Léon XIV, pape augustinien · Lire saint Augustin →

    Exercice de piété pour les malades et moribonds · Saint Jean Eudes

    Dispositions chrétiennes pour faire bon usage des maladies

    __Col. III, 4.__

    EXERCICE DE PIÉTÉ

    très utile et très important, tant pour les malades et moribonds, que pour ceux qui les

    assistent.

    Lorsqu'on est malade, spécialement d'une maladie périlleuse ou mortelle, il est très nécessaire d'avoir quelqu'un qui ait la capacité, la piété et l'expérience requise pour aider le malade à rendre à Dieu ses devoirs dans l'état où il est, à en faire bon usage, et à se préparer à bien mourir, s'il plaît à sa divine Majesté de l'appeler.

    Mais, s'il manque d'un homme qui lui rende ce bon office, il est bon qu'il se fasse lire les choses suivantes, non pas tout d'un coup, mais peu à peu, afin de les réduire en pratique le mieux qu'il lui sera possible.

    Ceux qui assistent les malades pourront aussi s'en servir, pour les leur faire pratiquer.

    DISPOSITIONS CHRÉTIENNES qui sont nécessaires pour faire bon usage des maladies que Dieu nous envoie.

    Pour rendre à Dieu l'honneur que nous lui devons dans nos maladies, et pour en faire le saint usage qu'il désire de nous il est très utile et très important de bien pratiquer ce qui suit, à savoir:

    l. S'humilier devant Dieu, reconnaissant que nous avons mérité, par nos péchés, toutes sortes de peines de corps et d'esprit.

    2. Adorer la très sainte Volonté de Dieu, qui dispose et ordonne toutes les choses qui nous arrivent, en la meilleure manière qui puisse être; et nous soumettre et abandonner entièrement et de tout notre coeur à tout ce qu'il lui plaira faire de nous, pour la santé et pour la maladie, pour la vie et pour la mort, pour le temps et pour l'éternité.

    3. Adorer Notre-Seigneur Jésus-Christ dans ses souffrances et dans les saintes dispositions avec lesquelles il les a portées; et nous donner à lui pour souffrir en son esprit, c'est-à-dire dans un esprit d'amour vers Dieu, de soumission à sa divine volonté, d'obéissance aux médecins et à ceux qui nous gouvernent, de dégagement de nous-même, et de patience et tranquillité.

    4. Protester à Notre-Seigneur que nous voulons que toutes les assistances et services que l'on nous rendra soient, non pas pour nous qui ne méritons point d'être servis, ni même regardés, mais pour lui qui seul est infiniment digne d'être aimé et servi de tout le monde.

    5. Prier notre Sauveur qu'il fasse pour nous tout l'usage que nous devons faire de notre maladie, lui donnant notre volonté à cette intention, et le suppliant d'unir nos douleurs avec les siennes, et de les offrir à son Père pour les mêmes intentions pour lesquelles il lui a offert les siennes.

    6. Prier la très sainte Vierge, nos bons Anges et nos Saints de suppléer à nos défauts, et de faire pour nous devant Dieu tout ce que nous devons faire pour lui rendre nos devoirs en cette occasion.

    7. Renouveler souvent ces actes, non pas tous à la fois, mais tantôt l'un, tantôt l'autre.

    8. Lorsque la maladie est une fièvre continue ou quelque autre mal notable, se confesser et communier dès le second ou troisième jour.

    9. Quand il y a péril de mort, demander de bonne heure les derniers Sacrements. Et, pour se disposer à les recevoir, se faire lire ce qui est écrit sur ce sujet au quatrième et cinquième jours de la Préparation à la mort, qui est à la fin du livre du Royaume de Jésus.

    10. Prier quelqu'un ou plusieurs de faire pour nous les exercices de cette préparation, qui sont dans le livre susdit.

    11. Se faire lire le dernier chapitre du même livre, afin de se servir, autant que l'on pourra, des avis et des pratiques qui y sont.

    12. Se faire lire aussi les protestations suivantes, afin d'en faire usage, selon le pouvoir et la grâce que Dieu nous en donnera.

