Constitution apostolique Quam curam (15 août 1929) · Pie XI
Constitution apostolique Quam curam : Érection du Séminaire russe
PIE ÉVÈQUE SERVITEUR DES SERVITEURS DE DIEU Pour perpétuelle mémoire.
Nos Prédécesseurs Nous ont légué comme un héritage sacré le soin de ramener à l'unité catholique les Orientaux. Plus d'une fois, mais surtout par la publication, l'année dernière, de l'Encyclique Rerum OHentalium, Nous avons montré d'une façon éclatante combien cette œuvre d'union Nous préoccupait. Elle Nous pousse toujours à employer de nouveaux moyens pour sauver ces peuples, et obtenir plus vite et plus complètement le retour si désiré des fils vivant dans le schisme.
Avant tout et tout particulièrement, Notre sollicitude pastorale atteint ce noble peuple de la nation russe, jeté dans un abîme de maux sans nombre, par suite du bouleversement effroyable sévissant avec fureur dans ce pays depuis déjà longtemps. Des embûches sataniques y sont tendues surtout à l'enfance et à l'adolescence, afin que perverties par les doctrines les plus impies, elles s'accoutument à poursuivre d'une haine implacable les hommes et (chose horrible à dire) Dieu lui-même. Aucun espoir n'apparaît de voir bientôt s'améliorer cette triste situation.
Néanmoins notre foi Nous enseigne à espérer contre toute espérance, parce que rien ne sera impossible à Dieu. La charge du Souverain Pontificat Nous impose de Nous occuper, autant que cela est possible, de préparer tout ce qui pourra, selon les desseins de la Providence, plus efficacement concourir à la nouvelle résurrection spirituelle de la Russie quand le temps de la miséricorde divine sera arrivé. Rien ne Nous apparaît plus nécessaire ni plus opportun que de travailler par-dessus tout à établir un clergé catholique qui puisse travailler à la régénération spirituelle du peuple russe, qui vienne au secours des prêtres actuels portant certes courageusement le poids du jour et de la chaleur mais qui sont déjà épuisés par les travaux et les souffrances et qui succombent de jour en jour non sans porter en quelque façon l'auréole d'un quasi-martyre. Ce clergé catholique pourra aussi cultiver et recueillir pour les placer dans les greniers du Seigneur de nouvelles et très abondantes moissons d'âmes, ce qui est Notre ferme espoir à cause de la bonté toute miséricordieuse de Dieu.-
Pour réaliser le projet dont il est question ci-dessus, Nous avons décidé, après avoir longuement prié et mûrement étudié l'affaire avec Notre Très Cher Fils Louis Sincero alors cardinal diacre, maintenant-cardinal prôtre de Saint-Georges in Velabro, secrétaire de la Sacrée Congrégation pour l'Eglise orientale et Président de Notre Commission pour la Russie, de fonder un Séminaire ou Collège russe à Rome, dan 3 cette ville, qui est le centre et la tête de tout l'univers catholique, d'où partiront les nouveaux apôtres, tout imprégnés de la mentalité romaine, pour revenir vers leurs concitoyens. Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, que nous avons établie récemment Patronne, avec saint François Xavier, de toutes les missions catholiques, a donné du haut du ciel et fort à propos à Notre projet le secours de son intercession et de sa protection. En effet, pendant que Nous réfléchissions à cette affaire, une aumône presque suffisante pour payer les frais de construction et d'installation du Collège russe Nous fut offerte au nom de la vierge de Lisieux. Sans tarder, fort de l'appui divin si manifeste, Nous avons choisi un emplacement convenable près de Sainte-Marie de l'Esquilin. L'année dernière, le H février, jour de la fête de l'Apparition de la Vierge immaculée à Lourdes, Notre Très cher Fils Louis cardinal Sincero a posé et béni solennellement, en Notre nom, la première pierre du nouveau Collège. Nous avons voulu transmettre à la postérité l'agréable souvenir d'une entreprise si heureusement commencée: la septième médaille annuelle de Notre Pontificat reproduit le profil de ce Séminaire russe.
