Sermon de la passion de Jésus-Christ · Alphonse de Liguori
Le prétoire, second théâtre
Aussitôt que Jésus fut arrivé au Prétoire, les bourreaux lui ordonnèrent de se dépouiller de ses vêtements, ce qu’il fit sans murmure; ensuite il embrassa la colonne et lendit ses mains pour y être attaché. O mon Dieu ! voilà tes cruelles tortures qui commencent. Anges du ciel, venez assister à ce douloureux spectacle ; et s’il ne vous est pas permis de soustraire votre roi aux injurieux traitements des hommes; venez au moins pleurer près de lui par compassion. Et vous, âme chrétienne, figurez-vous que vous êtes présente à cette sanglante exécution de voire Rédempteur bien-aimé. Voyez Jésus dans l'affliction, les yeux baissés vers la terre, le front couvert de rougeur. Mais déjà les barbares, armés de verges, se jettent sur l’innocent agneau, tels que des chiens enragés. L’un e frappe sur la poitrine, l’autre sur les épaules, celui-ci sur les bras, celui-là jusque sur les jambes ; sa tête sacrée et sa noble figure ne sont pas à l’abri des coups. Hélas ! le sang divin coule de toutes parts, !e sang teint les verges, les mains des bourreaux, la colonne et la terre. Læditur, dit St.-Pierre d’Amiens, totoque fingris corpore laniatur nunc fcapulos, nunc, crura cingunt ; vulnera vulneribus, et plagas plagis recentibus addunt.
Oh ! cruels ! contre qui vous acharnez-vous ? arrêtez, arrêtez : cet homme que vous tourmentez est innocent et saint ; nous sommes, nous, les coupables, à nous sont dus les coups et les tortures Et vous, père éternel ! comment supportez-vous que votre fils bien-aimé subisse tant d’outrages, sans que vous le secouriez ? Quel délit a-t-il commis, qui mérite un supplice aussi honteux et aussi cruel ? Propter scelus populi mei, ptreussi eum. Je sais bien que mon (ils est innocent, qu’il est saint et sans tache, mais puisqu’il s'est volontairement offert à satisfaire ma justice, pour tous les péchés des hommes, je dois l'abandonner à la fureur de ses plus cruels ennemis.
Barbares ! êtes-vous contents ? Non ; ils ne le sont point ! Après l’avoir ainsi déchiré à coups de verges, les bourreaux ajoutent l’insulte à la cruauté ; on lui donne le titre de roi. On le fait asseoir sur une pierre, on jette sur ses épaules un lambeau d’étoffe rouge, en guise de pourpre royale; un roseau placé dans sa main lui ücnllieu de sceptre; un faisceau d’épines qui lui couvre la tête, depuis le front jusqu’au cou, lui sert de couronne, et afin que les épines pénètrent davantage, ils les battent, avec des roseaux. Acceperunt eu undinem, et percuiiebaut capul t.jus.
Cela ne les satisfait point encore ; ils se mettent à genoux devant lui, en lui disant : Nous te saluons, roi des Juifs ; puis ils se lèvent, en riant, et ils le frappent sur la figure. Et genuflexi ante eum, illudebant ei, dicentes : Ave, rea' Jndeeorum : et dabant ei alapas. ( Matth. xxvii. 29. et Jo. xix. 3.) Approche, âme dévote, dans cet homme sujet de raillerie et d’outrages, viens reconnaître ton Seigneur. Il est roi, mais dans ce moment il est roi de douleur, il est aussi roi d’amour, puisque c’est pour l’amour de toi qu’il souffre tant.