    PROTESTATIONS CHRÉTIENNES qui comprennent les Dispositions requises pour mourir chrétiennement,

    et que l'on peut faire pratiquer à un malade, non pas tout de suite, mais à diverses fois, s'accommodant à sa disposition, et lui parlant en cette manière:

    Voici, mon cher frère, plusieurs protestations chrétiennes que je vais lire et faire en votre nom et pour vous; et je supplie de tout mon coeur votre bon Ange, tous les Anges, tous les Saints et la très sacrée Vierge de les faire aussi avec moi pour vous.

    Voulez-vous pas donner maintenant votre coeur et votre volonté à Notre-Seigneur, pour consentir et adhérer à ces saintes protestations, et pour entrer dans les dispositions qui y sont marquées ?

    Si le malade était incommodé en entendant prononcer ces choses tout haut, il faudrait les dire tout bas; pourvu qu'il y consente et qu'il dise Ainsi-soit-il, c'est assez.

    I. - Protestation de foi.

    Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Moi, N... je proteste devant Dieu, devant sa très sainte Mère, devant tous les Anges, tous les Saints et toutes les créatures, que je veux vivre et mourir enfant de la sainte Église catholique, apostolique et romaine, dans la foi dont elle fait profession, et dans l'honneur et l'obéissance que je lui dois, renonçant pour jamais à toutes les erreurs et dérèglements qu'elle déteste; et étant prêt, moyennant la grâce de mon Dieu, de sacrifier mon sang et ma vie pour cette intention. Ainsi soit-il.

    II. - Protestation et reconnaissance de notre néant et de notre misère.

    Abaissé au-dessous de toutes les créatures, dont je suis la plus chétive et la plus ingrate, et abîmé dans le plus profond de mon néant, voire même au plus profond de l'enfer, qui est le lieu que j'ai mérité par mes péchés, je proteste, ô mon Dieu, que je reconnais en la face du ciel et de la terre, que je ne suis rien, que je n'ai rien, que je ne puis rien, et que de moi-même je n'ai jamais fait aucun bien, Nihil dignum in conspectu tuo egi. Je confesse que, de moi-même, je suis un abîme de péché, un vrai enfer et une source de toute sorte d'iniquité, et que j'ai mérité l'ire de Dieu et de toutes ses créatures, et les peines éternelles.

    Mais j'ai recours à vous, ô mon Jésus, qui êtes ma rédemption, mon salut, ma vie et mon tout. Ayez pitié de ma grande misère, selon votre immense miséricorde. Ainsi soit-il.

    III. - Protestation d'espérance.

    O mon très bon Sauveur, je proteste que je mets toute mon espérance, mon appui et ma confiance, non point en aucune chose que j'aie faite ou que je puisse faire, puisque je ne puis rien et n'ai rien de moi-même que perdition; mais en votre infinie miséricorde, en votre précieux sang, en votre sacrée passion, en votre sainte mort, et aux prières et mérites de votre bienheureuse Mère.

    O Jésus, je me confie totalement en votre immense bonté, et m'abandonne entièrement entre les bras de votre incompréhensible charité ! Faites que je ne sois pas confondu de mon attente: In te, Domine, speravit non confundar in aeternum. Ainsi soit-il.

    IV. - Protestation sur les promesses du Baptême.

    Grâces éternelles vous soient rendues, ô mon Dieu, de la faveur indicible que j'ai reçue de votre divine bonté, lorsque vous m'avez fait chrétien par le saint Baptême. Hélas ! j'ai été très infidèle dans les promesses que je vous ai faites si solennellement quand j'ai été baptisé. Je vous en demande pardon de tout mon coeur, et proteste que je renonce derechef de toutes mes forces à Satan et à toutes ses tentations, au péché, au monde et à moi-même; et que je me donne à vous de toutes mes affections, avec intention de ne vouloir plus être, ni vivre, ni faire, ni dire, ni penser, ni souffrir rien que pour votre pure gloire et pour l'accomplissement de votre très adorable volonté. Ainsi soit-il.

