Stations de la Passion · Alphonse de Liguori
Stations de la Passion
Jésus-Christ est mort, et c'est pour nous ; c'est pour opérer notre salut qu'il est mort : il est donc bien juste, bien convenable, de réveiller souvent en notre esprit le souvenir de sa mort, de méditer ce qu'il a souffert dans le cours de sa passion. On le fera avec succès en se mettant devant les yeux les différentes stations de la Passion, qui sont au nombre de sept ; et c'est pour aider à le faire qu'on a mis ci-après ces stations, qu'on pourra lire tous les vendredis de l'année, et particulièrement pendant les deux dernières semaines du carême; et on le fera toujours avec fruit : car la dévotion à la
PREMIÈRE STATION.
JÉSUS-CHRIST AU JARDIN DES OLIVES O Jésus, mon Sauveur, qui avez sué le j sang et Peau dans le jardin de Gethsé- j mani à la vue de vos tourments et de mes péchés, et qui vous êtes dépouillé de votre force pour vous revêtir de mes infirmités, au point qu'un ange fut envoyé du j ciel pour vous fortifier, je vous adore tout baigné de votre sang ; je vous remercie ; très humblement d'avoir voulu tant souffrir pour moi. Je déteste tous les péchés qui vous ont causé une si triste agonie, et je suis résolu de plutôt mourir que de jamais renouveler votre passion inté- ! Heure. Faites-moi la grâce de concevoir de mes iniquités une si grande et si vive douleur, que je résiste désormais jus- \ qu'au sang aux tentations du démon, du j
DEUXIÈME STATION. JÉSUS CHEZ ANNE ET CHEZ CAIPHE.
Divin Jésus, qui, conduit premièrement chez Anne, et interrogé par lui sur votre doctrine, reçûtes, avec une douceur admirable, d'un vil serviteur, un soufflet aussi honteux que violent ; qui, mené ensuite à Caïphe, fûtes accablé d'opprobres, en présence de cet orgueilleux pontife, par les scribes et les anciens du peuple, pour avoir déclaré votre filiation divine et le droit que vous exerceriez un jour, en qualité de Fils de l'homme, de juger les vivants et les morts ; je compatis aux injures que l'on vous fit alors, et je déplore l'aveuglement de Caïphe, qui, occupant une place où il devait examiner la fausseté des accusations portées contre tragé, tant en votre propre personne par mes péchés énormes, qu'en celle de mon prochain, puisque vous tenez pour fait à vous-même tout le mal qu'on lui fait. Je forme la résolution de souffrir désormais pour vous toutes les injures qui me seront faites, et de ne jamais plus vous offenser en la personne de mes frères, en actions ni en paroles, par colère ou par vengeance.
TROISIÈME STATION. JÉSUS - CHRIST CHEZ PILATE ET CHEZ HÉRODE.
Je vous rends grâce, ô doux Jésus ! qui,présenté devantles tribunaux de Pilate et d'Hérode, interrogé par ces juges païens, demeurâtes dans le silence à toutes les accusations et les calomnies devant l'autre vous auriez pu faire des miracles qui l'auraient empêché de vous traiter de fou, de vous revêtir d'une robe blanche, comme un insensé. Accordez-moi la grâce de retenir ma langue et de n'être point ému des médisances et des affronts. Que je les souffre sans me plaindre, comme vous avez souffert d'être méprisé par Hérode et par toute sa cour, et d'être mis en parallèle avec un voleur séditieux et homicide, par Pilate. Donnez-moi assez de force pour n'être point ébranlé par les persécutions de mes ennemis, afin que, suivant vos principes, je sois maître de mon âme par la patience ; que par elle je gagne ceux qui me font injure, et qu'enfin, recevant tout avec actions de grâces, je rapporte tout uniquement à la plus grande gloire de votre saint nom.
