Supplique à Marie · Saint Léonard de Port-Maurice
Supplique à Marie
Auguste Reine,
Les religieux du couvent de Retraite de la province des Récollets de Toscane vous ont choisie jadis pour leur mère ; aujourd'hui, humblement prosternés devant le trône de votre Majesté, ils prennent la confiance filiale de vous exposer, dans la simplicité de leur cœur, qu'animés d'un vif désir d'accroître de plus en plus votre gloire, ils ne peuvent atteindre pleinement leur but s'ils ne s'appliquent à inventer des moyens d'un nouveau genre pour honorer dignement la principale de toutes vos prérogatives, savoir, votre très-pure, très-sainte et IMMACULÉE CONCEPTION, afin de vous procurer par la une nouvelle gloire et d'accroître de plus en plus la joie de votre aimable Cœur. Or, sachant qu'un cœur épris de la vertu est tout ce qu'ils peuvent offrir de plus agréable à Votre Majesté, voici qu'en retour des grâces qu'ils désirent, et qu'ils attendent de cette bienveillance avec laquelle vous vous montrez toujours si disposée à combler de bienfaits vos dévoués ser-Cette pièce, dans l'édition italienne, se trouve parmi les lettres du Bienheureux. Nous avons jugé bon de la placer ici, d'abord parée qu'elle ne fait point partie de sa correspondance, et ensuite parce qu'elle a une analogie frappante avec les Résolutions qui précèdent et dont elle est, pour ainsi dire, le complément.
viteurs, ils vous présentent l'humble tribut de quatre offrandes, afin d'obtenir autant de grâces qui leur sont particulièrement nécessaires. Ils n'ignorent pas la pauvreté de leurs dons et le prix de la récompense à laquelle ils aspirent ; mais ils se confient dans le fonds inépuisable de votre libéralité qui ne s'appauvrit pas en donnant. Leur confiance à l'égard d'une mère qui leur est si chère à tant de titres est même tellement grande, qu'ils espèrent obtenir beaucoup plus qu'ils ne sauraient demander ou désirer. Les offrandes qu'ils déposent entre vos mains consistent donc dans quatre résolutions; ce sont les résolutions d'observer les quatre vertus qui contribuent le plus à l'exacte observance de leur Institut et à la paix de leurs cœurs.
La première résolution consiste en ce que chacun d'eux, pour observer ce Silence évangélique dont ils font profession, se propose généreusement et de bon cœur de mettre un frein à sa langue, de ne parler jamais dans les lieux et aux heures où le silence est de règle, de ne jamais proférer un seul mot contre la charité à l'égard de ses confrères, ayant devant les yeux la maxime de saint Augustin : Ne parler jamais, ni peu ni beaucoup, des affaires d'autrui, et surtout de ne point rapporter de l'un à l'autre, au préjudice de la tranquillité religieuse, les plaisanteries, les railleries, les bruits qui circulent; mais seulement d'en référer aux supérieurs, auxquels il appartient d'obvier au mal.
Seconde résolution. Pour s'exercer davantage à la Pénitence et k la Mortification, chacun d'eux se propose de ne jamais condescendre aux désirs de l'estomac, si ce n'est en tant qu'il est nécessaire de le faire pour soutenir la nature, conformément à ce qui est si bien réglé dans leur Institut; de ne jamais manger ni boire hors des temps de repas, excepté en cas de nécessité réelle, et de se contenter de ce qui lui sera fourni par la divine Providence, au moyen du frère cuisinier, sans se plaindre jamais que la nourriture soit mal conditionnée, ou ne soit pas de son goût; de ne jamais parler de ce qui concerne le manger, et de souffrir en silence toute espèce de privations, le cas échéant, en étouffant dans la gorge toutes les répugnances des sens qui tendraient à troubler la paix du cœur.
Troisième résolution. Pour exercer véritablement cette Humilité tant recommandée par votre adorable Fils, et si conforme à leur état de pauvreté, tous, et chacun en particulier déclarent une guerre sans relâche à l'orgueil, à la vaine gloire, à l'ambition et à la jactance. Ils se proposent de bon cœur de s'opposer à l'enflure de l'esprit, en mortifiant, par les actes intérieurs de la plus profonde abjection, jusqu'au moindre désir d'être connus, loués et applaudis des hommes. Bien plus, ils prennent la résolution, non-seulement de ne jamais rechercher la supériorité ou les degrés qui en approchent, mais d'y renoncer toutes les fois qu'elle leur sera offerte, se réjouissant d'être laissés de côté comme un bois vil et inutile à quoi que ce soit; afin d'imiter l'humilité admirable de votre Cœur, ils se proposent de ne jamais proférer un mot à leur propre louange, de mépriser tout à fait la vaine estime des hommes, et de se contenter d'être tenus pour ce qu'ils sont réellement devant Dieu.
