Encyclique Mortalium animos (6 janvier 1928) · Pie XI
Encyclique Mortalium animos : De la véritable unité religieuse
AUX PATRIARCHES, PRIMATS, ARCHEVEQUES, ÉvÈQUES ET AUTRES ORDINAIRES DE LIEU, EN PAIX ET COMMUNION
AVEC LE SIÈGE APOSTOLIQUE
sur les moyens de réaliser la véritable unité de la religion.
PIE XI, PAPE VÉNÉRABLES FRÈRES, SALUT ET BÉNÉDICTION APOSTOLIQUE.
Jamais peut-être les âmes n'ont éprouvé pareil besoin de cette fraternité qui, en raison delà comumn.mté d'origine et de l'identité de nature, nous unit si étroitement les mis aux autres; jamais autant que de nos jours on ne les a vues s'efforcer de l'affermir, pour la mettre au service du bien public et de la société. Les nations, en effet, ne jouissent point encore pleinement des fruits de la paix; des ferments
ACTES DE &.
anciens ou nouveaux de discorde engendrent môme çà et là des révolutions ou des luttes intestines; cependant, les nombreux litiges qui intéressent la paix et la prospérité des peuples ne trouveront de solution que grâce à l'union et l'action concordante de ceux qui, placés à la tête des Etats, sont chargés d'en diriger la politique et d'en favoriser les progrès. C'est pourquoi — personne ne songeant plus à contester l'unité du genre humain — on comprend aisément que, poussée par ce sentiment de fraternité universelle, la majorité du genre humain soupire après l'union de plus en plus intime de tous les peuples.
C'est quelque chose d'approchant que d'aucuns s'efforcent d'introduire dans l'ordre établi par Notre Seigneur Jésus-Christ pour la Nouvelle Loi. Sachant parfaitement qu'il est extrêmement rare de rencontrer des hommes absolument dépourvus de sens religieux, ils nourrissent l'espoir qu'on pourrait facilement amener les peuples, en dépit de leurs dissidences religieuses, à s'unir dans la profession de certaines doctrines admises comme un fondement commun de vie spirituelle. En conséquence, ils tiennent des congrès, des réunions, des conférences fréquentés par un nombre assez considérable d'auditeurs; ils invitent aux discussions tous les hommes indistinctement, les infidèles de toute catégorie, les fidèles, et jusqu'à ceux qui ont le malheur de s'être séparés du Christ ou qui nient âprement et obstinément la divinité de sa nature et de sa mission. De pareils efforts n'ont aucun droit à l'approbation des catholiques, car ils s'appuient sur cette opinion erronée que toutes les religions sont plus ou moins bonnes et louables, en ce sens qu'elles révèlent et traduisent toutes également — quoique d'une manière différente — le sentiment naturel et inné qui nous porte vers Dieu et nous incline avec respect devant sa puissance. Outre qu'ils s'égarent en pleine erreur, les tenants de celte opinion repoussent du même coup la religion vraie; ils en faussent la notion et versent peu à peu dans le naturalisme et l'athéisme. Il est donc parfaitement évident que c'est abandonner entièrement la religion divinement révélée que de se joindre aux partisans et aux propagateurs de pareilles doctrines.
Une fausse apparence du bien peut plus facilement, alors qu'il s'agit de favoriser l'union de tous les chrétiens, entraîner quelques âmes. N'est-il pas juste — a-t-on l'habitude de dire, — n'est-ce pas même un devoir pour tous ceux qui invoquent le nom du Christ d'éviter les accusations réciproques et de s'unir enfin, de temps à autre, par les liens d'une mutuelle charité? Quelqu'un oserait-il affirmer qu'il aime le Christ s'il ne cherche de toutes ses forces à réaliser le vœu du Christ lui-même demandant à son Père que ses disciples soient un ? Et le Christ n'a-t-il pas encore voulu que ses disciples fussent marqués et ainsi distingués du reste des hommes par le signe de l'amour mutuel : C'est à cela que tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples si vous avez de l'amour les uns pour les autres. Plaise à Dieu — ajoute-t-on — que tous les chrétiens soient « un »; car, de la sorte, ils rejetteraient avec une efficacité beaucoup plus grande ce venin de l'impiété qui, en s'insinuant et se diffusant chaque jour davantage, prépare la ruine de l'Evangile.
