Constitutions pour les Sœurs religieuses de la Visitation · Saint François de Sales
Constitutions VI à XV : De l’employ du jour et de la vie commune
De Pemploy du jour, dés la feste de Pasques jusques à celle
de sainct Michel.
Depuis les cinq heures du matin, jusques à huict : Premièrement, les Sœurs se lèveront à cinq heures. Secondement, à cinq heures et demie, elles s’assembleront au chœur, et après l’adoration du Sainct-Sacrement, on relira les poincls de la méditation, on dira le Veni, Sancte Spiritus, puis on entrera en l’Orayson mentale, jusques à six heures et demie. Tiercement, elles diront Prime. Quatriesmement, laquelle estant finie, elles se retireront pour ce qui leur aura esté ordonné.
Depuis huict jusques à dix : 1° à huict heures on chante Tierce; 2° puis on dit Sexte; 3° qui est suivi de la Messe; 4° et la Messe, de None; 5° à la fin de laquelle on fait l’examen durant un Miserere; 6° et le reste du temps, les Sœurs se retirent à faire ce qui leur convient.
Depuis dix jusques à midy : 1° à dix heures on prendra la refection; 2° qui est suivie de la récréation jusques à midy; 3° puis on prend les obeyssances.
Depuis midy jusques à trois heures : 1° à midy les Sœurs se retirent en silence piur faire leurs ouvrages; 2“ et après avoir pris le repos de demie-heute, si bon leur semble; 3° à deux heures feront demie-heure de lecture en particulier, parmy laquelle si quelqu’une se sent attirée à l’orayson, qu’elle suive volontiers l’attraict, pourveu qu’elle lise suffisamment pour contribuer à l’entretien d’apres Vespres.
Depuis trois heures jusques à six : 1° à trois heures se disent Vespres ; 2° après lesquelles on fait l’assemblée, en laquelle les Sœurs favsant leurs ouvrages s’entretiennent de leurs lectures jusques à Complies ; 3° qui se disent à cinq heures; 4® qui sont suivies des Litanies ; 5° et les Litanies, de demie-heure d’orayson mentale ; 6° puis les Sœurs sont en liberté de relascher un peu leur esprit par quelque exercice exterieur observant toutesfois le silence.
Depuis six heures jusques à dix : 1° à six heures ou environ on prendra la refection ; 2° suivie de la récréation ; 3° après laquelle on prend les obeyssances; 4° à huict heures et demie on sonne Matines, et le grand silence commence ; 5° un quart d’heure après on dit Matines et Laudes ; 6® qui sont suivies de l'examen de conscience; 7° et l’examen de la lecture des poincts à mediter; 8° après quoy toutes les Sœurs se retirent pour estre toutes couchées à dix heures préciseraient.
Mais és festes, outre l’orayson ordinaire, les Sœurs non occupées à quelque office pourront, si bon leur semble, faire demieheure d’orayson après la Messe ou None, et une autre demieheure entre la récréation du disner et Vespres.
En tout tems on sonnera Y Ave Maria du soir entre jour et nuict, et dés lors ne sera plus loysible de demeurer au parloir, ny d’ouvrir la porte, sinon pour quelque chose pressante, qui ne puisse estro bonnement differée.
CONSTITUTION VII.
De l'employ du jour, dés la feste de sainct Michel
jusgues à Pasques. P r e m iè re ment, elles se lèveront seulement à cinq heures et
demie ; 2° elles entreront à l’orayson depuis six jusques à sept heures ; 3° Prime se dira. A huict heures et demie se diront les Heures, suivies de la Messe et de None. A dix heures et demie on disne. La récréation suit jusques midy et demv qu’on entre en silence. Tout le reste se prattique comme il est dit au chapitre precedent.
CONSTITUTION VIII. En Caresme.
Tout se fait comme dessus, honnis qu’on dit Vespres à dix heures et demie, qui sont suivies de l’examen, et que la lecture ne se fait qu'à trois heures, et l’assemblée à quatre, et qu’après Complies, qui se disent à l’heure ordinaire, on chante le Stabat, suivy des Litanies.
CONSTITUTION IX. Des deux obeyssances journalières.
Apres la récréation du disner, toutes se présenteront devant la Supérieure, qui leur ordonnera ce qui se devra faire jusques au soir, ët de mesme après la récréation du soir, elle leur des-- partira les choses à faire jusques au disner du jour suivant. Que s’il n’y a rien à commander, elle leur commandera la mutuelle dilection des unes envers les autres, avec la saincte paix de Nostre-Seigneur.
Apres cela, les Sœurs qui ont les charges de la mayson pourront demeurer avec la Supérieure, pour l’advertir des choses requises, dont on ne doit point parler devant les autres, affin de laisser leur esprit en tranquillité.
CONSTITUTION X. Du Silence.
Le premier silence se fait dés le premier son des Matines, jusques après Prime du jour suivant. Le second, dés qu’on a sonné le Benedicite, jusques à la récréation du disner. Le troisiesme, dés la récréation jusques à Vespres. Le quatriesme, dés qu’on a sonné Complies, jusques à la récréation du souper.
Mais és jours de jeusne, le silence s’observera dés Tierce, jusques à la récréation du disner, et dés la re.creation jusques à trois heures.
Et faut noter, qu’en tout tems le silence s’observe au chœur, au dortoir, et au refectoire, sans que l’on y puisse parler que pour des occasions nécessaires; et de plus, que l’on peut lousjours parler à la Supérieure, et les Novices à leur Maistresse, quand il est requis.
