Grand catéchisme · Saint Pierre Canisius
Chapitre I : De la foi et du symbole de la foi — Question I
A qui doit-on attribuer le nom de chrétiens?
On doit appeler chrétiens ceux qui professent la saine doctrine de Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme, dans l'Eglise qu'il a fondée. Le vrai chrétien est donc celui qui, en même temps qu'il est fermement attaché à la doctrine de Jésus-Christ, condamne et déteste du fond de son cœur toute secte comme tout culte étranger à cette doctrine, ou réprouvé par l'autorité de l'Eglise : telles sont les sectes juives, idolâtriques, mahométanes, et en général toutes les sectes hérétiques
(1).
toutes les sectes hérétiques (1).
1. Act. XI, 25-27. « Barnabé s'en alla ensuite à Tarse pour chercher Paul, et l'ayant trouvé il l'amena à Antioche. Ils demeurèrent une année entière dans cette église, où ils instruisirent un
OPUS CATECHISTICUM, SIVE DE SUMMA CHRISTIANÆ : CAPUT PRIMUM, DE FIDE ET SYMBOLО FIDEI.
fort grand nombre de personnes ; de sorte que ce fut à Antioche que les disciples furent pour la première fois nommés chrétiens.
2. I Petr., IV, 15-16. « Que nul de vous ne soit maltraité comme coupable d'homicide, ou comme larron, ou comme faisant de mauvaises actions, ou comme envieux des avantages d'autrui. Mais s'il est maltraité comme chrétien, qu'il n'en ait point de honte, et qu'au contraire il en glorifie Dieu. » TÉMOIGNAGES DE LA TRADITION. 1. S. ATHANASE, Orat. II cont. Arian. « Est-ce qu'aucun peuple
4. S. ATHANASE,
chrétien a jamais emprunté son nom de ses évêques, et non pas plutôt du Seigneur, en qui il croit ? Certes, ce n'est pas des bienheureux apôtres nos maîtres, ni des autres ministres de l'Evangile du Christ, mais du Christ lui-même que nous avons reçu notre appellation comme notre profession de chrétiens. Ceux au contraire dont la foi n'a pas la même origine, ont raison de prendre les noms des auteurs de leur secte, parce que c'est à ceux-là qu'ils appartiennent.
« C'est ainsi que notre nom comme notre qualité de chrétiens, que nous tenons du Christ, a suffi pour réfuter Marcion, inventeur de son hérésie
qui ne se sont pas laissé ébranler par Marcion ; ceux au contraire qui se sont attachés à cet hérésiarque, ont perdu leur nom de chrétiens pour n'être plus connus que sous celui de marcionites. C'est encore ainsi que Valentin, Basilide, Manichée et Simon le magicien ont donné leurs noms à leurs sectateurs, et c'est de là que les uns ont été appelés valentinien s, d'autres basilidiens, d'autres manichéens, d'autres simoniens, d'autres cataphrygiens (nom qu'ils ont pris de la Basse-Phrygie), d'autres novatiens, de Novat, leur chef. Ainsi Mélèce, excommunié par Pierre, évêque et martyr, a donné son nom à ses partisans, qui dès lors ont cessé d'être appelés chrétiens. C'est encore de cette manière qu'Arius ayant été excommunié par Alexandre, ceux qui sont restés avec l'évêque ont conservé leur nom de chrétiens, et que ceux au contraire qui se sont attachés à Arius n'ont plus été appelés qu'ariens, en laissant Alexandre seul avec les siens en possession du nom du Sauveur.... Ceux de cette espèce qui vont se joindre à ces hérétiques en désertant notre Eglise, perdent en même temps leur nom de disciples du Christ pour prendre celui d'ariens, comme ayant renoncé à la foi chrétienne pour mettre à la place l'erreur inventée par Arius. Comment donc seraient-ils chrétiens,
ariomanes?
ariomanes? Comment pourraient-ils compter comme faisant partie de l'Eglise catholique, ceux qui ont rejeté l'antique foi, et qui répandent parmi les peuples le venin de leurs doctrines, doctrines convaincues
dc fi~tissctà? par cela seul qu'elles sont nouvelles? )) Y, 52 ad A12to18. c e h i - 15, quel qu'il soit
2. S. C ~ ~ E Ep.
d'ailleurs, n'est pas chrétien,
qui n'est pas dans l'Eglise du Christ. 11 5. Le m h e, de Uni,! EccL (( Celui qui abandonne l7Eg1ise de, ne recevra jamais les récompenses de Jésus-Christ, Jésus-Clisis.
C'est un h m g c r, c'est un profane, c'est un ennemi. Celui-lh ne peut avoir Dieu pour père, qui n7a point l9Eg1ise pour mère. N 4. S. IGSACE, Ep. ad Mignes. (c Montrons-nous dignes du surnom que nous wons reçu ; car quiconque est appelà, d'un autre,nom, n'appartient point A Dieu ; c'cst comme s'il rejetait l'Ecriture inspirk qui a dit de nous dans son langage prophétique : On les d'un nom nouveau, que le Seigneur letu donnerct de sa uj)jw~Itr~, prqn bouche, et ils serow? le peuple s a h t (IsA., LXII, 2). C'est ce qui s'est accompli la première fois en Syrie ; car c'est b Antioche que les disciples, instruits par Pierre et Paul, fondateurs de cette Eglise, ont été, les premiers de tous appelés chrétiens.