Telles sont, parmi d'autres du même genre, les raisons que font valoir les panchrëiiens, ainsi qu'on les appelle. Il s'en faut d'ailleurs que ces hommes soient peu nombreux et rares; ils ont, au contraire, formé des organisations complètes et fondé partout des associations que dirigent le plus souvent des acatholiques, malgré leurs divergences personnelles en matière de vérités de foi. L'entreprise se poursuit d'ailleurs si activement qu'elle s'est acquis la faveur de milieux multiples, captant même la bienveillance de nombreux catholiques, attirés par l'espoir de réaliser une union conforme, semble-t-il, aux vœux de notre Mère la sainte Eglise, laquelle, de tout temps, n'a rien tant désiré que d'appeler et de ramener à elle ses enfants égarés. Mais sous les séductions de la pensée et la caresse des mots se glisse une erreur incontestablement des plus graves et capables de ruiner de fond en comble les assises de la foi catholique.
La conscience de Notre charge apostolique Nous interdit de permettre que des erreurs pernicieuses viennent égarer le troupeau du Seigneur. Aussi, Vénérables Frères, en appelons-Nous à votre zèle pour prévenir un pareil mal. Nous sommes, en effet, persuadé que, par vos écrits et par votre parole, chacun pourra faire facilement entendre et comprendre à ses fidèles les principes et les raisons que Nous allons exposer; les catholiques y puiseront une règle de pensée et de conduite pour les œuvres visant à rassembler, de quelque manière que ce soit, en un seul corps, tous ceux qui se réclament du nom de chrétien.
Dieu, Auteur de toutes choses, nous a créés pour le connaître et le servir; principe de notre existence, il a donc un droit absolu à nous voir le servir. Dieu aurait pu n'imposer à l'homme, comme règle, que la seule loi naturelle qu'il avait gravée dans son cœur en le créant, et dans la suite en régler les développements par sa Providence ordinaire; il a, cependant, jugé préférable d'y joindre des préceptes à observer, et, au cours des âges, c'est-à-dire depuis l'origine du monde jusqu'à la venue et la prédication du Christ Jésus, il a lui-
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même instruit les hommes des devoirs qui s'imposent à tout être raisonnable envers son Créateur : Après avoir, à plusieurs reprises et en diverses manières, parlé autrefois à nos pères par les Prophètes, Dieu, dans ces derniers temps, nous a parlé par le Fils.
Il en résulte qu'il n'est pas de vraie religion en dehors de celle qui repose sur la Révélation divine; cette Révélation, commencée à l'origine du monde, poursuivie sous la Loi ancienne, le Christ Jésus lui-même l'a parachevée dans la Loi nouvelle. Mais, du moment que Dieu a parlé — ce qu'atteste l'histoire, — il est évident que l'homme a l'obligation absolue de croire Dieu quand il parle et de lui obéir intégralement quand il commande. Afin jugement que nous travaillions à la fois à la gloire de Dieu et à notre propre salut, le Fils unique de Dieu a constitué sur terre son Eglise. Or, ceux qui se disent chrétiens ne peuvent pas ne pas croire, pensons-Nous, qu'une Eglise, et une Eglise unique, a été fondée par le Christ; mais si on leur demande ensuite quelle doit être, d'après la volonté de son Fondateur, cette Eglise, ils ne s'entendent déjà plus. Beaucoup d'entre eux, par exemple, nient que l'Eglise du Christ doive être une société visible, se présentant sous la forme d'un corps de fidèles unique, et faisant tous profession d'une seule et même doctrine tons un magistère et un gouvernement uniques; au contraire, l'Eglise visible n'est pas autre chose, à leur sens, qu'une fédération des différentes communautés chrétiennes, attachées à des doctrines différentes, parfois même contradictoires.