CONSTITUTION XI. De la variété du chant.
Prime se dit à droicte voix ; 2° Tierce, avec inflexion de chant ; 3° Sexte, à droicte voix; 4° None, à droicte voix, hormis és dimanches et grandes festes, et és jours des Apostres, qu’elle se chante avec inflexion; 5° Vespres ordinairement à droicte voix, hormis le Magnificat, qui se dit en tout tems en chant, excepté en Caresme; mais és dimanches et festes commandées, toutes les Vespres se chantent; 6° Complies se dit à droicte voix en tout tems, hormis l'Antienne de Nostre-Dame, qu’on dit à la fin, qui se chante, et le Nunc dimittis, aux grandes festes; 7° Matines et Laudes à droicte voix, hormis és grandes fesles que l’on chante l’Invitatoire, le Te Deum laudamus, et Benedictus, avec son Antienne. Es processions esquelles on chante les Hymnes, on chantera par 1’inQexion ordinaire; mais en celles esquelles on chante les Litanies, on pourra parfois varier le chant, comme il est porté par le Directoire. Au reste, on ne tirera jamais les Sœurs de l’Office, ny de l’Orayson, sans quelque grande et pressante occasion. Que si on les en tire, elles reprendront tant qu’il se pourra, en quelque autre teins, le loysir de faire l’exercice qu’elles auront laissé.
CONSTITUTION XII. Des Assemblées.
Les Sœurs s’assembleront, I o à l'Office; 2° à l’Orayson mentale; 3° au Chapitre; 4° à la refection; 5° aux récréations; 6° aux entretiens des lectures; 7° extraordinairement quand la Supérieure l’ordonnera.
CONSTITUTION XIII. Des récréations et conversations des Sœurs.
Les Sœurs demeureront ensemble és récréations, et faysant leurs ouvrages s’entretiendront de quelques propos aggreables, et sainclement joyeux, avec paix, douceur, et simplicité, et pourront mesme parler les unes avec les autres en particulier; en telle sorte neantmoins qu’elles ne soient pas moins de quatre ou cinq qui se puissent entendre les unes les autres, sans toutesfois dire des choses messeantes et inciviles, nv railler, ou dire parolles de mespris sur le subjet des nations, provinces, ou naissances.
Es autres conversations, elles tascheront de parler utilement, sainctement et modestement.
Elles ne joueront point, ny auront dans la mayson aucun oyseau, ny animal de passe-tems, comme escuirieux1, petits chiens, et autres telles bestes d’amusement inutile.
CONSTITUTION XIV. Des ouvrages.
Les ouvrages que les Sœurs prendront à faire des gens de dehors seront receus par la Supérieure, ou celle qu’elle députera, sans qu’aucune autre ayt soing de cela. La mayson ne fournira jamais la matiere d’aucune besongne, afûn qu’il ne semble au monde qu’on veüille faire trafic de marchandise. Le prix du travail sera purement remis en commun, et ne sera proposé ny demandé que fort charitablement et amyablement, non exactement et chèrement. Elles ne se mesleront point des affaires du monde, ne prenant aucune commission de vendre, ny d’achepter pour les estrangers et gens de dehors.
Au demeurant, elles ne feront aucune besongne pour la vanité, comme seroit laver des gants, faire des frisons, des fards, et choses semblables.
On ne dira point quelles sont celles d’entre les Sœurs qui font les ouvrages, ny aux Sœurs, à qui sont les ouvrages qu’elles font; ains seront rendus par quelque Sœur deputée à cela.
Et bien que toutes les Sœurs soient obligées de faire les ouvrages qui leur sont donnez, ave'c grande fldellité et diligence, si est-ce que, pour esviter toutes sortes d’empressemens, et laisser aux Sœurs la liberté de s’appliquer à l’orayson intérieure, et ne point suffoquer l’esprit de dévotion par une trop grande contraincte de s’employer aux ouvrages, la Supérieure ne prefigera2 point aucun terme aux Sœurs, dans lequel leurs ouvrages soient achevez; ains laissera cela à leur diligence et souplesse spirituelle; de laquelle pourtant, en cas qu’elle les vid nesgligentes et paresseuses, elle les advertira, ou fera advertir.
CONSTITUTION XV. De la façon de parler avec les estrangers.
Quand il est requis que les Sœurs parlent à ceux de dehors la mayson, on observera que celle qui doit parler soit assistée d’une autre qui puisse ouyr ce qui se dira, sinon que pour quelque respect, la Supérieure treuve bon que la Sœur qui parle soit veüe et non ouye par celle qui l’assistera, laquelle en ce cas se retirera à part, faysant quelque ouvrage, ou si c’est jour de feste, lisant quelque livre, ou faysant quelque orayson, et cependant prendra garde aux parolles (si elle doit ouyr) et aux contenances de la Sœur, affin d’en rendre compte à la Supérieure.
Au reste, les Sœurs prendront garde de n’ouyr ny dire des parolles inutiles, coupant court en toute sorte de devis, si ce n’est en ceux qui regardent le bien spirituel.
Elles tiendront le voile baissé devant les hommes, sinon que la Supérieure les en dispense.
On donnera plus aysement dispense aux Novices de parler à leurs pere et mere, freres et sœurs, oncles et tantes, mesme à visage descouvert; comme au contraire, on les exemptera, tant qu’il se pourra bonnement faire, de parler à tous autres.
Les Sœurs ne toucheront point la grille en parlant; ains s’en tiendront un peu esloignées, si elles n’ont permission de faire autrement.
Source du texte : Bibliothèque Saint Libère
Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.