Quatrième résolution. Pour honorer davantage votre parfaite Pureté, ils forment le ferme propos d'observer avec toute l'exactitude possible le vœu de chasteté qu'ils ont fait. A cette fin, non contents d'avoir horreur de toute faute contraire à la sainte vertu de pureté, ils éviteront jusqu'au moindre danger de la souiller, si légèrep. M. vin.
ment que ce soit. C'est pourquoi ils se proposent d'observer la plus grande modestie dans les regards, dans les paroles, dans les manières. Ils s'abstiendront donc de regarder ou au moins de fixer des objets dangereux, ils ne laisseront jamais échapper une parole équivoque ou une allusion quelconque à des choses contraires à leur saint vœu. et ils fuiront tout rapport familier avec des personnes suspectes, tout ce qui pourrait ternir l'éclat de la pureté. Ils aimeront extrêmement la retraite, qui est la gardienne fidèle de ce lis dont l'éclat vous est si cher. En un mot, ils sont déterminés à plutôt se laisser mettre en pièces que de commettre jamais, soit en pensées, soit en paroles, soit en actions, aucun péché contre un vœu si sacré, et ils entendent le renouveler présentement entre vos mains, fermement résolus de verser jusqu'à la dernière goutte de leur sang plutôt que de le transgresser.
Telles sont, auguste Mère, les offrandes que les religieux de cette pauvre Retraite, le front dans la poussière, osent déposer humblement à vos pieds. Ah ! daignez jeter sur eux vos yeux pleins de miséricorde, favorisez-les d'un de ces regards amoureux qui réjouissent tout le paradis; répandez en eux un esprit nouveau, la force et l'énergie nécessaires pour pratiquer fidèlement ce qu'ils ont résolu en votre honneur, et en vue de rendre hommage à votre IMMACULÉE CONCEPTION ; enfin, accordez-leur les quatre grâces suivantes :
La première, c'est de ne jamais commettre de péché mortel, ni véniel délibéré, d'éviter autant que possible toutes les imperfections, surtout celles auxquelles ils sont particulièrement sujets.
La seconde, c'est la persévérance finale dans le bien qu'ils ont entrepris, ainsi que la grâce si précieuse de vivre et de mourir dans notre saint Institut.
La troisième, c'est un grand zèle pour l'observance régulière, joint à un vif désir d'avancer tous les jours dans la perfection.
La quatrième, c'est de maintenir leur Institut dans sa rigueur primitive, sans négliger jamais la moindre de ses règles. Ils vous supplient d'y appeler, à cet effet, des religieux morts à eux-mêmes, qui en approuvent et en maintiennent l'observance pure, entière et parfaite.
Voilà, auguste Reine, les quatre faveurs que souhaitent les religieux de la Retraite. Daignez bénir leur supplique, en leur accordant ce qu'ils vous demandent humblement pour la plus grande gloire de votre divin Fils et l'honneur de votre PURETÉ IMMACULÉE. N'envisagez pas leurs misères, ô aimable Mère, ou plutôt qu'elles servent à attirer sur eux vos miséricordes. Toute leur confiance repose en vous, c'est dans votre Cœur sacré qu'ils doivent épancher l'ardeur de leurs désirs; vous êtes leur refuge : ils vous vénèrent à ce titre, ô puissante Souveraine, ils vous saluent du fond de cette vallée de larmes, en unissant leurs hommages affectueux à ceux de tous les Bienheureux qui sont dans le ciel, et de tous vos fidèles serviteurs qui sont sur la terre. En signe de la perpétuelle servitude et de l'humble dévouement qu'ils professent à votre égard, ils entendent renouveler aujourd'hui le vœu qu'ils ont fait déjà de défendre, même au prix de leur sang, votre IMMACULÉE CONCEPTION, mystère auguste qui vous attirera éternellement la vénération de tous les Elus. Ils finissent en soupirant après les grâces qu'ils sollicitent, et en implorant votre sainte bénédiction. Laus Deo, etc.
Source du texte : Bibliothèque Saint Libère
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