Exposition de l'Oraison dominicale · Saint Thomas d'Aquin
Chapitre II
« Père. » Remarquez ici deux choses, à savoir comment il est Père, et ce que nous lui devons en cette qualité. Il est appelé Père, spécialement à cause de la création; il nous a créés, en effet, à son image et ressemblance ; image qu’il n’a pas imprimée aux autres créatures inférieures. Il est écrit au Deutéronome, ch. XXXII : « Il est lui-même votre père; c’est lui qui vous a fait, qui vous a créé. » Il porte de même le nom de Père, parce que c’est lui qui gouverne. Bien en effet qu’il gouverne toutes choses ; pour nous, cependant, il nous gouverne comme des maîtres, et les autres créatures comme des esclaves. Il est écrit au livre de la Sagesse, ch. XIV : « Votre providence, Père, prend soin de tout, » et, ch. XIII : « Et vous disposez de nous avec toutes sortes d’égards. » Il est père, parce qu’il nous a adoptés; aux autres créatures il n’a fait, en quelque sorte, que de petits dons; mais à nous, il nous a donné son héritage, et cela, parce que nous sommes ses enfants; « mais si nous sommes ses enfants, nous sommes ses héritiers. » L’Apôtre dit, Epître aux Romains, ch. VIII : « Vous n’avez pas reçu l’esprit de servitude par la crainte, mais l’esprit des enfants d’adoption, qui nous fait crier, Père. »
Mais nous, nous lui devons trois choses. Nous lui devons, en premier lieu, l’honneur ; Malachie dit, ch. I : « Si je suis père, où est l’honneur qui m’est dû? » Cet honneur consiste dans trois choses ; d’abord à lui donner de la louange en tant que Dieu. Il est écrit, Psaume XLIX : « Le sacrifice de la louange m’honorera; » mais il ne doit pas seulement être dans la bouche, il doit aussi être dans le cœur. Il est dit dans Isaïe, chap. XXIX : a Ce peuple m’honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi. » Cet honneur consiste dans sicut incensum in conspectu tuo. Dicit m agna reverentia disponis nos. » Item, raergo : tione adoptionis, quia aliis créât,uns dédit quasi m unuscula, nobis autem hæreclita-
CAPUT II. tem, et hoc quia filii : « sed si filii, et hæ-Pater. » Nota hic duo, quomodo sci- redes. » Apostolus, Rom VIII : « Non aclicet Patèr sit, et quid debemus ei, quia cepistis Spiritum servitutis in tim o ré, sed Pater est. Dicitur autem Pater ratione spe- Spiritum adoptionis filiorum, in quo clacialis creationis, quia creavit nos ad ima m am us, Abba Pater. » Debemus autem ginent et similitudinem suam, quam aliis nos ei tria. Primo, honorem, Mal., I : « Si creaturis inferioribus non impressit. Dent., ego P ater, ubi est honor m eus ? » qui con-XXXII : « Ipse est Pater tuus, qui fecit et sisté in tribus * In laudis datione, quoad creavit te. » Item, ratione gubem ationis. Deum. Psalm. XLIX : « Sacrificium laudis Quamquam enim uinnia gubernet, nos ta- honorificabit me, » quæ non solum debet m en gubeniat ut dominos, alia ut servos. esse in ore, sed etiarn in corde. Isai., XXIX : Sap.j XIV : « Tua, Pater, providentia « Populus hic labiis me honorat, cor autem cuncta gubeniat ; » et Sap., XIII : « Et cum eorum longe est à me. » In corporis puri-
la pureté' de son propre corps. L’Apôtre dit dans la première Epitre aux Corinthiens, ch. 6 : « Glorifiez et portez Dieu dans votre corps. » Il consiste aussi dans l’équité de nos jugements sur le prochain; on lit, Psaume XCV : « L’honneur du roi aime le jugement. »
Nous devons, secondement, l’imiter, parce qu’il est Père. Jérémie dit, ch. III : « Vous me donnez le nom de Père, et sans cesse vous marchez après moi. » Trois choses rendent cette imitation parfaite. La première, c’est l’amour. L’Apôtre dit, Epitre aux Ephésiens, ch. Y : « Soyez les imitateurs de Dieu comme des enfants chéris, et vivez dans son amour; » et cet amour doit être dans le cœur. La seconde, c’est la miséricorde ; l’amour, en effet, doit être uni à la miséricorde. Saint Luc dit, ch. VI : a Soyez miséricordieux; » et celle-ci doit se trouver dans les œuvres. La troisième, c’est la perfection; l’amour et la miséricorde doivent être parfaits. Il est dit dans saint Matthieu, ch. Y : « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait. »
Nous lui devons, troisièmement, l’obéissance. L’Apôtre dit, Epitre aux Hébreux, ch. XII : « Nous obéirons bien plus au Père des esprits ; » nous lui devons cette obéissance pour trois choses. La première, c’est à cause de son domaine souverain. Il est écrit dans l’Exode, ch. XXIV : « Lui-même est le Seigneur; nous ferons tout ce que le Seigneur a dit, et nous lui obéirons. » La seconde, c’est à cause de l’exemple, parce que le Fils de Dieu a été obéissant jusqu’à la mort, ainsi qu’il est dit, Epître aux Philippiens, ch. II : a La troisième, c’est l’avantage que nous y trouvons. » Il est écrit au deuxième livre des Rois, ch. VI : « Je jouerai devant le Seigneur qui m ’a choisi. » Nous lui devons, quatrièmement, la patience quand il nous châtie. Il est écrit au livre des Proverbes, ch. III : « Mon fils, ne rejetez pas la correction du Seigneur, ne foiblissez pas quand il vous corrige. » Le Seigneur châtie, en effet, celui qu’il aime, et il se complaît en nous comme un père dans son fils.
Source du texte : Bibliothèque Saint Libère
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