Règlement pour les séminaires · Alphonse de Liguori
Introduction
Le saint concile de Trente eut une idée utile el d iv in e, lorsqu’il ordonna que dans chaque diocèse on établît des séminaires où les jeunes gens qui se destinent à l’état ecclésiastique, seraient instruits dans la science sacrée, et avant lo u l, dans l’exercice de la vertu. pour se rendre propres à la sanctification des peuples. Telle fut l’intention du saint concile; mais plût à Dieu qu’un grand nombre de séminaires, par leur mauvais règlement, ne devinssent pas ensuite la ruine de la jeunesse ! C’est une chose déplorable de voir tant de pauvres enfans, d ’abord innocens et vertueux, devenir, après leur entrée au séminaire, un réceptacle de vices. Un enfant de sept ans étant entré dans un certain séminaire du royaume de Naples, il en sortit deux ans après semblable à un dém on, tant il avait de vices, de sorte que ses propres parens ne voulaient plus le recevoir à la maison. Ainsi, tandis qu’un jeune homme, en restant dans sa maison, aurait conservé son innocence et peut-être serait devenu un bon prêtre, utile au salut de plusieurs, en entrant au sém inaire, il deviendra prêtre, mais par les vices inoculés là, dans sa jeunesse (vices qu’il conservera jusqu’à la vieillesse), il causera la ruine de beaucoup d ’ames, et sera le scandale de l ’Église.
Donc, me dira-t-on, l ’invention des séminaires a été plus universelle qu’utile? Il serait donc mieux d ’abolir tous les séminaires? Je réponds que si le séminaire est gouverné par un bon règlement, on ne doit pas l’abolir, mais le conserver et l’avancer avec tout le soin possible, puisque de ce séminaire l ’évêque pourvoira ses églises de bons curés, de confesseurs, de prédicateurs, de chanoines et de prêtres, et qu’il verra ainsi régner la piété dans tout son diocèse. Mais, au contraire, si le séminaire n’a pflsun bon règlement, sans aucun doute il vaut mieux le licencier. 11 est certainement plus avantageux d’avoir dans le diocèse des prêtres moins savans, mais de bonnes mœurs, que des prôlrcs un peu plus savans (je dis un peu, parcequelcs vicieux ne profitent que peu dans les sciences), mais pleins de vices et scandaleux, qui, par la réputation de savans qu’ils auropl acquise, feront un plus grand mal aux ames, pouvant ainsi les tromper grandement et les conduire dans la voie de l’enfer. Si jamais je connaissais un évêque qui conservât un séminaire mal réglé, ou mal gouverné par un mauvais directeur, ou par de mauvais préfets, certainement je l ’engagerais, s ’il veut sauver son ame et ne pas voir son diocèse entièrement ruiné, de détruire son séminaire et de remédier d ’une autre m anière, et du mieux qu’il pourra, au besoin de son Église. — O mon Dieu ! combien de prélats se damneront el seront cause de la damnation de tout leur troupeau, par cette raison, c’est-à-dire, par le peu d ’allention qu’ils font à donner un bon règlement à leurs séminaires! — Dieu veuille qu’il n’en soit pas ainsi !
Mais laissons les plaintes et venons aux remèdes. Pour maintenir le bon ordre d’un séminaire, voyons quel doit cire le soin de l’évêque, celui du directeur, celui des préfets et des confesseurs, et quelles sont les règles qui doivent être observées avec plus d’attention de la part des séminaristes.
Source du texte : Bibliothèque Saint Libère
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