Notre-Seigneur Jésus-Christ, cependant, a institué son Eglise comme une société parfaite, ayant par sa nature même des caractères extérieurs et perceptibles à nos sens, ayant pour but de procurer dans l'avenir le salut du genre humain, sous la conduite d'un seul chef, par l'enseignement et la prédication, par l'administration des sacrements, sources de la grâce céleste; c'est pourquoi il l'a comparée à un royaume, une maison, un bercail, un troupeau. Après la mort de son Fondateur et des premiers Apôtres chargés de la propager, cette Eglise, si admirablement constituée, ne pouvait assurément ni périr ni disparaître, car elle avait reçu Je mandat de conduire, sans distinction de temps et de lieu, tous les hommes au salut éternel : Allez donc et enseignez toutes les nations. Dans l'accomplissement perpétuel de cette mission, l'Eglise pouvait-elle défaillir ou échouer, alors que le Christ lui-même lui accorde son assistance continuelle, en vertu de cette promesse solennelle : Voici que je suis avec vous jusqu'à la consommation des siècles ?
Il est donc nécessaire que non seulement l'Eglise du Christ existe aujourd'hui comme en tout temps, mais encore qu'elle demeure identique à celle des temps apostoliques, sinon il faudrait dire — ce qui est inadmissible — ou bien que Notre-Seigneur Jésus-Christ n'a pu accomplir son dessein, ou bien qu'il s'est trompé en affirmant que les portes de l'enfer ne prévaudraient jamais contre elle.
C'est le moment d'exposer et de réfuter une erreur qui est à la base de toute cette question et d'où procèdent l'activité et les multiples efforts des acatholiques pour confédérer, comme Nous l'avons dit, les églises chrétiennes. Les auteurs de ce projet ont en effet pris l'habitude de citer à tout propos cette parole du Christ : Que tous soient un. Il n'y aura qu'un seul bercail et qu'un seul pasteur, comme si, à leur avis, la prière et le vœu du Christ Jésus étaient demeurés jusqu'ici lettre morte. Ils soutiennent, en effet, que l'unité de foi et de gouvernement — qui est le caractère de l'unique et véritable Eglise — n'a jusqu'ici presque jamais existé et qu'elle n'existe pas davantage aujourd'hui; qu'on peut, à vrai dire, la souhaiter et la réaliser quelquefois par une commune entente des volontés, mais qu'il la faut néanmoins considérer comme une sorte d'utopie, ils ajoutent que l'Eglise en soi, de par sa nature, est divisée, c'est-à-dire constituée de très nombreuses églises ou communautés particulières, encore divisées, ayant bien quelques points communs de doctrine, mais différant les unes des autres pour tout le reste; chaque Eglise, d'après eux, jouit des mêmes droits, et c'est tout au plus si, de l'époque apostolique aux premiers Conciles œcuméniques, l'Eglise fut une et unique. Il faut donc, concluent-ils, oublier et écarter les controverses même les plus anciennes et les divergences de doctrine, qui continuent encore à les diviser aujourd'hui, et, avec les autres vérités doctrinales, proposer et établir une certaine règle de Toi commune; dans cette profession de foi, bien plus qu'ils ne le sauront, ils se sentiront de véritables frères; puis les diverses églises ou communautés une fois unies en une sorte de fédération universelle, il deviendra possible de lutter énergiquement et victorieusement contre les progrès de l'impiété.
