Traités de la foi, de l'espérance et de la charité · Augustin d'Hippone
Chapitre XII : TOUS LES ÊTRES CRÉÉS SONT BONS ; L’IMPERFECTION DE LEUR NATURE LES ASSUJÉTIT À LA CORRUPTION
Tous les êtres, étant l’ouvrage de la bonté infinie, sont nécessairement bons : mais comme ils ne peuvent posséder la bonté souveraine et immuable de leur Créateur, le bien en eux est susceptible de diminuer ou de s’accroître. Or, tout affaiblissement du bien est un mal : toutefois, quelle que soit cette dégradation, elle suppose nécessairement une substance qui serve comme de support à l’être, pour peu qu’il soit réel et effectif. Imaginez un être aussi limité, aussi imparfait qu’il vous plaira : la bonté qui compose son essence ne saurait être anéantie sans qu’il ne soit anéanti lui-même. Si un être que la corruption n’a point atteint est digne de notre admiration, celui que son essence même rend absolument incorruptible, lui est sans contredit supérieur. Mais quand une substance se corrompt, cette corruption entraînant la perte de quelque bien, devient par là même un mal ; car si elle n’entraînait la perte d’aucun bien, elle ne lui serait pas nuisible ; or, elle lui est nuisible ; elle lui fait donc perdre quelque bien. Ainsi, tant qu’une substance va en se corrompant, elle conserve un bien dont elle est insensiblement dépouillée ; par conséquent, s’il lui restait un degré de bonté que la corruption ne pourrait atteindre, elle deviendrait essentiellement incorruptible, et elle aurait acquis ce bien immense par l’effet même de la corruption. Ne cesse-t-elle au contraire de se corrompre ? Elle garde nécessairement un bien susceptible d’être détruit par la corruption. Si elle pouvait être détruite tout entière et dans son fond, tout vestige de bien s’effacerait par cela seul qu’elle ne serait plus rien. La corruption ne peut donc anéantir le bien qu’en réduisant la substance elle-même au néant. Tout être est donc bon, à un haut degré, s’il est en dehors de la corruption ; à un degré plus faible, s’il est soumis à ses effets : quant à nier qu’il soit bon, il faudrait être fou et étranger à la philosophie. Car si l’être était anéanti par la corruption, la corruption elle-même disparaîtrait, puisqu’il n’y aurait plus de substance où elle pût exister.
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