Après l’avoir ainsi maltraité, les bourreaux se saisirent de nouveau de sa personne, et tout couvert qu’il est de sang et de plaies, ils le conduisent devant Pilate. Celui-ci, le voyant réduit à ce triste état, crut pouvoir apaiser les Juifs. en le leur faisant voir. Aussitôt, sortant avec Jésus sur une terrasse » il le montra au peuple, en disant : Ecce homo. Exivit Pilatus fords, et dixit eis ; Ecce homo. ( Jo. xix. U. 5, ) Comme s’il eût dit : Voici cet homme de qui vous craigniez qu'il voulût, être votre roi ; le voilà réduit à un état d’où il est presqu’impossible qu’il sorte ; souffrez qu’il aille mourir dans son logis, puisqu’il ne lui reste que quelqiics jours de vie. Le voilà ; ce n’est plus que l’ombre d’un homme ; laissez-le en liberté ; votre fureur doit être satisfaite. Mais si vous exigez que je le condamne à mort, je vous dis que je ne puis le faire, parce que je ne trouve aucune raison de le condamner. Non invenio in eo causant.
Mais, tandis que Pilate, de sa terrasse, montre Jésus au peuple, le père éternel, du haut des cieux, nous présente son fils chéri, en nous disant aussi ; Ecce homo t voici mon fils unique, que j’aime autant que moi-même ; Hic est filius meus dilectus, in quo mihi bone complacui. Voilà l’homme, votre Sauveur, que je vous avais promis, et que vous attendiez ; le voilà devenu l’homme des douleurs. Voyez l’état déplot a ble auquel il s’est réduit pour l’amour de vous. Admirez-le, et l’aimez, et si vous n’y êtes portés par ses propres mérites, soyez touchés au moins de ses douleurs et des injures qu’il souffre.
La cruauté des ennemis de Jésus s’est-elle calmée à la voix de Pilate ? non ! les prêtres répandus dans la foule crient aussitôt : Tolle, tolle, crucifige eum. Cependant Pilate résistait encore, il ne pouvait se résoudre à prononcer la condamnation ; mais on le menace de l’accuser d’être ennemi de César. Si hunc dimittis, non es amicus Ccesaris. ( Jo. xix. 12. ) Ce moyen réussit à ces furieux ; mais avant de prononcer la sentence fatale, Pilate, se lavant les mains, se déclare innocent de la mort de cet homme. Innocens ego sum à sanguine justi hujus; vos xideritis. ( IHatlh. xxvu. 2Z|. ) O injustice inouïe ! le juge déclare l'accusé innocent, et il le condamne à mourir !
Misérables Juifs ! vous répondîtes alors : Sanguis ejus super nos rl super /i H os nosiros. ( Ibid. xxvii. 25.) Vous prononçâtes vous-mêmes le châtiment ; il vous a été infligé. Vos fils portent la peine de ce sang innocent ; ils la porteront jusqu'à la fin du monde.
La sentence est prononcée. Jésus l’accepte sans résistance, en expiation de nos péchés. Humiliavit semetipsum, factus obediens usque ad mortem, mortem autem crucis. (Phil. II. 8.)
La sentence ayantélépubliée, on le couvrit de nouveau de ses vêtements, afin que le peuple le reconnût, pendant qu’on l’abreuvait d’outrages. Ensuite on lui présente la croix, instrument de son futur supplice ; Jésus l’embrasse et il en charge ses épaules : Et bajulans sibi crucem exivit in eum qui dicitur Calvar ite locum. (ix. 17.) Les agents de la justice précèdent notre Rédempteur, portant la croix où il laissera la vie : O Dieu ! ce Messie qui peu de jours aupavarant, le dimanche des rameaux, avait été fêté, Benedictus qui venit in nomine Domini, traverse maintenant les mêmes rues de Jérusalem, chargé de liens, maudit de tous, condamné au supplice des scélérats. La condition de Jésus pendant le trajet était si déplorable, il inspirait tant de compassion, que tous ceux qui le voyaient répandaient des larmes. Sequebatur illum turba populi et mulierum, queeplangebant, et lamentabantur eum. (Luc. xxxm. 25.) Regardez-le encore, âmes dévotes, amantes de Jésus-Christ, voyez ses chairs déchirées et le sang qui ruisselle sous le faisceau d’épines dont sa tête est chargée ; considérez le lourd fardeau sous lequel il succombe. Un des bourreaux le lire brutalement au moyen d’une corde, cl lui, le corps courbé, les genoux chancelants chemine avec tant de peine qu’à chaque pas il semble près fie rendre l’esprit. O agneau divin ! n’êtes-vous pas encore rassasié de douleurs ? qu’il vous en coûte cher d’avoir voulu m’apprendre jusqu’où va la charité dont vous avez usé envers moi. Accordez-moi donc, pour que je vous aime, les secours que vous m ’avez méiité par vos souffrances ; donnez-moi cc feu sacré que vous êtes venu allumer sur la terre en mourant peur nous. Rappelez-moi toujours votre mort, afin que je n’oublie jamais de vous aimer.
