Réfutation de Maximin, évêque arien · Augustin d'Hippone
Livre I
Chapitre III : DE L’INVISIBILITÉ DE DIEU.
En troisième lieu, traitant de Dieu, en tant qu’invisible, je vous ai averti qu’il fallait croire que l’invisibilité est un attribut, non pas seulement du Père, mais encore du Fils, considéré comme. Dieu ; je n’ai pas dit, comme homme : car il n’est personne qui mette en doute la réalité de son apparition parmi les hommes : dans la suite, j’ai encore discuté ailleurs sur cette matière. Or, contraint de vous rendre i l’évidence de la vérité, vous avez admis que le Fils est invisible, et par là même vous avez détruit votre propre affirmation : que le Père seul était invisible. Mais troublé de votre aveu, et craignant de vous être trop avancé en reconnaissant que le Fils jouissait également de l’invisibilité, vous avez osé affirmer que ce qui est plus petit peut être vu par ce qui est plus grand, mais que ce qui est plus grand ne peut être vu par ce qui est plus petit ; les anges, disiez-vous, sont vus par les archanges, et les âmes par les anges, mais par contre, les anges ne sont pas vus par les âmes. De cette théorie vous déduisiez que, sous le rapport de la substance de sa divinité, le Christ était invisible, non pas seulement pour les hommes, mais encore pour les Vertus célestes, et que le Père est seul invisible, parce qu’il n’a pas de supérieur qui puisse le voir. Dites-nous, de grâce, quand est-ce que les archanges vous ont révélé qu’ils voient eux-mêmes les anges, et qu’ils n’en sont pas vus ? Quels sont les anges qui vous ont fait connaître qu’ils voient les âmes, et que les âmes ne les voient point ? Qui vous a enseigné cela ? Où l’avez-vous appris ? Où l’avez-vous lu ? Ne vaudrait-il pas mieux que vous appliquiez votre esprit à l’étude des saints livres, où nous lisons que les anges apparurent même aux hommes, quand et comme il leur plut de se faire voir à eux, suivant l’ordre ou la permission du Créateur de toutes choses ? Toutefois, après avoir dit que si le Père seul est invisible, c’est parce qu’il n’a pas de supérieur qui le voie, vous avez ensuite accordé qu’il est visible au Fils, en produisant contre vous-même le témoignage de l’Évangile, où le Fils dit en propres termes : « Ce n’est pas qu’aucun homme ait vu le Père, si ce n’est celui qui est né de Dieu : car c’est celui-là qui a vu le Père »11. La vérité a triomphé de vous, en cette circonstance, d’une manière éclatante ; mais persistant à vouloir rester dans les liens de l’erreur, vous n’avez pas voulu que votre défaite vous fût profitable. Car, après avoir invoqué contre vous l’argument tiré de l’Évangile, d’où il résulte clairement que le Père est vu par le Fils, puisque le Fils dit lui-même : « Mais celui qui est né de Dieu, celui-là voit le Père », vous avez ajouté de vous-même : « Mais il le voit, sans pouvoir l’embrasser tout entier de son regard ». Vous avez oublié en chemin ce que vous aviez dit : que le Père est seul invisible, parce qu’il n’a pas de supérieur ; vaincu par la force de la vérité, vous avez confessé en effet qu’il est vu par un inférieur. Car vous lui donnez pour inférieur le Fils, et cependant, sur le témoignage irrésistible du Fils, vous avez fait l’aveu que le Père est vu de lui. Quant à cette dénomination que vous donnez au Père, en disant qu’il ne peut être contenu, nous y reviendrons plus tard, afin que la vérité ait encore raison de vous sur ce terrain. Mais la question entre nous n’était pas de savoir s’il peut être contenu ou non ; il s’agissait du visible et de l’invisible : or, sur ce point, si vous êtes visible vous-même à vos propres yeux, vous voyez que vous êtes vaincu.
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