Voilà, Vénérables Frères, ce que tous répètent. Il en est, cependant, qui déclarent et concèdent que le protestantisme a rejeté un peu trop inconsidérément certains dogmes ou certaines pratiques du culte extérieur, pourtant consolantes et utiles, tandis que l'Eglise romaine les garde encore. A vrai dire, ils se hâtent d'ajouter que cette Eglise elle-même s'est égarée et qu'elle a corrompu la religion primitive, en y ajoutant un certain nombre de doctrines moins étrangères que contraires à l'Evangile et en les imposant à la foi des fidèles; ils citent, parmi elles, en premier lieu, la primauté de juridiction attribuée à Pierre et à ses successeurs sur le siège romain. Dans ce nombre, quelques-uns, peu nombreux il est vrai, consentent à accorder au Pontife romain soit une primauté d'honneur, soit un certain pouvoir de juridiction ou d'autorité; toutefois, cette primauté ne serait pus de droit divin, mais résulterait en une certaine manière du consentement des fidèles; d'autres vont même jusqu'à souhaiter que leurs congrès, qu'on peut qualifier de bariolés, soient présidés par le Souverain Pontife en personne. Pourtant, si on rencontre bon nombre de ces acatholiques prêchant à pleine bouche une communion fraternelle dans le Christ Jésus, pas un d'entre eux ne songe à se soumettre au Vicaire de Jésus-Christ quand il enseigne, ou à lui obéir quand il commande. Néanmoins, ils affirment qu'ils traiteront volontiers avec l'Eglise romaine, mais sur un même pied, d'égal à égal; en réalité, s'ils le faisaient, sans aucun doute ils ne concluraient le pacte éventuel qu'avec la pensée de ne pas s'obliger à renoncer aux opinions qui précisément les maintiennent, aujourd'hui encore, dans leurs erreurs et leurs errements, hors l'unique bercail du Christ.
Dans ces conditions, il est évident que le Siège Apostolique ne peut sous aucun prétexte participer à leurs congrès et que les catholiques n'ont, à aucun prix, le droit de les favoriser par leur suffrage ou leur action; ce faisant, ils attribueraient de l'autorité à une religion fausse, entièrement étrangère à la seule Eglise du Christ. Est-ce que Nous pouvons tolérer — ce qui serait le comble de l'iniquité — que la vérité, surtout la vérité révélée, soit ainsi mise en discussion? En l'espèce, en effet, il s'agit de défendre la vérité révélée. Puisque c'est à toutes les nations, pour les instruire de la foi évangélique, que le Christ Jésus envoya ses Apôtres et que, par crainte de la moindre erreur de leur part, il voulut que le Saint-Esprit leur enseignât auparavant toute vérité, est-il admissible que, dans l'Eglise ayant Dieu lui-même pour chef et pour gardien, cette doctrine des Apôtres ait jamais complètement disparu ou subi quelque modification profonde? De plus si l'Evangile, d'après la déclaration explicite de Notre Rédempteur, se rapporte non pas seulement aux temps apostoliques, mais encore à tous les âges, comment admettre que l'objet de la foi soit devenu, avec le temps, tellement obscur, tellement incertain que les opinions même contradictoires puissent être aujourd'hui tolérées? S'il en était ainsi, il faudrait alors soutenir et que la descente du Saint-Esprit sur les Apôtres, et que la présence perpétuelle de ce même Esprit dans l'Eglise, et que la prédication de Jésus-Christ lui-même ont perdu, depuis bien des siècles, toute leur efficacité, toute leur bienfaisance — affirmation évidemment blasphématoire. Mais il y a plus : le Fils unique de Dieu a, d'une part, commandé à ses envoyés d'enseigner toutes les nations et, d'autre part, imposé à tous les hommes l'obligation de croire aux témoins préordonnés par Dieu Ce commandement, il l'a sanctionné par cette parole : Celui qui croit et sera baptisé sera sauvé; mais celui qui ne croit pas sera condamné. Or, ce double précepte du Christ —celui d'enseigner et celui de croire, en vue de la possession du salut éternel — ne peut s'observer et même se comprendre que si l'Eglise expose intégralement et publiquement la doctrine évangélique et si, dans cet exposé, elle est à l'abri de tout péril d'erreur. Aussi sont-ils encore des égarés ceux qui croient à l'existence, quelque part sur la terre, du dépôt de la vérité, mais qu'il faut dans sa recherche une telle somme de labeur, des études et des discussions si longues que pour la découvrir et s'en pénétrer la vie de l'homme y suffirait à peine. D'où cette conclusion que Dieu infiniment bon se serait fait entendre par les Prophètes et son Fils unique pour ne rendre sa révélation assimilable qu'à un petit nombre d'hommes d'un âge fort avancé, et nullement pour donner une doctrine de foi et un code de morale capables de diriger les hommes pendant tout le cours de leur vie mortelle.