Factus est principatus super humerum ejus. (Isa. 9.) La croix, dit Terlnlicn, a été le noble instrument avec lequel Jésus-Christ a gagné tant d’âmes ; c’est qu’en expiant nos péchés par sa mort il nous a racheté.-; rie l’enfer, et nous a faits siens. Quia peccata nostra ipse pertulit in corpore super lignum, (i. Petr. 2.) Ainsi, ô mon Jésus, si le Père Éternel vous a chargé de tous les péchés des hommes, posuit in eo iniquitatem omnium nostrûm, j’ai moi-même, avec mes péchés, rendu plus pesante la croix que vous portâtes au Calvaire.
O mon très-doux Sauveur,'vous voyez dès-lors toutes les injures que vous deviez recevoir de moi, et malgré cela vous n ’avez pas cessé de m ’aimer et de me préparer toutes les miséricordes qu’ensuite vous m ’avez faites. Si je vous ai été si cher, moi pécheur vil et ingrat qui vous ai tant offensé, combien ne devez-vous pas m ’être cher vous-même ô mon Dieu, beauté et bonté infinie! Ah! que n ’ai-je toujours pu éviter de vous causer du chagrin! Je reconnais maintenant, ô mon Jésus, le tort que je vous ai fait; ô péchés maudits que j’ai commis, c’est, par vous que j’ai rempli d’amertume le cœur aimant de mon Rédempteur. O mon Jésus, pardonnez-moi, car je me repens de vous avoir méprisé ; mais soyez à l’avenir l’unique objet de mes affections, je vous aime, ô aimable infini, de toutes les forces de mon cœur, cl je ne veux désormais aimer que vous. Pardonnez-moi, Seigneur, accordez-moi votre amour cl je ne vous demanderai plus rien. Amorem lui solum, vous dirai-je avec St.-Ignace, cum gratia iuâ mihi ilona, et dites sum satis.
Voici Jésus-Christ arrivé au troisième théâtre de ses douleurs, au Calvaire où doit se terminer sa vie. A peine le Seigneur y fut-il arrivé que les bourreaux lui arrachèrent les vêtements qui couvraient ses m em bres déchirés, et ils le jetèrent avec fureur sur la croix. L’Agneau divin leur présente ses mains et ses pieds, et il offre au Père Éternel le grand sacrifice de sa vie pour notre salut. Lorsqu’une main eut été clouée, les nerfs se retirèrent. Il fallut avec des cordes attachées à l’autre main ainsi qu'aux pieds, étendre les membres divins en les tiraillant jusqu'aux lieux où les clous devaient être plantés, de sorte que les nerfs et les veines se rompirent. Mnnus et ptdes eam fune trahebant ad loca clavorum, ita ut nervi et venœ extenderentur et rumperentur. Cette circonstance a été révélée à Ste.-Brigitte. Ainsi on pouvait compter tous ses os, comme David l’avait prédit. Foderunt manus meas, et pedes meos ; dinumeraverunt omnia ossa mea. (Psalm. 2 1.)
