice, et son refuge ordinaire en toutes ses nécessités publiques et particulières. Et Votre Majesté a bien su enchâsser dans son coeur royal ce très précieux diamant de la vraie dévotion à la bienheureuse Vierge, qui fait le plus bel ornement des deux Couronnes de France et d'Espagne.
Tous les jeûnes de Votre Majesté aux veilles des fêtes de la Mère de Dieu, toutes les saintes communions qu'elle fait en ses solennités, et toutes les libéralités qu'elle exerce vers les pauvres en ces mêmes jours, sont autant de voix qui publient hautement que cette dévotion de Votre Majesté vers cette divine Mère n'est pas extérieure et apparente seulement, mais si solide et si véritable, que nous avons sujet de croire qu'elle attire et qu'elle attirera toujours de plus en plus la protection et la bénédiction du ciel, non seulement sur Votre Majesté et sur la maison royale, mais aussi sur toute la France.
Mais ce qui fait voir encore davantage la sincérité et l'excellence de cette dévotion de Votre Majesté, c'est le soin qu'elle prend d'imprimer en elle une image vivante des saintes vertus de cette incomparable Mère de Dieu. Car cet entier éloignement qui se voit en Votre Majesté des désordres qui règnent dans le monde, cette rare pureté de vie et de moeurs, cette assiduité infatigable dans la prière, cette fréquente réception des Sacrements, sont-ce pas les quatre éléments de la vie chrétienne et les quatre fondements de toutes les vertus ?
Après cela, MADAME, à qui pourrais-je offrir ce livre composé à l'honneur de la Reine des Anges, qu'à une Reine très pieuse, qui tâche de se parer, par une soigneuse imitation, des plus excellentes perfections de cette admirable Princesse, étant bien persuadée que ce qui fait l'ornement et la gloire d'une reine chrétienne, ce ne sont pas les vanités et les pompes du monde auxquelles elle a renoncé en son baptême, mais les véritables vertus qui ont élevé la Reine du ciel au plus haut trône de la gloire.
Je supplie donc Votre Majesté, MADAME, d'avoir agréable ce petit présent que j'ose me donner l'honneur de lui faire, pour lui marquer ma reconnaissance sur toutes les bontés dont il lui a plu de m'honorer2, et pour lui témoigner le très grand désir que j'ai qu'elle se sanctifie toujours davantage par l'imitation de la Mère de tous les Saints. C'est à quoi pourra contribuer la lecture de ce livre, où j'espère que Votre Majesté trouvera des choses qui ne lui seront pas désagréables, et qui allumeront de plus en plus dans son coeur le feu sacré du divin amour dont il est déjà embrasé pour le Fils unique de Marie et pour sa très aimable Mère.
Plaise à cet adorable Sauveur et à cette divine Mère de prendre une pleine, absolue et éternelle possession de ce coeur royal, et de faire qu'il soit tout selon le Coeur de Dieu. Il n'est point de voeux ni de prières que l'on fasse avec plus de ferveur que celles qui se font tous les jours à cette fin par celui qui est, dans un très profond respect,
MADAME, DE VOTRE MAJESTÉ
Le très humble, très obéissant et très fidèle serviteur et sujet, JEAN EUDES, Prêtre.
Source du texte : Bibliothèque Saint Libère
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