Léon XIV, pape augustinien · Lire saint Augustin →

    Entretiens intérieurs de l'âme chrétienne avec son Dieu · Saint Jean Eudes

    Troisième entretien : De la dignité et sainteté de notre fin

    De la dignité et sainteté de notre fin.

    Quelle est la fin pour laquelle Dieu nous a créés ? C'est la même que celle des Anges. Dieu a mis l'homme en la terre pour y faire ce que les Anges font au ciel. C'est pourquoi, étant associés avec les Anges, et étant créés pour être employés dans les mêmes fonctions que les Anges, à savoir pour adorer, louer, aimer et servir Dieu, et pour suivre en tout et partout sa très sainte volonté, nous devons vivre de la vie des Anges, et mettre toutes nos délices en l'accomplissement de ces choses. Mais, hélas ! si nous considérons notre vie, nous trouverons qu'au lieu d'imiter les Anges en leur pureté, en leur sainteté, en leur humilité, en leur charité, en leur amour, en leur soumission à la volonté de Dieu et en leur fidélité à son service, nous avons souvent suivi les démons en leur malignité, en leur orgueil, en leur envie et en leur désobéissance, en leur perfidie et rébellion contre Dieu; et qu'au lieu de nous être appliqués aux fonctions des Anges, nous avons fait les oeuvres des démons.

    Humilions-nous, détestons notre malice, renonçons pour jamais au prince des ténèbres. Entrons dans un grand désir de suivre les Anges et de commencer à faire en la terre ce que nous aurons à faire éternellement avec eux au ciel. Prions-les de nous associer avec eux dans les louanges qu'ils donnent continuellement à Dieu, et de nous faire participants de leur amour et de leur fidélité. II

    Dieu nous a mis en la terre pour la même fin pour laquelle il y a mis les saints Patriarches, les saints Prophètes, les saints Apôtres, les saints Martyrs, les saints Pasteurs et les [saints] Prêtres, et tous les autres Saints qui ont été ici-bas, et sont maintenant dans le ciel. C'étaient des hommes comme nous, composés de chair et d'os comme nous, fragiles comme nous, exposés aux mêmes périls et tentations que nous. Et nous sommes dans la même Église qu'eux, nous adorons le même Dieu, nous avons le même Sauveur et le même Médiateur, Jésus-Christ Notre-Seigneur; nous avons le même Évangile, les mêmes sacrements, la même foi, la même espérance, les mêmes promesses. Et celui qui les a sanctifiés a un désir infini de nous sanctifier, si nous n'y mettons point d'empêchement. Et cependant ils sont saints, et ils ont servi Dieu in sanctitate et justitia coram ipso omnibus diebus suis 11.

    « Tu excitas, ut laudare te delectet; quia fecisti nos ad te, et inquietum est cor nostrum donec requiescat in te. » August. Conf. I, 1.

    Luc. 1, 75.

    Et nous, que sommes-nous et que faisons-nous ? Oh ! que nous avons sujet de nous humilier ! Oh ! que dirons-nous au Fils de Dieu, lorsqu'au jour du jugement il nous montrera tous ses Saints qui ont été semblables à nous, et qu'il nous fera voir qu'il nous était beaucoup plus facile de le suivre avec eux, que de suivre ceux qui sont contraints maintenant de crier dans l'enfer: Nos insensati, erravimus a via veritatis, et ambulavimus vias difficiles 12 : « Ah ! insensés que nous sommes, nous avons quitté le chemin de la vérité, pour marcher par des chemins rudes et difficiles. »

    Prenons donc résolution de marcher par la voie des Saints, et de lire et étudier leur vie, spécialement la vie de ceux qui ont été de notre profession, afin de les imiter. Prions-les qu'ils nous obtiennent cette grâce.

    III

    Non seulement nous n'avons qu'une même fin avec les Anges, avec les Archanges, avec les Chérubins, avec les Séraphins, et avec tous les Saints; mais même nous n'avons qu'une même fin avec la Reine des Anges et des Saints, avec le Saint des Saints, Notre-Seigneur Jésus-Christ, et avec le trois fois Saint, c'est-à-dire avec Dieu et avec les trois Personnes divines. Car pourquoi est-ce que la très sainte Vierge et Notre-Seigneur Jésus-Christ ont été en la terre, sinon pour y honorer et glorifier Dieu, et pour l'y faire connaître et adorer? Et quelle est la fin de Dieu, sinon Dieu même ? Et quelle est la fin des trois Personnes divines, sinon leur divinité? Et quelle est leur plus grande et plus continuelle occupation, sinon de se louer, bénir, aimer et glorifier perpétuellement les unes les autres? Or n'est-ce pas pour cette même fin que Dieu nous a fait naître sur la terre, c'est-à-dire pour l'honorer et glorifier, et pour le faire connaître et servir aux autres, en toutes les manières qu'il nous est possible ? Si bien que nous n'avons qu'une même fin avec les Anges, avec les Séraphins, avec tous les Saints, avec la Mère de Dieu, avec l'Homme-Dieu et avec la très sainte Trinité.

    Oh ! que cette fin est noble ! Oh ! qu'elle est digne ! Oh ! quelle est sainte ! Oh ! que notre condition est relevée, d'avoir une fin si haute ! Oh ! que nous sommes heureux d'être faits pour chose si grande ! Oh ! que nous sommes misérables quand nous ravalons nos esprits et nos coeurs, nos pensées et nos affections dans la boue et dans l'ordure, dans la fumée et dans la folie des occupations basses, terrestres et mondaines des enfants du siècle ! Oh ! quelles obligations nous avons à notre Créateur, de nous avoir créés pour une fin si admirable, et de nous avoir donné une alliance si merveilleuse avec ses Anges, avec ses Saints, avec sa sainte Mère et avec soi-même ! Oh ! que notre vie doit être sainte ! Oh ! que la fin et l'intention de toutes nos pensées, paroles et actions doit être pure ! Et cependant la plupart des hommes vivent comme s'ils n'étaient faits que pour la terre, pour l'honneur, pour le bien, pour le plaisir, pour eux-mêmes, pour le monde, pour le diable, pour l'enfer.

    Et nous qu'avons-nous fait jusques à présent? Ayons horreur de nous-mêmes et de notre vie pleine de péchés. Cor in multis offendimus omnes 13 : « Tous tant que nous sommes nous offensons en beaucoup de choses. » Entrons dans un grand désir de nous convertir parfaitement à Dieu, et de ne vivre plus que pour tendre à notre fin et pour y acheminer les autres.

    ORAISON JACULATOIRE: Domine, quid mihi est in caelo, et a te quid volui super terram 14 ? Pour protester à Dieu que nous ne voulons plus rien que lui au ciel et en terre; que nous renonçons à tout le reste; et que nous désirons que toutes nos volontés et affections n'aient plus d'autre objet que Sap. V, 6-7.

    Jac. III, 2.

    Ps. LXXII, 25.

    lui seul.

    Source du texte : Bibliothèque Saint Libère

    Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.

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