St.-Augustin dit qu’il n’y a pas de mort plus cruelle que celle de la croix. Pejâs nihil fuit in genere mortium. (Tract. 26. in Jo.) Et St.-Thomas l’explique eh disant que les pieds et les mains que les clous traversent, étant tout composés de nerfs, de muscles et de veines, sont extrêmement sensibles à la douleur, douleur que le poids du corps 11 e fait que rendre plus vive et accroître jusqu’à la mort. D’ailleurs les douleurs de Jésus-Christ ont dû surpasser en intensité ion tes les douleurs des hommes, car son corps, parfaitement conformé, a dû être plus vivace et plus sensible aux douleurs. Ce corps, l’Esprit-Saint l’avait préparé pour les souffrances : Corpus auiem aplasli mi/n. (Hebr. x. 5.) Il y a plu» encore, Jésus-Christ a souffert, dit St.*- Thom as, des douleurs proportionnées à la rigueur de tous les châtiments que nos péchés méritaient.
O mon âme, vois ton Seigneur qui est ta vie, suspendu à cette croix. Et erit vita tua quasi pendetis ante te. (Deut. 28.) Vois-le sur ce douloureux gibet où il ne peut trouver de repos. Tantôt il sc suspend sur les mains, tantôt il s’appuie sur les pieds, mais partout où il s’appuie la douleur s’accroît. Il tourne tantôt d’un côté tantôt de l’autre sa tête andolorée. S’il la penche sur sa poitrine, ses mains surchargées et tirées en avant se déchirent; s’il l’abaisse sur ses épaules, les épines s’y enfoncent ; s’il l’appuie contre la croix, les épines entrent plus avant dans la tête même, ô mon Jésus, quelle mort douloureuse est la vôtre !
Oh ! mon Rédempteur crucifié, je vous adore sur ce trône d’ignominie et de peine ; je lis sur cette croix une inscription qui inc dit que vous êtes roi : Jésus Nasarenus, rex Judæorum. Mais sans nous arrêter à ce titre, qu’on vous donna par dérision, par où montrez-vous que vous n’êtes pas roi ? Ah ! ces mains clouées, cette tête couronnée d’épines, ces chairs déchirées, ce trône de douleur, vous font reconnaître pour roi, mais roi d’amour. Je m’approche donc, humble et attendri, pour baiser vos pieds sacrés ; j’embrasse votre croix, sur laquelle, victime d’amour, vous avez voulu vous immoler pour moi à !a justice divine. Factus obediens mqnè ad mortem, mortem autem crucis. O heureuse obéissance qui nous a valu le pardon de nos péchés. Que serait-ce donc de moi, ô mon Sauveur, si vous n’aviez payé ma dette ?
Quand Jésus eut été cloué sur la croix, la croix fut élevée perpendiculairement. St.-François de Paule, à l’aspect de Jésus crucifié, ne pouvait se lasser de louer l'amour de ce Dieu, ni de s’écrier : O charité, ô charité, ô charité ! Encore une fois, àme dévote, contemple ton Sauvent* suspendu à trois clous, pesant de tout son poids sur les plaies de ses mains et de ses pieds, ne trouvant de repos dans aucune position.
Enfin, le roi du ciel touche à sa dernière heure. Demandons-lui avec le prophète : Quid sunt plagœ istœ in medio mnnmm tuannn ? (Zaehar. xm. G. ) Oh ! dites-moi, mon Jésus!.{tvllus plaies sont celles que vous avez au milieu des mains ? Sunt monumenta charitatis, pretia redemptionis, répond l’abbé Rupert ; ce sont les signes de l’amour véhément que j’ai pour vous ; c’est le prix pour lequel je vous ai délivré des mains de vos ennemis et de la mort éternelle. Aimez donc, âmes fidèles, aimez le Dieu qui vous a tant aimés, et si jamais vous doutez de son amour, dit St.-Thomas de Villeneuve, regardez cette croix, ces douleurs et cette mort cruelle qu’il a souffertes pour vous, témoignages peu équivoques de son amour. Testis crux, testes dolores, tesiis c.mara mors 3 quam pro te sustinuit. (Cons. ni.) La croix, ajoute St.-Bernard, chaque plaie de Jésus-Christ, nous crient que Jésus nous aime avec le plus tendre amour. Clamat c ru x, clamat vulnus, quod ipse verè dilexit.
