Léon XIV, pape augustinien · Lire saint Augustin →

    Constitutions des religieuses de Notre-Dame de Charité · Saint Jean Eudes

    Constitution I : De la fin de cet Institut, et des motifs qui doivent porter celles qui le professent à en faire de bon cœur les fonctions

    Du monastère de Notre-Dame de Charité de Caen, avec l'approbation de Monseigneur Messire François de Nesmond, conseiller du roi en ses conseils, évêque de Bayeux, en conséquence de l'autorisation et confirmation du dit monastère par notre S. Père le Pape Alexandre VII.

    CONSTITUTION I

    DE LA FIN DE CET INSTITUT, ET DES MOTIFS QUI DOIVENT PORTER CELLES

    QUI LE PROFESSENT À EN FAIRE DE BON COEUR LES FONCTIONS.

    Comme il y a plusieurs demeures en la maison du Père céleste, aussi y a-t-il diverses familles et plusieurs offices différents. Entre ces familles sont les Congrégations et Communautés religieuses, qui ont chacune leur emploi et leur office particulier, conformément à la fin spéciale pour laquelle elles sont instituées. Car, encore qu'elles n'aient toutes qu'une même fin dernière et générale, qui est de servir et glorifier Dieu par la pratique des conseils évangéliques: néanmoins chacune s'en prescrit une qui lui est propre et singulière, suivant le dessein particulier de son Institut.

    Telle est la Congrégation des Filles Religieuses de Notre Dame de Charité, dont la fin générale et qui lui est commune avec toutes les autres Congrégations qui sont dans l'Église, est de servir et honorer Dieu par l'observance exacte des saints voeux de Pauvreté, de Chasteté et d'Obéissance, et par une imitation parfaite de toutes les autres vertus de Notre-Seigneur et de sa très sainte Mère. Mais sa fin propre et particulière, et qui la distingue d'avec les autres, c'est d'imiter autant qu'elles peuvent, moyennant la divine grâce, la très ardente charité dont le très aimable Coeur de Jésus Fils de Marie, et de Marie Mère de Jésus, est embrasé au regard des âmes créées à l'image et semblance de Dieu, et rachetées du précieux sang de son Fils, s'employant de tout leur coeur, par l'exemple d'une sainte vie, par la ferveur de leurs prières et par l'efficace de leurs instructions, à la conversion des filles et femmes qui sont tombées dans le désordre d'une vie licencieuse, et qui, étant touchées de Dieu, veulent sortir de l'état du péché, pour faire pénitence sous leur conduite, et pour apprendre plus facilement les moyens de servir sa divine Majesté et de se sauver. Car, comme, dans l'Église de Dieu, il y a des Religieuses hospitalières, qui sont destinées pour avoir soin des corps malades: de même, il est bien nécessaire qu'il y ait des Religieuses dont les monastères soient comme des hôpitaux, pour y recevoir les âmes malades, et pour travailler à leur faire recouvrer la santé spirituelle; et comme il y a des Religieuses Ursulines, dont le but principal est de s'employer à introduire la crainte de Dieu dans les âmes innocentes: aussi il est très important qu'il y en ait qui aient pour fin particulière de travailler à rétablir cette même crainte dans les âmes pénitentes. Mais, afin de s'appliquer avec plus d'affection et de courage aux fonctions de ce saint Institut, il est nécessaire que celles qui le suivent considèrent souvent les vérités suivantes:

    A savoir,

    1. Que c'est le plus digne service et le plus grand honneur qu'elles puissent rendre à Dieu, et l'oeuvre la plus agréable à sa divine Majesté qu'elles puissent faire, parce qu'il n'a rien tant à coeur que le salut des âmes.

    2. Que c'est une oeuvre qui contient en soi par excellence toutes les autres bonnes oeuvres, tant corporelles que spirituelles, qui se peuvent pratiquer: parce que celles-ci ne sont toutes que des moyens pour parvenir à celle-là comme à leur fin.

    3. Qu'une âme vaut mieux qu'un monde, et par conséquent, que de lui prêter la main pour la retirer de l'abîme du péché, est chose plus grande que de créer un monde tout entier, et de le tirer du néant à l'être; et que régir et conduire une âme dans les voies spirituelles de la grâce, c'est chose plus excellente que de gouverner un monde dans les choses temporelles. 4. Qu'une seule âme est plus précieuse devant Dieu que tous les corps qui sont en l'univers; et par conséquent, que contribuer à la revêtir de la grâce de Dieu, et à la nourrir et fortifier par les bons exemples et par les saintes instructions qu'on lui donne, c'est une action plus sainte que de revêtir et nourrir tous les corps qui sont sur la terre; et que délivrer une âme de l'esclavage du péché et du diable, est une oeuvre plus digne que de mettre en liberté tous les captifs et prisonniers qui sont au monde, et que faire mourir un péché dans une âme, est un plus grand bien que d'étouffer une peste qui serait universelle; et que faire passer une âme de la mort du péché à la vie de la grâce, est chose plus agréable à Dieu que de ressusciter tous les corps qui sont dans les tombeaux. 5. Que, selon saint Chrysostome, travailler au salut des âmes par un vrai esprit de charité, c'est une chose meilleure que de faire les plus grandes austérités et mortifications corporelles.

    6. Que, selon ce même Saint, employer son temps et sa vie en ce saint travail, est chose qui plaît davantage à sa divine Majesté que de souffrir le martyre; à raison de quoi sainte Thérèse disait qu'elle portait plus d'envie à ceux qui étaient dans cet emploi, qu'aux Martyrs.

    7. Que, selon saint Denys, la chose la plus divine de toutes les choses, c'est de coopérer avec Dieu au salut des âmes, et spécialement de celles qui sont abandonnées et sans secours, puisque Notre-Seigneur a dit qu'il est venu appeler non pas les justes, mais les pécheurs.

    8. Que c'est pour cette intention que cet Institut a été fondé et établi dans l'Église; et qu'elles ne sont pas entrées en cette Congrégation pour se sauver seulement, mais pour aider au salut des âmes, en la manière qui leur sera prescrite par l'obéissance.

    9. Que ce leur est une grâce très particulière et une faveur du ciel extraordinaire, dont elles sont infiniment indignes, d'être associées en cet ouvrage avec Notre-Seigneur Jésus-Christ, avec sa très sainte Mère, avec ses Apôtres, et avec tant de grands Saints; et que, tandis qu'elles s'appliqueront aux exercices d'un si saint Institut, Dieu les bénira de ses grandes bénédictions et spirituelles et temporelles, n'y ayant point de personnes au monde qu'il aime plus que celles qui 10. Qu'enfin c'est ici la première et la principale de leurs Constitutions, et la plus importante de leurs obligations; que c'est l'esprit et l'âme de leur Institut; que c'est la voie que Dieu leur a marquée pour aller à lui et pour se rendre agréables à sa divine Majesté; et partant, qu'elles doivent employer leur esprit et leur coeur, leur soin et leur industrie, pour se rendre dignes coadjutrices et coopératrices de Jésus-Christ Notre-Seigneur en l'ouvrage du salut des âmes qu'il a rachetées au prix de son sang, et embrasser avec affection toutes les peines et difficultés qui se rencontrent en cette vocation, pour l'amour de celui qui a souffert tant d'outrages pour ce sujet; et par ce moyen faire en sorte qu'elles soient les véritables Filles de Notre-Dame de Charité: puisque le plus parfait exercice de la charité consiste à retirer les âmes de la perdition, pour les conduire au salut éternel2.

    Source du texte : Bibliothèque Saint Libère

    Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.

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