Le nouvel édifice est maintenant sur le point d'être achevé. Nous désirons donner à cette œuvre fort importante sa dernière perfection. Souhaitant vivement qu'en ce cinquantième anniversaire de Notre ordination sacerdotale le Séminaire russe puisse recevoir, après un choix, un certain nombre de clercs, Nous avons résolu de procéder à son érection canonique. Pour que ce Séminaire ou Collège russe, établi à Rome et placé sous le vocable de sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, procure au saint nom de Dieu plus de louange, à la religion un plus grand accroissement, à la véritable-Eglise du Christ plus de progrès surtout parmi les peuples slaves, Nous l'érigeons canoniquement en vertu de Notre autorité apostolique et lui accordons tous les droits d'un Collège pontifical légitime. Nous voulons qu'on y admette avant tout les jeunes gens de nationalité russe et de rite gréco-slave, à qui Dieu inspire le désir de travailler à maintenir et à consolider dans la foi catholique leurs concitoyens. On y recevra, en outre, d'autres jeunes gens de n'importe quelle nationalité, qui sont bien résolus de consacrer la plupart du temps en suivant le rite grécoslave, toute leur activité â ramener à l'unique bercail du Christ les Russes dissidents. Tous ces séminaristes passeront dans le Séminaire russe le temps convenable : la durée de leur séjour dépendra du genre d'études que chacun d'eux a faites avant d'entrer. On les appliquera à l'étude de la philosophie, de la théologie et des autres sciences spéciales que les Supérieurs légitimes jugeront nécessaires à connaître. Pour cela et pour le reste on suivra le règlement particulier de ce Collège; il devra être établi sans retard et approuvé par Nous. En préparant et en éduquant ces futurs hérauts de l'Evangile, on aura soin par-dessus tout de leur donner d'abord une piété et une science solides, de les enflammer d'un zèle apostolique ardent pour travailler à la réalisation de l'unité catholique et de leur fournir les secours ou moyens propres à obtenir cet heureux résultat. A ce point de vue il faudra tout particulièrement étudier et connaître l'histoire et les mœurs des Russes ou des autres peuples qui forment la République russe : on devra apprendre et exercer, comme il convient, les cérémonies du rite gréco-slave et savoir réfuter, par des raisons scientifiques et probantes, les erreurs répandues dans ces régions.
Le Collège russe est bâti près de Notre Institut oriental; il lui est non seulement voisin, unis allié, peut-on dire : ces deux organismes seront en fréquentes relations l'un avec l'autre, c'est nécessaire. Aussi voulons-Nous les confier tous les deux à la même famille religieuse. En conséquence, Nous décidons de remettre aux membres de la Société de Jésus la direction et le gouvernement du Séminaire russe. Il faudra diriger ce Collège suivant les règles prescrites et par les statuts particuliers qui devront être soumis à Notre approbation et par les décisions de la Commission pontificale pour la Russie.
Eu remerciant très humblement Dieu de ce qu'il Nous a permis de réaliser cette œuvre, Nous avons le ferme espoir que ce Séminaire russe, qui nous est très cher, sera comme la pépinière d'un grand nombre de prêtres formés selon le Cœur de Jésus et qu'il concourra au salut du peuple russe aussi efficacement que d'autres collèges d'élite, de son espèce, fondés autrefois à Rome, comme le vénérable Collège anglais et le Collège germanique ont concouru par leur action-l'histoire l'atteste, à maintenir et à étendre la religion catholique dans ces pays malgré les grandes difficultés des temps.
Le Séminaire russe, de Sainte-Thérèse de l'Enfant-Jésus, est bâti, Nous l'avons dit, sur la colline de Sainte-Marie de TEsquilin, près de Sainte-Marie Majeure et comme à l'ombre maternelle de la Vierge Mère de Dieu. Cela est d'un très heureux présage. Nous sommes certain que la Mère immaculée du Christ dont le culte est resté si vivant et si estimé chez les fidèles d'Orient, même après leur malheureux schisme, prendra avec joie cet Institut sous son patronage immédiat. Que la puissante Patronne des missions daigne protéger du haut du ciel ce Collège qui porte son nom et que cette efficace protection qui a veillé sur ses débuts le rende de jour en jour plus prospère et plus florissant.
Nous voulons que les copies, même imprimées, des présentes Lettres portant la signature manuscrite d'un notaire public et le sceau d'un ecclésiastique en possession d'une charge ou d'une dignité, fassent foi comme si l'on produisait et mettait sous les yeux l'exemplaire original des présentes Lettres.
Nous voulons et ordonnons, en vertu de Notre Autorité, que toutes les dispositions, décisions, prescriptions de ces Lettres aient et conservent ratification et force, nonobstant toutes dispositions contraires, même celles dignes de mention spéciale.
Donné à Rome, près Saint-Pierre, l'an du Seigneur 1929, le lo août, in Festo Assumptionis Beatae Mariae Y i r g i n i s, Pontiflcatus Nostri anno oclavo.
FR. card. F R U H W I R T I I,
ANDREAS
Cancellarius S. R. E.
ALOISIUS card. SINCERO,
S. C. pro Ecclesia Orientali Secretarius.
IOSEPII Decanus Collegii Protonotariorum Apost.
WILPERT,
IOANNES ZANI CAPRELLI, Protonotaritis Apostolicus.
en la fête de l'Assomption de la Bienheureuse Vierge Marie, la huitième année de Notre Pontificat.
Fr. ANDRÉ, card. F R U H W I R T H,
Chancelier de la S. E. R.
Louis card. S I N C E R O, Secrétaire de la S. C. pour l'Eglise Orientale.
JOSEPH WILPERT, Doyen da Collège des Protonotaires Apostoliques.
J E A N Z A N I C A P R E Ï X I, Protonotaìre Apostolique.
Source du texte : Bibliothèque Saint Libère
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