Quand il fut sur la croix, Jésus désira trouver des consolations, et il n’en eut point. Et sustinui qui consolaretur, et non inveni. (Psalm. lxviii. 11.) Il n’entendit autour de lui que des railleries amères ou des blasphèmes. Les bourreaux lui diraient : Si filius Dei es, descende de cruce. ( Matth. xxvn. 40.) Vah qui destruis templum Dei, saltum fac temetipsum. ( Mare. xiv. 30.) Alios sahos fecit, semetipsum non potest salvum fncerc. ( Mattii. xxvn. l\ 2. ) O mon Dieu ! pourquoi souffrez-vous qu'on afflige» par ces grossiers sarcasmes, le malheureux condamné qui se meurt ?
Et, pendant ce temps, que fait Jésus ? Peut-être va-t-il prier son père de les punir ! Non, il le conjure de de leur pardonner. Pater, dimitte illis, non enim sciunt quod faciunt. ( Luc. xxiw. oli. ) Oui, dit St.-Thomas, ce fut afin de montrer l’immensité de son amour pour les hommes, que le Rédempteur demanda le pardon pour ceux-là même qui l’avaient crucifié. A d oxtendendam abundantiam $uœ charitatis, veniam persecutoribus postulavit. ( 3. p. qu. 49a. U. ad. 1. ) Il demanda et il l’obtint ; car lorsqu’ils le virent mort, ils se repentirent de leur péché. Revertebantur percuticntes pectora sua.
O mon cher Sauveur ! me voici à vos pieds. J’ai été un de vos plus ingrats persécuteurs; priez pour moi votre père qu’il me pardonne. Il est vrai que les Juifs en vous crucifiant, ne savaient pas ce qu’ils faisaient, tandis que je savais, moi, qu’en péchant, j’offensais un Dieu crucifié et mort pour moi. Mais votre sang et votre mort m’ont acquis la miséricorde divine ; puis-je douter encore du pardon ?
La mère désolée était au pied de la croix, avec quelques femmes dévotes. Stabant autem jucrtd crucem Jesu, mater ejus, etc. ( Jo. xix. 25.) O mon Dieu, qui n ’aurait compassion d’une mère auprès de son fils mourant? Marie, sous la croix, contemplant les douleurs de son fils bien-aimé, désirait avec ardeur pouvoir le soulager, mais elle vit que sa présence accroissait les tourmente de son fils, et ce fut-là le martyre qui fit de Marie la reine des martyrs.
Jésus se voyant donc abandonné de tous, se tourna vers son père, et, il lui demanda du secours ; mais le porc, le voyant chargé de tous nos péchés, qu’il ne pouvait expier en satisfaisant l'éternelle justice, que par sa mort douloureuse, le père l'abandonna aussi, et ce fut alors que Jésus s’écria à haute voix : Deus meus, Deux meus, ut quid dereliquisti m et (Matth. xxvn. / 16.) Mon Dieu! mon Dieu! pourquoi m’avez-vous abandonné?
Mais déjà le Sauveur touche au dernier moment. Chrétien, levez les veux sur la croix; voyez ce beau visage qui se couvre de pâleur, ces yeux qui s’obscurcissent, ce corps sacré qui s’affaisse et s'abandonne à la mort. Avant d’expirer, Jésus-Christ dit ces mots : Consummatum est, tout est accompli ; c'est commesij tourné vers nous; il nous eût dit : Hommes, hommes, aimez-moi, car je ne puis faire davantage pour me faire aimer de vous. Voyez quelle vie j’ai menée pendant trente-trois ans, voyez comme je la termine, couvert d’opprobre, de coups, de blessures, de plaies sur tout mon corps. Que faut-il encore? que je meure pour l’amour de vous ? Eh bien ! oui : je veux mourir. Viens, mort; je le permets, frappe-moi, prends ma vie, afin que mes brebis vivent. Et clamons voce magnâ Jesus, ait : Pater, in manus tuas commendo spiritum meum. ( Luc. xxv. 46. ) Mon père, je meurs pour la gloire ou le salut des hom m es je te recommande mon esprit. Mais déjà il se meurt. Venez, anges du ciel, \cncz assister à la mort de votre Dieu ; et vous, mère affligée, rapprochez-vous un peu de la croix ; voyez voire fils qui expire.
