Traités de la foi, de l'espérance et de la charité · Augustin d'Hippone
Chapitre XI : POURQUOI DIEU PERMET-IL LE MAL ? LE MAL N’EST QUE LA NÉGATION DU BIEN
Le mal a sa place naturelle et légitime dans la création : il fait ressortir, par le contraste, le prix du bien et lui communique un nouvel attrait. En effet, le Dieu tout-puissant auquel les païens eux-mêmes attribuent « un empire souverain sur la nature »18, n’aurait jamais permis dans sa bonté infinie que le mal se mêlât à son ouvrage, s’il n’avait été assez bon et assez puissant pour tirer le bien du mal même. Et qu’est-ce que le mal, sinon la négation du bien ? Dans le corps, les maladies, les blessures sont un défaut de santé : et cela est si vrai, que les remèdes ont pour effet non d’expulser ces désordres de l’organisme afin qu’ils aillent subsister ailleurs, mais de les y détruire absolument ; les blessures, les maladies ne sont pas des substances ; elles ne sont que des altérations de la chair : or, la chair, étant une substance, est par là même un bien ; mais c’est un bien que peut modifier la maladie, c’est-à-dire, le défaut du bien qu’on appelle la santé. Il en est de même de l’âme : quels que soient ses vices, ils ne sont tous qu’une privation des biens qu’elle tient de sa nature ; s’en guérit-elle ? Ils ne vont pas se réfugier ailleurs : ils disparaissent au sein de la santé avec laquelle ils sont incompatibles.
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