Ces panchrétiens, par ailleurs, qui cherchent à fédérer les églises, semblent poursuivre le très noble dessein de développer la charité entre tous les chrétiens; mais comment imaginer que cet accroissement de la charité se fasse aux dépens de la foi? Personne n'ignore assurément que saint Jean lui-même, l'Apôtre de la Charité, celui qui, en son Evangile, dévoile, en quelque sorte, les secrets du Cœur Sacré de Jésus, celui qui ne cessait de rappeler à ses fidèles le précepte nouveau Aimez-vous les uns les autres, interdisait d'une façon absolue toute relation avec ceux qui ne professaient pas la doctrine du Christ entière et pure : Si quelqu'un vient à vous et n'apporte point cette doctrine, ne le recevez pas dans votre maison et ne le saluez même pas. Ainsi donc, puisque la charité a pour fondement une foi sincère et intègre, l'unité de foi doit être, par suite, le lien primordial unissant les disciples du Christ.
Comment, dès lors, concevoir la possibilité d'un pacte chrétien, dont les adhérents, même dans les questions de foi, auraient le droit de conserver leurs manières de voir et de penser, alors même qu'elles seraient en contradiction avec les opinions des autres? Par quelle formule, Nous vous le demandons, des hommes d'opinions contradictoires pourraient-ils se grouper dans une même et unique fédération chrétienne? Et, par exemple, les uns affirment que la Tradition sacrée est la source authentique de la Révélation, tandis que les autres le nient. Les uns pensent que lu hiérarchie ecclésiastique est, par la volonté divine, formée d'évêques, de prêtres et de ministres, les autres affirment qu'elle fut introduite peu à peu selon les circonstances et les époques. Les uns adorent dans la Très Sainte Eucharistie, grâce à cette merveilleuse transformation du pain et du vin qu'on appelle la transsubstantiation, le Christ réellement présent, les autres déclarent que le corps du Christ ne s'y trouve présent que par la foi ou par un signe et la vertu du Sacrement. Ceux-là reconnaissent à l'Eucharistie à la fois la nature de sacrifice aussi bien que de sacrement, ceux-ci n'y voient rien d'autre qu'un souvenir ou une commémoration de la dernière Cène. Certaine, jugent qu'il est bon et utile de croire que les Saints, et en particulier la Vierge Mère, règnent avec le Christ et qu'il faut donc les invoquer, les prier et entourer leurs images de notre vénération, d'autres prétendent que ce culte est illégitime, parce que contraire à l'honneur dû à Jésus-Christ, seul médiateur entre Dieu et les hommes.
En présence de ces profondes divergences d'opinion, Nous n'apercevons guère l'unité de l'Eglise, quand cette unité ne peut résulter que d'une règle unique de foi et d'une même croyance de tous les chrétiens. Par contre, Nous savons très bien qu'on aboutit par là à la négligence de la religion, c'est-à-dire à Vindifférmtisme et à ce qu'on dénomme le modernisme. Les malheureux qu'infectent ces erreurs soutiennent que la vérité dogmatique n'est pas absolue, mais relative, c'est-à-dire qu'elle doit s'adapter aux exigences variables des temps ¿i, des lieux et aux divers besoins des âmes, puisqu'elle n'est pas contenue dans une révélation immuable, mais doit, de par sa nature, s'accommoder à la vie des hommes.