Et vous, chrétiens, contemplez son agonie, ces yeux éteints, cette face décolorée, un cœur qui bat à peine, l’esprit va se séparer du corps. Mais le ciel s’obscurcit, la terre tremble, les tombeaux s’entr’ouvent. Que veulent dire ces signes effrayants? ils annoncent la mort du Rédempteur. Et damans voce magna ait : Pater in manus tuas commendo spiritum meum, et hase dicens expiravit. (Luc. 23.)
Tous ceux qui étaient chargés de le garder, l’ayant vu rendre le dernier soupir, et remarquant qu’il ne faisait plus aucun mouvement, dirent : Il est m otl! il est mort ! Ces mots répétés par toutes les bouches, frapperont l’oreille de Marie, et de son côté elle s’écria : Mon fils est mort !
Il est mort ! O Dieu ! qui est mort P Le roi du ciel, le créateur du monde, un Dieu a voulu mourir.... pour qui? pour nous, pauvres pécheurs.
ACTE DE d o u l k u h e k découvrant l ’ i m a g e n u c r u c i f i x.
Venez pécheurs, voici Jésus-Christ qui tient ses bras ouverte pour vous recevoir.
Que craignez-vous? qu’il ne vous pardonne pas, celui qui est mort pour pouvoir vous pardonner.
Vous craignez que le pardon vous soit refusé? pourquoi manqueriez-vous de confiance dans la pénitence que vous avez encourue, si elle est accomplie ? Soyez sans inquiétude, ne voyez-vous pas que cette pénitence c’est Jésus- Christ qui l’a faite pour vous sur cette croix? Repentez-vous de cœur de l’avoir offensé ; cela r.uflit.
Regardez de toutes parts; cherchez qui vous ait aimés plus que n’a fait Jésus-Christ ? Allons relevez-vous, âmes chrétiennes. Aimez-le, puisqu’il est mort pour que vous l’aimiez. Dites-lui, Seigneur, qui voudrais-je aimer, si je n’aimais le Dieu qui est mort pour moi.
O la plus tendre des mères! par la douleur que vous avez ressentie en voyant mourir votre fils, demandez pour moi la sainte persévérance, et un véritable amour pour Jésus-Christ.
NOTES DES SERMONS CONTENUS DANS CET OUVRAGE, ET LES PLUS PROPRE SA ÊT RE PRÊCIlÉS DANS LES MISSIONS.
I. De l'importance du salut. Sermon
Ou bien, De la miséricorde de Dieu.
II. Du péché mortel.
II f. Des mauvaises habitudes.
Ou bien, Du scandale. Sermon. 23 IV. Illusion des pécheurs.
V. Du sacrilège qui se commet, en omettant de dire tous ses péchés, dans la confession.
VI. De la mort pratique.
VII. Du jugement universel.
VIII. De L'enfer.
Ou bien, De l'éternité de l’enfer.
IX. De la confiance en Marie.
X. De la récidive.
Ou b ie n, Des mauvaises occasions.
Ou bien, Du respect humain.
Ou bien, Des mauvaises compagnies. lx 2 Sur le Sermon X De la Récidive, on a coté comme pouvant s’y réunir plusieurs autres Sermons, et l'on a cru d’autant plus devoir le faire que, s’agissant du dernier Sermon de la Mission, dans lequel on recommande au peuple la persévérance, c’est là qu’il convient de parler du péril que courent ceux qui, après la Mission, retombent dans le péché; et il est bon de laisser s’il se peut, des souvenirs qui préservent d’une rechute. Les principaux moyens à indiquer sont les suivans : Fuir les occasions et les mauvaises compagnies, 11 c pas tenir compte du respect humain; fréquenter les Sacrements, prier souvent, recourir à Dieu dans les tentations et lui demander tous les jours la grâce de persévérer.