    V. - Protestation sur l'amende honorable qu'on doit faire à Dieu et à toutes ses créatures, avant que de partir de ce monde.

    Prosterné à vos pieds, ô mon Dieu, comme le plus ingrat, le plus infidèle et le plus coupable de tous les hommes, je m'accuse devant vous et en la face du ciel et de la terre, de vous avoir offensé en mille manières, par pensée, par parole, par action et par omission: et, en vous offensant, d'avoir offensé aussi toutes vos créatures.

    Je vous en demande pardon de tout mon coeur, et à elles aussi, et vous en fais amende honorable en toute l'humilité et repentance qu'il m'est possible; protestant que je suis prêt, moyennant votre grâce, de vous la faire et à toutes les choses que j'ai offensées, en la présence de tout le monde.

    Ayez pitié de moi, Seigneur, ayez compassion de l'ouvrage de vos mains. Ne regardez pas mes péchés, mais votre grande miséricorde et le précieux sang de votre Fils, que je vous offre en satisfaction de mes fautes. Pardonnez, ô Père divin, pardonnez, non pas à moi -- car je ne le mérite pas, -- mais à votre Fils bien-aimé qui s'est chargé de mes crimes, qui vous en a demandé pardon et qui en a porté la pénitence; laquelle je vous présente avec tous les mérites de sa très précieuse Mère, de tous vos Anges et de tous vos Saints, en réparation de mes iniquités que je déteste de tout mon coeur, parce qu'elles vous déplaisent infiniment; vous suppliant de me faire la grâce de mourir plutôt désormais que de vous offenser; et d'avoir agréable le peu que j'endure maintenant, avec le sacrifice que je vous fais de ma vie, (que j'accepte dès à présent) en hommage de votre divine Justice, et en satisfaction de mes offenses.

    Je vous demande aussi pardon, ô mon Seigneur Jésus, de tout le déshonneur que je vous ai rendu par mes péchés.

    Je vous demande pardon, ô Saint-Esprit, de tout l'empêchement que j'ai apporté aux grâces que vous aviez dessein de me donner, et du mésusage que j'ai fait de celles que vous m'avez données.

    Je vous demande pardon, ô Mère de Jésus, de toutes mes ingratitudes et infidélités. Je vous demande pardon, ô mon saint Ange gardien, ô bienheureux saint Gabriel, ô tous les Anges gardiens de cette Communauté, ô tous les autres Anges du paradis, ô bienheureux saint Joseph. ô saints Patriarches, ô saints Prophètes, ô saints Apôtres, ô saints Martyrs, ô saints Prêtres et Lévites, ô saints Confesseurs, ô saintes Vierges, ô saints Innocents, ô tous les autres Saints et Saintes du paradis,--je vous demande pardon, dis-je, de tout ce que j'ai fait qui vous a été désagréable.

    Et pour réparation et satisfaction, je vous offre, ô mon Jésus, le Coeur très adorable de votre Père éternel, et celui de votre glorieuse Mère. Je vous offre, ô Saint-Esprit, la vie et les vertus, la passion et la mort de mon Sauveur.

    Je vous offre, ô Mère de Jésus, le Coeur très aimable de votre Fils bien-aimé1.

    J'offre ce même Coeur à mon saint Ange gardien, à saint Gabriel, à saint Joseph et à tous les autres Anges et Saints du paradis.

    Enfin, je demande encore pardon à toutes les personnes qui sont en ce monde, que j'ai offensées en quelque façon que ce soit, et spécialement je demande pardon à toute la communauté des mauvais exemples que j'ai donnés. Et je supplie Notre-Seigneur de suppléer à tous mes défauts, et de réparer toutes mes offenses, me donnant à lui pour faire et souffrir tout ce qu'il lui plaira à cette intention. Ainsi soit-il.

    VI. - Protestation sur l'Adoration qu'il faut rendre à Dieu avant que de mourir.

    Vous ne m'avez mis au monde, ô mon Créateur, que pour vous adorer et glorifier. Et cependant, depuis que j'y suis, je n'ai pas encore commencé à vous rendre ces devoirs comme il faut. Donnez-moi la grâce, ô mon Dieu, de le faire, avant que je meure, selon toute la perfection que vous demandez de moi.

