Sur la perfection de la vie spirituelle · Saint Thomas d'Aquin
Chapitre V : De la perfection de l'amour divin qui est de nécessité de salut dans l'état présent
De la perfection de l’amour divin qui est de nécessité de salut dans l’état
présent.
Mais il est pour nous une autre manière d’aimer Dieu de tout notre cœur, de tout notre esprit, de toute notre âme, de toutes nos forces, ce mode consiste en ce qu’il ne manque rien à l’amour de Dieu qui nous empêche de nous porter actuellement et habituellement vers lui; la perfection de cet amour divin est pour l’homme de précepte. L’homme doit d’abord, de précepte, tout rapporter à Dieu comme à sa fin, ainsi que le dit l’Apôtre, I. Cor., ch. X : « Soit que vous mangiez, soit que vous buviez, quelque autre chose que vous fassiez, faites tout pour la gloire de Dieu; » c’est ce qu’accomplit celui dont la vie a pour objet le service de Dieu et dont par conséquent toutes les choses qu’il fait par lui-même ont virtuellement Dieu pour fin, à moins qu’elles n’éloignent de lui comme le fait le péché, de sorte que l’homme aime Dieu de tout son cœur. Il doit secondement lui soumettre son intellect, croyant les choses qui lui sont divinement transmises, d’après ces paroles de l’Apôtre, I. Cor., ch. X : « Réduisant par obéissance à Jésus-Christ notre intellect en captivité ; » et ainsi on aime Dieu de toutes les forces de l’esprit. L’homme doit troisièmement aimer en Dieu toutes les choses qu’il aime, il lui faut aussi rapporter toute son affection à l’amour de Dieu, ce qui fait dire à l’Apôtre, II. Cor., ch. Y : « Car soit que nous soyons emportés comme hors de nous-mêmes, c’est pour Dieu ; soit que nous nous tempérions, c’est pour vous. La charité île Dieu nous presse en effet, » ce qui fait que nous aimons Dieu de toute la puissance de notre âme. Nos actes extérieurs, tels que nos paroles et nos actions doivent être, en quatrième lieu, affermis par la charité divine. C’est ce que nous enseigne l’Apôtre, I. Cor., ch. ult. : « Que toutes vos actions se fassent en charité ; » el c’est là le moyen d’aimer Dieu de toutes ses forces. C’est donc là le troisième mode ou degré de l’amour parfait de Dieu auquel sont tenus de nécessité de précepte tous les hommes. Personne ici-bas n’est capable du second mode, à moins qu’il n’ait, été en même temps voyageur et qu’il ne soit arrivé au terme, comme Notre-Seigneur Jésus-Christ.
Source du texte : Bibliothèque Saint Libère
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