On a mis au N°. IX le Sermon de Marie, Sermon qu’il ne faut jamais négliger, parce qu’il produit plus de fruit que beaucoup d’autres. Je sais, par expérience, que des pécheurs que tous les autres Sermons avaient laissés dans l’endurcissement, se sont convertis au Sermon de la Vierge. Ce Sermon au surplus ne doit point paraître chose étrangère aux Missions. Le P. Léonard de Port-Maurice n’a jamais omis le Sermon de Marie dans ses Missions diverses. Le P. Ségnéiy Junior faisait de même; et dans notre congrégation du Très-Saint Rédempteur, on ne l’oublie dans aucune Mission. Je sais encore que d’a u tres Missionnaires commencent à suivre la même marche. Il est certain que l’âme qui est pénétrée de véritable dévotion pour la Vierge, et qui lui demande souvent son intercession, obtiendra la grâce de la persévérance; car Marie a parmi ses titres celui de Mère de la persévérance.
Si la Mission devait se prolonger quelques jours, il ne faudrait pas négliger le Sermon De la Prière, Serm. 26 et Serm. 37. Je dirai ici que ce Sermon de la Prière me semble très-essentiel ; car ceux qui ont suivi la Mission, ne pourront certainement persévérer qu’autant qu’ils se recommanderont à Dieu constamment. Si le temps manquait pour faire ce Sermon en particulier, le Prédicateur devrait l’insérer, au moins en partie, dans quelque autre Sermon de sa Mission, ou bien parler de la prière dans les exercices spirituels, et exhorter fréquemment ses auditeurs à se recommander à Jésus et à Marie, car pour obtenir les grâces divines, il n’y a pas d’autre moyen que la prière, surtout s’il s’agit de la persévérance, ainsi que nous l’enseigne St.-Augustin.
Si la Mission devait tirer encore beaucoup plus en longueur, soit dans quelque ville, soit dans une contrée populeuse, il y a d’autres Sermons qui ne seraient pas moins propres à la Mission que les premiers; tels sont le Serm. III : Des moyens nécessaires au salut ; le Ve, De la science des Saints et de la folie des pécheurs ; le VIII*, Des remords du damné ; le XIII*, De la vie malheureuse des pécheurs ; le XVe, Du nombre des péchés ; le XVIe Du Paradis,* le XXIV*, Du prix du temps ; le XXXIIIe, La mort est certaine et incertaine; le XXXV", De la vanité du monde ; le XXXVIII*, l'e la mort du pecheur; le XLI”, De l'abus de la miséricorde ; le XLIII®, Tout finit et finit promptement ; le XLVII*, Des mauvaises pensées ; les Lc, LI* et LU*, De De l’Eternité, De l'impénitence et Des angoisses de la mort.
Avant de faire le dernier Sermon de la Bénédiction, c’est assez l’usage, dans beaucoup de congrégations de Missionnaires, de faire, au lieu de Sermon, des méditations sur la Passion de J.-C. Cette méthode m ’a toujours semblé très-utile pour obtenir la persévérance de la part des auditeurs. Celui qui ne quitte le péché que par la crainte des châtiments, ne verra pas plus tôt la Mission finie que, perdant de vue les choses dont il s’effrayait, il retombera dans ses anciennes erreurs. Celui qui demeure lié à Dieu par amour persévère!a facilement, dans la bonne voie. Ainsi, durant ces deux ou trois jours, le prédicateur de la Mission fera une demi-heure d'instruction sur l’oraison mentale afin d’en rendre la pratique aisée; il fera faire ans ile s divers actes d’avant et d’après la Communion. Ensuite on pourra faire l’oraison mentale en considérant les mystères de la Passion et en mêlant à ses méditations quelques expressions de repentir, d’am our, de regret et de saintes résolutions pour l’avenir. Les Missionnaires recommanderont ensuite au Curé de la paroisse de faire faire tous les jours au peuple l’oraison mentale en commun.
NOTE DES SERMONS CONTENUS DANS CET OUVRAGE ET
Source du texte : Bibliothèque Saint Libère
Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.