Pour ce qui regarde les dogmes de foi, il est encore une distinction absolument illicite : celle qu'on a jugé bon d'introduire entre les articles appelés fondamentaux et non fondamentaux de la foi, les a¿>s devant être admis par tous et les autres pouvant être laissés au libre assentiment des fidèles. Or, la vertu surnaturelle de foi a pour objet formel l'autorité de Dieu révélant, autorité qui ne souffre aucune distinction de ce genre. C'est pourquoi tous les véritables disciples du Christ croient, par exemple, au mystère de l'Auguste Trinité de la même foi qu'au dogme de l'Immaculée Conception, à celui de l'incarnation de Notre-Seigneur et à celui du magistère infaillible du Pontife Romain, au sens, bien entendu, où l'a défini le Concile œcuménique du Vatican. Et, pour avoir été solennellement décrétées et sanctionnées par l'Eglise à des époques diverses et même toutes récentes, ces vérités n'en sont ni moins certaines, ni moins dignes de foi; n'est-ce pas Dieu qui les a toutes révélées?
Le magistère de l'Eglise, établi ici-bas d'après le dessein de Dieu pour garder perpétuellement intact le dépôt des vérités révélées et en assurer la connaissance aux hommes, s'exerce chaque jour par le Pontife Romain et les évêques en communion avec lui; mais il comporte encore, toutes les fois qu'il est nécessaire pour s'opposer plus efficacement aux erreurs et aux attaques des hérétiques ou développer avec plus de clarté ou de détails certains points de la doctrine sacrée, afin de les faire mieux pénétrer dans l'esprit des fidèles, la mission de procéder par décrets à des définitions opportunes et solennelles. Cet visage du magistère extraordinaire n'introduit aucune invention ni n'ajoute rien de nouveau à la somme des vérités contenues, au moins implicitement, dans la Révélation que Dieu a confiée en dépôt à l'Eglise; mais ou bien il proclame ce qui jusque-là pouvait paraître obscur à quelques esprits, ou bien il crée l'obligation de la foi sur un point qui, antérieurement, pouvait être pour certains l'objet de quelque discussion.
Ainsi comprend-on pourquoi, Vénérables Frères, ce Siège Apostolique n'a jamais permis à ses fidèles d'assister aux Congrès des acatholiques; l'union des chrétiens ne peut être procurée autrement qu'en favorisant le retour des dissidents à la seule et véritable Eglise du Christ, qu'ils ont eu jadis le malheur d'abandonner. Le retour, disons-Nous, à la seule et véritable Eglise du Christ, comme telle et bien visible à tous les regards, destinée enfin, par la volonté de son Auteur, à demeurer telle qu'il l'a lui-même instituée pour le salut commun des hommes. Car, jamais au cours des siècles, l'Epouse mystique du Christ n'a été souillée; elle ne le sera jamais non plus au témoignage de saint Cyprien : « L'Epouse du Christ ne peut être déshonorée; elle est incorruptible et pure. Elle ne connaît qu'une seule demeure et, par sa chaste réserve, conserve intacte la sainteté d'un seul foyer. » Le saint martyr s'étonnait encore vivement, et à bon droit, qu'on pût s'imaginer « que cette unité, fruit de la stabilité divine, consolidée par les sacrements célestes, fût exposée à se briser sous le choc de volontés discordantes ». Le corps mystique du Christ, c'est-à-dire l'Eglise, est unique, homogène et parfaitement articulé, à l'instar d'un corps physique; il est donc illogique et ridicule de prétendre que le corps mystique puisse être formé de membres épars isolés les uns des autres; par suite, quiconque ne lui est pas uni ne peut être un de ses membres, ni soudé à sa tête, qui est le Christ.
