L'Amour de la divine Sagesse · Louis-Marie Grignion de Montfort
Chapitre préliminaire : Pour aimer et rechercher la divine Sagesse, il est nécessaire de la connaître
Peut-on aimer ce qu'on ne connaît pas? Peut-on aimer ardemment ce qu’on ne connaît qu'imparfaitement? Pourquoi est-ce qu'on aime si peu la Sagesse éternelle et incarnée, l'adorable Jésus, sinon parce qu'on ne la connaît pas, ou très-peu? Il n'y a presque personne qui étudie comme il faut, avec l'Apôtre, cette science suréminente de Jésus, qui est cependant la plus noble, la plus douce, la plus utile et la plus nécessaire de toutes les sciences et connaissances du ciel et de la terre.
C'est premièrement la plus noble de toutes les sciences, parce qu'elle a pour objet ce qu'il y a de plus noble et de plus sublime, la Sagesse incréée et incarnée, qui renferme en elle toute la plénitude de la divinité et de l'humanité, tout ce qu'il y a de grand au ciel et sur la terre, toutes les créatures visibles et invisibles, spirituelles et corporelles. Saint Jean Chrysostome dit que Notre-Seigneur est un sommaire des œuvres de Dieu, un tableau raccourci de toutes ses perfections, et de toutes celles qui sont dans les créatures. Jésus-Christ, la Sagesse éternelle, est tout ce que vous pouvez et devez désirer : désirez-le, recherchez-le, parce qu’il est cette unique et précieuse perle pour l'achat de laquelle vous ne devez pas faire difficulté de vendre tout ce que vous avez1. Que celui qui se glorifie, dit la Sagesse par la bouche de Jérémie, mette sa gloire à me connaître s. Que le sage ne se glorifie pas de sa sagesse, ni le fort de sa force, ni le riche de ses richesses; mais que celui qui se glorifie tire sa gloire de ce qu’il me connaît, et non de ce qu’il connaît autre chose.
Il n'y a rien de si doux que la connaissance de la divine Sagesse. Bienheureux ceux qui l’écoutent, plus heureux ceux qui la désirent et la recherchent, mais plus heureux encore ceux qui gardent ses voies et goûtent, en leur cœur, cette douceur infinie qui est la joie du Père éternel et la gloire des Anges ! Oh! si on savait quel est le plaisir que goûte une âme qui connaît la beauté, les charmes de la Sagesse, particulièrement lorsque cette Sagesse lui fait entendre ces saintes et délicieuses paroles : Goûtez et voyez i; mangez, buvez et enivrez-vous de mes douceurs éternelles8; car mon entretien n'a rien de désagréable, ni ma compagnie d'ennuyeux; mais on n'y trouve que de la satisfaction et de la joie8.
Cette connaissance de la Sagesse éternelle n’est pas seulement la plus noble et la plus douce, mais encore la plus utile et la plus nécessaire, parce que la vie éternelle consiste à connaître Dieu et son fils Jésus-Christ. Vous connaître, s’écrie le sage en parlant à la Sagesse, est la parfaite justice ; et comprendre votre équité et votre puissance est la racine de l’immortalité*. Voulons-nous, en vérité, avoir la vie éternelle, ayons donc la connaissance de la Sagesse éternelle; voulons-nous avoir la perfection de la sainteté en ce monde, connaissons la Sagesse; voulons-nous avoir dans notre cœur la racine de l’immortalité, ayons en notre esprit la connaissance de la Sagesse. Savoir Jésus-Christ, la Sagesse incréée, c’est assez savoir; savoir tout, et ne le pas savoir, c’est ne rien savoir. Que sert-il à un tireur de flèches de savoir tirer dans les côtés du blanc où il vise, s’il ne sait pas tirer droit dedans? De quoi nous serviront toutes les autres sciences, si nous n’avons celle de Jésus-Christ, qui est l’unique nécessaire et le centre où toutes doivent aboutir.
Quoique le grand Apôtre sût tant de choses, et qu’il fût si versé dans les lettres humaines, il disait pourtant qu’il ne croyait savoir que Jésus-Christ crucifié Disons avec lui : Je méprise toutes ces connaissances dont fa i fait état jusqu’ici, en comparaison de celle de Jésus-Christ, mon Seigneur a. Je vois maintenant et j’expérimente que cette science est si excellente, si délicieuse, si profitable et si admirable, que je ne tiens aucun compte de toutes les autres, qui autrefois m’avaient tant plu, et elles me semblent à présent si vides et si ridicules, que c’est perdre son temps que de s’y amuser. Je vous dis que Jésus-Christ est l’abîme de toute science, afin que vous ne vous laissiez pas tromper aux belles et magnifiques paroles des orateurs, ni aux subtilités trompeuses des philosophes \ Croissez de plus en plus dans la grâce et la connaissance de votre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ s.
Or, afin que nous croissions tous dans la grâce et la connaissance de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, la Sagesse incarnée, nous en parlerons dans les chapitres suivants, après que nous aurons distingué plusieurs sortes de sagesse.
La sagesse, en général, prise selon la signification de son nom, est une science savoureuse10, ou le goût de Dieu et de sa vérité.
Il y a plusieurs sortes de sagesse. Premièrement, elle se distingue en véritable et fausse sagesse : la véritable est le goût de la vérité sans mensonge ni déguisement; la fausse est le goût du mensonge, couvert de l'apparence de la vérité.
Cette fausse sagesse est la sagesse ou prudence mondaine que le Saint-Esprit distingue en trois : la sagesse terrestre, animale et diabolique
La vraie sagesse se distingue en sagesse naturelle et surnaturelle.
La sagesse naturelle est la connaissance des choses naturelles dans leurs principes; la sagesse surnaturelle est la connaissance des choses surnaturelles et divines dans leur origine.
Cette sagesse surnaturelle se divise en sagesse substantielle et incréée, et en sagesse accidentelle et créée. La sagesse accidentelle et créée est la communication que fait d'elle-même aux hommes la Sagesse incréée : c'est le don de la sagesse. La Sagesse substantielle et incréée est le Fils de Dieu, la seconde personne de la très-sainte Trinité, autrement la Sagesse éternelle, dans l'éternité, ou Jésus-Christ, dans le temps. C'est proprement de cette Sagesse éternelle que nous allons parler.
Dès son origine, nous la contemplerons dans l'éternité, résidant dans le sein de son Père, comme l'objet de ses complaisances; et nous la verrons dans le temps, brillante dans la création de l'univers, mais surtout remplie d'un amour merveilleux pour l'homme.
Nous la regarderons ensuite tout humiliée dans son incarnation et dans sa vie mortelle, mais cependant toujours aimable et glorieuse; et nous verrons quels sont les moyens dont il faut se servir pour l'acquérir et la conserver.
Je laisse donc aux philosophes les arguments de leur philosophie comme inutiles; je prêche la véritable Sagesse parmi ceux qui sont parfaits. Parlons donc de la vraie Sagesse, de la Sagesse éternelle incréée et incarnée, aux âmes parfaites et prédestinées.
PREMIÈRE PARTIE
DB IiA SA G ESSE ÉTERNELLE
Source du texte : Bibliothèque Saint Libère
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