Tract. CXIII in Joan. « Nous devons remar
6. S. AUGUSTIN,
quer, au sujet du renoncement de l'apôtre Pierre, que le Christ est renié non-seulement par ceux qui disent de lui qu'il n'est pas le Christ, mais encore par ceux qui disent d'eux-mêmes qu'ils ne sont pas chrétiens, quoiqu'ils le soient en effet. Car le Christ ne dit pas à Pierre, vous nierez que vous soyez mon disciple, mais il lui dit, vous me renierez : et cependant il n'a pas fait autre chose pour le renier, que de nier qu'il fût son disciple. »
6. Le même, Serm. CLXXXI de tempore (1), c. 42. « Quisquis ille est, et qualiscumque ille est, christianus non est, qui in Christi
Ecclesia non est. » Ce sont les paroles de saint Cyprien lui-même traduites plus haut, no 2.
7. Le meme, Enchirid. ad Law., c. 5 : (( Le fondement assuré et véritable de la foi catholique, c'est le Cl~rist. Car, comme dit l'Apôtre, personne ne peut poser zm m t v e f o d e m l t q z c ~ e h i qzti a &posé, et pi est Jésus-Christ. Et qu'on ne s7imagine pas que ce ne soit pas lh le véritable fondement de la foi catholique, SOUS (i) Ce sermon, au jugcment des docteurs de l'ancienne università, de Lo~i~ain, ne parait pas être de saint Augustin, puisqu'il se compose plut& de paroles de saint Grégoire-le-Grand V. Natal. Alexat~d., Htst, eccl.,. t m e 1': p. 108, kdition de Venise, prétexte qu'on pourrait croire que ce fondement nous serait commun avec quelques llérdicpcs. Car si l'on examine la chose de près, on verra quc J6sus-Cl~rist n'cst reconnu quc dc nom, sans l'être de fait par les hkriliqucs, quels qu'ils soient, qui prétendent porter comme I ~ OUS le noin dc chrétiens. Il serait trop long d'en fournir la preuve, puisqu'il fi~udrait pour cela passer cn IWUP toutes les I~CrCsics, soit ancioimes soit nouvelles, en monlml de cl~acwnc d'clles en particulier coml~ien est. vrai cc que nom disons ici dc toutcs cn g6nh-d. M de Ptdicilid, c. 7 : La hrel~is, c'cst la propre-
8. TERTULLIEN,
c'cst la ~nultiment parler lc chrkticn ; le troupeau du Scig~~cur, tude des fitklcs; le bon pasteur, c'cst le Christ. 11 faut donc entcndrc par cctte hrelis qui s'égare loin du bercail le chrétien qui se shparc de l'Eglise. 1)
9. Le même, de Præscript., n. 37 : « Ils ne sauraient être chrétiens, dès lors qu'ils sont hérétiques, et qu'ils ne tiennent pas de Jésus-Christ une doctrine qu'ils ont choisie de leur autorité privée ou qu'ils ont empruntée à d'autres hérétiques. »
A quoi peut se réduire la doctrine chrétienne?
La doctrine chrétienne comprend en général les vérités et les devoirs, dont l'ensemble constitue la véritable sagesse et la véritable justice. La sagesse, comme le fait voir saint Augustin, a pour objet les vertus théologales, qui sont la foi, l'espérance et la charité, vertus divinement infuses dans l'âme, et qui rendent bienheureux et en quelque sorte divins les hommes qui s'attachent à les cultiver ici-bas. La justice, à son tour, comprend deux choses : la fuite du mal et la pratique du bien ; car c'est cette vertu de justice qu'avait en vue le Prophète royal quand il disait :
Détournez-vous du mal, et faites le bien. Or, de la sagesse et de la justice découle, comme de deux sources, tout l'ensemble de la doctrine et de la morale chrétiennes (II).
1. Eccli., I, 33. « Mon fils, si vous désirez la sagesse avec ardeur, conservez la justice, et Dieu vous la donnera. »
2. I Cor., XIII, 13. « Or, ces trois vertus, la foi, l'espérance et la charité, demeurent à présent; mais la charité est la plus excellente des trois. »
3. Ps. XXXIII, 15. « Détournez-vous du mal, et faites le bien. » 4. Ps. XXXVI, 27. « Détournez-vous du mal, et faites le bien; et soyez assuré d'une demeure éternelle. »
5. I Petr., III, 10-11. « Si quelqu'un aime la vie, et désire que ses jours soient heureux, qu'il empêche que sa langue ne se porte à la médisance, et que ses lèvres ne prononcent des paroles de tromperie; qu'il se détourne du mal, et qu'il fasse le bien. »
Source du texte : Bibliothèque Saint Libère
Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.