Dans cette unique Eglise du Christ, personne ne s'y trouve et personne n'y demeure à moins de reconnaître et d'accepter, avec obéissance, l'autorité et la puissance de Pierre et de ses légitimes successeurs. Est-ce qu'ils n'ont pas obéi à l'Evêque de Rome, Pasteur souverain des âmes, les ancêtres de ceux qui aujourd'hui professent les erreurs de Photius et des novateurs? Des (ils ont, hélas! déserté la maison paternelle sans que pour cela la maison s'effondre, car elle avait l'appui de l'assistance divine. Qu'ils reviennent donc au Père commun; oubliant les insultes proférées jadis contre le Siège Apostolique, il les accueillera avec toute sa tendresse. Si, comme ils le répètent, ils n'ont d'autre désir que de se joindre à nous et aux nôtres, pourquoi ne pas s'empresser de venir à cette Eglise « mère et éducatrice de tous les fidèles du ChrM »? Qu'ils écoutent la voix de Lactance s'écriant : « Seule... l'Eglise catholique conserve le culte véritable. Elle est la source de vérité, la demeure de la foi, le temple de Dieu; qui n'y entre point ou qui en sort perd tout espoir de la vie et du salut. Que personne ne se laisse aller à d'opiniâtres contestations. C'est une question de vie et d* salut; si l'on n'y veille attentivement et prudemment, c'est la perte et la mort. »
En définitive, c'est au Siège Apostolique fondé en cette ville, consacré par le sang des Princes des Apôtres, Pierre et Paul, c'est à ce Siège, d i s o D S - Nous, « fondement et générateur de l'Eglise catholique », que doivent revenir les fils séparés. Qu'ils y reviennent, non avec la pensée et pas même avec l'espoir que l'Eglise du Dieu vivant, colonne et soutien de la vérité, sacrifiera l'intégrité de la foi et subira leurs erreurs, mais, bien au contraire, avec l'intention de se soumettre à son magistère et à son gouvernement. Plaise à Dieu que cet heureux événement, que tant de Nos prédécesseurs n'ont pu voir, Nous en soyons favorisé, et que ces enfants, dont Nous pleurons l'éloignement par suite de funestes conflits, Nous puissions les accueillir d'un cœur paternel; que le Sauveur Notre Dieu, dont la volonté est que tous les hommes soient sauvés et parviennent à lu connaissance de la vérité, daigne Nous entendre quand Nous le supplions de toutes nos forces de bien vouloir ramener à l'unité de l'Eglise toutes ces âmes errantes. En cette question on ne peut plus grave Nous faisons appel et Nous voulons qu'on recoure à l'intercession de la Bienheureuse Vierge Marie, Mère de la divine grâce, triomphatrice de toutes les hérésies, auxiliatrice des chrétiens, afin qu'elle Nous obtienne de voir briller au plus tôt ce jour si désiré où tous les hommes entendront la voix de son divin Fils en demeurant fidèles à l'unité de l'Esprit dans les liens de la paix.
Vénérables Frères, vous savez maintenant combien ce vœu Nous est cher; Nous désirons aussi que tous Nos dis le sachent : non pas seulement Nos fils catholiques, mais encore tous ceux qui vivent séparés de Nous; pour ces derniers, s'ils implorent dans une humble prière les lumières célestes, nul doute qu'ils ne reconnaissent la seule et véritable Eglise de Jésus-Christ et qu'ils viennent enfin s'unir à nous dans les liens d'une charité parfaite. Confiant dans cet espoir, et comme gage des faveurs divines, ainsi qu'en témoignage de Notre bienveillance paternelle, Nous vous accordons de tout cœur à vous, Vénérables Frères, à votre clergé et à vos fidèles, la Bénédiction Apostolique.
Donné à Rome, près Saint-Pierre, en la fête de l'Epiphanie de Notre-Seigneur Jésus-Christ, le 6 janvier 1928, la sixième année de Notre Pontificat.
PIE XI, PAPE.
LITTERAE APOSTOLICAE
abolito magno magisterio Ordinis equestris S. Sepulchri, opus a Praeservatione Fidei in Locis Sanctis atque Ordo equestris S. Sepulchri uniuntur sub unico regimine Patriarchae Hierosolymitani pro tempore rectorís atque administratoris perpetui eiusdem Ordinis.
PIUS PP. XI Ad perpetuam rei memoriam.
Source du texte : Bibliothèque Saint Libère
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