O Jésus! victime innocente, nourrie et comme engraissée de patience, je vous adore attaché à la colonne pour être flagellé, et offrant à votre Père céleste le sang que vous allez répandre dans ce cruel supplice. Mon cœur est d'autant plus touché de l'état pitoyable où vous fûtes réduit, que c'est moi qui vous ai I frappé par le ministère des impitoyables I bourreaux qui ont déchiré et comme sillonné votre chair. J'entends au fond de mon cœur votre voix qui me dit : Mon fils, âme pécheresse, j'ai souffert cette grêle effroyable de coups de fouet, cette cruelle flagellation, pour vos impuretés et vos libertés criminelles, pour expier l'amour désordonné que vous aviez de votre chair, votre sensualité, vosimmoaesties, votre mollesse; c'est pour vous que j'ai souffert des plaies si profondes. Seigneur, ah ! je reconnais ma faute, et mes plaies par les vôtres, et, comme vous consentîtes à être dépouillé de vos vêtements pour être attaché nu à la colonne, dépouillez-moi du vieil homme et de ses œuvres criminelles pour me revêtir du nouveau, qui a été créé à votre ressemblance dans la sainteté et la justice.
CINQUIÈME STATION. JÉSUS MONTANT AU CALVAIRE.
Jésus, le plus grand de tous les rois, j qui, après avoir été couronné d'épines, i et n'étant point encore rassasié d'oppro- j bres et de tourments, quoique épuisé de i forces,voulûtes bien encoreporter jusque sur la montagne du Calvaire la croix qui devait être l'instrument de votre supplice, je vous adore dans cette circonstance de ! entreprenez pour moi, de tous les pas [ que vous y faites, et à l'extrême fai- j blesse de votre corps, déjà épuisé par 1 i tant d'autres souffrances. Accordez-moi !
la grâce d'embrasser courageusement toutes les croix qu'il plaira à votre providence de m'envoyer, et, puisque vous m'invitez à venir après vous, à me renoncer moi-même et à porter ma croix, j donnez-moi la force d'accomplir ce que J vous me commandez, et la grâce qui j m'est nécessaire pour profiter de l'avis 1 j que vous donnez aux saintes femmes \ 1 qui vous suivent pas à pas de pleurer I i sur elles-mêmes et sur leurs enfants plutôt que sur vous. Oh ! que je pleure avec elles, mais sur la dureté de mon cœur et sur l'excès de mes crimes, qui sont la véritable cause de vos peines!
C'est ici, ô mon Rédempteur et mon Dieu! la plus douloureuse des stations que vous ayez faite dans tout le cours de votre Passion, c'est aussi la plus ignominieuse ; c'est la station de la mort. Les autres n'ont été que passagères, mais celle-ci est permanente : vous y restez, vous y expirez, vous y consommez le sacrifice; c'est là l'effet de l'amour inconcevable que vous avez eu pour les hommes ; ce ne sont point tant les clous qui vous ont attaché et fixé à ce gibet infâme, que la charité que vous avez eue pour vos ennemis. Je vous adore, je vous aime ; je m'attache à vous et je vous supplie d'accomplir en moi votre parole en m'attirant à vous de telle sorte qu'étant détaché de toute affection pour les choses d'ici-bas, je ne pense plus qu'à souffrir pour vous et à mourir avec vous en croix. O Jésus ! ma vie, qui êtes mort pour moi, ô très doux Agneau im-Je remets mon esprit entre vos mains, et puisqu'en mourant vous m'avez ouvert le chemin du paradis, fixez-moi dans cette heureuse demeure de vos élus, et que désormais je ne craigne plus de vous quitter ni de vous perdre.
SEPTIÈME STATION. JÉSUS DANS LE TOMBEAU.
Après tant de tourments, ô mon Sauveur! il était temps d'entrer dans le repos. L'innocence de votre vie, et plus encore la divinité de votre personne, exigeaient une sépulture honorable, un tombeau glorieux, une demeure tranquille et pacifique. On vous la donne, Seigneur, après avoir embaumé votre corps, qui est mis dans un sépulcre y donner en personne des marques de leur tendre affection. Ensevelissez, s'il vous plaît, avec vous, tous mes désirs et tous mes sens; enveloppez-moi,comme d'un suaire, des mérites précieux dont vous m'avez racheté ; embaumez-moi du parfum exquis de votre sainte mort et de vos vertus ; enfermez-moi dans la plaie que fit la lance à votre cœur, afin qu'il me serve de tombeau plus riche que tous les marbres. C'est là que, insensible à tous les biens de ce monde, je vivrai sur la terre comme étranger, en attendant que je jouisse de votre éternelle présence dans la céleste patrie.
Ainsi soit-il.
FIN
Source du texte : Bibliothèque Saint Libère
Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.