Sur la perfection de la vie spirituelle · Saint Thomas d'Aquin
Chapitre VI : De la perfection de l'amour divin qui tombe sous le conseil
De la perfection de l ’amour divin qui tombe sous le conseil.
L’Apôtre, après avoir dit : « Ce n’est pas que j ’aie reçu déjà, ou que je sois parfait, » ajoute troisièmement : « Mais je poursuis ma course pour atteindre au terme ; » il ajoute ensuite en quatrième lieu : « Tout ce que nous sommes donc de parfaits, soyons-le dans ces sentiments. » Il tire donc évidemment pour conséquence de ces paroles, que s’il ne nous est pas permis d’atteindre dans cette vie la perfection de ceux qui sont en possession, nous devons cependant, autant qu’il nous est possible, faire nos efforts pour atteindre une certaine similitude de cette perfection, et c’est en ceci que consiste la perfection de la vie présente; et c’est ce à quoi nous invitent les conseils divins.
Il est évident que le cœur de l’homme se porte avec d’autant plus d’ardeur vers un objet, que la répulsion qu’il éprouve pour les autres est plus grande. Ainsi donc, l’amour de l’homme pour Dieu est d’autant plus parfait, qu’il éprouve plus de répulsion pour les biens temporels. Saint Augustin prend de là occasion de dire dans son quatre-vingt-troisième livre des Quest., que « le poison de la charité, c’est l’espoir d’acquérir et de conserver les biens temporels; que l’affoiblissement du désir de ces biens, au contraire, augmente la charité; mais la perfection consiste à ne pas avoir de désir de ce genre. » Tous les conseils qui nous portent à la perfection ont pour but de détourner l’esprit de l’homme de l’affection des biens temporels, afin que, par ce moyen, l’esprit de l’homme tende plus librement vers Dieu en le contemplant, l’aimant et accomplissant sa volonté.
Source du texte : Bibliothèque Saint Libère
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