    À cette fin, je me donne de tout mon coeur à l'esprit de votre Fils Jésus qui est mon chef, et en cet esprit, je vous adore, vous loue et vous glorifie, ô mon Dieu, selon tout ce que vous êtes en vous-même, c'est-à-dire en votre divine essence, en vos divins attributs et en vos trois Personnes éternelles; et selon tout ce que vous êtes hors de vous-même et dans toutes vos oeuvres, c'est-à-dire dans l'Humanité adorable de mon Sauveur, dans tous les mystères de sa vie, dans sa très sainte Mère, dans toute son Église triomphante, militante et souffrante, et dans toutes les autres créatures du ciel, de la terre et de l'enfer.

    Je vous offre toutes les adorations, louanges et honneurs qui vous ont été et seront rendus par Jésus-Christ mon Seigneur, et par tous ses membres. Et je proteste, ô mon Dieu, que je désire, moyennant votre grâce, que tout ce qui est en moi soit sacrifié à votre louange et à votre gloire éternelle. Ainsi soit-il.

    VII. - Protestation sur les Remerciements qu'il faut rendre à Dieu et à toutes ses créatures, avant que de partir de cette vie.

    O mon Dieu, que de grâces j'ai reçues de votre infinie bonté depuis que je suis au monde! que de grâces naturelles, que de grâces surnaturelles! Que de faveurs vous m'avez faites par votre Fils Jésus-Christ, par les sacrements de votre Église, par l'entremise de la très sainte Vierge, de mon bon Ange, de vos autres Anges, de tous vos Saints et de plusieurs autres de vos créatures ! Que vous rendrai-je pour tant d'effets de votre incompréhensible charité? Hélas ! jusqu'ici je ne vous ai rendu que des ingratitudes et outrages. Que le ciel et la terre vous demandent pardon pour moi ! Que toutes les créatures de la terre et du ciel vous rendent grâces pour moi !

    Je vous remercie, ô Père de Jésus, et vous offre toutes les actions de grâces qui vous ont été et seront rendues par votre Fils bien-aimé. Je vous remercie, ô Jésus, et vous offre en action de grâces toute la gloire que votre Père vous a donnée.

    Je vous remercie, ô Saint-Esprit, et vous offre en action de grâces toutes les louanges que vous recevez sans cesse du Père et du Fils.

    Je vous remercie, ô très sacrée Vierge, qui êtes la trésorière de la très sainte Trinité, par les mains de laquelle ont passé toutes les faveurs que j'en ai reçues; et je vous offre en action de grâces le Coeur très aimable de mon Jésus.

    Je vous remercie, ô mon saint Ange gardien et tous les autres Anges gardiens de cette Communauté. Je vous remercie, ô bienheureux saint Michel et saint Gabriel. Je vous remercie, ô tous les autres Anges du paradis.

    Je vous remercie, ô bienheureux saint Joseph. Je vous remercie, ô saints Patriarches, saints Prophètes, saints Apôtres, saints Martyrs, saints Prêtres et Lévites, saints Confesseurs, saintes Vierges, saints Innocents et tous les autres Saints et Saintes du paradis. Et en action de grâces, je vous offre à tous et à chacun en particulier le Coeur très adorable de mon Sauveur, source de toute charité, de toute reconnaissance et de tout bien.

    Enfin je proteste que je veux que toutes les parties de mon corps et de mon âme soient autant de langues qui louent et qui bénissent éternellement la très sainte Trinité, l'Humanité adorable de mon Sauveur, la très glorieuse Vierge sa Mère, tous les Anges et tous les Saints et Saintes du paradis.

    Je remercie aussi toutes les personnes qui sont encore en ce monde, qui m'ont témoigné quelque charité ou qui en ont eu la volonté; et je supplie Notre-Seigneur d'être lui-même leur récompense, et de me rendre digne de le prier pour eux dans le ciel. Ainsi soit-il.

    Source du texte : Bibliothèque Saint Libère

    Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.

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