Sur la perfection de la vie spirituelle · Saint Thomas d'Aquin

    Chapitre IV : De la perfection de l'amour qui convient aux créatures qui sont en possession

    De la perfection de l’amour qui convient aux créatures qui sont en

    possession.

    Le seul mode dont la créature raisonnable soit susceptible d’aimer Dieu parfaitement se tire donc de la part de celui qui aime, et ce mode CAPUT ni.

    consiste en ce qu’elle l’aime de toutes ses forces; c’est ce qui est clairement exprimé dans le précepte de l’amour de Dieu. Il est en effet dit au Deutéronome, ch. VI : « Vous aimerez le Seigneur votre Dieu de tout votre cœur, de toute votre âme, de toutes vos forces; » mais saint Luc ajoute, ch. X : « De tout votre esprit, » pour que le cœur se rapporte à l’intention, l’esprit à la connoissance, l’ame à l’affection, la force à l’exécution : telles sont les choses qu’il faut examiner dans l’amour de Dieu. Il faut observer que ces choses s’accomplissent 'doublement, car comme cela est parfait à qui rien ne manque, Dieu sera aimé de la plénitude du cœur, de l’ame, de la force et de l’esprit, si, sur tous ces points, il ne manque rien pour qu’actuellement tout soit porté vers Dieu. Mais ce mode d’amour parfait ne convient pas à ceux qui sont dans la voie, il ne convient qu’à ceux qui ont atteint le but. L’Apôtre dit à ce sujet, aux Phil., ch. III : « Ce n’est pas que j ’aie reçu ce que j ’espère, ou que je sois déjà parfait, mais je poursuis ma course pour tâcher d’atteindre le terme que le Seigneur Jésus-Christ m’a destiné; «attendant en quelque sorte la perfection, pour le moment de la compréhension, lorsqu’il recevra la palme de la béatitude. Mais il a reçu la compréhension celui qui a atteint le but, non toutefois au point d’embrasser dans toute son étendue l’objet saisi; Dieu est pour toute créature insaisissable de cette manière ; mais il Ta reçu en tant que la compréhension fait obtenir l’objet que quelqu’un cherche en le suivant. Or dans cette béatitude céleste, l’intellect et la volonté de la créature raisonnable se portent toujours actuellement vers Dieu; puisque la béatitude consiste dans la jouissance de Dieu. La béatitude n’est pas dans l’état, mais dans l’acte. La raison, c’est que la créature raisonnable sera attachée à Dieu, qui est la vérité souveraine, comme à sa fin dernière. Mais toutes les choses sont rapportées intentionnellequi sum îtur ex parte diligentis, ut sciïicet torum, sed comprehensorum. Unde Apossecundum snam totam veritatem creatura tolus ad P hilip., III, dicit : a Non quod jam ratinnalis diligat Deum : unde et in ipso acceperim, aut ja m perfectus sim ; sequor divinæ dilectionis præcepto, m anifeste hoc autem, si quo modo com prehcndam, » exprim itur. Dicitur enim D eut., VI : « Dili- quasi tune perfectionem expectans cum a d ges Dominum Deum tuum ex toto corde comprehensionem pervenerit, beatitudinis tuo, et ex tota anima tua, et ex fortitudine palmam accipiens. Comprehensionem autua, » sed Luc., X, additur : « et ex omni tem accipit, non secundum quod im portât m enle tu a, » ut cor referatur ad intentio- inclusionem aut term inationem comprenem, mens autem ad cognitionem, anima hensi : sic enim Deus incomprehensibivero ad affeclum, fortitudo ad cxecutio- lis est omni c re a tu ræ, sed secundum nem : hæc enim omnia in Dei dilectione quod comprehensio im portât consecutiosunt expendenda. Gonsiderandum est au­ nem ejus, quod irl sequendo aliquis q uætem quod hæc dupliciter im pleri contin- sivit. In ilia autem cœlesri beatitudine g it. Cum enim totum et perfectum sit, semper actualiter intellectus et voluntas cui nihil deest, ex toto co rd e, et anima, creaturæ rationalis in Deum fe rtu r, cum et fortitudine, et m ente Deus d ilig etu r, si in divina fruitione ilia beatitudo consistât. nihil in his omnibus nobis d esit, quin to­ Beatitudo autem non est in habitu, sed in tu m actualiter convertatur in D eum, sed actu. Et quia Deo creatura rationalis inhæhic perfecte dilectionis m odus non est via- rebit tanquam ultimo fini, qui est veritas ment à leur fin dernière, et toutes celles qu’il faut exécuter sont disposées suivant, secundum, leur fin dernière. Il s’ensuit que, dans cette perfection de la béatitude, la créature raisonnable aimera Dieu de tout son cœur, pendant que son intention tout entière sera portée vers lui par tout ce qu’elle pense, aime et fait. De tout son esprit, pendant que là, l’esprit est toujours porté intentionnellement vers Dieu lui-même qui voit toujours et qui voit toutes choses en lui-même, jugeant de tout suivant sa vérité. De toute son âme, pendant que là, continuellement son affection entière se porte vers l’amour de Dieu, et qu’à cause de lui toutes choses seront aimées. De toute son ardeur ou de toutes ses forces, pendant que l’amour de Dieu sera la raison de tous ses actes extérieurs. C’est donc là le second mode de perfection de l’amour de Dieu, et c’est celui des bienheureux.

    Source du texte : Bibliothèque Saint Libère

    Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.

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